Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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lundi 27 mars 2017

La chronique de l’économie : C’est l’économie, idiot !

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 21 mars 2017
Akram Belkaïd, Paris

Bien qu’ils soient très décriés, les sondages en période de campagne électorale offrent toujours des enseignements précieux. Concernant la présidentielle française, l’un d’eux revient sur les attentes des électeurs en matière d’économie (*). Et il s’avère que la majorité d’entre eux considère justement que les enjeux économiques sont leur principale priorité. Trois thèmes reviennent en force : L’emploi, la protection sociale et le pouvoir d’achat. Seuls les électeurs du Front national demeurent persuadés que c’est l’immigration qui prime sur tout puisque ce dossier engloberait le reste. On voit là à quel point il est facile pour Marine Le Pen de faire campagne. L’immigration brandie en permanence permet de répondre à toutes les attentes y compris économiques…

Le poids de la précarité

Il n’est pas besoin d’être un expert en sciences économiques pour comprendre pourquoi l’emploi est la question numéro un pour les Français. Cela fait plus de trente ans que c’est le cas et toutes les politiques censées redonner du travail aux chômeurs ont échoué. Plus grave encore, la précarité pour les actifs tend à se généraliser du fait des nouvelles pratiques des entreprises. Considéré comme le but à atteindre, le contrat à durée illimitée (CDI) fait désormais figure de Graal impossible pour nombre de jeunes précaires, y compris des diplômés de l’enseignement supérieur. Dans plusieurs secteurs des services, le phénomène d’externalisation prend de l’ampleur. Des salariés sont conviés – le mot est faible – à démissionner et à « créer leurs boîtes » voire à passer sous le statut d’auto-entrepreneur. Pour les entreprises, cela permet de diminuer les charges. Pour les ex-salariés, c’est la porte ouverte à tous les risques sans oublier le fait qu’ils seront pénalisés sur le plan des acquis sociaux (obligation de cotiser par eux-mêmes pour la retraite notamment).

Concernant l’emploi toujours, il est fascinant de voir à quel point s’est installée une certaine résignation sur la question de la précarité. Même l’Etat français et ses différentes branches y ont recours avec excès. Dans toutes les administrations, dans les services publics, on use et abuse des contrats à durée déterminée (CDD). Ne parlons pas non plus de la flexibilité des horaires tandis que, et la tendance ne date pas d’hier, des services de contrôle, comme par exemple, l’inspection du travail sont peu à peu affaiblis. C’est un cercle vicieux global. L’Etat se désengage, il accorde plus de champ aux entreprises, lesquelles, entre l’optimisation fiscale et les pratiques managériales destinées à alléger les charges, versent moins de cotisations. Comme l’Etat est alors incapable d’assumer sa mission, il délègue puis privatise.

Ainsi, et cela rejoint la question de la protection sociale, l’un des vrais enjeux dans les années à venir pour la France est l’avenir de sa sécurité sociale. Officiellement, tous les candidats veulent préserver le système qui ploie sous les dépenses. En réalité, la mécanique infernale est déjà enclenchée. Les mutuelles, et plus encore, les sociétés d’assurance, sont en embuscade et activent dans l’ombre pour s’emparer du gâteau. Bien sûr, personne n’osera proclamer qu’il veut vendre « la sécu » car c’est là tout l’art de la politique. Mais mesure après mesure, on se dirige vers un affaiblissement de la structure, on la fait « maigrir » et, in fine, on proclamera qu’elle en peut survivre sans apport de capital frais (et privé).

Salaires en berne, inégalités en hausse

La question du pouvoir d’achat, et donc des salaires, est elle aussi centrale. Dans un contexte où la mondialisation a eu pour effet de lisser les revenus des classes moyennes (on dira aussi qu’elle a contenu l’inflation…), la parade de ces deux dernières décennies a été de recourir au crédit en guise de compensation. Le problème, c’est que le système atteint ses limites et que les dynamiques de consommations se tassent. A force de priver les ménages de ressources, le capitalisme est en train de se pénaliser lui-même. Les inégalités se creusent, les rémunérations des actionnaires augmentent et les plus riches voient leur patrimoine augmenter. Dans une telle situation, on se demande comment les explosions sociales ne sont pas plus nombreuses.

(*) « Les Français et les programmes politiques », sondage OpinionWay réalisé les 1er et 2 mars 2017 sur un échantillon de 1 039 personnes. www.printempsdeleco.fr

Note : le titre de cette chronique fait allusion au fameux slogan de Bill Clinton lors de sa campagne électorale victorieuse de 1992 face à George H. W. Bush. Ce slogan, « it’s the economy, stupid » est attribué à son conseiller James Carville et il était destiné à contrer le discours électoral de Bush qui insistait sur la victoire militaire américaine durant la première guerre du Golfe (février-mars 1992)
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jeudi 23 mars 2017

La chronique du blédard : Ni Macron, ni Fillon

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 23 mars 2017
Akram Belkaïd, Paris

Au départ, on s’était dit qu’un bon polar scandinave ou japonais ferait l’affaire ou bien, qu’avec un peu de courage, il serait peut-être possible de terminer l’un des multiples articles censés être rendus à une date butoir depuis longtemps dépassée. Une autre voix suggérait de rattraper le retard en matière de séries, de celles dont on n’a vu que les premiers épisodes il y a, on ne sait plus quand, et qui en sont aujourd’hui à la quatrième voire la cinquième saison. Tout sauf ce débat, se disait-on.

Et puis, un ado a voulu voir « le baston ». On a cherché à l’en dissuader mais devant son insistance, il a bien fallu s’installer avec lui devant le grand petit écran. Disons tout de suite que le boutonneux à la voix en perte d’octaves n’est pas resté assis plus d’une heure. Son écoute fut néanmoins attentive ponctuée parfois de questions pour mieux comprendre ce dont il s’agissait ou pour se faire préciser une notion agitée par l’une ou l’un des impétrants. A cela s’ajoutait quelques rires et applaudissements quand l’ineffable Jean-Luc faisait donner l’artillerie. Au final, avant de se lever pour rejoindre ses pénates, nous laissant accroché et incapable d’user de la télécommande pour regarder autre chose ou pour tout simplement s’endormir à une heure décente, il eut cette phrase en forme de couperet : « ‘Elle’ se comporte comme si elle avait déjà gagné. »

Et c’est effectivement cette même impression que nous avons retiré de ce premier débat pour l’élection présidentielle française. Bien sûr, se comporter comme si l’on avait déjà emporté la partie ne signifie pas qu’on va y arriver. Il est encore trop tôt pour avancer tel ou tel pronostic mais, c’est ainsi, il y a cette petite sensation désagréable, que disons-nous, ce malaise croissant qui incite à penser qu’avril prochain sera un remake de celui de 2002. On dira que c’est prévu depuis longtemps et que plus personne ne doute que la patronne du Front national sera qualifiée pour le second tour du scrutin. Précisons alors notre pensée. Cela risque bien d’être un autre « 21 avril » mais en pire.

Et ce pire pourra prendre plusieurs formes lesquelles pourront même se confondre car elles ne sont pas antagonistes. Il y a d’abord la possibilité d’un gros score, c’est-à-dire d’une avance bien plus importante que prévu. Une avance qui fera planer le doute sur le deuxième tour et qui empêchera la répétition du scénario 80%-20% de 2002. Le fumet putride qui se dégage actuellement du monde politique français contribuera à ce gros score. Pas un jour ne passe sans que des révélations ne tombent à propos du clientélisme et de l’affairisme ambiants. L’argent, les privilèges, le mépris du peuple et, surtout, cette certitude d’avoir le droit de ne pas respecter le droit, voilà ce dont il est question.

Quand les historiens se pencheront un jour sur cette période, ils relèveront à quel point la France ressemble désormais à ses post-colonies de la françafrique. Des margoulins qui paient des cadeaux à des hommes politiques – avec du cash dont on se doute qu’il vient d’Abidjan, de Libreville ou de Ndjamena en attendant que l’on apprenne qu’il pourrait aussi provenir d’Alger ou de Rabat… Des élus qui estiment que l’argent public leur appartient ainsi qu’à leur famille… Certes, l’Etat de droit fonctionne encore. La justice enquête. Corruption, abus de bien social, faux et usage de faux, escroquerie aggravée, recel,… Mazette, la belle liste que voilà ! Mais le mal est fait. En d’autres temps, la colère sourde et silencieuse, celle à propos de laquelle Jean-Paul Delevoye, alors médiateur de la République – c’était en février 2010 – avait tiré un signal d’alarme, se serait exprimée par le biais d’une jacquerie ou l’érection de barricades dans les rues de Paris. Aujourd’hui, le seul débouché pour cette rage multiforme est le vote pour le Front national.

Il y a ensuite cette vacuité que l’on a ressenti en entendant les autres candidats étaler des mesures et des promesses auxquelles ils semblent si peu croire. En l’état actuel des choses, deux adversaires semblent possibles face à la candidate frontiste : Emmanuel Macron ou François Fillon. D’un côté, la dynamique du vide, le « globish » à la sauce Molière, c’est-à-dire ce discours creux que l’on peut entendre dans les séminaires de motivation pour managers en quête d’avancement et de développement personnel. Du langage « HEC », si l’on préfère. De l’autre, le visage d’un Thénardier de notre temps, réactionnaire et partisan d’une thérapie de choc néolibérale dont on comprend tout l’intérêt qu’il a à se faire élire pour suspendre à son profit le temps de la justice.

Qu’il s’agisse de Macron, chouchou de la presse centre-gauche-caviar – qui a vu en lui le vainqueur d’un débat (!) – ou de Fillon visiblement heureux de ne pas avoir été malmené par deux « journalistes », au vrai des péagistes appelés à uniquement passer les plats, l’idée générale est que la candidate FN sera battue au final. Qu’entre les deux tours, la « mobilisation républicaine » battra son plein et que, comme 2002, des électeurs se rendront dans les bureaux de vote, les doigts pinçant leurs nez, afin de « faire barrage » en votant pour un candidat qui n’a pas forcément leurs faveurs. Attention à ce genre de certitudes… En tant qu’auteur de ces lignes, nous ne saurions prétendre au rôle d’échantillon représentatif mais qu’il soit dit, et la conviction est largement partagée, que ni Emmanuel Macron ni François Fillon ne méritent un bulletin de vote et cela même au nom d’un sauvetage républicain dont on ne peut oublier qu’il fit tant de cocus en 2002.
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mardi 28 février 2017

L'étrange campagne électorale

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Donc à bien saisir la situation, un triangle Fillon - Macron - Le Pen se dessine pour l'élection présidentielle française. 
Autrement dit, la gauche ne serait pas au deuxième tour. Autre conviction générale, Le Pen sera présente au second tour d'où la bataille acharnée des suivants entre eux puisque ces derniers savent qu'être présent opposés à elle au deuxième round est synonyme d'élection quasi-assurée (encore qu'il faille en être totalement certain...).

- Hypothèse 1 : match Fillon - Le Pen au deuxième tour. Est-on sûr que les électeurs de gauche et ceux de Macron iront voter Fillon ? Une sorte de remake du 21 avril 2002 où il fallait voter Chirac pour "sauver l'honneur de la France" et faire barrage bla bla bla...

- Hypothèse 2 : match Macron - Le Pen au deuxième tour. Est-on sûr que les électeurs de Fillon iront voter pour Macron dans une sorte de 21 avril inversé ? Rien ne le dit...
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mercredi 12 octobre 2016

La chronique du blédard : Voter Juppé ?

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 13 octobre 2016
Akram Belkaïd, Paris


Allons enfants de la gauche, pour Alain Juppé, aux primaires de la droite, il nous faut absolument voter ! Voici, en forçant (juste) un peu le trait, le mot d’ordre tel qu’il circule en ce moment à gauche. Enfin, pas dans toute la gauche mais chez beaucoup de gens de gauche parmi lesquels les ineffables bobos-écolos-véganos-vélos. La motivation d’un tel acte, contre nature, écrivons-le tout de suite, réside dans la volonté de faire barrage à Nicolas Sarkozy qui, on ne peut l’ignorer, entend reprendre son ancien bureau au Palais de l’Elysée au mois de mai prochain. Calcul simple : on vote pour Juppé aux primaires de la droite pour stopper l’hargneux et inconséquent revanchard. Et ensuite ? Ensuite, on… Bah, ensuite, on verra…

Les vétérans de cette chronique peuvent témoigner de l’aversion que son auteur porte à Nicolas Sarkozy. Elle ne date pas d’hier. Elle l’a porté à se colleter avec certains de ses amis (lesquels font partie des lecteurs de la première heure, coucou Karim !) qui pensaient que ministre de l’intérieur en 2005 avait la carrure présidentielle pour changer la France et la réveiller de son long sommeil entamé dès le deuxième mandat de François Mitterrand (le désormais épistolier célébré sans décence aucune par le tout-Paris germanopratin). On sait ce qu’il advint et il est inutile de revenir sur les péripéties hexagonales de 2007 à 2012.

Certes, assister à la réélection de celui dont on sait aujourd’hui qu’il n’a ni principes ni scrupules (citons simplement l’invraisemblable histoire des fausses factures destinées à masquer le dépassement de ses dépenses de campagne) est susceptible d’endolorir nombre de fondements mais, soyons sérieux. Voter Juppé ? Au nom de quelle éthique politique ? Un matin, on ne cesse de regretter la confusion des programmes politiques, la convergence néolibérale entre parti socialiste et ex-UMP et il faudrait ensuite participer aux primaires de « les républicains » (ah que c’est moche, quand c’est écrit ainsi) au nom d’une combinazione politique ?

Passons sur l’obligation de lâcher deux euros par tour de scrutin (20 et 27 novembre), il faudra signer un papier où il est écrit, noir sur blanc, la mention suivante : « Je partage les valeurs républicaines de la droite et du centre et je m’engage pour l’alternance afin de réussir le redressement de la France ». En clair, on devra se parjurer pour la « bonne cause ». Parce que signer ce papelard équivaudra à dire : Je ne suis pas de droite mais je vote aux primaires de la droite pour choisir son candidat dont, en tant que partisan de la gauche, je souhaiterai tout de même la défaite à la présidentielle. Chouiya tordu comme raisonnement, non ? Reconnaissons néanmoins qu’il existe un débat byzantin autour de la phrase qui vient d’être citée. Nombre de celles et ceux (de gauche) qui vont voter Juppé aux primaires LR insistent, pour se justifier et s’amender, sur les termes « valeurs républicaines ». Autrement dit, pour eux, il ne s’agit pas d’affirmer que l’on partage « toutes » les valeurs de la droite (et du centre… dont on se demande pourquoi il est cité ici, mais passons) mais juste les dites républicaines…

On m’explique ainsi que ces valeurs républicaines sont le socle commun à la droite et à la gauche. Je vous demande pardon ? Ah oui, je corrige : disons donc, le socle commun à la droite, à la gauche et… au centre. Admettons de bon cœur que cette intersection existe. Mais cela signifierait que la primaire de la droite (et du centre) n’est organisée que pour désigner le candidat le plus républicain de cette honorable famille politique. Ce n’est pourtant pas ce que disent les programmes des uns et des autres. C’est une compétition pour désigner le candidat de la droite (et du centre), un point c’est tout. Le Juppé qui, en 1995, a voulu réformer les régimes spéciaux des retraites est le même que celui de 2016, quelques zestes d’écologie en plus. On peut respecter l’homme, lui reconnaître une belle réussite dans la métamorphose de la ville de Bordeaux dont il est le maire mais cela ne justifie pas que l’on prenne des libertés avec l’éthique et la morale. En clair, aux gens de droite (et du centre), et à eux seuls, les primaires de la droite (et du centre).

Il faut néanmoins saluer l’exploit de celui ou celle qui a conçu cette phrase. L’insertion de la mention « valeurs républicaines » est une belle trouvaille pour attirer et balayer les scrupules des électeurs de gauche et il semble que les sarkozystes n’ont pas vu le piège. On peut aussi se permettre quelques considérations moqueuses à propos de la deuxième partie de la phrase. « Je m’engage pour l’alternance… ». De quelle alternance parle-t-on ? Considérant que la France est actuellement dirigée par un président de centre-gauche (soyons indulgents), cela signifie donc que l’on souhaite l’élection d’un président de droite parce que, disons-le tout de suite, aucun des candidats à la primaire LR ne peut être considéré comme de centre-droit, Juppé compris. En réalité, s’il y a bien une constante dans la politique française, c’est que la droite reste la droite et que les gens de gauche qui viendraient se mêler à ses affaires risquent de faire beaucoup de tort à la démocratie.

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jeudi 23 juillet 2015

La chronique du blédard : Alerte, revla l’Sarko !

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 23 juillet 2015
Akram Belkaïd, Paris
 
Pétard et sidération : il est de retour… Certes, on ne l’a jamais oublié depuis sa fessée électorale lors de la présidentielle française de mai 2012. De manière régulière, au fil de meetings et de déclarations intempestives au sujet de tout et, surtout, de n’importe quoi, il s’est rappelé à notre bon souvenir, avec sa syntaxe approximative, son parler plus « vulgos » que populo et ses multiples déboires judiciaires dont on peine désormais à établir le nombre exact. Il y a quelques jours, lors d’une visite au ton très paternaliste en Tunisie, Nicolas Sarkozy époux Bruni s’est donc permis quelques digressions à propos de l’Algérie et de son avenir. Un « sujet » de préoccupation, selon lui, notamment pour la stabilité de la Tunisie.
 
Comme l’a noté le journaliste Mohamed Saadoune dans un billet au vitriol, il est évident que ce genre de propos relève de plusieurs  motivations (*). D’abord, l’envie de faire plaisir aux Tunisiens – notamment aux reliques de l’ancien régime qui, hélas, mille fois hélas, se sentent pousser des ailes en ce moment - en disant du mal de l’Algérie. Un calcul – stupide voire naïf – destiné aussi à glaner quelques sympathies chez les binationaux franco-tunisiens. Ensuite, filer un coup de main électoraliste à Christian Estrosi, son pote bac moins quinze qui peine à convaincre certains électeurs en région Provence Alpes Côtes d’Azur (PACA) de ne pas voter Front National aux prochaines régionales. Et, cerise sur le gâteau, se faire plaisir en se défoulant sur un pays que Sarkozy n’a jamais porté dans son cœur.
 
Cette péripétie est un avant-goût ce qu’il va falloir subir au cours des prochaines semaines et des prochains mois. L’oscillant de l’épaule va s’emparer du micro, des caméras, des écrans et des colonnes. Ministre du verbe et de l’interjection, il va monopoliser la parole et nous infliger des « ben moi, j’veux vous dire que moi je pense que » à la pelle. Il y aura des sorties qui, à chaque fois, seront destinées à cliver, à provoquer, non pas le débat, mais le buzz, ce fracas insupportable qui empêche tout recul et toute réflexion. Cela avec la complicité de ces journalistes dits politiques, toujours prompts à traquer la petite phrase plutôt qu’à se plier à la vérification systématique des discours pour débusquer les élucubrations et les mensonges électoraux. Nous allons donc subir les propos les plus invraisemblables, les clichés les plus éculés et gageons qu’il fera encore mieux que son tristement célèbre discours de Dakar sur l’homme africain qui ne serait pas entré dans l’Histoire (discours pestilentiel qui n’avait pas empêché son élection en 2007). En un mot, la campagne électorale pour 2017 est lancée et elle ne sera pas ragoutante.
 
Le pire dans l’affaire, c’est que l’ancien copain de Kadhafi – ah, cette tente plantée en plein huitième arrondissement de Paris – risque bien de l’emporter. En effet, François Hollande qui ne pense qu’à une seule chose, sa réélection, va certainement payer sa socialo-traîtrise, son lâchage de la Grèce mais aussi ses sympathies néoconservatrices et son soutien appuyé aux bombardements israéliens de Gaza en juillet 2014. Autant de manquements impardonnables qui pousseront, en cas de deuxième tour Sarkozy-Hollande, nombre d’électeurs de gauche à préférer la pêche ou l’émission de Drucker à un passage par l’isoloir. Faudra-t-il se résoudre à voter Hollande pour empêcher le retour du prétendu lecteur de Roland Barthes (prononcer comme lui Barthesss) ? En ce qui concerne le présent chroniqueur la réponse est évidemment non mais c’est une autre histoire.
 
En tous les cas, pauvre France et pauvre droite. En arriver là… Mais revenons à l’Algérie. Ce serait mentir que de ne pas reconnaître que l’Algérie est bien un sujet de préoccupation. Certes, Sarkozy ferait mieux de s’occuper de ses propres histoires et personne ne peut nier qu’il a manqué à la plus élémentaire des corrections et des pratiques diplomatiques en évoquant de la sorte un pays dont la Tunisie a grand besoin en ce moment… Mais les choses seraient bien plus simples si l’Algérie ne prêtait pas tant à la critique et à l’inquiétude, à commencer par celle de ses enfants qu’ils y vivent ou non. La mort récente de plusieurs jeunes conscrits du service militaire lors d’une énième attaque du « terrorisme résiduel » a provoqué un immense choc au sein de la société mais aussi de la consternation et de la colère face à l’attitude désinvolte des autorités et des médias officiels face à cette tragédie.
 
Cela fait des années que la sonnette d’alarme est tirée. Malgré les déclarations officielles, malgré les ravages profonds du « wantoutrisme » (**) prompt à faire croire que le monde entier comploterait contre l’Algérie (on se demande bien pourquoi…), la vraie menace est interne. Elle réside dans l’absence de prise de conscience quant à l’importance des défis actuels. Réforme en profondeur du système éducatif, rénovation urgente de celui de la santé, changement du modèle économique avec une sortie du tout-hydrocarbures, retour de l’Etat mais aussi décentralisation voire régionalisation, prise en compte des dégâts subis par l’environnement et, enfin, libéralisation de la vie politique : dans tous ces domaines, les progrès, quand ils existent, sont insignifiants. Oui, l’Algérie est bien un sujet de préoccupation et il est dommage qu’un fâcheux comme Sarkozy puisse se permettre de nous le rappeler avec tant de dédain.
 
Et il aura certainement l’occasion de le refaire à l’automne prochain puisqu’il a l’intention de se rendre à Alger. Gageons qu’il sera alors accueilli à bras ouverts, verre de lait, dattes, couscous au miel et « vous serez toujours ‘la’ bienvenue » en prime. Car, là aussi, l’Algérie ne semble guère avoir progressé. Le complexe du colonisé y fait toujours autant de ravages…
 
(*) Le p'tit Sarko, si vulgaire et si peu instruit,s'inquiète de l'avenir de l'Algérie, Al Huffington Post, Maghreb-Algérie, 21 juillet 2015 (un texte où Sarkozy est qualifié de « Danube de l’Esbrouffe » ce que les revues de presse françaises ont évité de mentionner…).
(**) Wanetoutrisme : terme désignant le chauvinisme nationaliste exacerbé des Algériens. Chauvinisme qui s'exprime notamment dans les stades lors des matchs de football par le fameux slogan "one-two-three, viva l'Algérie". Le wanetoutrisme n'admet aucune critique à l'encontre de l'Algérie et considère que ce pays est le meilleur du monde dans tout (et que s'il ne l'est pas, c'est la faute aux complots étrangers).
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