Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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mardi 24 mars 2026

𝐑𝐚𝐜𝐢𝐬𝐭𝐞 𝐞𝐭 𝐜𝐨𝐦𝐩𝐥𝐢𝐜𝐞

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Israël terrorise le Proche-Orient et toi, pauvre de toi,
tu applaudis, justifies, relativises ou excuses.
Ou bien te tais-tu.
Pourquoi ?
Parce que tu es raciste.
Tout simplement.
Parce que tu considères les populations de la région comme secondaires et n'ayant aucun droit face à la volonté israélienne de domination.
Raciste au plus profond de toi.
Peut-être même à l'insu de toi.
Raciste.
Il n'y a pas d'autre explication.
Raciste et complice.
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lundi 3 novembre 2025

Israël et Sparte

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En septembre 2025, le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a déclaré : "Nous allons devenir super-Sparte".

https://information.tv5monde.com/international/nous-allons-devenir-super-sparte-netanyahu-defend-lisolement-croissant-disrael-et-suscite-des-critiques-2791339

Un salut au troll mono-neurone genevois !

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jeudi 26 août 2021

La chronique du blédard : Algérie – Maroc, l’escalade ?

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Jeudi 26 août 2021

Akram Belkaïd, Paris


La rupture des relations diplomatiques entre l’Algérie et le Maroc, à l’initiative des autorités algériennes, est un événement d’une rare gravité. Certains en rient, tournant en dérision l’efficacité ou les fondements d’une telle décision. D’autres applaudissent, cédant à un vieux fond de défiance, voire de mépris structurel, à l’égard du royaume voisin. En réalité, il s’agit d’un pas supplémentaire d’une lente escalade entamée depuis le début des années 2000, autrement dit depuis l’arrivée d’Abdelaziz Bouteflika aux affaires. 

Certes, le contentieux du Sahara occidental, le souvenir de la Guerre des sables de 1963 avec le fameux « hagrouna » du président Ahmed Ben Bella ont toujours alimenté une solide inimitié entre les deux pays. Ils ont fait oublier le soutien marocain à l’indépendance de notre pays et plus personne ne se souvient aujourd’hui de la conférence de Tanger (avril 1958) où les grands partis indépendantistes algérien, marocain et tunisien, entérinèrent le projet d’un Maghreb uni. Les brefs affrontements armés de 1975 et 1976, la honteuse expulsion de dizaine de milliers de Marocains (décembre 1975) décidée par Houari Boumediene en personne ainsi que l’imposition unilatérale d’un visa par Rabat en 1994 (en réponse, Alger ordonna la fermeture des frontières terrestres, fermeture encore en vigueur aujourd’hui) font aussi partie du passif bilatéral que rien ne semble pouvoir, ou vouloir, apurer.

Mais, depuis deux décennies on a la sensation, espérons qu’elle soit infirmée par les faits à venir, qu’une mécanique du pire s’est mise en place. Des deux côtés, on achète beaucoup d’armes. Des deux côtés, on se cherche querelle, on franchit des paliers dans le propos irrespectueux ou l’initiative officielle provocatrice. Sur le plan diplomatique, on se livre un bras de fer en coulisse des grandes organisations internationales, notamment l’Union africaine. Tout cela pourquoi faire ? Pour que deux peuples frères que tout devrait réunir finissent par se faire la guerre ? Est-ce cela qui est mis en branle ? Une telle perspective serait terrible pour l’Algérie comme pour le Maroc mais aussi pour toute la Méditerranée de l’Ouest.

Que l’Algérie ait des griefs à l’encontre de son voisin, cela personne ne peut le contester. L’affaire Pegassus, même si elle a disparu de la une des médias, n’est en rien réglée et sa gravité demeure évidente. On aura beau dire que tous les pays s’espionnent entre eux, la règle entendue est qu’il ne faut jamais se faire attraper et quand c’est le cas, le minimum que l’on peut attendre du pris en faute est de s’excuser.

De même, aucun Algérien ne peut accepter la provocation de l’ambassadeur marocain aux Nations Unies qui, en juillet dernier, a soumis aux pays membres une note dans laquelle il estime, que le « peuple kabyle mérite plus que tout autre de jouir pleinement de son droit à l’autodétermination ». L’histoire de l’Algérie, celle de sa lutte anticoloniale, sa géographie, sa sociologie, la nature même de sa société où s’imbriquent et s’interpénètrent les faits arabophones et berbérophones font que le parallèle entre Kabylie et Sahara occidental ne tient absolument pas la route. 

On peut critiquer le soutien accordé par notre pays au Front Polisario. On peut même s’interroger sur, à la fois, sa pertinence et son efficacité  tout en analysant sérieusement ses conséquences négatives sur la stabilité et la cohérence politique du Maghreb. Mais il ne faut pas tout confondre ou alors on ouvre la voie à des surenchères sans fin sur l’autodétermination du Rif ou du Haut-Atlas marocains. Si Rabat avait voulu calmer le jeu, l’initiative de son ambassadeur aurait dû être désavouée. Ce ne fut pas le cas, c’est donc un geste murement réfléchi qui ne pouvait que déclencher des conséquences en retour.

A l’inverse, la thèse selon laquelle le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK) serait, avec le soutien du Maroc et d’Israël, derrière les incendies qui ont ravagé le centre du pays ne vaut même pas qu’on la commente. Il est vrai que le MAK, dont le dirigeant clame à qui veut l’entendre que la Kabylie subit « un génocide » (ces simples mots suffisent à lui ôter tout crédit), cherche sans vergogne des soutiens à Rabat et à Tel Aviv. Mais de là à l’impliquer dans une catastrophe qui a mis en exergue les manquements de l’Etat algérien et son incapacité à prendre en compte les dangers engendrés par le réchauffement climatique, il y a un fossé que ne craint pas de franchir l’habituel discours à la fois complotiste et dilatoire. Il est fort possible que parmi les incendies qui ont embrasé le pays, certains soient d’origine criminelle mais cette thèse de la triple main criminelle (Mak, Maroc, Israël) laisse plus que dubitatif…

Quoi qu’il en soit, cette malheureuse crise bilatérale nécessite un appel, un retour ( ?), à la raison. Cette raison dont s’est toujours prévalue la diplomatie algérienne. Dans un environnement parfois chaotique, cette institution a le plus souvent gardé le cap de la retenue et du sang-froid. D’un autre côté, illustration de ce fameux « non-Maghreb » dont on ne cesse de déplorer les effets délétères, on réalise que l’Algérie et le Maroc ont été incapables de mettre en place ce que l’on qualifie de « facteurs d’irréversibilité », autrement dit des projets ou des organisations communes capables d’atténuer les conséquences de tensions bilatérales et renforçant la construction maghrébine. Un peu comme deux voisins qui mettraient en commun leur alimentation en eau potable ou dont les maisons s’appuieraient sur le même mur porteur. On pensait que le gazoduc Maghreb – Europe – qui transite par le territoire marocain et dont l’avenir est désormais suspendu en était un. Il en aurait fallu bien plus. 

De même, on se rend compte que les bonnes volontés dédiées à apaiser les tensions ne se bousculent guère au portillon. Il fut un temps où l’une des préoccupations des monarchies du Golfe était de convaincre Alger et Rabat de se parler. Exception faite du Qatar, cela ne semble plus être le cas aujourd’hui. Quant à la France, toujours encline à soutenir Rabat, elle ne semble pas réaliser qu’une détérioration plus marquée des relations algéro-marocaines aura une incidence directe sur la quiétude de l’Hexagone. 

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lundi 17 mai 2021

De l’usage du terme « tsahal » à Radio France (et ailleurs, presse algérienne comprise)

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En 2007, Radio France distribuait un « Micro-guide » à l’ensemble de ses personnels appelés à passer à l’antenne, notamment les journalistes en charge des journaux. « Si Radio France est aussi une ‘‘ école de la République ’’, elle l’est d’abord par la qualité exemplaire du français qu’elle met sur les ondes », notaient les rédacteurs de ce livret et de conclure ainsi leur présentation : « Ceci nous oblige. Une vigilance individuelle et collective est nécessaire dans la mise en forme de nos informations. » 

Pourtant, il est quelques recommandations que nombre de journalistes, dont ceux de France Inter, semblent n’avoir jamais lues ou bien avoir très vite oubliées. Concernant « Tsahal », terme dont on use et abuse actuellement à l’antenne, le guide stipule ceci : « acronyme de tsa hagana léyisrael – armée de défense d’Israël [ce terme] a acquis une connotation familière synonyme d’attachement très fort pour les israéliens qui s’en servent comme on le fait d’un diminutif chargé d’affection dans le sens ‘‘notre armée’’. Conclusion : ne pas utiliser. » 

Bah si, c’est utilisé… Idem pour le « Gouvernement de Jérusalem », expression que le guide conseille d’éviter : « Il est exact que le Parlement israélien a fait de la ville la capitale ‘‘unifiée, éternelle et indivisible’’ de l’état d’Israël. Mais la communauté internationale n’a jamais reconnu cette décision. Périphrase pour périphrase, le ‘‘gouvernement de Tel Aviv’’ ne correspond à aucune réalité politique. Conclusion il est préférable de faire simple et exact et de parler du ‘‘Gouvernement israélien’’. »

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lundi 10 février 2020

La chronique du blédard : Les Palestiniens et le torchon américain

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 30 janvier 2020
Akram Belkaïd, Paris


Avant de commencer, un constat préalable : le plan de paix, présenté mardi 28 janvier par l’administration américaine en vue d’un règlement de la question palestinienne, n’est rien d’autre qu’un torchon. Ce document de près de deux cent pages n’a aucune autre intention que de servir uniquement l’intérêt israélien, ou plus exactement celui de Benyamin Netanyahou et des partisans de l’annexion des territoires palestiniens. Concocté par le gendre d’un président qui est déjà entièrement tourné vers sa réélection – d’où ses appels du pieds aux électeurs évangélistes qui soutiennent l’État hébreu-, ce plan est surtout un révélateur du rapport de force existant aujourd’hui au Proche-Orient et, de façon plus générale, dans le monde arabe.

Dans cette affaire les Palestiniens, à qui on propose des bantoustans démilitarisés en guise d’État, sont d’abord victimes du parti-pris américain qui s’est déjà manifesté il y a un an avec la reconnaissance par Washington de la souveraineté israélienne sur Jérusalem-Est. Jared Kushner, le maître d’œuvre du torchon a partie liée avec la frange la plus radicale de la droite israélienne, celle qui ne voit les intérêts de l’État hébreu qu’au prisme de ceux des colons installés en Cisjordanie. On ne dira pas que la précédente administration, celle de Barack Obama, était plus équitable mais, au moins, s’est-elle clairement prononcée sur le caractère illégal des colonies dont le document Kushner-Trump propose (impose ?) l’annexion définitive. Souvenons-nous juste que le 23 décembre 2016, le Conseil de sécurité des Nations unies adoptait par quatorze voix et une abstention (celle des États-Unis) la résolution 2334 condamnant « la construction et l’expansion de colonies de peuplement » dans les « territoires occupés ». L’abstention américaine, événement rare pour ce qui concerne les textes votés contre Israël, n’a pas changé la donne mais au moins les États-Unis faisaient-ils mine de respecter le droit international ce qui n’est plus le cas avec Donald Trump.

Les Palestiniens sont aussi victimes des bouleversements du monde arabe. Aujourd’hui, ce sont les monarchies pétrolières du Golfe qui font la loi et imposent leur crédo. Le royaume de Bahreïn, le sultanat d’Oman et la fédération des Émirats arabes unis (EAU) étaient représentés à Washington quand le « plan de paix » a été dévoilé. Les Saoudiens étaient absents mais c’est comme s’ils étaient présents à une cérémonie qui, dans les faits, enterre le plan du roi Abdallah de 2002 (la paix contre la restitution des terres palestiniennes). On sait que ces pays, tétanisés par la menace iranienne, comptent sur Israël pour les protéger et suppléer une Amérique qui regarde de plus en plus du côté de l’Asie. Face à ces monarchies réactionnaires, aucun dirigeant d’envergure n’est capable de faire entendre sa voix. L’Égypte fait ce que Riyad exige d’elle et les autres pays arabes qui échappent aux affres de la guerre civile et de l’instabilité sont aux abonnés absents.

Certes, les peuples demeurent très attachés à la cause palestinienne mais leurs dirigeants ont renoncé depuis longtemps à en faire un point non-négociable. Cela vaut aussi pour l’Algérie qui, ces trente dernières années, c’est souciée comme d’une guigne de cette question. Il y a quelques semaines, un dirigeant du Fatah confiait au présent chroniqueur qu’il y a quelques années, Alger n’avait même pas daigné répondre à une demande pressante des Palestiniens pour une médiation entre l’Autorité palestinienne et le Hamas. Le temps où la diplomatie algérienne plaidait pour que personne ne parle au nom des Palestiniens, les accueillant même en 1988 pour qu’ils proclament la naissance de leur État, est bel et bien terminé.

Enfin, les Palestiniens sont aussi les victimes de leurs propres dirigeants. Que d’aveuglements et de naïveté ! L’affaire était déjà pliée avec les accords d’Oslo mais ni Yasser Arafat ni Mahmoud Abbas n’ont semblé prendre conscience du nœud coulant représenté par l’extension permanent des colonies (600 000 colons aujourd’hui). La lutte fratricide entre le Hamas et le Fatah, le non respect des droits humains à Gaza comme en Cisjordanie et l’absence d’élections (le mandat d’Abbas a expiré) fragilisent la position palestinienne. Aujourd’hui, l’Autorité palestinienne ne semble exister que par son rôle de supplétif dans sa collaboration sécuritaire avec les Israéliens. Ceci explique, en partie, le mépris affiché par Trump et Kushner à l’égard des Palestiniens.

En attendant la réponse fulgurante de la Ligue arabe qui a une nouvelle fois l’occasion de montrer qu’elle ne sert à strictement rien, il est évident qu’un nouveau chapitre débute au Proche-Orient. Déjà, Netanyahou, loin d’être tiré d’affaire en ce qui concerne ses déboires judiciaires, s’apprête à déposer un texte de loi pour entériner l’annexion des terres palestiniennes où sont installées les colons. En Occident, les masques tombent. Bien sûr, les partisans de la cause palestinienne demeurent nombreux et mobilisés. Mais les habituels visqueux qui n’ont que le mot paix à la bouche – sans jamais critiquer l’existence des colonies, tiennent là une belle occasion de ressortir la vieille rengaine à propos de Palestiniens « qui gâchent les occasions de faire la paix », « qui n’acceptent pas la main tendue et les propositions généreuses »,… Bref l’habituel blabla destiné à faire oublier l’essentiel : la profonde injustice subie par tout un peuple depuis 1948.
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dimanche 20 mai 2018

La chronique du blédard : Sharpeville, Soweto, Gaza

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 17 mai 2018
Akram Belkaïd, Paris

21 mars 1960. Sharpeville, un township (banlieue noire) dans le Transvaal, en Afrique du sud. Des milliers de manifestants Noirs répondent à l’appel du Congrès panafricain (PAC) pour protester de manière pacifique contre l’instauration, par le gouvernement sud-africain, du « pass » (passeport intérieur) destiné à restreindre les mouvements des populations non-blanches. La police ouvre le feu à balles réelles. Le bilan est lourd : 69 morts (nombre d’entre eux touchés dans le dos) et près de deux cent blessés. Le régime d’apartheid se montre tel qu’il a toujours été : impitoyable. La répression qui suit contre le PAC et le Congrès national africain (ANC) de Nelson Mandela est brutale. L’état d’urgence est décrété, les deux formations politiques sont interdites, des milliers de militants sont arrêtés, d’autres sont obligés de s’exiler. Dans le monde, les condamnations pleuvent. Aux Nations Unies, le Conseil de sécurité adopte la résolution 134 qui condamne Pretoria pour son usage de la force contre des civils désarmés. La France et la Grande-Bretagne s’abstiennent… Dans le contexte de guerre froide, l’apartheid est encore défendu par certains comme un mal nécessaire pour faire pièce au communisme…

16 juin 1976. Soweto, un township dans la banlieue de Johannesburg, Transvaal, Afrique du sud. Des milliers d’écoliers soutenus par le mouvement Conscience noire (fondé, entre autres, par Steve Biko) manifestent contre l’instauration de l’afrikaans (la langue des descendants de colons hollandais) comme langue officielle d’enseignement aux côtés de l’anglais. Pour la population des ghettos, cette langue est le symbole de l’apartheid et il n’est pas question de l’accepter dans les écoles des townships.  Le cortège des manifestants est pacifique mais la police ouvre le feu à balles réelles. Vingt-trois écoliers sont tués et il y a des dizaines de blessés. Dans les jours qui suivent, les émeutes s’étendent au reste du pays et font plusieurs centaines de morts (dont celle, en détention, de Steve Biko). Dans le monde, les condamnations se multiplient. Le mouvement de boycottage de l’Afrique du sud se renforce (les pays africains boycotteront les Jeux olympiques de Montréal en raison de la présence d’athlètes sud-africains). Mais, là aussi, des voix se font entendre en Occident pour défendre l’Afrique du sud comme poste avancé dans la lutte contre le communisme. Comme en 1960, des voix bien intentionnées à Paris, Londres ou Washington reprochent aussi aux dirigeants de l’opposition noire de jouer avec la vie de la jeunesse sud-africaine…

14 mai 2018. Des milliers de jeunes Palestiniens manifestent aux abords de la « frontière » qui sépare le bantoustan de Gaza d’Israël. Comme ce fut le cas au cours des semaines précédentes, des snipers ouvrent le feu à balles réelles. Selon les derniers chiffres, on relèvera 59 morts et des dizaines de blessés dont certains seront amputés. Une nouvelle fois, la « marche du retour » des Palestiniens, qui exigent le droit de pouvoir quitter Gaza et de rentrer chez eux, en Palestine, se termine dans un bain de sang. Les États-Unis s’opposent à l’ouverture d’une enquête indépendante et, reprenant à l’identique la propagande du gouvernement israélien et de ses soutiens, accusent le Hamas palestinien d’être l’unique responsable de cette tuerie. De façon générale, Tel Aviv peut compter sur une solide indulgence occidentale, les réactions les plus vigoureuses consistant à lui demander de la « responsabilité » et du « discernement », pour reprendre, par exemple, les éléments de langage de la diplomatie française. Dans le monde arabo-musulman, seule la Turquie du très peu démocrate Erdogan hausse le ton. Quant aux médias « lourds » occidentaux, notamment les télévisions (à l’image de la très pitoyable BBC), ils rivalisent en circonvolutions et propos elliptiques pour ne jamais présenter les faits tels qu’ils existent : l’armée israélienne a tué de sang-froid des manifestants désarmés.

Sharpeville, Soweto, Gaza. L’injustice, la loi du plus fort, l’usage de la violence contre une jeunesse désarmée et le même sentiment de supériorité du tueur déniant toute humanité à la victime. L’apartheid n’existe plus en Afrique du Sud. Mais il règne en Israël. Gaza n’est pas un pays, contrairement à ce que peuvent prétendre les ineffables commentateurs de l’actualité internationale qui roulent de manière plus ou moins avouée pour Israël. Comme indiqué précédemment, c’est un Bantoustan. Une prison à ciel ouvert dont la population se meurt dans l’indifférence générale. Comme l’étaient les Noirs sud-africains en 1960 et en 1978, les Palestiniens sont bien seuls aujourd’hui. Le manque d’empressement de la communauté internationale à condamner et à punir, oui punir, Israël sans oublier l’indigence politique totale de l’Autorité palestinienne et du Hamas, peuvent faire croire que ce pays a gagné et qu’il pourra continuer ad vitam aeternam à transformer les Gazaouis en cibles vivantes et à faire de Gaza le terrain d’entraînement et de défoulement pour son armée et son aviation.

Pour autant, comme les Noirs sud-africains ont rappelé aux Afrikaners qu’ils n’étaient pas prêts de disparaître, les Palestiniens viennent une nouvelle fois de signifier aux Israéliens qu’ils ne se retireront pas du paysage et qu’ils sauront toujours signifier aux Israéliens que la tranquillité des uns dépend l’accès aux droits fondamentaux pour les autres. Il a fallu du temps, du sang et des larmes pour que le 21 mars devienne la journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale. Même chose pour le 16 juin, désormais journée de l’enfant africain. Un jour, tôt ou tard, les Palestiniens recouvriront leurs droits et le 14 mai rappellera au reste du monde que la roue de la justice finit toujours par tourner.
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dimanche 8 avril 2018

La chronique du blédard : Un sanglot nommé Gaza

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 5 avril 2018
Akram Belkaïd, Paris

Il arrive un moment où vient la sensation que l’on se répète encore et encore, pour rien, pour pas grand-chose de concret, pour aucun changement. En somme, une oppression, un à-quoi bon, contre lesquels il est dur de lutter. Cela vaut pour nombre de sujets d’actualité. La situation politique et économique en Algérie, la tragédie syrienne ou le drame profond des Palestiniens. Ce qui vient de se passer à la « frontière » de Gaza, cette tuerie qui n’est rien d’autre que l’affirmation d’un pouvoir total de vie et de mort sur une population sans défense, fait réapparaître ce sentiment qui mêle colère, indignation, amertume et sanglots.

Tuerie gratuite, délibérée, et qui, sur le plan international, a de fortes chances de rester impunie. Nous le savons tous. Dans la hiérarchie mondiale, l’Etat israélien occupe une place à part. Comme l’OAS jadis, il frappe où il veut et quand il le veut, sûr de son bon droit et du soutien indéfectible des Etats-Unis, première puissance planétaire. Il arrive parfois que Washington manifeste quelques irritations et laisse passer des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU sans opposer son véto. La dernière fois, c’était en décembre 2016 à propos de la condamnation de la colonisation (laquelle ne s’arrête jamais). Le cadeau d’adieu de Barack Obama à son « ami » Benyamin Netanyahou… Mais avec Trump, retour à la case du « feu vert permanent ».

Israël peut aussi compter sur la lâcheté de l’Union européenne (UE) et de ses membres. Oh, bien sûr, certains d’entre eux ont fait état de leur « préoccupation ». D’autres, comme la France, ont même fait preuve de courage intrépide en demandant à Tel Aviv d’agir avec une « plus grande retenue ». Mais point de sanctions. Pas même l’esquisse d’une réflexion en ce sens. Suspendre l’accord d’association ? Impensable. Mettre le frein sur certains accords de coopération technique et scientifique ? Inenvisageable. Car, après tout, qu’est-ce que la vie d’un Palestinien ?

C’est le fond du problème. Pour les chancelleries européennes, les Palestiniens sont des morts en sursis. C’est leur état naturel. Ils seraient ainsi destinés à subir ce qu’ils subissent. Une gamine de dix-sept ans emprisonnées, sexuellement harcelée par son interrogateur, cela ne déclenche guère de protestations. La « communauté internationale » fait avec… Des jeunes que l’on arrête et que l’on détient sans raison, au nom d’une disposition qui remonte au protectorat britannique ? Que voulez-vous, mon bon monsieur, nous n’y pouvons pas grand-chose… Et puis, vous savez, le poids du passé… Imaginons un seul instant quelles auraient été les réactions des Européens (ne parlons même pas des Etats-Unis) si les morts avaient été Israéliens…

En France, dans la hiérarchie de l’information, la tuerie de Gaza est passée loin derrière la grève des cheminots, la météo incertaine, la finale de la coupe de la ligue et la chasse aux œufs de Pâques. Rien d’inhabituel. Nombre de mes confrères ont relevé les « perles » de cette couverture faussement objective, où le bourreau est toujours présenté de manière positive tandis que même la supériorité morale de la victime est niée. « La manifestation a fait seize morts » expliquait une radio d’information en continu. Règle de base respectée : ne jamais, mais jamais, désigner Israël comme coupable de quoi que ce soit. L’Etat hébreu se défend, réplique, riposte, anticipe mais la faute est ailleurs.  

Le coupable, c’est la victime. Elle a forcément tort. Elle a mal voté, elle est extrémiste, elle ne respecte pas sa propre vie – ou celle de ses enfants. Mais quelle idée était la sienne de manifester sur son propre sol (du moins, supposé tel) ? Et c’est ainsi qu’est distillé le message implicite : les Palestiniens, contrairement à ce que prétend leur Poète, n’aiment guère la vie. Pire, ils sont les responsables de leurs (mauvais) sort. Autre moyen d’instiller le poison. Evoquer le rôle du Hamas (pour faire couleur locale, c’est-à-dire israélienne, prononcer Khamas…). Laisser entendre qu’il aurait sa part de responsabilité, qu’il aurait envoyé des terroristes (bien appuyer sur les « r », là aussi, pour faire couleur locale) à la « frontière » ou qu’il aurait délibérément sacrifié la vie de jeunes gens manipulables à souhait.

Mais revenons à ce terme de frontière. Quel beau moyen de masquer la réalité. Ce qui sépare l’Etat d’Israël, membre des Nations Unies, et l’enclave de Gaza, prison à ciel ouvert, sans souveraineté aucune, ni sur son sol, ni sur les airs ni sur la mer, ce sont des murs, des clôtures, des grillages, des fossés. Gaza n’est pas un Etat. La Cisjordanie n’est pas un Etat. Il n’y a pas d’Etat palestinien. Il n’y a pas de face-à-face entre deux pays, ayant chacun leur souveraineté, leur armée. Il y a un dominant et un dominé. Un colonisateur et un colonisé, un Etat et des proto-bantoustans.


Soutien indéfectible des Etats-Unis, lâcheté des Européens, Israël peut aussi compter sur la pusillanimité des pays arabes. « Notre malheur, c’est aussi le monde arabe » me dit un jour un ami palestinien de Bethléem. Rien de plus vrai surtout quand on pense à cette brute saoudienne qui, en ce moment, secoue ses bourrelets et exhibe ses pétrodollars pour convaincre Israël de faire (à sa place) la guerre à l’Iran. Et voilà ce principicule et futur roitelet qui nous rappelle à une vérité contemporaine : pour lui et pour l’engeance à laquelle il appartient, les Palestiniens ne comptent pas.
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