Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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mardi 20 septembre 2016

La chronique économique : Le serpent de mer de la dépense publique

Akram Belkaïd, Pari
Le Quotidien d'Oran, mercredi 7 septembre 2016


Il y a bientôt huit ans, c’était à la fin de l’été 2008, la planète encaissait une grave crise financière qui allait mettre au tapis nombre d’établissements bancaires et enrayer durablement la croissance mondiale. Aujourd’hui, la situation reste incertaine. Rares sont les indicateurs macro-économiques globaux qui sont revenus à leurs niveaux d’avant la tempête. L’activité reste atone dans de nombreuses zones à commencer par l’Europe. De nombreux pays émergents sont en panne tandis que le chômage et les inégalités continuent de progresser un peu partout. Face à cette situation, les économistes et les décideurs politiques ne savent plus quel chemin prendre. Longtemps présentée comme « la » solution devant mener à la reprise, la politique monétaire plus qu’accommodante a montré ses limites. Certes, en baissant leurs taux et en injectant de l’argent en permanence dans les économies, tout en rachetant aux Etats leurs créances, les Banques centrales ont certainement empêché un vrai cataclysme. Mais, aujourd’hui, le remède ne fait guère plus d’effet et le patient, autrement dit l’économie mondiale, reste très faible.

L’Etat appelé à l’aide

C’est dans cette situation inquiétante pour l’avenir que de nombreuses voix se font entendre pour réclamer des politiques étatiques plus ambitieuses. Qu’il s’agisse du Fonds monétaire international (FMI) ou de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le message est le même : il faut d’urgence une augmentation des dépenses publiques. Autrement dit, c’est le retour en grâce de la doctrine keynésienne. L’Etat se voit de nouveau confier le statut de dernier recours, celui de l’acteur de la dernière chance qui investit pour relancer la machine économique et engendrer un cercle vertueux où chaque dollar dépensé serait caractérisé par un haut coefficient multiplicateur (c’est-à-dire qu’il provoquerait des investissements en cascade tous profitables à la croissance du Produit intérieur brut). Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les deux principaux candidats à la présidentielle américaine, Hillary Clinton et Donald Trump, évoquent dans leurs programmes la nécessité de lancer de grands travaux d’infrastructures pour relancer l’économie et augmenter les impôts.

Et les entreprises ?

Ce n’est pas la première fois que le recours à la dépense publique est présenté comme la solution idéale. Pour autant, cela intervient dans un contexte où la règle résidait dans le respect du dogme de l’assainissement des comptes et de l’application de politiques d’austérité. La question qui se pose aujourd’hui est de savoir comment augmenter la dépense publique quand les Etats ont perdu une bonne partie de leurs moyens budgétaires. Doivent-ils s’endetter ? Et, si oui, auprès de qui ? Du marché ? Des épargnants ? Doivent-ils augmenter les impôts ? Et, si oui, de quelles catégories ? Les ménages ou les entreprises ? Les réponses ne sont pas neutres et obligent à aller plus loin que la simple exigence d’augmentation des dépenses publiques. Cela d’autant plus que l’argent ne manque pas. De nombreuses entreprises, notamment les multinationales, ont amassé des tonnes de cash dont elles se servent pour mieux rémunérer leurs actionnaires, pour racheter leurs propres actions (ce qui fait augmenter mécaniquement leurs valeurs boursières) ou pour racheter des concurrents. A l’inverse, ces entreprises investissent peu au prétexte que la confiance n’est pas au rendez-vous. Les grandes institutions internationales le savent mais l’idée que les Etats puissent légiférer pour obliger (ou encourager) le secteur privé à investir quand il a autant de moyens financiers ne fait pas (encore) partie de leurs propositions.

vendredi 20 septembre 2013

La chronique économique : De l'offre et de la demande

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 18 septembre 2013
 Akram Belkaïd, Paris
 
Aux économistes qui ont un peu trop tendance à se hausser du col en considérant que leur discipline est une science exacte, il est souvent dit qu’elle ne se résume en réalité qu’à une seule loi. Celle de l’offre et de la demande tandis que le reste ne serait que broderies et autres obscures abstractions destinées à imiter  -en vain- les mathématiques. La moquerie est quelque peu outrancière mais il est vrai qu’il est fréquent que l’on oublie de revenir aux lois fondamentales pour expliquer la crise que traverse actuellement une grande partie de la planète. De quoi s’agit-il ?

Favoriser l’acheteur ou le vendeur ?

Dans les pays développés le dilemme des gouvernements se pose souvent en termes de choix entre une politique de l’offre et une politique de la demande. Dans le premier cas, ce sont les « vendeurs » qui sont le plus favorisés. Il s’agit principalement des entreprises à qui il est consenti maints avantages pour qu’elles produisent plus et pour qu’elles demeurent compétitives. Cela passe par une fiscalité allégée et diverses aides financières. Cela se traduit aussi par des mesures incitatives notamment sur le plan réglementaire (normes et législations moins contraignantes, dérégulation…) mais aussi sur le plan social (baisse des charges, modification du code du travail à l’image de ce qui se fait dans les zones franches,…). On notera au passage que les avantages accordés aux ménages les plus aisés (cette fameuse minorité dont les avoirs sont inversement proportionnels à son importance démographique) sont souvent parés de la vertu de l’offre. Ainsi les cadeaux fiscaux consentis aux riches seraient la garantie que ces derniers paieront la société en retour en faisant fonctionner l’économie grâce à leurs dépenses et investissements.

Dans le second cas, la politique de la demande bénéficie aux « acheteurs », c’est-à-dire les ménages. L’idée est d’augmenter leur pouvoir d’achat et de les inciter à dépenser. Dans cet ordre d’idée, il arrive aussi que l’on cherche à convaincre les épargnants à puiser dans leurs économies -et cela par une fiscalité moins attractive pour les produits d’épargne- ou alors à s’endetter grâce notamment aux crédits à la consommation cela sans oublier toute la panoplie autour du diptyque immobilier et prêts hypothécaires (aux Etats-Unis, avant la crise des subprimes, la renégociation des prêts hypothécaires en cas de baisse des taux permettait de dégager des liquidités susceptibles de financer la consommation).

Où en sommes-nous aujourd’hui ? La situation est simple. Une partie de l’économie mondiale est confrontée à une crise de la demande. En clair, les produits sont là et en quantités suffisantes mais c’est la demande qui manque. Confrontés à des salaires en stagnation et entraînés vers le bas par la mondialisation et les délocalisations, les « acheteurs » hésitent à dépenser tandis que leur baisse de confiance engendrée par des crises à répétition (subprimes, situation en Grèce,…) les pousse à favoriser l’épargne. Dès lors, se pose la question de savoir comment sortir de ce cercle vicieux. Pour l’heure, nombre de gouvernements ont choisi de continuer à croire aux vertus de la politique de la demande. Ainsi, et alors que le chômage explose en Europe et qu’il peine à refluer aux Etats-Unis, ce sont toujours et encore les entreprises – et surtout les grandes - qui bénéficient des mesures financières accommodantes.

L’Europe fait fausse route

Après des années de dérégulation, de baisse des prélèvements fiscaux sur les bénéfices et de réduction des dépenses sociales (lesquelles sont aussi un moyen de relancer la demande), le salarié tend à devenir un travailleur d’autant plus pauvre que c’est lui, en priorité, qui, par ses impôts, fait les frais des efforts en matière de réduction des déficits publics. Aussi suicidaires soient-elles, ces politiques continuent d’être appliquées en Europe et, à un degré moindre, aux Etats-Unis. Pourtant l’histoire économique montre que l’austérité couplée à une politique d’offre ne donne guère de résultats probants. Voilà pourquoi l’Europe gagnerait tant à privilégier une approche couplant politique de la demande et relance keynésienne, cette dernière permettant à l'Etat de se substituer momentanément par ses dépenses et investissements aux ménages.
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