Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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lundi 10 février 2020

La chronique du blédard : Les Palestiniens et le torchon américain

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 30 janvier 2020
Akram Belkaïd, Paris


Avant de commencer, un constat préalable : le plan de paix, présenté mardi 28 janvier par l’administration américaine en vue d’un règlement de la question palestinienne, n’est rien d’autre qu’un torchon. Ce document de près de deux cent pages n’a aucune autre intention que de servir uniquement l’intérêt israélien, ou plus exactement celui de Benyamin Netanyahou et des partisans de l’annexion des territoires palestiniens. Concocté par le gendre d’un président qui est déjà entièrement tourné vers sa réélection – d’où ses appels du pieds aux électeurs évangélistes qui soutiennent l’État hébreu-, ce plan est surtout un révélateur du rapport de force existant aujourd’hui au Proche-Orient et, de façon plus générale, dans le monde arabe.

Dans cette affaire les Palestiniens, à qui on propose des bantoustans démilitarisés en guise d’État, sont d’abord victimes du parti-pris américain qui s’est déjà manifesté il y a un an avec la reconnaissance par Washington de la souveraineté israélienne sur Jérusalem-Est. Jared Kushner, le maître d’œuvre du torchon a partie liée avec la frange la plus radicale de la droite israélienne, celle qui ne voit les intérêts de l’État hébreu qu’au prisme de ceux des colons installés en Cisjordanie. On ne dira pas que la précédente administration, celle de Barack Obama, était plus équitable mais, au moins, s’est-elle clairement prononcée sur le caractère illégal des colonies dont le document Kushner-Trump propose (impose ?) l’annexion définitive. Souvenons-nous juste que le 23 décembre 2016, le Conseil de sécurité des Nations unies adoptait par quatorze voix et une abstention (celle des États-Unis) la résolution 2334 condamnant « la construction et l’expansion de colonies de peuplement » dans les « territoires occupés ». L’abstention américaine, événement rare pour ce qui concerne les textes votés contre Israël, n’a pas changé la donne mais au moins les États-Unis faisaient-ils mine de respecter le droit international ce qui n’est plus le cas avec Donald Trump.

Les Palestiniens sont aussi victimes des bouleversements du monde arabe. Aujourd’hui, ce sont les monarchies pétrolières du Golfe qui font la loi et imposent leur crédo. Le royaume de Bahreïn, le sultanat d’Oman et la fédération des Émirats arabes unis (EAU) étaient représentés à Washington quand le « plan de paix » a été dévoilé. Les Saoudiens étaient absents mais c’est comme s’ils étaient présents à une cérémonie qui, dans les faits, enterre le plan du roi Abdallah de 2002 (la paix contre la restitution des terres palestiniennes). On sait que ces pays, tétanisés par la menace iranienne, comptent sur Israël pour les protéger et suppléer une Amérique qui regarde de plus en plus du côté de l’Asie. Face à ces monarchies réactionnaires, aucun dirigeant d’envergure n’est capable de faire entendre sa voix. L’Égypte fait ce que Riyad exige d’elle et les autres pays arabes qui échappent aux affres de la guerre civile et de l’instabilité sont aux abonnés absents.

Certes, les peuples demeurent très attachés à la cause palestinienne mais leurs dirigeants ont renoncé depuis longtemps à en faire un point non-négociable. Cela vaut aussi pour l’Algérie qui, ces trente dernières années, c’est souciée comme d’une guigne de cette question. Il y a quelques semaines, un dirigeant du Fatah confiait au présent chroniqueur qu’il y a quelques années, Alger n’avait même pas daigné répondre à une demande pressante des Palestiniens pour une médiation entre l’Autorité palestinienne et le Hamas. Le temps où la diplomatie algérienne plaidait pour que personne ne parle au nom des Palestiniens, les accueillant même en 1988 pour qu’ils proclament la naissance de leur État, est bel et bien terminé.

Enfin, les Palestiniens sont aussi les victimes de leurs propres dirigeants. Que d’aveuglements et de naïveté ! L’affaire était déjà pliée avec les accords d’Oslo mais ni Yasser Arafat ni Mahmoud Abbas n’ont semblé prendre conscience du nœud coulant représenté par l’extension permanent des colonies (600 000 colons aujourd’hui). La lutte fratricide entre le Hamas et le Fatah, le non respect des droits humains à Gaza comme en Cisjordanie et l’absence d’élections (le mandat d’Abbas a expiré) fragilisent la position palestinienne. Aujourd’hui, l’Autorité palestinienne ne semble exister que par son rôle de supplétif dans sa collaboration sécuritaire avec les Israéliens. Ceci explique, en partie, le mépris affiché par Trump et Kushner à l’égard des Palestiniens.

En attendant la réponse fulgurante de la Ligue arabe qui a une nouvelle fois l’occasion de montrer qu’elle ne sert à strictement rien, il est évident qu’un nouveau chapitre débute au Proche-Orient. Déjà, Netanyahou, loin d’être tiré d’affaire en ce qui concerne ses déboires judiciaires, s’apprête à déposer un texte de loi pour entériner l’annexion des terres palestiniennes où sont installées les colons. En Occident, les masques tombent. Bien sûr, les partisans de la cause palestinienne demeurent nombreux et mobilisés. Mais les habituels visqueux qui n’ont que le mot paix à la bouche – sans jamais critiquer l’existence des colonies, tiennent là une belle occasion de ressortir la vieille rengaine à propos de Palestiniens « qui gâchent les occasions de faire la paix », « qui n’acceptent pas la main tendue et les propositions généreuses »,… Bref l’habituel blabla destiné à faire oublier l’essentiel : la profonde injustice subie par tout un peuple depuis 1948.
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jeudi 11 juillet 2019

La chronique du blédard : Palestine, que faire ?

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 27 juin 2019
Akram Belkaïd, Paris

Un peuple et ses droits s’achètent-ils comme une vulgaire marchandise ? Le président américain Donald Trump, ses alliés israéliens et ses vassaux du Golfe semblent le penser. En proposant 50 milliards de dollars (sur dix ans) aux Palestiniens, le locataire de la Maison-Blanche vient d’agiter une carotte censée les faire renoncer à leurs revendications politiques. Le sommet de Manama à Bahrein intitulé « de la paix à la prospérité » n’est pas simplement un jeu de dupes où le plus faible (les Palestiniens) est censé accepter cette énième offre « généreuse » dont, d’ailleurs, il reste à cerner les contours. C’est aussi un chantage obscène et une stratégie de communication conçue par Jared Kushner, gendre et conseiller du président Trump mais aussi grand ami d’Israël.

Car on devine déjà le discours des milieux pro-sionistes. Quoi ? Comment ? On leur offre 50 milliards de dollars et ils refusent de capituler ? C’est d’ailleurs le sens d’une tribune de Danny Danon, l’ambassadeur israélien à l’ONU publiée lundi par le New York Times. « Quel est le problème pour les Palestiniens de capituler ? » s’est-il interrogé avant d’ajouter : « Capituler c'est reconnaître que, dans une lutte, continuer se révèlera plus coûteux que se rendre ». Les Palestiniens sont donc sommés de se rendre. Au passage, on notera que l’ambassadeur reconnaît implicitement qu’Israël mène une guerre au peuple palestinien.

En réalité, personne ne croit aux chances de réussite de ce plan. La preuve, aucun grand dirigeant arabe n’était présent à Manama. Mais l’administration Trump s’en moque. Ce qui l’intéresse, c’est de pouvoir disposer d’un argument à l’automne prochain quand sera révélé le volet « politique » du plan Kushner. C’est là que les cartes seront abattues. C’est là que Washington va confirmer ce qui n’est plus un secret pour personne, c’est-à-dire son alignement total sur la position israélienne et la fin des rares lignes rouges que les Américains s’imposaient de ne jamais franchir. L’une d’elles l’a d’ailleurs déjà été avec le transfert de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem.

A quoi faut-il s’attendre d’autre ? Tout simplement à l’abandon de l’idée d’un État palestinien. Une idée, rappelons-le d’ores et déjà impossible à envisager quand on connaît les conséquences de la colonisation de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est. Pas d’État palestinien, donc. Et quoi d’autre ? Tout est possible y compris l’annexion pure et simple d’une partie ou de toute la Cisjordanie. Selon des informations ayant fuité du plan Kushner, les principales villes palestiniennes bénéficieraient alors d’un vague autonomie. On comprend bien que tout cela oblige à poser de nombreuses questions. Quel sera le statut des Palestiniens ? Comment Israël justifiera l’apartheid qui existe déjà mais qui sera clairement entériné ? Et comment ne pas s’interroger sur les risques d’une nouvelle Nakba car, disons-le clairement, une expulsion massive de Palestiniens n’est plus du tout impossible. Et si on en doute, il suffit de se poser la question suivante : qui l’empêchera ?

Les Etats-Unis ? Certainement pas. La Chine ou la Russie ? Ces deux pays ne semblent guère concernés par les Palestiniens et tiennent aux bonnes affaires qu’ils réalisent avec Israël. L’Union européenne (UE) qui ne cesse de se faire humilier par Donald Trump et dont le silence est assourdissant ? Comment compter sur cette pauvre Europe qui ne sait plus où elle en est et qui, de toutes les façons, voit grandir en son sein des forces à la fois réactionnaires, néo-facistes mais, dans le même temps, pro-israéliennes ? Qui s’opposera à une réduction à zéro des espérances et revendications Palestiniennes ? Les pays arabes ? Ne rions pas. Les monarchies du Golfe qui sont à la manœuvre au sein de la Ligue arabe sont pressées de normaliser leurs relations avec Israël. Quand on entend certains discours de responsables saoudiens ou émiratis, on réalise à quel point la question palestinienne constitue pour eux un problème bien plus qu’une cause à soutenir. Entre s’allier avec Israël pour combattre l’Iran et défendre les Palestiniens, les chouyoukhs ont déjà choisi…

Bien sûr, il y a encore des ilots de résistance. Les pays scandinaves, d’autres d’Amérique latine (l’Afrique subsaharienne, elle, penche de plus en plus pour Israël). De même, on peut penser que le détachement progressif d’une grande partie des juifs américains vis-à-vis d’Israël pourra permettre à terme un rééquilibrage de la diplomatie étasunienne. Mais, en attendant, il y a urgence à aider les Palestiniens.

Que peuvent faire les Algériens ? La réponse est simple. Continuer de faire du soutien à la cause palestinienne un élément important de leur éthique personnelle. C’est d’autant plus important à l’heure où les chants de la propagande israélienne se font entendre un peu partout, étant relayés en Algérie comme au sein des communautés maghrébines de France (il en est ainsi de « l’imam » Chalghoumi qui organise des voyages à la rencontre de responsables israéliens dont des militaires…). En ces temps de hirak et de contestation du système, il s’agit aussi de continuer à regarder hors de chez soi et de peser sur ce dossier. Il n’est pas normal que des entreprises présentes dans les colonies soient accueillies à bras ouverts en Algérie. Il n’est pas normal que des pays qui ne condamnent pas la colonisation de la Cisjordanie ou les tueries de Gaza soient traités comme si de rien n’était par l’Algérie et sa diplomatie. Brandir des drapeaux palestiniens durant les marches du vendredi, c’est bien, d’autant que cela déplait à l’Arabie saoudite, à Bahreïn, aux Émirats arabes unis et à leur clientèle algérienne. Mais agir sur le plan économique, le seul qui offre des marges de manœuvres, c’est bien mieux. Et c’est même urgent.
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