Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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dimanche 25 septembre 2016

La chronique économique : Orthodoxes contre hétérodoxes

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 21 septembre 2016
Akram Belkaïd, Paris

C’est la grande polémique de la rentrée. Elle secoue le petit monde des économistes français où les oppositions, même les plus vives, sont généralement plus feutrées. A l’origine de l’affaire, la publication d’un livre par deux économistes, Pierre Cahuc et André Zylberberg, qui s’en prend avec une rare violence aux « hétérodoxes », comprendre celles et ceux qui ne partagent pas les idées dominantes en matière de libéralisme et de culte du marché (1). Pour résumer le propos – outrancier - des deux auteurs, on dira qu’ils affirment que les économistes orthodoxes sont les seuls que l’on doit prendre au sérieux puisqu’ils usent de méthodes scientifiques et expérimentales pour asseoir leurs travaux. Quant aux autres, c’est-à-dire les hétérodoxes, ceux qui alimentent en idées le mouvement altermondialiste ou bien encore, les adeptes d’une approche de l’économie plus en adéquation avec les sciences sociales – voire plus littéraire – ils sont voués aux gémonies et qualifiés de « négationnistes ». Autrement dit, ils seraient comparables à ceux qui nient la réalité de la Shoah… On appréciera la comparaison à sa juste valeur. Et les deux compères de souhaiter, parfois noms à l’appui, que leurs damnés confrères ne soient plus sollicités par la presse et que l’accès à l’enseignement leur soit interdit. Rien que ça…

Une véritable inquisition

Dans un premier temps, ce brûlot a reçu l’accueil favorable de nombre de publications toujours promptes à défendre et à relayer la pensée unique. Du quotidien Les Echos à l’hebdomadaire Challenges, l’ouvrage a été présenté comme une salutaire mise au point. Problème, de nombreux économistes, y compris des « orthodoxes » ont démoli ses arguments et pris leur distance avec ses thèses. On lira à ce sujet la réponse du mensuel Alternatives économiques, lui aussi étrillé par les deux inquisiteurs (2). Face à la vigueur des réactions, ces derniers, outranciers mais couards, ont tenté de faire machine arrière, expliquant que leur livre se voulait d’abord un plaidoyer pour la diversité des idées et des approches (amusant quand on sait à quel point la pensée hétérodoxe a du mal à se faire entendre…). De même, ont-ils affirmé que la recherche économique se devait d’être neutre sur le plan politique. On signalera juste au passage que l’un des deux auteurs, en l’occurrence Pierre Cahuc, a été un fervent soutien de la récente et très décriée loi sur le travail et qu’il n’a de cesse de vouloir prouver l’inefficacité de la réduction du temps de travail dans la lutte contre le chômage.

Un culot rare

A bien y réfléchir, la publication de ce livre n’est pas étonnante. Elle fait partie d’une stratégie de reconquête après quelques années de désarroi provoqué par la crise financière de 2008. Qu’on le veuille ou non, cette dernière a démontré à quel point l’économie dite orthodoxe s’est trompée en sacralisant, entre autre, les marchés financiers et leur fonctionnement prétendument efficient. Nombre d’économistes qui n’ont eu de cesse de vanter les mérites de l’ultralibéralisme auraient mérité de changer de métier et de se taire. Aujourd’hui, et alors que même le Fonds monétaire international (FMI) reconnaît qu’il s’est trompé sur plusieurs sujets (sur la convertibilité totale des monnaies ou sur les politiques d’austérité), ces charlatans qui veulent absolument faire croire que l’économie est une science exacte redressent la tête. Avec un culot rare, ils développent un bien curieux discours : certes, ils reconnaissent (parfois) s’être trompés mais jurent que, dans le fond, ils sont les seuls à posséder le savoir et les connaissances et qu’il faut donc continuer à leur faire confiance et n’écouter qu’eux. Les « médecins » du XVIII siècle qui tuaient leurs patients en leur infligeant des saignées à répétition ne disaient pas autre chose…

(1) « Le négationnisme économique et comment s’en débarrasser », Pierre Cahuc et André Zylberberg, Flammarion.
(2) « Négationnisme économique » : l’affaire Cahuc, Christian Chavagneux, http://www.alterecoplus.fr, 12 septembre 2016


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mardi 20 septembre 2016

La chronique économique : Le serpent de mer de la dépense publique

Akram Belkaïd, Pari
Le Quotidien d'Oran, mercredi 7 septembre 2016


Il y a bientôt huit ans, c’était à la fin de l’été 2008, la planète encaissait une grave crise financière qui allait mettre au tapis nombre d’établissements bancaires et enrayer durablement la croissance mondiale. Aujourd’hui, la situation reste incertaine. Rares sont les indicateurs macro-économiques globaux qui sont revenus à leurs niveaux d’avant la tempête. L’activité reste atone dans de nombreuses zones à commencer par l’Europe. De nombreux pays émergents sont en panne tandis que le chômage et les inégalités continuent de progresser un peu partout. Face à cette situation, les économistes et les décideurs politiques ne savent plus quel chemin prendre. Longtemps présentée comme « la » solution devant mener à la reprise, la politique monétaire plus qu’accommodante a montré ses limites. Certes, en baissant leurs taux et en injectant de l’argent en permanence dans les économies, tout en rachetant aux Etats leurs créances, les Banques centrales ont certainement empêché un vrai cataclysme. Mais, aujourd’hui, le remède ne fait guère plus d’effet et le patient, autrement dit l’économie mondiale, reste très faible.

L’Etat appelé à l’aide

C’est dans cette situation inquiétante pour l’avenir que de nombreuses voix se font entendre pour réclamer des politiques étatiques plus ambitieuses. Qu’il s’agisse du Fonds monétaire international (FMI) ou de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le message est le même : il faut d’urgence une augmentation des dépenses publiques. Autrement dit, c’est le retour en grâce de la doctrine keynésienne. L’Etat se voit de nouveau confier le statut de dernier recours, celui de l’acteur de la dernière chance qui investit pour relancer la machine économique et engendrer un cercle vertueux où chaque dollar dépensé serait caractérisé par un haut coefficient multiplicateur (c’est-à-dire qu’il provoquerait des investissements en cascade tous profitables à la croissance du Produit intérieur brut). Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les deux principaux candidats à la présidentielle américaine, Hillary Clinton et Donald Trump, évoquent dans leurs programmes la nécessité de lancer de grands travaux d’infrastructures pour relancer l’économie et augmenter les impôts.

Et les entreprises ?

Ce n’est pas la première fois que le recours à la dépense publique est présenté comme la solution idéale. Pour autant, cela intervient dans un contexte où la règle résidait dans le respect du dogme de l’assainissement des comptes et de l’application de politiques d’austérité. La question qui se pose aujourd’hui est de savoir comment augmenter la dépense publique quand les Etats ont perdu une bonne partie de leurs moyens budgétaires. Doivent-ils s’endetter ? Et, si oui, auprès de qui ? Du marché ? Des épargnants ? Doivent-ils augmenter les impôts ? Et, si oui, de quelles catégories ? Les ménages ou les entreprises ? Les réponses ne sont pas neutres et obligent à aller plus loin que la simple exigence d’augmentation des dépenses publiques. Cela d’autant plus que l’argent ne manque pas. De nombreuses entreprises, notamment les multinationales, ont amassé des tonnes de cash dont elles se servent pour mieux rémunérer leurs actionnaires, pour racheter leurs propres actions (ce qui fait augmenter mécaniquement leurs valeurs boursières) ou pour racheter des concurrents. A l’inverse, ces entreprises investissent peu au prétexte que la confiance n’est pas au rendez-vous. Les grandes institutions internationales le savent mais l’idée que les Etats puissent légiférer pour obliger (ou encourager) le secteur privé à investir quand il a autant de moyens financiers ne fait pas (encore) partie de leurs propositions.