Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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mercredi 15 juillet 2020

La chronique économique : Facebook (encore) accusé

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Le Quotidien d'orange, mercredi 1er juillet 2020
Akram Belkaïd, Paris

Une action qui chute de 8,3% par rapport à son cours de la veille. Une capitalisation boursière qui perd en une séance 56 milliards de dollars. Voilà ce qui est arrivé en fin de semaine dernière à Facebook, le plus important des réseaux sociaux, après que plusieurs entreprises ont confirmé leur volonté de ne plus y diffuser de publicités payantes. Les raisons d’un tel boycottage sont liées à l’actualité récente des violences policières et de meurtres d’afro-américains par les forces de l’ordre. 

Appels au boycottage

Depuis plusieurs semaines, des internautes mais aussi des organisations non gouvernementales s’indignent du fait que Facebook ne lutte pas suffisamment contre les propos haineux et racistes qui fleurissent sur ses fils. Malgré les promesses passées, la firme de Menlo Park en Californie ne semble guère pressée pour mettre de l’ordre dans son réseau. C’est ce qui a poussé la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP, association national pour la promotion des gens de couleur) à lancer le mot d’ordre de boycott. Lequel a été entendu par des géants comme Coca Cola, Unilever (dont sa filière Ben & Jerry’s) ou Verizon. C’est ce qui explique les déboires boursiers de l’entreprise directement concernée par le mot d’ordre « stop hate for profit ».

Marck Zuckerberg a eu beau promettre que sa compagnie ferait plus d’efforts pour lutter contre la haine en ligne, les décisions de retrait des budgets publicitaires ont été maintenues. Facebook est donc touché directement au porte-monnaie. Mais il est encore trop tôt pour dire si la crise aura des répercussions à long terme ou s’il s’agit uniquement de difficultés conjoncturelles. En 2018, alors que l’on apprenait que les données privées de 50 millions de « facebookiens » avaient été recueillies de manière illégale par la firme Cambridge Analytica, on pensait déjà que le plus populaire des réseaux ne s’en relèverait pas. Deux ans plus tard, Facebook est toujours là mais, cette fois, ce sont les entreprises qui le mettent en difficulté.

Complaisance coupable

En effet, le modèle économique de Facebook repose avant tout sur la publicité et les perspectives de ciblage de telle ou telle catégorie de consommateurs. Or, des milliers de pages et bien plus encore de messages continuent de stigmatiser des groupes humains pour leur origine, leur religion ou leur orientation sexuelle. Des personnes sont harcelées de manière quotidienne et n’ont pas d’autre choix que de quitter le réseau (ce qui ne met pas fin aux écrits malveillants les concernant). Dans ce genre de situations, les victimes ont du mal à se faire entendre d’autant qu’il faut parfois plusieurs semaines avant qu’un signalement ne soit traité.

Autre reproche adressé au réseau. Il ne fait pas assez pour lutter contre les campagnes de dénigrement et d’influence orchestrées par les États ; faux comptes, robots, perturbateurs ou provocateurs (les fameux trolls), là aussi, c’est la complaisance de Facebook qui est mise en cause. Le boycottage décidé par les entreprises est une première qui ouvre peut-être un nouveau chapitre dans l’évolution du modèle économique des réseaux.
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mercredi 10 janvier 2018

La chronique du blédard : Du bonheur

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 4 janvier 2018
Akram Belkaïd, Paris

Qui est heureux en ce début d’année ? Cette question, d’apparence anodine, ouvre la voie à de multiples réflexions. Et la première d’entre elles consiste à se demander ce qu’est le bonheur. Le sujet n’est pas simplement affaire de philosophes et d’élèves de Terminale. Les économistes s’en mêlent depuis longtemps, peut-être parce que leur discipline fut très tôt surnommée la « science triste (ou lugubre) » (dismal science) par l’historien et écrivain écossais Thomas Carlyle (1795-1881).

Répondant à mes bons vœux de début d’année, un économiste me dit qu’il ne faut souhaiter aux gens que ce qui ne s’achète pas. Et selon lui, le bonheur en fait partie. Et les recherches en économie confortent cette thèse même si l’on a tous en tête le fameux adage selon lequel l’argent contribue tout de même au bonheur à défaut de le créer. Car bénéficier de hauts niveaux de revenus ne signifie pas forcément une félicité permanente. Loin de là. La nature humaine fait que, souvent, toute amélioration du statut social n’a que des effets temporaires. Le mécanisme est simple, on s’habitue vite à sa nouvelle situation - les revenus anciens ne sont plus qu’un souvenir  - et, dès lors, on a surtout tendance à la comparer avec d’autres cas jugés équivalents ou meilleurs. Bref, on voulait plus pour soi puis vient le moment où l’on veut plus que les autres. Et ainsi de suite…

Les réseaux sociaux, et notamment Facebook et Instagram, sont le terrain idéal pour observer une variante de ce genre de comportement. Exemple : une photo publiée à partir d’une île paradisiaque sert ainsi deux objectifs : d’abord, se rassurer en affichant un signe extérieur de réussite. « Je suis là, c’est cher, j’ai réussi donc je suis heureux… ». Signifier ensuite à la « concurrence » (proches ou inconnus) qu’elle a fort à faire pour se mettre à niveau : « alors, qui est capable de faire autant ou mieux ? ». On se demande souvent pourquoi les traders boursiers vont si loin en matière de prise de risques et de recherche du gain. Au-delà des thèses habituelles sur l’addiction à l’adrénaline, l’une des explications est la recherche du plus haut bonus possible. Et à quoi sert le bonus ? A acquérir ce que le collègue, et rival, du floor possède déjà, ne possède pas ou envisage de posséder. Et cette quête dans le dépassement du rival (ou supposé tel) peut vraiment créer l’affliction d’autrui. En août 2013, une étude publiée dans la revue scientifique PLOS affirmait que le réseau social Facebook rend ses utilisateurs malheureux. Plus son usage est important plus le degré de satisfaction dans la vie décline...

Andrew Oswald, économiste à l’université de Warwick proposait au milieu des années 2000 de taxer la consommation ostentatoire réservée à une minorité de riches ou de revenus aisés afin d’accroître le bonheur collectif d’un peuple. On ne définit pas la jalousie ou l’envie par des équations mais il est intéressant de relever que, pour ce chercheur, ces deux sentiments négatifs sont à la base de toute réflexion sur le bonheur. Qui sait, peut-être faudra-t-il un jour taxer les internautes qui ne cessent de publier des posts illustrant leur réussite matérielle, qu’elle soit réelle ou mise en scène.

Plus sérieusement, il est impossible de favoriser un bonheur collectif dans un contexte d’aggravation des inégalités et d’augmentation des écarts entre revenus. C’est la spirale dans laquelle de nombreux pays sont engagés. A celles et ceux qui s’en sortent et dont le bonheur est plus ou moins affecté par la situation, il est proposé de compenser cela en agissant via la charité mais sans remettre en cause un système structurellement inégalitaire.

Mais revenons à la question de départ et réduisons le champ de l’interrogation à l’Algérie, du moins à une partie de sa société, plus précisément les classes moyennes ou ce qu’il en reste aujourd’hui. Signifions au lecteur qu’il ne s’agit ici que d’impressions et d’observations éparses et que l’affaire mérite une plus ample enquête sociologique de terrain. Dans ce pays malheureux, le bonheur est affaire de limitation, de restriction et de huis clos. Dans un contexte social extrêmement difficile, le bien-être est question de limitation au maximum des rapports avec l’extérieur. Un repli (tactique) sur un périmètre réduit, connu et maîtrisé.

Un repas entre amis, une ville, toujours la même que l’on ne cesse d’arpenter, une virée à Timimoun, l’intégrale d’une série visionnée en un week-end, un bon livre, sont certainement des moyens universels pour alléger la charge mentale des uns et des autres. Mais en Algérie, cela prend une autre dimension. Dans un contexte où tout le monde, responsables compris, a des critiques à faire entendre, on se dit que le bonheur consiste alors à créer un sas entre soi et le réel état du pays. C’est vivre en s’aménageant quelques ilots de plénitude en ignorant, ou en feignant de le faire, le panorama général. C’est faire siens, en les adaptant, les mots de Beckett dans « Fin de partie » : Vous êtes en Algérie, c’est sans remède (« Vous êtes sur terre, c’est sans remède » dans la version originale). A suivre… et bonne et heureuse année aux lecteurs et à toute l’équipe du Quotidien d’Oran.
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mardi 9 décembre 2014

Frigyes Karinthy et l'humanité

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Extrait d'une note de lecture (1) rédigée par Xavier Lapeyroux, Le Monde Diplomatique, Décembre 2014 à propos d'un ouvrage de Frigyes Karinthy (2), le père de Gulliver.

Lors de son cinquième voyage (1914), Gulliver arrive "miraculeusement à Farémido, un lieu étrange, sans hommes ni paroles, mais peuplé de machines pensantes, les Sollasis, qui utilisent des notes de musique pour communiquer et vivent en harmonie".
(...)
"Pour les habitants de Farémido, les êtres vivants sont comparables à des substances pathogènes autodestructrices qui ne doivent leur survie qu'à l'élimination d'organismes similaires. Gulliver a beau défendre la suprématie de la vie, il ne peut que s'incliner face à la brillante démonstration de son maître Midoré : soixante mille ans auparavant la Terre a été contaminée par la vie, par l'homme et l'animal, et la maladie n'a fait que proliférer. Ecartelé entre l'instinct et la conscience, ' deux organes au service de deux objectifs frontalement opposés, [dont] l'un recherche la vie, l'autre la mort', l'homme ne serait en fin de compte qu'un monstre à deux têtes condamné à se dévoré lui-même."

(1) Frigyes Karinthy, Farémido. Le cinquième voyage de Gulliver, traduit du hongrois par Judith et Pierre Karinthy, Zulma, Paris, 2013, 78 pages, 9 euros.
(2) Frigyes Karinthy est "également à l'origine de la théorie des six degrés de séparation (1929), selon laquelle toute personne est reliée à n'importe quelle autre via une chaîne de relations individuelles comprenant au plus cinq autres maillons (...) Sa théorie fut reprise en 1967 par Stanley Milgram, et le réseau social Facebook aurait ramené le nombre de maillons à 4,74."
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vendredi 11 janvier 2013

La chronique du blédard : Arabités numériques ou le monde arabe à l’heure du web

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 10 janvier 2013
Akram Belkaïd, Paris
 
Pour qui s’intéresse au monde arabe et aux événements qui l’ébranlent depuis deux ans, il faut lire l’excellent ouvrage dont il est question dans cette chronique (*). Son auteur, Yves Gonzalez-Quijano, universitaire-chercheur (il enseigne la littérature arabe contemporaine à l’université Lumière-Lyon II) et traducteur, s’est penché sur le lien, plus complexe qu’on ne le croit, entre le Printemps arabe et l’univers des technologies numériques. On le sait, la thèse selon laquelle internet a été à l’origine des révolutions, notamment en Tunisie et en Egypte, fait presque figure de vérité indiscutable. Et, comme le note l’auteur, « à force d’être récitée sous toutes les formes possibles, la belle histoire de la révolution arabe des réseaux sociaux a fini par s’enraciner dans les esprits au point de faire oublier toute prudence ». Certes, il est évident que les soulèvements arabes n’auraient pas évolué de la même façon sans internet, les blogs, Facebook, Twitter, Youtube et autres téléphones portables. Mais, tout l’intérêt de ce livre stimulant est de prendre de la distance avec les idées reçues et d’examiner l’impact réel des nouvelles technologies numériques sur le monde arabe, son identité et son évolution qu’elle soit politique, religieuse ou sociétale.
 
Les racines numériques du printemps arabe
 
Yves Gonzalez-Quijano rappelle d’abord que la politique et la contestation des régimes sont apparues sur internet bien avant le Printemps arabe. D’ailleurs, son ouvrage est, entre autre, un hommage implicite à nombre de pionniers arabes du cyber-activisme dont on découvre l’engagement et l’apport au fil des pages. Blogueurs, journalistes, militants des droits de l’homme, cyberdissidents, ils ont tous défié la censure et l’autoritarisme à l’image du défunt Zouhair Yahyaoui qui, sous le pseudonyme« Ettounsi », a été l’un des premiers pourfendeurs du régime de Ben Ali au début des années 2000. Une période charnière puisqu’elle a connu l’irruption sur internet des blogueurs, des jeunes, des islamistes et des militants politiques traditionnels. L’auteur relève ainsi que « de nouveaux sujets sont apparus, d’autres formes d’écriture associées à des ressources documentaires inédites » tandis que le « rapport aux autres membres de la ‘communauté’ a changé également avec le développement d’interactions presque inconnues de la communication traditionnelle ».
 
En matière de cyber-activisme, les années 2000 ont été marquées par la répression, l’agitation mais aussi l’échec et l’anonymat. Une répression menée par les autorités qui censuraient et persécutaient les activistes. Et même si ces derniers avaient du mal à passer de la contestation sur le net à l’action concrète, il n’en demeure pas moins que l’ébullition était réelle. C’est ce que montre l’auteur qui cite notamment la campagne Yezzi Fock (2005) et l’émergence du collectif Nawat en Tunisie, les mouvements Kefaya (ça suffit) et du 6 avril 2008 en Egypte de même que l’émergence de blogueurs influents en Syrie, à Bahreïn et en Arabie Saoudite. Quant à l’anonymat, il résidait dans le fait que l’Occident ne s’intéressait guère à ces mouvements. Pire, il a longtemps eu tendance à voir dans le web arabe une source de menaces. De fait, Yves Gonzalez-Quijano rappelle qu’« avant le Printemps arabe, la Toile était perçue comme le territoire inquiétant du terrorisme international ». Une prévention à laquelle s’ajoutait « la conviction que l’internet arabe avait encore devant lui un très long chemin à parcourir avant de pouvoir exister de plein droit et de contribuer au changement ». Et l’auteur de relever ce paradoxe résidant dans « cette peur d’un islam extrémiste capable de dompter les flux électroniques pour déclencher la ‘guerre des civilisations’ ».Cela alors que cette crainte (exagérée) s’accompagnait souvent « d’un jugement volontiers méprisant sur les capacités des sociétés concernées à tirer profit des avancées techniques ».
 
Le revers controversé d’une belle histoire
 
Un chapitre du livre examine comment et pourquoi internet et les réseaux sociaux ont aidé à la réussite des soulèvements arabes, notamment en Tunisie et en Egypte. Une contribution certainement décisive qui renforce le camp des « cyber-optimistes », c'est-à-dire celles et ceux qui, en gros, pensent qu’Internet peut tout faire y compris les révolutions (on pardonnera au présent chroniqueur l’aspect lapidaire de cette assertion…). L’auteur rappelle à ce sujet le triple impact libérateur des nouvelles technologies de la communication : prise de parole et mobilisation, puis coordination et organisation et, enfin, documentation et promotion. Ce qui, dans le cas du Printemps arabe, peut se résumer par le triptyque suivant :« Facebook pour planifier les manifestations, Twitter pour les coordonner et Youtube pour les dire au monde ». Au passage, Yves Gonzalez-Quijano examine quelques faits singuliers de cette histoire : pourquoi des régimes dictatoriaux ont-ils accepté – voire favorisé- le développement chez eux de technologies et de ressources numériques susceptibles à terme de les déstabiliser ? Ouvrir ou fermer, c’est-là, rappelle l’auteur, le fameux« dilemme du dictateur » énoncé en 1993 par le chercheur Christofer Kedzie. Autre question abordée dans le livre, pourquoi ces mêmes régimes n’ont-ils pas « coupé » ou « éteint » internet dès les premiers temps de la contestation (ce dont ne se prive pas aujourd’hui le régime d’Assad en Syrie) ?
 
Mais, l’un des intérêts majeur du livre, réside dans le chapitre qui suit et qui est consacré au « côté obscur de la force »,c'est-à-dire les aspects dérangeants de la belle histoire du web et du Printemps arabe. Yves Gonzalez-Quijano rappelle ainsi que la cyber-politique menée par les Etats-Unis et leurs alliés dans le monde arabe ne relève pas uniquement des élucubrations des adeptes de la théorie du complot. Oui, explique-t-il, de nombreux cyber-activistes arabes ont bénéficié – et bénéficient encore – du soutien de l’Occident et cela au risque de leur faire perdre toute crédibilité. L’auteur note que « l’euphorie suscitée par la chute de deux vieux présidents (Ben Ali et Moubarak, ndc) aussi autoritaires que détestés avait permis de passer sur certains aspects un peu sulfureux, à commencer par les aides accordées par les instruments officiels de la diplomatie nord-américaine, et leurs relais auprès de gouvernements occidentaux pour ne rien dire du travail de certaines ONG et autres grandes sociétés informatiques ».
 
Financements généreux, séances de formation, mise en relation avec d’autres cyber-activistes proches de l’Occident (notamment ceux de l’organisation Otpor qui avait contribué à la chute de Milosevic), rôle ambigu des grandes multinationales du Web à l’image de Google ou de Twitter, voilà autant d’éléments dérangeants qui interrogent la crédibilité de nombre de cyber-activistes arabes. Des contestataires « prêts à se révolter avec un immense courage contre l’injustice », à l’image du blogueur égyptien Wael Ghonim, mais, et c’est peut-être ce qui fonde l’intérêt des Etats-Unis pour eux, « pas nécessairement au prix de ruptures dans l’univers des relations économiques ». Et c’est peu dire que nombre de ces web-activistes n’ont pas toujours été très vigilants quant à certains de leurs soutiens extérieurs. Dans le livre, on lira donc avec attention les passages consacrés à Jared Cohen qui, à 23 ans, a effectué au milieu des années 2000, un périple au Proche-Orient avant d’en tirer un livre mettant en avant « les effets révolutionnaires de l’essor du numérique » dans cette région. Devenu membre de l’équipe de Condoleeza Rice puis d’Hillary Clinton, il a ensuite quitté le Département d’Etat pour rejoindre Google. Son implication personnelle dans les manifestations iraniennes de 2009 puis durant les révoltes arabes mettent en exergue une part de l’influence étasunienne dans ces événements. Une influence, rappelle Yves Gonzalez-Quijano, contre laquelle des blogueurs arabes avaient pourtant mis en garde. Parmi eux, le Tunisien Sami Ben Gharbia, l’un des fondateurs du collectif Nawaat et auteur, en septembre 2010, d’un manifeste ayant fait date. Pour lui, le soutien américain au cyber-activisme arabe est à la fois porteur de fausses promesses de liberté tout en étant responsable d’une évolution négative de ce type de contestation et d’engagement à travers une« politisation à outrance» et une « perte de crédibilité ».
 
De façon générale, on comprend à la lecture du livre, que le monde arabe est un excellent cas d’étude pour ce qui est de juger de l’apport ou non d’Internet dans les transformations politiques où que l’on soit dans le monde. Le problème, c’est que la vision optimiste a tendance à toujours prendre le pas alors qu’il existe un courant de pensée, le « cyber-pessimisme »,qui met en garde contre une exagération des bienfaits de la Toile. Des chercheurs comme Evgeny Morozov et Malcomm Gladwell sont catégoriques :« pour renverser un régime corrompu, un libre accès à l’information n’est ni nécessaire, ni même important ». En clair, « la révolution ne sera pas twittée » et ce n’est pas le « cliquisme » (le fait de se contenter de cliquer sur son ordinateur plutôt que de passer à l’action concrète) qui changera les choses.
 
Nouvelles identités arabes et résurgence de la Nahda
 
Le livre d’Yves Gonzalez-Quijano met en exergue d’autres impacts d’internet sur le monde arabe. Ainsi, le web est-il directement lié à l’émergence d’un « islam à la carte » et d’une individualisation des pratiques religieuses. C’est aussi un champ d’expansion de la langue arabe. Comme le note l’auteur, cette dernière « s’est hissée devant le français, à la septième place en termes d’usagers sur la Toile, avec le plus fort taux de croissance entre 2000 et 2011 (+2500%) loin devant toutes les autres langues ». L’arabe a réalisé « la plus forte progression parmi toutes les langues présentes sur Twitter », pointant au huitième rang de cette micro-messagerie devenue le réseau social préféré des Arabes du Golfe et du Proche-Orient. De même, cette langue est-elle en train d’évoluer, de se simplifier sur le plan de la grammaire et elle connaît même une étrange mutation avec l’émergence de « l’arabizi », cette écriture de l’arabe en caractères latins et en chiffres que l’on retrouve désormais dans maints forums de discussion.
 
Contestation politique, activisme social, réinvention d’anciennes formes d’écriture, résurgence de la poésie et de la littérature, interrogations sur l’identité et les relations sociales, remise en cause du rapport à l’autorité : le monde arabe s’est saisi de tout cela grâce aux technologies numériques. Cela fonde, estime l’auteur, de « nouvelles identités arabes » qui « prolongent d’une certaine manière un processus entamé à partir de la seconde moitié du XIX siècle » à savoir laNahda (Renaissance, réveil ou redressement). Les blogs, les forums, les groupes Facebook, les tweets, tout cela permettrait, selon Yves Gonzalez-Quijano , l’ihyâ’ et l’iqtibâs, c'est-à-dire la revivification et l’emprunt, soit deux mots d’ordre majeurs de la Nahda XIX° siècle. L’hypothèse est séduisante mais elle mérite de plus longs développements. Internet est-il un facteur de progrès et d’émancipation durables dans le monde arabe ? Contribue-t-il à la modernisation de la pensée, notamment religieuse ? Ces questions restent posée car la Toile, dans cette région du globe comme ailleurs, est aussi synonyme d’acculturation voire d’aliénation sans oublier le fait qu’elle continue de favoriser l’essor et la diffusion des pensées les plus rétrogrades.
 
(*) Yves Gonzalez-Quijano, Arabités numériques. Le Printemps du Web arabe, Sindbad – Actes Sud, 187 pages, 18 euros. On peut consulter le carnet de recherche en ligne de l’auteur (Culture et politique arabes) à l’adresse suivante : http://cpa.hypotheses.org/


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vendredi 25 mai 2012

La chronique du blédard : Facebook, outil de travail, de jeu, de mobilisation ou de drague ?

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 24 mai 2012
Akram Belkaïd, Paris
 

Parlons de Facebook mais pas pour aborder la question de son entrée (plutôt ratée) en Bourse. Il paraît qu’un Algérien sur dix est inscrit à ce réseau social lequel devrait bientôt fêter son milliardième membre (ce qui, dit autrement, signifie qu’un terrien sur six serait connecté à « Fb »). Voilà une statistique intéressante car, en faisant l’hypothèse de sa véracité, elle nous dit que les Algériens sont finalement comme leurs voisins, qu’ils soient sud ou nord-méditerranéens. Ils sont partie prenante, fut-elle virtuelle, d’un mouvement global et globalisant et ce lien avec l’extérieur est une réalité qu’il ne faut pas négliger y compris par les faiseurs de propagande. Cette inclusion signifie qu’il est déjà difficile d’empêcher les esprits de vagabonder au-delà des frontières nationales et de s’inspirer de ce qui se dit et se fait ailleurs. Terminé donc le temps où les Algériens étaient en dehors du coup et où seuls quelques privilégiés pouvaient accéder aux innovations externes (il faudra, par exemple, raconter un jour l’histoire du magnétoscope et des cassettes vidéos en Algérie…).
 
Ce qui frappe quand on navigue sur Facebook, c’est la richesse de la matière qui y circule. Pour ses détracteurs, ce réseau n’est qu’un prétexte à des manifestations égotiques où des gens mettraient en scène leur vie et leurs fantasmes. Ce n’est pas faux et la principale activité de ce réseau concerne d’ailleurs la mise en ligne de photographies. Les pages d’adolescents mériteraient à ce sujet de véritables études sociologiques car, sous toutes les latitudes, elles sont le reflet des modes, des espérances, des vanités, des vulgarités du moment et, souvent aussi, de ses désespoirs. A ce sujet, j’ai une pensée émue et solidaire avec tous les parents qui tentent, par de multiples moyens mais souvent en vain, d’être acceptés comme « ami » sur Fb par leurs rejetons afin de surveiller ce qu’ils font et qui ils fréquentent…


Pour autant, ce serait faire fausse route que de croire que Facebook se limite à cela. Prenez le présent chroniqueur. Pour lui, le réseau est une source illimitée d’informations à commencer par une revue de presse gratuite dont le principe repose sur le partage. On voit passer un article, bon ou mauvais, neutre ou faisant scandale, et, hop, on le fait passer aux autres. Impossible, par exemple, de rater le voyage pied-nickelesque du plus que pitoyable Ferhat Mhenni en Israël ou les dernières péripéties de la répression – le mot n’est pas trop fort – subie par les étudiants québécois qui protestent dans la rue contre l’augmentation de leurs frais de scolarité.  Mais il n’y a pas que les informations de presse. Blogs, pages collectives, groupes informels, militants, Ong, artistes, activistes en tous genre, tout cela est disponible d’un seul clic sur le mulot. Hier, interviewer d’Alger ou de Paris une féministe saoudienne ou un économiste indonésien relevait de l’exploit (et de l’investissement matériel conséquent). Aujourd’hui, cela se boucle en moins d’une heure et pour le coût d’une connexion. Pour qui a connu l’usage antédiluvien du télex et des premières télécopies voire du téléphone interurbain avec opératrice, il est impossible de ne pas saluer cette avancée.

Mais tout le monde ne va pas sur Facebook pour y trouver matière à article ou à réflexion. Commentant la statistique évoquée au début de cette chronique, un confrère a estimé, un brin ironique, que neuf facebookers algériens sur dix sont connectés à ce réseau pour conter fleurette. C’est certainement vrai même si on peut penser que le taux avancé est un peu exagéré (ceci étant dit, Facebook a d’abord été créé pour faciliter la drague sur les campus américains…). « On drague, ida hakmet, rahi hakmet, sinon tompi » (si ça accroche tant mieux, sinon tant pis) a même confessé un facebooker en commentant le commentaire du journaliste. C’est d’ailleurs aussi cela Facebook : des chaînes de commentaires qui peuvent aller à l’infini mais qui restent tout de même plus intéressantes et un peu plus censées et courtoises que ce qu’on peut trouver sur d’autres forums où, au final, on retombe toujours – et quel que soit le sujet – sur la question du Sahara, le sort des Palestiniens ou le complot du Qatar et d’Al-Jazeera…

Reste que Facebook, c’est aussi des intrusions intempestives d’inconnus qui semblent avoir quelques problèmes avec la grammaire et l’orthographe. La faute aux fameux messages personnels (les « mp »). Exemple : « Slt. T-ki ? T’m kel zik ? T’m M Pokora ?». Ya ouled, dégage, j’ai presque l’âge de ton grand-père… Outre les « mp », il y a les fanas de jeux qui vous sollicitent pour jouer à je ne sais quelle cityville, smallville, angry birds ou tetris battle. Là aussi, il faut un certain tact, un peu de patience, pour décliner les invitations des uns, les rappels des autres. Mais, le pire, à mon sens, c’est de se retrouver inscrit d’autorité à un groupe de discussion, qu’il soit fermé (non accessible aux non-inscrits) ou ouvert. Je n’en citerai aucun pour ne faire de mal à personne mais, pour en avoir une idée, imaginez des titres tels que « l’amicale des lecteurs de Pif », « mettons fin à l’élevage de poulets en batterie » ou encore « les partisans d’un décalage du ramadan au mois de décembre ». Un coup de souris d’un « ami » bien intentionné et vous voilà embringué dans des échanges qui vous dépassent ou, c’est selon, vous sidèrent. Il faut alors quitter la bande sur la pointe des pieds pour ne fâcher personne. Ceci étant précisé, je vous conseille tout de même la découverte du groupe « Sonazmen, sonapoz, tchaqlala & co » : un groupe dédié à la nost-Algérie des années 1970 (ah, les logos de l’époque…).

Voilà donc pour Facebook. Informations, compilations d’articles, messages personnels, retours dans le passé, photographies, débats plus ou moins virulents : une immense agora du XXIème siècle, avec beaucoup de bruit, d’agitation et d’échanges. Et une question existentielle qui demeure : comment ce réseau, désormais dépendant des critères de rentabilité boursière, va-t-il évoluer ? Et que fera-t-on s’il venait à ne plus exister ?
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mardi 27 septembre 2011

Internet, Facebook et la gratuité

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A méditer par tous les utilisateurs de Facebook, des autres réseaux sociaux mais aussi des messageries internet :

"Si vous ne payez pas, vous n'êtes pas le consommateur, vous êtes le produit en train d'être vendu"

citation attribuée à un certain blu_beetle.

En clair, tout utilisateur de facebook est un produit grâce auquel fb augmente sa valorisation. Plus important encore, tous les actes de cet utilisateur, ses clics, ses "j'aime", ses connexions, tout cela a une valeur marchande notamment pour le marketing, les sondeurs, etc...
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samedi 5 février 2011

Mais qui était l'ami de Zine el-Abidine Ben Ali ?

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Sur facebook le dictateur déchu aurait eu des milliers d'amis avant qu'un administrateur zélé ne retire son profil. Par curiosité, j'ai donc entamé une investigation destinée à retrouver tous les anciens amis de l'ex-patron de Carthage.
Je n'ai reçu que des réponses laconiques. "Moi ? Jamais !" ou alors "Moi ? Mais prouvez-le donc !".
Il a tout de même eu des fuites et quelques blogueurs qui ont bien voulu m'envoyer des indices sous la forme d'initiales.
Voici les premiers envois : "MAM, NS, CB, FM et BD".
Je vous avoue être perdu.
Quelqu'un pourrait-il m'aider ?
Merci d'avance.
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