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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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vendredi 6 octobre 2017

La chronique économique : Réglage délicat pour sauver l’économie algérienne

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 4 octobre 2017
Akram Belkaïd, Paris

A bien y regarder de près, la réforme de l’économie algérienne relève de la quadrature du cercle. Tout le monde est d’accord pour dire que sortir de la dépendance au pétrole est le premier objectif. Un défi structurel que le recours à l’exploitation des gaz et pétrole de schiste – que l’on nomme aussi hydrocarbures non-conventionnels – ne fera pas disparaître. L’or noir est une rente dont il faut absolument s’émanciper. Il n’y a pas d’autre solution durable. Mais comment le faire ? Par quel moyen politique ? Par quelles réformes ?

Etat et secteur privé défaillants

Poser ces questions, c’est se pencher sur la doctrine politique que doit suivre l’Algérie. Et cette question n’est toujours pas réglée depuis la fin, en catimini, de la période socialiste. Qui peut dire quelle est la nature de la politique économique algérienne suivie au cours de ces deux dernières décennies ? Certains, et ils n’ont pas tort, affirment qu’il n’y a pas lieu de trop réfléchir à cette dénomination, le résultat final étant un échec total sur toute la ligne. D’autres, relèveront, et à raison aussi, que de politique, il n’y en a eu point, l’Algérie, ayant baigné dans un désordre idéologique patent, alternant, au gré des circonstances, entre des politiques d’ouverture d’inspiration libérale et des inclinaisons dirigistes manifestes.

Dans les mois et les années qui viennent, les dirigeants devront répondre à deux questions majeures et complémentaires. La première est la suivante : En matière d’économie, quel est le rôle de l’Etat et des entreprises étatiques ? Quant à la seconde, elle doit interroger le rôle dédié au secteur privé algérien. On pourra objecter qu’il manque une troisième question relative aux investisseurs étrangers. Mais commençons par répondre aux deux premières et un grand pas sera accompli.

La situation actuelle est celle d’un Etat qui n’arrive plus à remplir ses obligations notamment en ce qui concerne le bien-être social de sa population. C’est aussi une machine bureaucratique décriée par les entrepreneurs privés qui ne cessent de dénoncer le rôle néfaste de l’administration. Dans le même temps, nous avons affaire à un secteur privé d’une envergure modeste et dont on est en droit de se demander s’il est capable d’emmener l’Algérie vers la route d’une vraie diversification. Quand on bénéficie d’un monopole de fait, et qu’on ne fait que profiter des commandes d’Etat, obtenues par copinage, ou que l’on se spécialise dans l’import-import, quelle que soit sa déclinaison ou variante, on ne peut s’affubler du titre ronflant d’oligarque.

Tout cela pour en revenir à cette fameuse quadrature du cercle. Une thérapie libérale pour sauver l’Algérie ? Autrement dit, la suppression des subventions, la privatisation des entreprises publiques, l’allègement des barrières administratives et une refonte de la fiscalité (baisse des impôts pour les entreprises et les plus riches). On entend et on lit des voix réclamer cela. Mais au-delà de la casse sociale que cela provoquera fatalement, rien ne dit qu’une telle méthode marchera. De fait, l’Algérie est dans une situation où ni l’Etat ni le secteur privé n’ont la capacité de transformer l’économie.

« Fine Tuning »


La solution résidera peut-être dans un « fine tuning », un réglage délicat, qui alliera mesures de renforcement des capacités étatiques (cela signifie notamment une « vraie » réforme administrative) et ouverture progressive au privé avec encouragement des initiatives individuelles. Autrement dit, la nécessité de mettre fin aux monopoles, qu’ils soient publics ou, et surtout, privés. Cela signifie que l’on peut adopter le marché mais que l’on prenne le temps en ce qui concerne le capitalisme. Le défi est énorme. Il nécessite une paix sociale et, plus encore, une stabilité politique née, non pas de la mainmise autoritariste du régime mais d’un consensus né de la négociation. Pour l’heure, il n’est pas trop tard pour le faire. Du moins, pas encore.
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jeudi 20 décembre 2012

La chronique économique : L’ECONOMIE DE MARCHE ET LES CONTRADICTIONS DE L’ALGERIE

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 19 décembre 2012
par Akram Belkaid, Paris
 
Le projet (enlisé) de l’installation d’une usine Renault en Algérie est emblématique des incertitudes et des errements de la politique économique algérienne. En effet, ce dossier qui est loin d’avoir abouti -et qui pourrait ne jamais aboutir n’en déplaise aux communicants du constructeur automobile français- (*) pose plusieurs questions vis-à-vis desquelles l’Algérie a encore du mal à se positionner. De façon générale, c’est le rapport de ce pays aux règles de l’économie de marché et de la globalisation dont il est question. C’est ce qu’a montré l’affaire Orascom, c’est ce que montre ce qui est désormais l’affaire Renault.

ACCEPTER LES REGLES DU MARCHE OUVERT

La première question concerne le degré d’ouverture du marché algérien. On le sait, Renault est, de loin, le constructeur qui écoule le plus de véhicules en Algérie. Il n’y a donc même pas à s’interroger sur la rentabilité de son activité commerciale. Mais, dans l’état d’esprit de nombreux responsables algériens, il serait normal qu’une partie des bénéfices de cette activité ne soit pas transférée hors d’Algérie mais réinvestie sur place. On ne parle pas ici des actions de sponsoring destinées à donner le change mais de monnaie sonnante et trébuchante. Or, dans les règles de la globalisation, il n’y a pas de place pour ce genre de raisonnement. Si vous ouvrez votre marché, vous devez accepter de voir le plus gros des bénéfices passer sous le nez de votre fisc. C’est cela un marché ouvert, c’est-à-dire un marché où il n’y a pas de place pour la susceptibilité et la fierté nationales.

Dans la danse du ventre qu’accomplissent de nombreux pays émergents pour attirer les investisseurs étrangers, l’affirmation selon laquelle rien n’entravera le rapatriement des bénéfices fait partie des arguments obligatoires. Dans le cas de l’Algérie, on sent qu’il y a tout de même une forte réticence. Nationalisme oblige, on y admet mal que le bénéfice réalisé sur place puisse partir ailleurs. Alors, on se dit qu’il faut que le commerçant qui écoule sa marchandise sur place -et c’est ce qu’est actuellement Renault- investisse sur place de façon à créer des emplois et donc à consacrer une partie de son résultat au bien-être de l’économie locale. Et c’est là que se pose la seconde question. Cette affaire Renault cache mal une autre réalité. C’est l’incapacité de la machine économique algérienne à créer des emplois industriels.
 
A ce titre, l’ouverture du commerce extérieur et la généralisation de l’import-import ont été une erreur majeure dont les responsables mériteraient d’être traduits en justice. La règle est simple : on n’ouvre ses frontières que lorsque l’on a quelque chose à vendre à l’extérieur. Plus important encore, ce n’est pas parce que l’on a ouvert ses frontières que les investisseurs vont se précipiter chez vous pour y investir, bien au contraire. Pourquoi le feraient-ils alors qu’il est plus rentable pour eux d’écouler leur marchandise plutôt que de la fabriquer sur place ?

REPOSER LA QUESTION DU PROTECTIONNISME

Il est possible que le montant des réserves de change tourne la tête des dirigeants algériens et leur fasse croire que leur pays est capable de dicter sa loi à la mondialisation. Outre le fait que ces réserves peuvent fondre comme neige au soleil, le problème, c’est qu’il faut avoir une doctrine et s’y tenir. On peut décider de ne pas accepter les exigences des investisseurs étrangers mais il faut alors comprendre que l’on ne doit pas non plus accepter l’idée de transformer l’Algérie en un immense bazar peuplé de pseudo- entrepreneurs qui ne sont rien d’autre que des import-importateurs… On en revient donc à la question de la production nationale, qu’elle soit publique ou privée, et de la dose de protectionnisme, certes temporaire, dont elle a besoin pour se développer. Et cela, à condition -et c’est une autre paire de manches- que les mafias «bazaristes» qui gangrènent l’économie algérienne laissent faire.
 
(*) Note du jeudi 20 décembre. Certes, le projet de construction de l'usine Renault en Oranie a été signé lors de la visite d'Etat de François Hollande en Algérie. Mais, ce dossier est loin d'avoir abouti...
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