Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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jeudi 22 mars 2012

La chronique du blédard : Que dire après Toulouse ?

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Il y a quelques semaines, l'hebdomadaire Newsweek a publié un long article mettant en garde contre les conséquences possibles de la banalisation de la parole xénophobe aux Pays-Bas. Intitulé « Quelqu'un peut-il demander à Geert Wilders d'arrêter ses diatribes contre les musulmans avant que quelqu'un ne soit blessé ? », il mettait en cause les effets insidieux et potentiellement dévastateurs du discours radical du leader populiste néerlandais (*). A l'époque, j'ai mis de côté cet article estimant qu'il serait nécessaire d'en écrire un de comparable à propos de la France et du climat délétère et islamophobe qui y règne depuis le début des années 2000. Comme nombre d'amis, pas forcément tous des coreligionnaires, il y a bien longtemps que je crains que cela ne débouche sur une ou plusieurs tragédies dont les musulmans seraient les victimes. Pour moi, ce qui s'est passé en Norvège l'été dernier, avec le massacre de dizaines de jeunes militants de gauche par un terroriste d'extrême-droite, était une première alerte. Une mise en garde vite oubliée, vite escamotée comme si l'horreur et l'impensable ne pouvaient se répéter ailleurs, en France ou dans tout autre pays européen confronté à la montée conjointe des surenchères et de la démagogie identitaires. 

Aujourd'hui, après les tueries de Toulouse et de Montauban, il est évident qu'un tel papier ferait figure de provocation car, dans l'affaire, et à l'heure où je boucle cette chronique, c'est bel et bien un homme de confession musulmane, et d'origine algérienne, qui s'est rendu coupable de ces actes lâches et monstrueux que rien, mais absolument rien, ne peut excuser ou justifier. C'est lui, djihadiste se réclamant d'Al-Qaïda, qui a tué, horreur suprême, des enfants au nom de la vengeance des musulmans de Palestine et d'Afghanistan. Comment, dès lors, ne pas se sentir indigné et accablé par tant de vilenies et de bêtise crasse ? Comment garder son sang-froid face à de tels agissements qui souillent non seulement la religion musulmane mais aussi la cause des Palestiniens ? Et comment faire entendre sa voix face à celles et ceux qui entonnent le chant vicieux du « on vous l'avait bien dit ! Vous étiez prévenus ! » ? 

Bien sûr, il y a les déclarations, y compris celles de Marine Le Pen, qui se veulent rassurantes et qui mettent en garde contre tout amalgame. Dans une posture de rassembleur, Nicolas Sarkozy a appelé à ne « céder ni à l'amalgame ni à la vengeance » après avoir réuni les représentants des cultes juif et musulman. Mais personne n'est dupe. Nous sommes mercredi après-midi et, déjà, on entend ici et là des voix mettre en cause la couverture partiale (comprendre pro-palestinienne) des événements au Proche-Orient ou s'insurger contre l'angélisme et la naïveté face à l'expansion de l'islam en Europe. Comme après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, c'est toute une dynamique de mise en cause, assumée ou non, des musulmans qui se met en branle. On sent bien que la retenue est encore de mise mais que gronde en amont un flot d'accusations et de stigmatisation. Il s'agit de circonstances où beaucoup de choses peuvent basculer, où les digues habituelles de la paix civile peuvent soudain se révéler bien fragiles. 

Nous voici donc, musulmans de France, de nouveau sommés de nous expliquer et de nous amender comme si nous étions forcément solidaires ou complices du tueur de Toulouse. On va nous demander de condamner un comportement dont la majorité d'entre nous n'a de cesse de se démarquer depuis des années. On va nous reprocher notre silence en feignant d'oublier qu'il nous est guère possible de nous faire entendre, que les grands médias comme les télévisions et les radios nous sont difficilement accessibles, surtout lorsqu'il s'agit de porter un discours qui se revendique de la démocratie, du respect des lois républicaines mais qui, dans le même temps (ceci expliquant peut-être cela), refuse de sombrer dans le bénioui-ouisme. Alors, oui, bien entendu, il y aura forcément quelques tarés et autres idiots utiles qui, sur internet ou ailleurs, vont défendre cet assassin. Mais cela ne saurait représenter le sentiment de l'immense majorité qui n'en peut plus d'être prise en otage par les soldats perdus du djihadisme. Une immense majorité qui aimerait aussi rappeler que, dans le monde, les premières victimes de cet extrémisme sont d'abord les musulmans comme viennent de le prouver les terribles attentats qui ont ensanglanté l'Irak au cours de ces derniers jours. 

Le tueur de Toulouse vient de faire très mal à la France. Il a assassiné sept de ses enfants et placé toute une communauté dans une position difficile. Mais il n'y a pas que cela. A cause de lui (ou grâce à lui), le débat politique va prendre une autre tournure. Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen vont sortir renforcés de cette crise alors que l'opinion publique française commençait à se lasser de leurs diatribes sécuritaires et de leur manière brutale de faire campagne. Dans le même temps, les discours mettant en garde contre la stigmatisation des musulmans - comme ce fut le cas avec la campagne débile sur la viande halal – vont avoir du mal à passer. Surtout, il va être impossible de réfléchir sereinement à la manière dont ce pays a évolué au cours des cinq dernières années. Avant les drames de Montauban et de Toulouse, la situation était déjà tendue, clivée, avec une banalisation croissante des discours de haine, de stigmatisation des uns et des autres, de mise en cause de telle ou telle minorité, de mise en opposition entre confessions ou entre Français d'origines diverses. Et ce qui vient de se passer ne va pas arranger les choses. La campagne électorale va reprendre ses droits. 

Un temps remisées, les stratégies de tension referont très vite leur réapparition. Pourtant, c'est du besoin d'apaisement de la société française dont il devrait être question. Quand toute une communauté craint pour elle-même en raison du comportement d'une personne isolée, c'est qu'il y a un problème. Quand nombre de Juifs de France sont persuadés que les musulmans espèrent (préparent ?) de nouveaux actes de violence contre eux, c'est qu'il y a un autre problème. Et l'on en arrive à se demander s'il existe un candidat qui aura le courage de faire campagne sur la nécessité de renforcer, et de reconstruire, le principe du vouloir vivre ensemble. 

(*) «Can't someone tell Geert Wilders to stop his anti-muslim diatribes before somebody gets hurt?», Christopher Dickey, 23 janvier 2012. 

Le Quotidien d'Oran, jeudi 22 mars 2012
Akram Belkaïd, Paris
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jeudi 31 mars 2011

Homme politique français cherche ami musulman

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Dirigeant d’un grand parti politique français, maire d’une ville au fromage bien connu, cherche de toute urgence un ami de confession musulmane pour le chapitrer de temps à autre en public, pour lui faire la leçon sur la laïcité, lui apprendre ce qu’est la modernité, le faire entrer dans l’histoire, lui apprendre à lire, compter et écrire, lui expliquer le dentifrice et la brosse à dent, lui enseigner les rudiments de l’instruction civique, et le promener de plateaux télé en émissions radios afin de prouver qu’il a bel et bien un ami muslim ce qui peut l’autoriser à dire tout plein de bêtises fielleuses à propos des musulmans de France.

Profil recherché : un musulman qui ne la ramène pas, un peu radical mais pas trop, avec un accent prononcé si possible, des moustaches et une barbe pas trop fournie.

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mercredi 30 mars 2011

Porter l’étoile verte? Et puis quoi encore!

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Slate Afrique, mercredi 30 mars 2011

S'il y a bien un combat à mener contre la stigmatisation des musulmans en France, il ne faut pas pousser la comparaison trop loin, au risque de desservir la cause.

C’est un fait: être musulman en France n’est pas toujours chose facile. Le débat actuel autour de l’islam et la volonté manifeste d’une partie de la droite, dite républicaine (ne parlons même pas de l’extrême droite), d’instrumentaliser cette religion pour concurrencer le Front national le montrent bien. Il est difficile de ne pas se sentir pointé du doigt même pour celles et ceux qui ne mettent jamais les pieds dans une mosquée et dont la pratique religieuse est des plus limitées.

Ces talk-shows venimeux à la télévision (y compris sur le service public!), ces déclarations récurrentes des Copé et cie qui donnent à penser que tous les musulmans de France, qu’ils soient citoyens ou ressortissants étrangers, conspirent à abattre la laïcité, sont insupportables.

En ce moment, être musulman en France, c’est encaisser de manière quotidienne les délires de politiciens hystériques dont on se demande s’ils n’ont pas mieux à faire pour relancer l’économie, sauver le modèle social français et réduire les inégalités qui minent la société. Etre musulman, c’est se dire: que vont-«ils» encore inventer aujourd’hui? Nous avons eu droit à l’exploitation effrénée de phénomènes minoritaires comme le voile intégral et les prières dans la rue, mais d’autres sujets vont certainement faire leur apparition dans les semaines qui viennent.

Parions que l’on va nous parler de la viande halal, des prénoms arabes, de la circoncision et même du ramadan en attendant d’embrayer sur des thèmes que l’on sent poindre telle la question de savoir si, en ces temps de guerre, les français musulmans (expression insupportable qui renvoie à la période coloniale) sont loyaux à l’égard de leur pays. Mais être musulman, c’est aussi se sentir pris en otage par des aventuriers et des manipulateurs qui parlent au nom d’une communauté qui, en réalité, n’existe pas tant elle est diverse et fragmentée. De fait, l’auteur de ces lignes ne se sent aucunement représenté par le Conseil français du culte musulman et encore moins par toutes ces associations qui occupent le terrain médiatique et qui contribuent, à leur façon, à rendre le climat actuel encore plus délétère.

En appelant les musulmans à «porter une étoile verte» pour protester contre le débat sur la laïcité, Abderahmane Dahmane, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, commet ainsi une grave erreur —tant sur le fond que sur la forme. Il y a des symboles historiques qu’il faut manier avec précaution et il faut surtout savoir de quoi on parle. Laisser entendre que la situation actuelle des musulmans de France est comparable à celle des juifs sous Vichy est une aberration. Au mieux, cela dénote une absence totale de culture historique. Au pire, cela s’inscrit dans une position victimaire outrancière, qui dessert le combat contre la stigmatisation des musulmans.

Cette proposition de porter l’étoile verte est honteuse. Elle est même une insulte aux victimes de la politique antisémite des autorités françaises entre 1940 et 1944. Parler d’étoile verte, en référence à l’étoile jaune, revient à faire croire que les musulmans de France sont menacés de génocide. C’est créer un précédent en introduisant dans le débat politique un nouveau symbole, qui va certainement être récupéré par tout ce que le champ politique compte comme extrémistes et provocateurs. C’est convaincre une partie de l’opinion publique de l’immaturité de celles et ceux qui tentent de s’organiser pour dénoncer la stigmatisation des musulmans par une partie de la classe politique et de l’intelligentsia françaises.

Soyons clairs: il y a bel et bien une bataille à mener contre ceux qui font des musulmans des boucs émissaires. Mais ce combat peut très bien se mener dans un cadre républicain et, surtout, il n’a nul besoin de surenchères de la sorte.

Akram Belkaïd


http://www.slateafrique.com/1105/porter-etoile-verte-et-puis-quoi-encore
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vendredi 18 mars 2011

A propos du débat sur l'islam (2)

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La chronique du blédard : le débat sur l'islam et ses multiples facettes :

Il fut un temps où les musulmans de France-on disait alors les arabes-se taisaient, baissent les yeux et, dos voûtés, rasaient les murs. Parqués dans les bidonvilles ou à peine installés dans des cités qui n'allaient pas tarder à se transformer en ghettos, ils avaient intériorisé leur statut d'étrangers au statut précaire. Ceux qui, d'une manière ou d'une autre, avaient accédé à la nationalité française, ne cherchaient pas non plus à se faire entendre.

la suite à lire sur le site du Quotidien d'Oran : http://www.lequotidien-oran.com/?news=5150585

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jeudi 3 mars 2011

A propos du débat sur l'islam (1)

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Nouvel définition dans les futurs dictionnaires :
Musulman, Musulmane : Objets d'un débat politicien dilatoire. Cible facile pour hommes politiques en mal d'idées et de projets
à suivre, hélas...
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