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- Bon, j'ai une vision. On va envahir le Qatar
- Nooooon ! Majesté, ce n'est pas possible !
- Pourquoi ?
- D'abord, il y a un contingent turc sur place. Ensuite, les pays occidentaux n'apprécieront pas. On passera pour les méchants agresseurs.
- Comment convaincre les Occidentaux que nous sommes dans notre bon droit d'envahir ces...
- Changeons notre image !
- Comment ?
- Permettons à nos concitoyennes de conduire. Cela nous fera une bonne publicité.
- Aha, bonne idée. Et ensuite, on attaque ?
- Heu...
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Blog au fil des jours, quand la chose et l'écriture sont possibles.
Lignes quotidiennes
Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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mardi 26 septembre 2017
mardi 19 mai 2015
La chronique du blédard : Etats-Unis et Arabie Saoudite : feu, le pacte du Quincy ?
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Le Quotidien
d’Oran, jeudi 14 mai 2015
Akram Belkaïd,
Paris
En matière de
traitement journalistique des relations internationales, il existe des références
que l’on se doit toujours de mentionner pour donner une perspective historique.
Dans le cas des rapports entre les Etats-Unis et l’Arabie saoudite, il est
impossible de ne pas citer le pacte du Quincy, du nom du navire de guerre
américain où le président Franklin Delano Roosevelt – de retour de la
conférence de Yalta – et le roi Ibn Seoud se sont rencontrés le 14 février
1945. L’accord qui fut conclu alors a structuré depuis les relations entre les
deux pays et a façonné la politique américaine dans le Golfe.
On connaît les
grandes lignes de ce document signé pour soixante ans et qui a été renouvelé
pour une durée similaire en 2005 sous la présidence de George W. Bush.
Washington s’est engagé à assurer la protection de la famille Saoud et du
royaume wahhabite, ce dernier ainsi que son leadership régional étant
considérés comme faisant partie des « intérêts vitaux » des
Etats-Unis. La contrepartie de ce « deal » est que l’Arabie Saoudite
se doit de garantir l’approvisionnement énergétique (pétrole et, éventuellement
gaz naturel) de son protecteur. Enfin, ce dernier est tenu de ne pas s’ingérer
dans les affaires internes de son « partenaire ».
Depuis quelques
temps, l’un des thèmes récurrents des analyses géopolitiques relatives à la
région du Golfe consiste à s’interroger sur la fin du fameux pacte. La raison
d’un tel bouleversement ? Les mauvaises relations actuelles entre le
royaume et l’administration Obama. Dernier épisode en date, la décision du roi
Salman (à 79 ans, il règne depuis janvier dernier après le décès du roi
Abdallah) de ne pas participer à une réunion à Washington entre les Etats-Unis
et les six monarchies membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG :
Arabie Saoudite, Bahreïn, Emirats arabes unis, Koweït, Qatar, Oman). Le nouveau
souverain a aussi décliné l’invitation qui lui a été faite de se rendre à la
résidence de Camp David pour rencontrer Barack Obama dans un cadre plus intime
(outre la nécessité de mentionner la mauvaise santé du roi, on notera tout de
même la présence de deux hommes fort du royaume, le prince héritier Mohammed
ben Nayef – 55 ans et premier petit-fils du roi Saoud à accéder à un tel rang –
et Mohammed ben Salman, 35 ans – environ -, et futur prince héritier).
Les raisons de
la mauvaise humeur saoudienne sont connues. Riyad s’oppose à la normalisation
en cours des relations entre Washington et Téhéran. Engagé dans une véritable
guerre froide avec son adversaire chiite, le royaume wahhabite craint que les
Etats-Unis n’aient décidé de réviser leur stratégie dans le Golfe, un recentrage
qui pourrait à terme déboucher sur un bouleversement d’alliances dans la
région. De fait, les dirigeants saoudiens n’ont pas la mémoire courte. Ils se
souviennent de la manière dont l’Amérique a respectivement abandonné à leurs
sorts, le Chah d’Iran – qui était l’un de ses plus fidèles alliés – et, plus
récemment encore, le président égyptien Hosni Moubarak. Et c’est d’ailleurs
pour rassurer les membres du CCG, pour leur dire qu’ils ne seront jamais
abandonnés aux griffes de l’ennemi perse, que l’administration Obama a organisé
la rencontre de Washington (mais il n’est pas question pour l’Amérique de
signer un quelconque accord de défense avec le CCG et cela au nom du lien
stratégique qui la lie à Israël).
Disons-le tout
de suite, il est très peu probable que le pacte du Quincy soit remisé aux
oubliettes. Certes, les Etats-Unis ont moins besoin de l’Arabie saoudite sur le
plan énergétique et cela grâce au développement de l’exploitation des
hydrocarbures de schiste. De même, une évaluation dépassionnée des perspectives
de développement dans la région du Golfe persique montre que l’Amérique a tout
intérêt à se rapprocher de l’Iran, un « vrai » pays à la fois
héritier d’une civilisation pluri-millénaire et potentiel allié dans la
rivalité croissante entre Washington et Pékin.
Pour autant,
les Etats-Unis ont encore besoin de l’Arabie Saoudite (et de ses voisins du
CCG). D’abord, le royaume des Saoud reste un acteur de poids sur le marché
pétrolier, ayant la capacité d’influer sur les prix et de dicter sa stratégie
aux membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep). Même si
les Etats-Unis n’achètent pratiquement plus d’hydrocarbures saoudiens, ils ne
peuvent se mettre à dos un partenaire qui possède les plus grandes réserves du
monde et qui a la capacité de semer la panique sur les marchés pétroliers de
Londres et de New York. On notera aussi que trois pétrodollars sur cinq
engrangés par les pays du Golfe finissent, d’une manière ou d’une autre, par
revenir dans les caisses de l’économie américaine…
Ensuite, il
convient de relativiser la mauvaise humeur saoudienne. Oui, Riyad semble pris
actuellement par un irrésistible sentiment de puissance. C’est un peu comme si
les dignitaires saoudiens entendaient signifier à leur protecteur que leur pays
et ses forces armées sont capables de se débrouiller seuls en faisant régner
l’ordre dans la région. L’intervention pour mater la révolte à Bahreïn en mars
2011 et la mise en place d’une coalition arabe pour lutter militairement contre
la rébellion houtiste au Yémen témoignent effectivement d’une certaine volonté
d’émancipation. Comme le faisait remarquer un chroniqueur de CNN, en modifiant
l’habituelle politique américaine dans le Golfe, Barack Obama a peut être
obligé les Saoudiens à « grandir un peu » et à cesser de penser que
l’Amérique sera toujours là pour faire les choses à leur place et, surtout, à
leur sauver la mise.
Pour autant, le
principe de réalité s’impose. Aucun pays, pas même la France de François
Hollande qui se voit déjà en parrain de la région, ne peut remplacer les 15.000
soldats américains stationnés dans le Golfe. Avec leur impressionnant arsenal,
ils sont la vraie force de dissuasion qui empêche l’Iran, ou même l’Irak, de
faire main basse sur les formidables ressources énergétiques de la péninsule
arabique. De même, il faut suivre avec attention ce qui se passe au Yémen. Pour
l’heure, l’intervention de la coalition menée par les Saoudiens ne s’avère
guère efficace sur le plan militaire. Que se passera-t-il en cas d’enlisement
de cette guerre par procuration que Riyad livre à l’Iran ? Que se
passera-t-il en cas de revers majeur pour les forces saoudiennes si elles
venaient à intervenir au sol ? A un moment ou un autre, Washington risque
fort d’être appelé à la rescousse ce qui lui permettra d’asséner aux
Saoudiens cette réplique hollywoodienne fort connue: « who’s your
daddy now ? ». A bien des égards, la mauvaise humeur de Riyad risque donc de n’être que passagère. Le temps, peut-être qu’un nouveau
locataire, moins conciliant avec l’Iran, ne s’installe à la Maison-Blanche en
janvier 2017…
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lundi 19 mai 2014
La chronique économique : A Dubaï, l’immobilier s’affole de nouveau
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UNE BULLE GRANDISSANTE
Selon le cabinet spécialisé Jones Lang Lasalle, les prix du mètre carré dans la cité-Etat ont progressé de 22% en 2013 et ce taux devrait se maintenir autour de 10 à 15% en 2014. Dubaï connaît donc de nouveau une frénésie de projets de construction, qu’il s’agisse d’hôtels, de buildings d’habitations ou de bureaux. Plus important encore, en obtenant l’organisation de l’Exposition universelle de 2020, l’émirat a attiré l’attention de plusieurs spéculateurs persuadés qu’un boom économique se prépare, les autorités locales s’étant engagées à consacrer au moins 100 milliards de dollars pour moderniser les infrastructures.
Mais, on le sait, les arbres ne montent pas au ciel et les experts s’attendent tout de même à ce qu’une correction brutale des prix de la pierre intervienne en 2015 ou en 2016. Bien que conscients de ce possible retournement, les spéculateurs continuent de plus belle et la demande en logements neufs ne faiblit pas. De plus, un autre événement soutient la tendance haussière. En effet, la perspective d’une Coupe du monde de football au Qatar (à peine une heure en avion) en 2022 pousse de nombreux investisseurs à parier que les spectateurs occidentaux préféreront dormir à Dubaï plutôt qu’à Doha, ville moins cosmopolite et bien moins animée que la cité dubaïote.
D’où la hausse des projets hôteliers, chacun étant persuadé que les deux manifestations (Coupe du monde et Exposition universelle) convaincront les touristes étrangers de revenir dans la région.
Conscients des risques d’une aggravation de la bulle, les autorités de Dubaï ont déjà pris des mesures en doublant notamment la taxe immobilière en la faisant passer de 2 à 4%. De même, la Banque centrale des Emirats arabes unis a, sous la pression d’Abu Dhabi, décidé de durcir la réglementation concernant l’octroi de crédits immobiliers. Pour autant, le Fonds monétaire international (FMI) préconise des mesures encore plus vigoureuses comme par exemple le fait de porter la taxe immobilière à 30% en la rendant payable une année après la transaction. Une méthode adoptée avec succès par Singapour, le modèle asiatique dont s’inspire Dubaï. Reste à savoir si cela serait suffisant à endiguer la spéculation.
LA RANÇON DU SUCCÈS
On sait que les bulles obéissent à des phénomènes souvent irrationnels où la quête du gain facile balaie toute prudence. Mais dans le cas de Dubaï, il y a un élément particulier qui entre en jeu. En effet, dans une région marquée par les incertitudes politiques, l’émirat fait figure de havre de paix et de stabilité tout en étant paré des vertus de la réussite économique. Les experts et autres politologues pourront aisément contester les fondements de ce jugement mais toujours est-il que c’est une analyse très répandue, y compris chez les habitants des émirats voisins voire des autres monarchies du Conseil de coopération du Golfe. Pour tout ce monde, Dubaï est une réussite à part. En clair, la confiance et la perception d’un caractère unique de l’émirat sont aussi à l’origine de cette bulle naissante. En attendant de voir ce qui se passera le jour où la bulle éclatera…
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Le Quotidien d'Oran, mercredi 14 mai 2014
Akram Belkaïd, Paris
En
novembre 2009 la bulle immobilière de Dubaï explosait, projetant
l’émirat dans une grave crise financière dont il ne s’est dépêtré que
grâce au sauvetage organisé par son riche voisin d’Abu Dhabi. On se
souvient de cette époque où, quelques jours encore avant le krach, des
appartements, encore sur plan, pouvaient changer de propriétaire
plusieurs fois par semaine avec, à chaque transaction, des plus-values
de 5 à 20%. On pensait depuis que la violence du choc provoqué par la
dépréciation des actifs immobiliers servirait de leçon. On s’est trompé.
UNE BULLE GRANDISSANTE
Selon le cabinet spécialisé Jones Lang Lasalle, les prix du mètre carré dans la cité-Etat ont progressé de 22% en 2013 et ce taux devrait se maintenir autour de 10 à 15% en 2014. Dubaï connaît donc de nouveau une frénésie de projets de construction, qu’il s’agisse d’hôtels, de buildings d’habitations ou de bureaux. Plus important encore, en obtenant l’organisation de l’Exposition universelle de 2020, l’émirat a attiré l’attention de plusieurs spéculateurs persuadés qu’un boom économique se prépare, les autorités locales s’étant engagées à consacrer au moins 100 milliards de dollars pour moderniser les infrastructures.
Mais, on le sait, les arbres ne montent pas au ciel et les experts s’attendent tout de même à ce qu’une correction brutale des prix de la pierre intervienne en 2015 ou en 2016. Bien que conscients de ce possible retournement, les spéculateurs continuent de plus belle et la demande en logements neufs ne faiblit pas. De plus, un autre événement soutient la tendance haussière. En effet, la perspective d’une Coupe du monde de football au Qatar (à peine une heure en avion) en 2022 pousse de nombreux investisseurs à parier que les spectateurs occidentaux préféreront dormir à Dubaï plutôt qu’à Doha, ville moins cosmopolite et bien moins animée que la cité dubaïote.
D’où la hausse des projets hôteliers, chacun étant persuadé que les deux manifestations (Coupe du monde et Exposition universelle) convaincront les touristes étrangers de revenir dans la région.
Conscients des risques d’une aggravation de la bulle, les autorités de Dubaï ont déjà pris des mesures en doublant notamment la taxe immobilière en la faisant passer de 2 à 4%. De même, la Banque centrale des Emirats arabes unis a, sous la pression d’Abu Dhabi, décidé de durcir la réglementation concernant l’octroi de crédits immobiliers. Pour autant, le Fonds monétaire international (FMI) préconise des mesures encore plus vigoureuses comme par exemple le fait de porter la taxe immobilière à 30% en la rendant payable une année après la transaction. Une méthode adoptée avec succès par Singapour, le modèle asiatique dont s’inspire Dubaï. Reste à savoir si cela serait suffisant à endiguer la spéculation.
LA RANÇON DU SUCCÈS
On sait que les bulles obéissent à des phénomènes souvent irrationnels où la quête du gain facile balaie toute prudence. Mais dans le cas de Dubaï, il y a un élément particulier qui entre en jeu. En effet, dans une région marquée par les incertitudes politiques, l’émirat fait figure de havre de paix et de stabilité tout en étant paré des vertus de la réussite économique. Les experts et autres politologues pourront aisément contester les fondements de ce jugement mais toujours est-il que c’est une analyse très répandue, y compris chez les habitants des émirats voisins voire des autres monarchies du Conseil de coopération du Golfe. Pour tout ce monde, Dubaï est une réussite à part. En clair, la confiance et la perception d’un caractère unique de l’émirat sont aussi à l’origine de cette bulle naissante. En attendant de voir ce qui se passera le jour où la bulle éclatera…
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mercredi 26 février 2014
Lu, dans L'Equipe à propos du Qatar : "Il faut payer les jeunes"
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Extrait d'un entretien avec Gaël Monthurel, champion du monde de handball en 1995 et entraîneur des jeunes au club militaire d'Al-Jaish à Al-Rayyan, deuxième ville du Qatar.
L’Équipe, 26 février 2014
Pour attirer les jeunes vers le sport, est-ce vrai que les clubs déboursent de l'argent ?
- Oui. Il faut payer les jeunes qui viennent jouer, pour certains négocier avec leurs parents, et c'est ainsi dans tous les sports (à Al-Jaish, cette somme peut s'élever à plusieurs centaines d'euros mensuels par licencié). Au même titre que pour remplir les stades de foot, on donne souvent au spectateur une vingtaine d'euros et une invitation à manger à la mi-temps !
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Extrait d'un entretien avec Gaël Monthurel, champion du monde de handball en 1995 et entraîneur des jeunes au club militaire d'Al-Jaish à Al-Rayyan, deuxième ville du Qatar.
L’Équipe, 26 février 2014
Pour attirer les jeunes vers le sport, est-ce vrai que les clubs déboursent de l'argent ?
- Oui. Il faut payer les jeunes qui viennent jouer, pour certains négocier avec leurs parents, et c'est ainsi dans tous les sports (à Al-Jaish, cette somme peut s'élever à plusieurs centaines d'euros mensuels par licencié). Au même titre que pour remplir les stades de foot, on donne souvent au spectateur une vingtaine d'euros et une invitation à manger à la mi-temps !
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jeudi 25 juillet 2013
Le Golfe par ses mots : Publication dans Le Monde diplomatique d'août 2013
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Le Golfe par ses mots
par Akram Belkaïd, août 2013
Aperçu
En avril 2013, lors d’une conférence sur l’énergie organisée à Doha, au Qatar, l’un des intervenants, un officiel qatari, commence et conclut son intervention en anglais — la lingua franca dans le Golfe — en rendant hommage à la « vision éclairée » de son émir. Dans la salle, journalistes et universitaires échangent clins d’œil et sourires entendus. Habitués de ce genre de manifestations, certains ont même parié sur le nombre de fois où serait prononcée l’expression « the vision ». Il faut dire qu’elle est devenue omniprésente dans toutes les monarchies pétrolières ou gazières du golfe Arabo-Persique. Que ce soit lors d’un colloque, dans un document officiel ou dans une simple plaquette touristique, il faut célébrer la « vijieune » — exigez l’accent — de Son Altesse royale, ou plutôt, en forçant un peu le trait, de « Son Altessissime des cieux très élevés ».
Au-delà de l’obséquiosité dont il témoigne, pareil propos résume l’image que les monarques et leur cour tentent de projeter à l’extérieur. Ainsi, il faut donc savoir que le roi, l’émir ou le sultan a eu un jour une vision, personnelle cela va sans dire, quant à la manière de développer son pays. « A strategic vision », une vision stratégique, bien sûr, et non un caprice de nouveau riche.
Les gratte-ciel de Dubaï, les villes nouvelles d’Arabie saoudite, les ports du sultanat d’Oman, la diversification de l’économie d’Abou Dhabi pour sortir du tout-pétrole, l’activisme du Qatar sur tous les fronts de la planète, les hôtels fantasmagoriques que la presse anglo-saxonne qualifie d’« al-bling-bling », les compagnies aériennes (Emirates, Etihad Airways, Qatar Airways, Oman Air…) qui dament le pion à leurs concurrentes européennes. les fantaisies touristiques : tout cela relèverait de la « vision » cohérente de monarques qui seraient à la fois stratèges et planificateurs, gestionnaires avisés et entrepreneurs.
Opportunistes, et souvent à l’origine des grands projets économiques dans la région, les cabinets de conseil anglo-saxons ont compris tout l’intérêt d’investir (...)
La suite est à lire dans Le Monde Diplomatique du mois d'août 2013
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Au-delà de l’obséquiosité dont il témoigne, pareil propos résume l’image que les monarques et leur cour tentent de projeter à l’extérieur. Ainsi, il faut donc savoir que le roi, l’émir ou le sultan a eu un jour une vision, personnelle cela va sans dire, quant à la manière de développer son pays. « A strategic vision », une vision stratégique, bien sûr, et non un caprice de nouveau riche.
Les gratte-ciel de Dubaï, les villes nouvelles d’Arabie saoudite, les ports du sultanat d’Oman, la diversification de l’économie d’Abou Dhabi pour sortir du tout-pétrole, l’activisme du Qatar sur tous les fronts de la planète, les hôtels fantasmagoriques que la presse anglo-saxonne qualifie d’« al-bling-bling », les compagnies aériennes (Emirates, Etihad Airways, Qatar Airways, Oman Air…) qui dament le pion à leurs concurrentes européennes. les fantaisies touristiques : tout cela relèverait de la « vision » cohérente de monarques qui seraient à la fois stratèges et planificateurs, gestionnaires avisés et entrepreneurs.
Opportunistes, et souvent à l’origine des grands projets économiques dans la région, les cabinets de conseil anglo-saxons ont compris tout l’intérêt d’investir (...)
La suite est à lire dans Le Monde Diplomatique du mois d'août 2013
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mercredi 3 juillet 2013
Dubaï : Le Coran et le Bling-Bling
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Al Huffpost, 25 juin 2013
Akram Belkaïd, Paris
Les deux informations sont tombées de manière simultanées et, d'une certaine façon, elles décrivent parfaitement la dualité schizophrène de l'émirat de Dubaï. La première annonce l'inauguration prochaine du Palazzo Versace Dubaï, un établissement de luxe se voulant être l'icône de « la splendeur italienne », une construction imposante de style gréco-romain aux portes du désert. En clair, un nouveau « land-mark » étincelant et luxueux dans une cité-Etat qui en compte déjà plusieurs dizaines. La seconde information est relative quant à elle, au lancement d'un nouveau projet urbain dans la capitale de la dynastie des Al-Maktoum. Il s'agit de la création d'un parc thématique entièrement dédié au... Coran. D'un montant de 7,3 millions de dollars, le projet de 60 hectares ambitionne de présenter tous les végétaux, arbres, plantes, légumes et fruits, cités dans les sourates du Livre saint. Une galerie fermée, climatisée cela va sans dire, présentera les grands événements relatés dans le Coran.
Alors, Dubaï : Coran ou « bling-bling » ? Depuis son extraordinaire essor planétaire entamé au début des années 1990, l'émirat a plutôt penché vers la seconde extrémité au point de devenir le point de convergence de tous les fêtards de la péninsule. Une sorte de sas de décompression pour toute une région plus qu'enserrée dans la gangue du rigorisme religieux. A Dubaï, l'une des villes les plus sûres au monde, les femmes peuvent conduire, le voile n'est obligatoire pour personne, et l'alcool est servi dans la majorité des hôtels. Des méga-fêtes y sont organisées, et les mots « fun » et « leisure », amusement et loisirs, y résonnent comme un leitmotiv.
Mais depuis quelques années, et surtout depuis la montée en puissance des mouvements islamistes à la faveur du Printemps arabe, la cité connue pour sa tolérance, et son cosmopolitisme (plus de deux cent nationalités y cohabitent) fait l'objet de virulentes mises en cause. Ces dernières viennent de certains courants radicaux parmi lesquels des salafistes saoudiens mais aussi des Frères musulmans, une confrérie interdite dans les six pays du Conseil de Coopération du Golfe. Pour dire les choses de manière plus directe, Dubaï est vue dans le Golfe comme l'endroit de toutes les perditions possibles, puisque tout y est permis ou, presque, y compris la prostitution (cantonnée toutefois dans les grands hôtels). Pendant des années, Dubaï a pourtant échappé à ces critiques, fort de son statut de « terrain neutre ». Les GI's américains stationnés au Qatar ou à Bahreïn pouvaient ainsi s'y encanailler croisant, dans la réception du même hôtel, des dignitaires Talibans venus eux aussi se reposer ou se soigner dans le Las Vegas du Golfe. Ajoutons à cela un zeste de négociants iraniens, activant pour détourner l'embargo infligé à leur pays, une pincée d'oligarques russes ou de trafiquants tchétchènes, sans oublier des banquiers occidentaux spécialisés dans « l'optimisation fiscale », et l'on comprendra pourquoi Dubaï ressemble tant à une zone franche, à un « saloon » mondial où tout le monde est obligé de laisser ses armes à l'entrée.
L'annonce du lancement du parc à thème coranique apparaît donc comme un tournant notable. C'est évidemment une concession faite aux Dubaïotes mais aussi aux autres Emiratis, notamment ceux d'Abou Dhabi, qui trouvent que l'émirat est allé trop loin dans la démesure et l'ouverture à l'occidentale. Dans un contexte régional de plus en plus tendu, marqué notamment par une agitation salafiste de plus en plus importante en Arabie saoudite, ainsi qu'un retour de l'activisme des Frères musulmans - comme en témoigne l'actuel procès d'Emiratis accusés d'appartenir à la Confrérie - ce futur parc revêt une symbolique de retour aux sources voire de rédemption, deux éléments fondamentaux dans le monde musulman. Est-ce que cela suffira à inverser la tendance et à convaincre ses contempteurs que Dubaï n'est pas la « Sodome et Gomorrhe » du Golfe voire du monde arabe ? Rien n'est moins sûr à l'heure où la reprise de l'économie fait que la cité-Etat est de nouveau tentée par le lancement d'autres méga-projets où le gigantisme le disputera au luxe et au bling-bling...
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Al Huffpost, 25 juin 2013
Akram Belkaïd, Paris
Les deux informations sont tombées de manière simultanées et, d'une certaine façon, elles décrivent parfaitement la dualité schizophrène de l'émirat de Dubaï. La première annonce l'inauguration prochaine du Palazzo Versace Dubaï, un établissement de luxe se voulant être l'icône de « la splendeur italienne », une construction imposante de style gréco-romain aux portes du désert. En clair, un nouveau « land-mark » étincelant et luxueux dans une cité-Etat qui en compte déjà plusieurs dizaines. La seconde information est relative quant à elle, au lancement d'un nouveau projet urbain dans la capitale de la dynastie des Al-Maktoum. Il s'agit de la création d'un parc thématique entièrement dédié au... Coran. D'un montant de 7,3 millions de dollars, le projet de 60 hectares ambitionne de présenter tous les végétaux, arbres, plantes, légumes et fruits, cités dans les sourates du Livre saint. Une galerie fermée, climatisée cela va sans dire, présentera les grands événements relatés dans le Coran.
Alors, Dubaï : Coran ou « bling-bling » ? Depuis son extraordinaire essor planétaire entamé au début des années 1990, l'émirat a plutôt penché vers la seconde extrémité au point de devenir le point de convergence de tous les fêtards de la péninsule. Une sorte de sas de décompression pour toute une région plus qu'enserrée dans la gangue du rigorisme religieux. A Dubaï, l'une des villes les plus sûres au monde, les femmes peuvent conduire, le voile n'est obligatoire pour personne, et l'alcool est servi dans la majorité des hôtels. Des méga-fêtes y sont organisées, et les mots « fun » et « leisure », amusement et loisirs, y résonnent comme un leitmotiv.
Mais depuis quelques années, et surtout depuis la montée en puissance des mouvements islamistes à la faveur du Printemps arabe, la cité connue pour sa tolérance, et son cosmopolitisme (plus de deux cent nationalités y cohabitent) fait l'objet de virulentes mises en cause. Ces dernières viennent de certains courants radicaux parmi lesquels des salafistes saoudiens mais aussi des Frères musulmans, une confrérie interdite dans les six pays du Conseil de Coopération du Golfe. Pour dire les choses de manière plus directe, Dubaï est vue dans le Golfe comme l'endroit de toutes les perditions possibles, puisque tout y est permis ou, presque, y compris la prostitution (cantonnée toutefois dans les grands hôtels). Pendant des années, Dubaï a pourtant échappé à ces critiques, fort de son statut de « terrain neutre ». Les GI's américains stationnés au Qatar ou à Bahreïn pouvaient ainsi s'y encanailler croisant, dans la réception du même hôtel, des dignitaires Talibans venus eux aussi se reposer ou se soigner dans le Las Vegas du Golfe. Ajoutons à cela un zeste de négociants iraniens, activant pour détourner l'embargo infligé à leur pays, une pincée d'oligarques russes ou de trafiquants tchétchènes, sans oublier des banquiers occidentaux spécialisés dans « l'optimisation fiscale », et l'on comprendra pourquoi Dubaï ressemble tant à une zone franche, à un « saloon » mondial où tout le monde est obligé de laisser ses armes à l'entrée.
L'annonce du lancement du parc à thème coranique apparaît donc comme un tournant notable. C'est évidemment une concession faite aux Dubaïotes mais aussi aux autres Emiratis, notamment ceux d'Abou Dhabi, qui trouvent que l'émirat est allé trop loin dans la démesure et l'ouverture à l'occidentale. Dans un contexte régional de plus en plus tendu, marqué notamment par une agitation salafiste de plus en plus importante en Arabie saoudite, ainsi qu'un retour de l'activisme des Frères musulmans - comme en témoigne l'actuel procès d'Emiratis accusés d'appartenir à la Confrérie - ce futur parc revêt une symbolique de retour aux sources voire de rédemption, deux éléments fondamentaux dans le monde musulman. Est-ce que cela suffira à inverser la tendance et à convaincre ses contempteurs que Dubaï n'est pas la « Sodome et Gomorrhe » du Golfe voire du monde arabe ? Rien n'est moins sûr à l'heure où la reprise de l'économie fait que la cité-Etat est de nouveau tentée par le lancement d'autres méga-projets où le gigantisme le disputera au luxe et au bling-bling...
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samedi 15 juin 2013
La chronique du blédard : Les mots du Golfe
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Le Quotidien d'Oran, jeudi 13 juin 2013
Le Quotidien d'Oran, jeudi 13 juin 2013
Akram Belkaïd, Paris
Souvent, quelques mots clés suffisent à résumer un pays ou une région. Dans le Golfe arabo-persique (formule neutre qui n’irritera personne…), il en est un qui s’impose d’emblée : Vision (prononcer à l’anglaise, soit « vijieune »). Le journaliste ou le chercheur de passage dans la région en a très vite pour son compte. « His highness had a vision » telle est la phrase répétée à l’envi. Son Altesse, ou plutôt son « Altessissime des cieux plus que très élevés » - puisque l’on est aux pays des émirs, des rois et des sultans - a donc eu, un jour, une vision. « A strategic vision », une vision stratégique, bien entendu, pas juste un caprice de riche. Un désert transformé en tours d’acier et de verre. Des ports et des aéroports, des usines sorties de nulle part, des compagnies aériennes qui mettent leurs concurrentes occidentales à genoux, des économies qui cherchent à se diversifier, des projets fous qui attirent les touristes et les croisiéristes, des fonds souverains qui font la pluie et le beau temps sur les marchés internationaux : « the vision » affirme être cohérente et préparer l’après-pétrole grâce au… pétrole.
Du coup, le mot est mis à toutes les sauces. Tout le monde ou presque se doit d’avoir une « vijieune ». Malins, les cabinets de conseil anglo-saxons, plus qu’influents dans la région, ont saisi l’aubaine. C’est à qui vendra le plus beau rapport de prospective. « Vision 2020 », « Vision 2030 », les pays du Golfe ne cessent de se projeter en avant, s’imaginant en puissances économiques, pariant sur le nucléaire civil et les énergies renouvelables, affirmant vouloir développer le « human capital », le capital humain lui aussi mis à toutes les sauces sauf quand il s’agit de parler du sort des migrants asiatiques ou africains et, parfois même, arabes. Des migrants qui, quand ils ne se tiennent pas bien, comme lorsqu’ils font grève pour qu’on leur verse enfin leurs salaires, sont immédiatement soumis à « the deportation », comprendre l’expulsion du territoire. Pour l’exemple, pour que les autres sachent ce qui les attend au cas où leur viendrait la mauvaise idée de revendiquer leurs maigres droits.
Loin de l’Europe morose et fauchée, on ne parle ici que de « projects », des projets, et de « billions », de milliards de dollars. Les sommes avancées donnent le tournis et l’optimisme qui les porte confine à la démesure. Car, il faut bien le comprendre : tous les projets sont « world class », de classe mondiale. Pas question d’acheter de la seconde-main, il y a le Maghreb et l’Afrique pour ça… Ici, le projet doit être grand, lourd et impressionnant. Mais, attention, encore une fois vous dit-on, ce n’est pas un caprice ou un éléphant blanc destiné à arroser en commissions des responsables aussi vénaux qu’incompétents. Non, le « project » doit permettre au pays de se développer encore et toujours, de rivaliser avec les économies émergentes et de devenir un grand « hub ». Un terme qui entend tout dire : carrefour (stratégique, of course), plate-forme, nœud de communications et de transports. Le hub, signifie à celui qui l’entend le caractère incontournable du lieu, la nécessité de s’y rendre pour y faire des affaires.
L’acolyte de hub est le terme « global ». Aucun projet, aucune activité, n’ont droit de cité s’ils ne sont pas « global », c'est-à-dire planétaires, ou du moins, présentés comme tels. Alors, tout le monde est global y compris l’attachée de presse d’une toute petite affaire familiale. Sur sa carte de visite elle sera donc « global press officer ». Avouez que cela en jette ! Même le « mall », ce gigantesque centre commercial où expatriés et locaux (« the locals » dans la bouche des premiers) traînent leur ennui dans de tristes galeries de marbre, se doit d’être global. Les pays du Golfe ? « A global hub with a strategic vision ». Un hub global avec une vision stratégique… Avec cela, on peut broder durant des lignes et des colloques en célébrant l’avènement d’une nouvelle économie. Une « strong economy », économie robuste mais aussi, vous préviendra-t-on, très attentive au « sustainable development », le développement durable. Car bien sûr, dans cette région qui est la première du monde en termes d’émissions de gaz à effet de serre par habitant, prétendre faire attention à l’environnement c’est aussi très « world-class ».
Mais, tous ces bouleversements, toute cette richesse apparente pour ne pas dire tapageuse, oblige les maîtres du Golfe à ne pas perdre de vue l’histoire et l’identité. Ainsi, est-il question en permanence de « heritage », l’héritage (prononcer « heuritadje » en roulant bien le « r ») et de culture (prononcer « keultch’re »). Ah, ce « cultural heritage », expression bien utile pour compenser le mal-être généré par la « modernity », la modernité tant revendiquée, du moins pour ce qui est de l’aspect technologique car, pour les mentalités... Mais, question, de quel héritage culturel parle-t-on ? La tente ? Les chameaux ? La poésie antéislamique ? La frugalité imposée par le désert ? Les joutes marines ? La gastronomie sommaire dont le visiteur prendra garde à ne pas demander si elle est « spicy », épicée, le terme « spice », épice, faisant désormais référence à des substances synthétiques de plus en plus prisées par la jeunesse locale en quête de paradis artificiels.
Etrange, le mot youth est peu présent même si la jeunesse ultra-gâtée commence à attirer l’attention inquiète des puissants chouyoukhs. Pas facile pour elle d’exister, de mener une vie normale ou, plus important encore, d’acquérir le goût de l’effort et du travail bien fait quand tout ce qui l’entoure ne parle que de luxury (luxe mais on peut aussi s’amuser à traduire cela par luxure…) et de « leisure » (c'est-à-dire loisir mais c’est à comprendre surtout dans le sens de farniente…), le maître verbe dans tout cela étant « enjoy » au sens de prendre plaisir. Résumons donc : Le Golfe, un global hub porté par des visions altessissimes et stratégiques avec des projets world-class à des milliards de dollars, respectant le développement durable et offrant au visiteur tout le luxe et les loisirs dont il a besoin (ou pas). La question, fondamentale, étant de savoir si tout cela va durer même s’il n’existe pas (encore) de mot pour résumer cette interrogation.
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jeudi 7 février 2008
Analyse : Les monnaies du Golfe piégées par le billet vert
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La Tribune, mardi 5 février 2008
- Face à une inflation galopante, les monarchies du Conseil de coopération du Golfe (GCC) hésitent à réévaluer leurs monnaies arrimées au dollar.
- Un tel mouvement entraînerait une nouvelle faiblesse du dollar, qui diminuerait d'autant les recettes générées par la vente de leur pétrole.
Réévaluera ou ne réévaluera pas ? Peg supprimé ou non ? Depuis plusieurs mois, les banquiers centraux de cinq des six pays du Conseil de coopération du Golfe (GCC) déroutent les observateurs en multipliant les déclarations contradictoires à propos de leurs monnaies, toutes arrimées par un lien fixe au dollar US (seul le dinar du Koweït est lié à un panier de devises depuis mai 2007). Face à la glissade du billet vert qui entraîne vers le fond rial omanais, qatari et saoudien, dinar de Bahreïn et dirham émirati, et une inflation qui bat tous les records, plusieurs responsables régionaux ont évoqué l'hypothèse d'une réévaluation de ces devises, voire d'une suppression pure et simple du peg. Mais ils ont fait machine arrière alors que le marché des changes était persuadé que le réajustement n'était plus qu'une question d'heures.
Le cas le plus caractéristique de ces tergiversations est celui des Émirats arabes unis (EAU). En novembre, Sultan Bin Nasser al-Suwaidi, gouverneur de la banque centrale, a appelé les pays du Golfe à abandonner le peg au profit d'un panier de devises pour contrer les tensions inflationnistes. Quelques semaines plus tard, cet appel était réitéré et assorti de la promesse que les Émirats ne procéderaient à aucune réévaluation seuls, souhaitant une action de concert avec les autres pays du GCC. Mais, début janvier, le gouverneur faisait lui aussi machine arrière, estimant que le lien fixe entre le dirham et le dollar n'est pas responsable de l'inflation. Promettant de ne pas remettre en cause ce peg, Nasser al-Suwaidi a désigné l'immobilier et l'alimentation comme principales causes de la flambée des prix.
Pour bien comprendre ces atermoiements, il faut rappeler que les deux premières sorties de Nasser al-Suwaidi sont intervenues dans un contexte particulier marqué par la multiplication de protestations contre l'augmentation du coût de la vie dans les Émirats. En 2007, l'inflation émiratie a atteint en effet un plus-haut historique de 9,8 % avec des conséquences sociales importantes. Face à la grogne des fonctionnaires, le gouvernement fédéral a dû concéder des augmentations salariales de 70 %, en vigueur depuis le 1er janvier.
De même a-t-il dû faire pression sur les entreprises privées pour qu'elles revalorisent les salaires des travailleurs immigrés en provenance d'Asie, qui avaient provoqué plusieurs émeutes, notamment à Dubaï. Ils s'estimaient doublement pénalisés par la chute du dirham et par la baisse de leur pouvoir d'achat, qui rognait d'autant le montant des mandats envoyés à leurs familles.
Ces mêmes hésitations se retrouvent au Qatar, où l'inflation flirte avec 15 %. La semaine dernière, Abdullah bin Hamad al-Attiyah, vice-Premier ministre, a déclaré que son gouvernement et la banque centrale qatarie étudiaient « le principe d'une réévaluation du riyal » tout en s'empressant d'ajouter que « rien en la matière n'était décidé ». Un chaud-froid qui n'a guère étonné les marchés tant cette question des monnaies n'est pas uniquement liée à des considérations économiques.
Attentive à ne pas froisser son allié américain mais aussi soucieuse de ne pas déprécier ses avoirs financiers libellés en large part en dollars, l'Arabie Saoudite fait pression sur ses partenaires du GCC pour maintenir un statu quo monétaire. « Nous n'avons aucun plan pour modifier ou supprimer le lien fixe entre le rial et le dollar » , affirme-t-on ainsi dans l'entourage d'Ibrahim al-Assaf, ministre des Finances saoudien.
D'autres officiels du Royaume wahhabite reconnaissent que leur gouvernement est attentif à ne pas provoquer une baisse brutale du dollar en réévaluant le rial. Une réévaluation qui, par effet mécanique, amoindrirait la valeur des revenus pétroliers, ces derniers étant libellés en dollar. « Les pays du Golfe sont partagés entre la nécessité de ne pas diminuer le montant de leurs avoirs financiers et de leurs recettes pétrolières et celle de combattre une inflation qui posent de sérieux problèmes sociaux », juge Mario Maratheftis, économiste chez Standard Chartered.
Pour cet expert, comme pour ceux de Merrill Lynch, « la réévaluation des monnaies du Golfe n'est qu'une question de temps ». D'abord, parce que l'inflation pourrait bien atteindre les 20 % si rien n'est fait pour la juguler. Ensuite, parce que la faiblesse du dollar semble partie pour durer. Le marché des changes ne s'y est d'ailleurs pas trompé qui teste régulièrement les monnaies du Golfe. Enfin, l'exemple du Koweït plaide pour une modification du peg. Depuis mai 2007, date à laquelle la valeur du dinar est fixée par rapport à un panier de devises (où le dollar pèse tout de même 70 %), l'inflation, même si elle demeure élevée, est la mieux contrôlée de la région.
Akram Belkaïd
La Tribune, mardi 5 février 2008
- Face à une inflation galopante, les monarchies du Conseil de coopération du Golfe (GCC) hésitent à réévaluer leurs monnaies arrimées au dollar.
- Un tel mouvement entraînerait une nouvelle faiblesse du dollar, qui diminuerait d'autant les recettes générées par la vente de leur pétrole.
Réévaluera ou ne réévaluera pas ? Peg supprimé ou non ? Depuis plusieurs mois, les banquiers centraux de cinq des six pays du Conseil de coopération du Golfe (GCC) déroutent les observateurs en multipliant les déclarations contradictoires à propos de leurs monnaies, toutes arrimées par un lien fixe au dollar US (seul le dinar du Koweït est lié à un panier de devises depuis mai 2007). Face à la glissade du billet vert qui entraîne vers le fond rial omanais, qatari et saoudien, dinar de Bahreïn et dirham émirati, et une inflation qui bat tous les records, plusieurs responsables régionaux ont évoqué l'hypothèse d'une réévaluation de ces devises, voire d'une suppression pure et simple du peg. Mais ils ont fait machine arrière alors que le marché des changes était persuadé que le réajustement n'était plus qu'une question d'heures.
Le cas le plus caractéristique de ces tergiversations est celui des Émirats arabes unis (EAU). En novembre, Sultan Bin Nasser al-Suwaidi, gouverneur de la banque centrale, a appelé les pays du Golfe à abandonner le peg au profit d'un panier de devises pour contrer les tensions inflationnistes. Quelques semaines plus tard, cet appel était réitéré et assorti de la promesse que les Émirats ne procéderaient à aucune réévaluation seuls, souhaitant une action de concert avec les autres pays du GCC. Mais, début janvier, le gouverneur faisait lui aussi machine arrière, estimant que le lien fixe entre le dirham et le dollar n'est pas responsable de l'inflation. Promettant de ne pas remettre en cause ce peg, Nasser al-Suwaidi a désigné l'immobilier et l'alimentation comme principales causes de la flambée des prix.
Pour bien comprendre ces atermoiements, il faut rappeler que les deux premières sorties de Nasser al-Suwaidi sont intervenues dans un contexte particulier marqué par la multiplication de protestations contre l'augmentation du coût de la vie dans les Émirats. En 2007, l'inflation émiratie a atteint en effet un plus-haut historique de 9,8 % avec des conséquences sociales importantes. Face à la grogne des fonctionnaires, le gouvernement fédéral a dû concéder des augmentations salariales de 70 %, en vigueur depuis le 1er janvier.
De même a-t-il dû faire pression sur les entreprises privées pour qu'elles revalorisent les salaires des travailleurs immigrés en provenance d'Asie, qui avaient provoqué plusieurs émeutes, notamment à Dubaï. Ils s'estimaient doublement pénalisés par la chute du dirham et par la baisse de leur pouvoir d'achat, qui rognait d'autant le montant des mandats envoyés à leurs familles.
Ces mêmes hésitations se retrouvent au Qatar, où l'inflation flirte avec 15 %. La semaine dernière, Abdullah bin Hamad al-Attiyah, vice-Premier ministre, a déclaré que son gouvernement et la banque centrale qatarie étudiaient « le principe d'une réévaluation du riyal » tout en s'empressant d'ajouter que « rien en la matière n'était décidé ». Un chaud-froid qui n'a guère étonné les marchés tant cette question des monnaies n'est pas uniquement liée à des considérations économiques.
Attentive à ne pas froisser son allié américain mais aussi soucieuse de ne pas déprécier ses avoirs financiers libellés en large part en dollars, l'Arabie Saoudite fait pression sur ses partenaires du GCC pour maintenir un statu quo monétaire. « Nous n'avons aucun plan pour modifier ou supprimer le lien fixe entre le rial et le dollar » , affirme-t-on ainsi dans l'entourage d'Ibrahim al-Assaf, ministre des Finances saoudien.
D'autres officiels du Royaume wahhabite reconnaissent que leur gouvernement est attentif à ne pas provoquer une baisse brutale du dollar en réévaluant le rial. Une réévaluation qui, par effet mécanique, amoindrirait la valeur des revenus pétroliers, ces derniers étant libellés en dollar. « Les pays du Golfe sont partagés entre la nécessité de ne pas diminuer le montant de leurs avoirs financiers et de leurs recettes pétrolières et celle de combattre une inflation qui posent de sérieux problèmes sociaux », juge Mario Maratheftis, économiste chez Standard Chartered.
Pour cet expert, comme pour ceux de Merrill Lynch, « la réévaluation des monnaies du Golfe n'est qu'une question de temps ». D'abord, parce que l'inflation pourrait bien atteindre les 20 % si rien n'est fait pour la juguler. Ensuite, parce que la faiblesse du dollar semble partie pour durer. Le marché des changes ne s'y est d'ailleurs pas trompé qui teste régulièrement les monnaies du Golfe. Enfin, l'exemple du Koweït plaide pour une modification du peg. Depuis mai 2007, date à laquelle la valeur du dinar est fixée par rapport à un panier de devises (où le dollar pèse tout de même 70 %), l'inflation, même si elle demeure élevée, est la mieux contrôlée de la région.
Akram Belkaïd
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