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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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lundi 28 octobre 2013

Quand la Fondation Schuman veut envoyer la marine européenne dans les eaux territoriales du Maghreb

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Conditionner l’aide financière au Maghreb à la lutte contre l’immigration clandestine et, au besoin, permettre aux navires européens de patrouiller dans les eaux territoriales des pays du sud de la Méditerranée : voici les propositions de Jean-Dominique Giuliani, le président de la Fondation Robert Schuman, présentées dans un texte des plus nauséabonds publié dans le quotidien Le Monde (*). Pour mémoire, le 3 octobre dernier, un naufrage de migrants au large de l’île de Lampedusa a fait 363 morts dont 16 enfants. Quelques jours plus tard, dans la nuit du 11 au 12octobre, un nouveau drame a provoqué le décès par noyade de 50 personnes. Des événements qui poussent aujourd’hui l’Europe à réfléchir à de nouvelles mesures pour empêcher de nouvelles catastrophes. Mais pour Giuliani, la Commission européenne se trompe de solution quand elle envisage d’organiser une « vaste opération de sauvetage ». Pourquoi donc ? Parce que, explique le Président de la Fondation Schuman, « dès qu’apparaît un navire européen, les clandestins se sabordent, car l’obligation juridique d’assistance à personne en danger est chez nous (les Européens) naturellement appliquée ». 

Donc, à en croire Giuliani, il ne faudrait pas essayer de sauver les migrants puisque ces derniers seraient prompts à prendre le risque de se noyer à la vue de la moindre proue ! Ou peut-être faudrait-il les secourir par surprise en ne leur laissant pas le temps de se saborder… Ce qui choque dans ce propos, c’est que celui qui le tient fait mine d’oublier que des milliers de naufrages ont eu lieu loin de tout regard sans qu’un seul bateau européen (« de chez lui » faudrait-il peut-être écrire…) ne soit dans les parages. Depuis 1988, et selon les estimations du site Fortress Europe, 19 372 migrants sont décédés, d’autres comptages avançant le chiffre accablant de 60 000 personnes. Il faudrait expliquer à Jean-Dominique Giuliani que ces gens méritaient tous les efforts possibles pour être sauvés et que sa réserve sur le plan de sauvetage européen ne tient absolument pas la route car les témoignages de nombreux migrants sont catégoriques : nombre de bateaux, y compris européens, passent et ne font rien pour eux. Pire, il est arrivé que des embarcations de migrants soient éperonnées par des bateaux qui ont poursuivi leur route.

Le Président de la Fondation Robert Schuman distribue ensuite les bons points. Selon lui, le Maroc et l’Algérie lutteraient efficacement contre l’immigration clandestine mais pas la Tunisie et la Libye. Et donc, écrit-il, « l’aide au développement européen à ces Etats doit être conditionnée à un véritable engagement de leur part dans la lutte contre l’immigration clandestine et ses réseaux criminels ». Transmis aux Tunisiens dont le pays se débat dans une situation post-révolutionnaire des plus inquiétantes avec une économie en berne et des régions défavorisées qui attendent toujours des investissements et des infrastructures. Transmis aussi aux Libyens dont le pays est en proie à un chaos politique et sécuritaire. Et quand Giuiani évoque « des patrouilles maritimes communes » entre Européens et pays maghrébins concernés, c’est pour vite reconnaître que, d'abord, ces derniers pourraient refuser et, ensuite, que les institutions européennes ne sont guère susceptibles de conditionner leur aide au développement.

C’est alors que le président du conseil d'administration de la Fondation Robert Schuman livre le fond de sa pensée. Il faudrait, explique-t-il, une « coalition d’Etats volontaires » pour lutter contre les départs de migrants. La France, l’Italie, Malte et d’autres partenaires bénéficieraient ainsi d’une légitimité « consacrée par un mandat international donné par l’ONU (…) pour patrouiller dans les eaux territoriales des Etats qui ne sont pas capables d’en assurer la sécurité ». On y est ! La canonnière pour sauver le migrant ou quand la Fondation Robert Schuman se convertit aux thèses néoconservatrices… De cette institution qui prétend haut porter le flambeau européen, on était en droit d’attendre un autre texte comme par exemple une réflexion sur l’absence d’une vraie politique européenne de co-prospérité à destination du sud de la Méditerranée. Sur l'absence de stratégie novatrice où serait banni le concept de « eux et nous » et reconnu celui de destin commun. Mais il est tellement plus facile en ces temps troublés de réveiller les vieilles rengaines coloniales…

(*) Contre l’immigration clandestine, il faut conditionner les aides au Maghreb, 23 octobre 2013.
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vendredi 26 octobre 2012

L'Europe ne mérite pas son prix Nobel

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SlateAfrique, jeudi 25 octobre 2012

Le prix Nobel de la paix accordé à l’Union européenne a provoqué nombre de commentaires acerbes, voire sarcastiques, au Maghreb et notamment en Algérie.

Le drapeau de l'Europe devant le siège de la Commission européenne, Bruxelles, octobre 2012. © REUTERS/Yves Herman
L'AUTEUR
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L’une des réflexions parmi les plus récurrentes, en Algérie, a été de rappeler le passé colonial de bon nombre de pays européens, à commencer par la France et la Grande-Bretagne, et de se demander si la décision des sages d’Oslo ne devrait pas être interprétée comme une officialisation de la sortie du vieux Continent de son purgatoire postcolonial.
A l’heure où la France n’en finit pas de refuser de regarder son passé algérien en face (comme viennent de le montrer les polémiques liées à la reconnaissance par François Hollande des massacres du 17 octobre 1961), et à l’heure où la justice britannique accepte d’ouvrir le dossier sensible de la répression des Mau Mau au Kenya, ce prix Nobel peut donc apparaître comme un quitus accordé par l’Europe «sage et vertueuse», c'est-à-dire celle du Nord, qui n’a presque rien à se reprocher en matière d’aventures coloniales.
On peut se demander aussi à partir de quel moment on devient éligible à un prix de ce genre et pour combien de temps.

Le Vieux Continent n'a pas toujours été exemplaire

Certes, il y a bien longtemps que l’Europe ne se déchire plus par les armes. Mais a-t-on déjà oublié le conflit des Balkans où l’Union européenne (UE) a été incapable d’imposer la paix?
A bien des égards, les Etats-Unis, qui ont pesé de tout leur poids pour ramener le calme dans la région et mettre au pas le régime serbe de Milosevic, mériteraient d’avoir une part de ce prix.
Non seulement l’Europe a tergiversé, traversée qu’elle était par des soutiens antagonistes aux acteurs du conflit, mais elle a aussi été incapable d’empêcher l’OTAN (Organisation du traité de l'Atlantique Nord) d’être le maître d’œuvre des actions militaires sur son propre sol.
Voilà qui relativise un peu cette image de douce quiétude dont on veut entourer aujourd’hui l’Europe et cela par opposition à un reste du monde, de plus en plus globalisé et de moins en moins sûr.
On cite souvent avec émerveillement l’exploit réalisé par les Européens en matière de reconstruction et d’intégration régionale, malgré des siècles de guerre.
Il faut reconnaître que l’Union européenne reste une belle réussite quand on prend pour point de départ l’état du continent en 1945.
Mais, à ce moment-là, ce sont les «pères de l’Europe» qui mériteraient le prix Nobel, c'est-à-dire l'Allemand Konrad Adenauer, le Luxembourgeois Joseph Bech, le Néerlandais Johan Willem Beyen, l'Italien Alcide De Gasperi, les Français Jean Monnet et Robert Schuman et le Belge Paul-Henri Spaak.
On pourrait aussi admettre que la récompense aille aux continuateurs de leur œuvre, c'est-à-dire des personnalités comme l’Allemand Walter Hallstein, premier président de la Commission européenne, l’Italien Altiero Spinelli, inspirateur d’un projet de «traité sur l’Union européenne», en 1984, ou encore le Français Jacques Delors, président de la Commission européenne de 1985 à 1995.
De même, ce prix aurait fait sens si Helmut Kohl, Helmut Schmidt et Valéry Giscard d’Estaing, avaient été (collectivement) récompensés en tant que moteurs du couple franco-allemand, car, c’est connu, ce qui rapproche l’Allemagne et la France, contribue à une Europe plus forte.
A l’inverse, les dirigeants européens actuels sont loin d’être à la hauteur du projet initial. Incapables de voir plus loin que leurs frontières nationales, ils transforment petit à petit l’Europe en espace de chicaneries qui ne fait rêver personne.
Bien au contraire, la question européenne commence à illustrer les limites de l’ouverture et de la mutation des Etats nations en ensembles transfrontaliers.

L'un des plus grands vendeurs d'armes au monde

On a donc un peu l’impression que ce prix est une sorte de récompense de la dernière chance destinée à encourager les Européens à se réveiller, à ne pas mettre fin au programme Erasmus(l’une des rares manifestations concrètes de l’évolution pacifique de l’Europe à l’intérieur de ses frontières) et, au final, à œuvrer pour une vraie union.
Mais il y a plus important. Peut-on donner un prix Nobel de la paix à une instance, l’Union européenne, dont plusieurs membres (France, Allemagne, Italie et Grande-Bretagne) figurent parmi les plus grands vendeurs d’armes au monde?
La paix à l’intérieur, mais les armes pour l’extérieur ou parfois même pour l’intérieur comme en témoigne les ventes allemandes d’armements à une Grèce qui reste encore, et quelles que soient les circonstances, obnubilée par la menace turque...
Et parlons donc de cette paix intérieure. Oui, c’est vrai, les armes se sont tues mais un autre conflit divise et menace de détruire l’Union européenne. Il s’agit de la guerre économique à laquelle se livrent ses membres. Prenons l’Allemagne.
Voilà un pays dont l’excédent commercial ne cesse de gonfler, mais cela se fait au détriment de ses partenaires européens et souvent sur des marchés eux-mêmes européens.

Menaces de guerre économique et de violence sociale

Que penser aussi de ces pays qui abaissent leur fiscalité pour favoriser les délocalisations sur leur sol?
Les morts des terribles guerres napoléoniennes ainsi que ceux des deux conflits mondiaux appartiennent à l’histoire. Mais ceux qui leur ont succédé dans la tourmente du malheur s’appellent aujourd’hui les chômeurs.
Mérite-t-on un prix Nobel de la paix quand on laisse s’installer chez soi une telle violence sociale? La question mérite d’être posée et il faudra bien un jour chiffrer le bilan de l’option libérale imposée peu à peu par Bruxelles.
A ce long réquisitoire contre l’attribution de ce prix, il faut tout de même relever un point positif majeur.
L’Europe a aboli la peine de mort et tente de faire comprendre à ses partenaires l’importance d’une telle démarche. C’est son grand mérite et cela donne quelques arguments à ceux qui qualifient son prix Nobel d’incitation à l’exemplarité.
Aujourd’hui, malgré tous ses travers, l’Europe est la région au monde qui défend le plus le «droit aux droits», c'est-à-dire cette exigence fondamentale qui permet la démocratie.
Et c’est parce que ce «droit aux droits» est mis en danger par les Européens eux-mêmes (droit au travail et à la santé pour tous, etc.) qu’il aurait fallu attribuer cette distinction avec la mention «à confirmer» en guise de réserve majeure.

Akram Belkaïd
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