Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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mercredi 21 juin 2017

Pleine Lune sur Bagdad : Extrait n°12 : Beyrouth

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« Il est des lieux où les nuits de pleine lune sont les plus majestueuses. En lisant ceci, certains vont penser au Sahara, aux steppes de Mongolie, aux océans et à leurs immensités respectives. D’autres évoqueront les Alpes ou bien alors le Sinaï ou encore les massifs verdoyants qui surplombent la cité de Nizwah dans les terres intérieures du sultanat d’Oman. Il ne s’agit pas de les contredire car ces points de vue sont largement fondés et respectables. Mais il faut rajouter à cette liste Beyrouth, aimée de la mer, de la montagne et des cieux. Se promener sur la corniche, déambuler du côté du Raoucheh et, du haut des falaises, abandonner son regard à la danse des reflets de l’astre dans les flots sombres : bien malchanceux sont celles et ceux qui n’ont pu éprouver un tel enchantement. »
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mardi 20 juin 2017

Pleine Lune sur Bagdad : Extrait n°11 : Tunis

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« Cette nuit, le qouwad est inquiet. Monçof et Khaled, ses deux compagnons de beuverie sont déjà bien imbibés et ils multiplient les toasts les plus farfelus. Si l’un lève sa bouteille à la santé d’Oussama Ben Laden et de Saddam Hussein, l’autre renchérit en rendant hommage à Madonna, à Monica Lewinsky et Anna Nigrasse. Jusque-là, rien de bien grave. Mais voici que l’un d’eux crie « A la santé de Chirac ! Un homme, un vrai ! » et son compère réplique par un strident « A notre président ! Un flic, un vrai ! ». Certes, cette cave où ils sont réunis depuis le milieu de la soirée n’a ni fenêtre ni soupirail mais Mehrez connaît bien la vérité absolue du pays : la terre et le sous-sol sont comme les murs, ils ont des oreilles. »
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lundi 19 juin 2017

Pleine Lune sur Bagdad : Extrait n°10 : Washington D.C.

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« Dix-sept heures à Washington, district de Columbia, capitale fédérale des Etats-Unis d’Amérique, cœur de l’hyperpuissance impériale et cité du gossip et des milles intrigues. Ali Bacha sort d’un immeuble discret de K Street. Il y a passé la journée en compagnie de représentants de l’administration Bush et d’une flopée de conseillers en affaires publiques, dénomination habituelle pour désigner les lobbyistes dont la densité dans cette partie nord-ouest de la rue est la plus élevée au monde. De grande taille, mince, la soixantaine alerte, le profil aquilin, les yeux bleus et une chevelure blanche plaquée vers l’arrière, l’homme porte beau et attire immanquablement regards et sourires. C’est d’autant plus vrai qu’il affiche une mine détendue laquelle tranche avec la tension lasse des gens qui viennent de débaucher, la plupart mus par l’envie de rentrer au plus vite chez eux. Cela passera par une bonne heure, voire plus, dans le métro ou le train de banlieue puis, peut-être, autant sur la route. »
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vendredi 16 juin 2017

Pleine Lune sur Bagdad : Extrait n°8 : Alger

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« La nuit s’est installée sur l’hôpital Mohamed Seddik Benyahia, dans la banlieue est d’Alger, là où les terres agricoles glissent doucement dans la mer. Hafs, chirurgien et urgentiste, fume en scrutant le ciel. Indifférent au froid et à l’humidité, il est assis à même le gravier, le dos posé contre la façade borgne de la morgue. L’endroit et tous les bâtiments sont plongés dans l’obscurité depuis le début de la soirée. Une panne ou peut être un sabotage... Tout à l’heure, quand l’électricité est partie et que le groupe électrogène s’est déclenché dans un fracas de pétarades et de vapeurs de mazout, Hafs est monté sur le toit d’une ambulance pour regarder vers l’ouest. Là-bas, de l’autre côté de la baie, les scintillements de la capitale avaient disparu eux-aussi. Pourtant, la ville lui a paru plus blanche que d’habitude, comme si un projecteur était braqué sur elle depuis les cieux. A quoi bon tant de lumière, a-t-il pensé. Alger, fidèle à ses tristes habitudes nocturnes, devait déjà dormir, ses rues envahies par un calme sinistre. »
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jeudi 15 juin 2017

Pleine Lune sur Bagdad : Extrait n°7 : Le Caire

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« Mon général, ma bonne vielle Mouzahem,
J’espère que cet écrit te trouvera dans un très mauvais état. Avant toute chose, sache que je me trouve encore au Caire et que je ne rentrerai pas à Bagdad malgré tes ordres. C’est simple : je déserte et c’est donc avec une immense joie que je t’adresse mon dernier rapport de surveillance de la très respectable Nâzik al-Malâïka. Ne sois pas tenté de déchirer cette missive. Je te conseille de la lire jusqu’au bout car il est bon pour un homme, même s’il est diminué comme tu l’es à maints égards, d’apprendre quelques vérités à son propos et sur le triste monde dans lequel nous vivons. Bois un verre de whisky mon gros, ravale tes jurons, lâche quelques pets et arme-toi de patience ; tu ne seras pas déçu. »
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mercredi 14 juin 2017

Pleine Lune sur Bagdad : extrait n°6 : Koweït-City

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« Majboune s’éveille alors que le point du jour est loin de s’annoncer dans le quartier huppé de Salwa à Koweït-City. C’est un homme massif, adipeux, qui dévale la colline de la soixantaine. Il repose sur le flanc, torse nu et jambes hors des draps. Une épaisse moustache grise lui barre le visage et son crâne rasé s’enfonce dans un oreiller trempé de sueur et de bave. En apparence, il dort encore. C’est pourtant un spectacle trompeur car une chimie irréversible le ramène à la surface des choses. Ni l’embrasement de la pleine lune qui transperce les stores de sa villa, ni le proche sifflement d’une turbine d’hélicoptère n’en sont responsables : un rêve, agréable mais bref, vient d’interrompre son sommeil. »
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mardi 13 juin 2017

Pleine Lune sur Bagdad : Extrait n°5 : Damas

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« Un bouillon de lumière crue se déverse en couches épaisses sur Damas et le Qassyoun, mont chauve et gardien ancestral de la ville ouverte à tous les Arabes. Soirée d’hiver finissant, nuit calme et ville tranquille. Que le lecteur veuille bien nous pardonner car ces qualificatifs ne sont pas appropriés. Nouvelle proposition : nuit froide et ville résignée, contrainte par une attente insondable. Une espérance diffuse en un mieux. Un petit mieux ou, en tous les cas, un moindre mal. Nuit froide et ville résignée. Voilà donc ce qui convient en ces lieux où l’espérance née au début du nouveau siècle n’a guère duré. Les portes des salons où l’on débattait avec passion ont été cadenassées, les voix discordantes se sont tues et les rebelles ont repris le chemin familier de l’exil ou de leurs geôles puantes à quelques lieues des ruines de Palmyre. Ainsi en ont décidé les maîtres du pays. Ainsi l’a voulu le représentant de la dynastie naissante. »
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dimanche 11 juin 2017

Pleine Lune sur Bagdad : Extrait n°4 : Najd - Arabie saoudite

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« Le vieil Albion Reiver cingle tous feux éteints à travers la rocaille du désert. Parti en fin d’après-midi d’un entrepôt au sud de Koweït-city, le camion a longé la côte monotone du Golfe avant de repiquer vers l’ouest pour franchir clandestinement la frontière saoudienne à la nuit tombée. Il fait route vers le plateau du Najd avec sa contrebande habituelle : des caisses de whisky et de cognac, des cartouches de cigarettes et plusieurs ballots de revues et de films pornographiques. La marchandise est à peine camouflée sous des matelas de mousse et des coupons de tissu chinois car les deux convoyeurs savent que le poids lourd sera démonté jusqu’au dernier boulon s’il est intercepté par les douaniers. Conscients du risque, ils espèrent que les liasses de dollars offertes par le chef du réseau à une kyrielle de responsables galonnés leur éviteront le désagrément d’une telle rencontre. »
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Pleine Lune sur Bagdad : Extrait n°3 : Ur

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« Il est accroupi, seul dans la nuit froide, enveloppé par le silence du désert et une clarté aigüe. Venu de l’est, le vent lui apporte en sifflant des odeurs de rocaille humide, de terre brûlée et des relents de charognes. De son poste de guet, il voit une rivière de chaux couler en nappes sur Ur et ses faubourgs. Il se dit qu’un lambeau arraché au ciel de midi a été abandonné sur les tumulus et les collines poissées. Tout autour, l’ombre des ruines prend des formes inquiétantes tels ces halos piquetés de petites auréoles sombres. Son regard se promène sur les vieilles pierres. Ici, à Qamirnah, la lune est dans sa cité. Déesse, elle y prend ses aises car d’invisibles dévots célèbrent son culte.

Il ne les voit pas mais il sait. »
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