Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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mardi 20 mars 2018

La chronique économique : Trump défend la 5G américaine

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 14 mars 2018
Akram Belkaïd, Paris

Après l’acier et l’aluminium, au tour des semi-conducteurs… Et avec la manière forte ! Le président américain Donald Trump vient donc de bloquer ce qui s’annonçait comme étant la plus grosse opération d’acquisition dans le domaine technologique. Le locataire de la Maison-Blanche a signé un décret interdisant le projet de rachat de Qualcomm, fabricant californien de puces pour la connectivité des appareils mobiles, par son rival singapourien Broadcom. Pour mémoire, il s’agit d’une offre publique d’achat (OPA) hostile (les dirigeants et actionnaires principaux de Qualcomm s’y opposaient) d’un montant de 142 milliards de dollars (la première offre, « amicale », était de 117 milliards de dollars).

Motif de sécurité nationale

Pour les autorités américaines, cette acquisition aurait représenté une menace directe pour la « sécurité nationale ». En effet, ce qui se joue en toile de fond, c’est la fabrication des composants nécessaires à la 5G (technologie qui serait 100 fois plus rapide en début que l’actuelle 4G). Saisie par Qualcomm, la Commission des investissements étrangers aux Etats-Unis (Cifius ou Committee on Foreign Investment in the United States) a émis un avis négatif quant à l’opération et Donald Trump n’a fait que suivre ses recommandations. « L’offre de reprise de Qualcomm par l’acquéreur est interdite et toute opération équivalente, de fusion, acquisition ou d’OPA, directe ou indirecte, est également interdite » indique le décret signé par le dirigeant américain.

Que craignent vraiment les Etats-Unis ? Le raisonnement qui fonde cette décision protectionniste est très simple à appréhender. Washington souhaite protéger un « champion national » des appétits étrangers et notamment chinois. Broadcom a beau être basé à Singapour, c’est la main de Pékin qui est vue derrière cette entreprise. La Cifius a clairement indiqué que Broadcom pourrait à la fois siphonner le savoir-faire de Qualcomm avant de mettre cette entreprise hors-circuit en réduisant fortement ses budgets de recherche et développement. Une perspective qui aurait signifié une dépendance accrue à l’égard d’entreprises étrangères et notamment asiatiques pour de nombreux opérateurs américains, dont ceux liés au secteur de la défense.

Le signal envoyé par les Etats-Unis est donc d’une fermeté totale. Pas question de perdre l’avantage technologique mondial en matière de composants pour les appareils mobiles. Le décret de Donald Trump montre bien que l’idée de défendre un champion national est bien dans l’air du temps malgré tous les discours sur les bienfaits de la mondialisation. En réalité, il s’agit bien de protectionnisme sélectif. Aux Etats-Unis, la notion de champion national dépend surtout du lien qui existerait entre l’entreprise concernée et le secteur de la défense. Si une telle relation n’existe pas, il n’est pas dit que la Cifius remette en cause une offre d’acquisition venue de l’étranger.

De prédateur à proie


Cet échec va faire date pour Broadcom. Dans les prochains mois, on suivra avec attention si, de prédateur, cette entreprise ne va pas se transformer en cible. Pour ses dirigeants, l’acquisition de Qualcomm visait à atteindre une taille stratégique et à s’installer sur le marché américain. Pour vaincre les réticences de la Cifius, Broadcom a même lancé une procédure d’installation officielle aux Etats-Unis afin d’être considérée comme une société américaine. La manœuvre n’a pas réussi et désormais la firme singapourienne pourrait faire figure de proie rêvée pour des entreprises chinoises de haute technologie auxquelles Pékin a donné l’ordre de se développer à l’international.
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mardi 13 mars 2018

La chronique économique : Trump et la « guerre » commerciale

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 7 mars 2018
Akram Belkaïd, Paris

Donald Trum va-t-il déclencher un conflit commercial généralisé ? En annonçant que les Etats-Unis taxeront bientôt leurs importations d’acier (+25%) et d’aluminium (+10%), le président américain n’a pas simplement engendré la panique sur les marchés financiers. Il a provoqué des réactions en chaine, le plus souvent négatives, à commencer par celles de personnalités du parti républicain, une formation traditionnellement favorable au libre-échange. Certes, on ne sait pas quand ces augmentations tarifaires vont entrer en vigueur. On commence à prendre l’habitude des déclarations tonitruantes du locataire de la Maison-Blanche, lesquelles déclarations sont rarement suivies d’effet. Mais le doute et l’inquiétude sont là.

Représailles commerciales

Si les Etats-Unis taxent l’acier et l’aluminium importé, ils déclencheront des mesures de représailles de la part de la Chine mais aussi de l’Australie et, bien sûr, de l’Union européenne (UE). Cette dernière a déjà laissé entendre que des produits « made in USA » comme les motos Harley-Davidson ou les jeans seraient taxés en retour. Ce à quoi Trump a répondu que son pays réagirait en augmentant les tarifs douaniers sur les voitures européennes. On le voit, le cycle de représailles et de contre-représailles pourrait vite s’emballer.

Dans cette affaire, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) sera nécessairement impliquée ne serait-ce que parce que de nombreux contentieux seront portés devant ses instances. On imagine aussi que les diplomaties des pays concernés vont essayer de trouver un terrain d’entente mais une chose est certaine, Trump vient de donner un sérieux coup de pied au tabou de la mondialisation vertueuse par le biais du commerce international. En affirmant haut et fort ses options protectionnistes, il ne fait pas simplement un appel du pied à ses électeurs alors qu’il évoque déjà sa candidature pour 2020. Trump veut que les Etats-Unis imposent leurs intérêts dans la répartition des flux commerciaux.

Ce n’est donc pas un hasard si, évoquant la hausse des tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium, il a indiqué qu’il pourrait se montrer accommodant à l’égard du Mexique et du Canada… à la condition que ces deux pays se montrent plus souples dans les actuelles renégociations de l’accord de libre-échange nord-américain (Alena). Entamées dès son installation à Washington, ces discussions en sont à leur septième round et n’ont rien donné de concret pour le moment. Ottawa comme Mexico ne concèdent rien à leur voisin et Trump aimerait bien que la renégociation aboutisse pour clamer que l’une de ses promesses électorales a été tenue.

Accord dans le Pacifique


Quoiqu’il en soit, il serait faux néanmoins de penser que Trump initie un mouvement de fond en faveur du protectionnisme. Hasard du calendrier, c’est cette semaine que sera signé l’accord de libre-échange transpacifique. Voulu à l’origine par les administrations Bush puis Obama, ce texte libéralise les échanges entre onze pays : Australie, Brunei, Canada, Chili, Japon, Malaisie, Mexique, Nouvelle-Zélande, Singapour et Vietnam. Les Etats-Unis, eux, se sont retirés de ce projet destiné à contrebalancer l’influence chinoise dans la zone pacifique. Ce faisant, Donald Trump a créé une situation inédite puisque le retrait de son pays crée un vide dont Pékin pourrait bien profiter à moyen terme.
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samedi 1 juin 2013

La chronique économique : OMC : la panne et le retour du bilatéralisme

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 28 mai 2013
Akram Belkaïd, Paris
 
L’Organisation mondiale du commerce (OMC) aura donc un nouveau Directeur général à partir du 1er septembre prochain. Il s’agit du brésilien Roberto Azevedo, élu à ce poste au début du mois de mai. La mission de celui qui succède au français Pascal Lamy est d’ores et déjà connue. Réduire les mesures protectionnistes dans le monde et, de façon plus générale, relancer le processus de libéralisation du commerce mondial qui stagne depuis la Conférence de Doha en 2001.
 
Protectionnisme et cycle de Doha
 
Avec la crise de 2008, de nombreux pays ont mis en place des mesures de protection de leurs économies ce qui a ralenti les échanges commerciaux mondiaux. Hausse temporaire des droits de douane, restriction aux exportations et aux importations, taxation accrue des investissements étrangers jugés spéculatifs, mise en place de règlementations restrictives en matière d’ouverture du capital des entreprises nationales aux opérateurs étrangers : selon l’OMC, 20% de ces mesures ont d’ores et déjà été retirées. Roberto Azevedo aura donc la charge de faire éliminer ou de réduire les 80% restants. Une mission qui n’est pas jouée d’avance puisque la crise subsiste dans de nombreux pays et que, partout, montent de partout les tentations protectionnistes. Pour convaincre des bienfaits de l’ouverture, l’OMC rappelle que ce processus de fermeture et de repli sur soi a conduit à plusieurs guerres, économiques ou militaires, durant le XX° siècle. Un argument de taille mais il n’est pas dit qu’il suffira à changer la donner.
 
Mais si le nouveau patron de l’OMC devrait arriver à des résultats concrets dans sa lutte contre le protectionnisme, il est une autre mission où il aura beaucoup de mal. On l’aura compris, il s’agit de la relance du cycle de Doha, en panne depuis douze ans en raison de fortes divergences entre plusieurs géants commerciaux. Parmi les motifs de discorde on peut citer les subventions agricoles (notamment en Europe et aux Etats-Unis), les entraves à la libéralisation des services (pays émergents) cela sans oublier toute une palette de mesures protectionnistes déguisées. Réaliste, Roberto Azevedo s’est dit « pessimiste » tout en assurant qu’il fera tout pour que la Conférence ministérielle de Bali prévue pour le moins de décembre prochain soit un succès.
 
L’exemple par la Suisse
 
Mais, à dire vrai, personne ne croit que l’OMC va réussir à clore le cycle de Doha. Du coup, les pays dont l’économie dépend fortement des échanges commerciaux se sont engagés dans une approche privilégiant les accords bilatéraux. C’est le cas de la Suisse dont les autorités viennent d’annoncer leur volonté de mettre à jour et d’étendre les 27 accords de libre-échange (ALE) déjà conclus par le passé, le plus ancien étant celui scellé en 1973 avec l’Union européenne. Dans ces négociations avec la Turquie, le Canada, la Corée du Sud, Singapour et le Mexique, Berne veut inclure les services, les contrats publics, les investissements directs, le développement durable et la facilitation du commerce. De même, la Suisse négocie-t-elle aussi de nouveaux ALE avec l’Inde, la Russie, le Vietnam, l’Indonésie et la Chine, un accord devant même être signé avec cette dernière en juillet prochain (ce qui ne manquera pas d’avoir un retentissement certain en Europe). Cette démarche bilatérale de la Suisse se retrouve dans d’autres pays et signifie que le processus de Doha n’est guère plus d’actualité.
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jeudi 20 décembre 2012

La chronique économique : L’ECONOMIE DE MARCHE ET LES CONTRADICTIONS DE L’ALGERIE

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 19 décembre 2012
par Akram Belkaid, Paris
 
Le projet (enlisé) de l’installation d’une usine Renault en Algérie est emblématique des incertitudes et des errements de la politique économique algérienne. En effet, ce dossier qui est loin d’avoir abouti -et qui pourrait ne jamais aboutir n’en déplaise aux communicants du constructeur automobile français- (*) pose plusieurs questions vis-à-vis desquelles l’Algérie a encore du mal à se positionner. De façon générale, c’est le rapport de ce pays aux règles de l’économie de marché et de la globalisation dont il est question. C’est ce qu’a montré l’affaire Orascom, c’est ce que montre ce qui est désormais l’affaire Renault.

ACCEPTER LES REGLES DU MARCHE OUVERT

La première question concerne le degré d’ouverture du marché algérien. On le sait, Renault est, de loin, le constructeur qui écoule le plus de véhicules en Algérie. Il n’y a donc même pas à s’interroger sur la rentabilité de son activité commerciale. Mais, dans l’état d’esprit de nombreux responsables algériens, il serait normal qu’une partie des bénéfices de cette activité ne soit pas transférée hors d’Algérie mais réinvestie sur place. On ne parle pas ici des actions de sponsoring destinées à donner le change mais de monnaie sonnante et trébuchante. Or, dans les règles de la globalisation, il n’y a pas de place pour ce genre de raisonnement. Si vous ouvrez votre marché, vous devez accepter de voir le plus gros des bénéfices passer sous le nez de votre fisc. C’est cela un marché ouvert, c’est-à-dire un marché où il n’y a pas de place pour la susceptibilité et la fierté nationales.

Dans la danse du ventre qu’accomplissent de nombreux pays émergents pour attirer les investisseurs étrangers, l’affirmation selon laquelle rien n’entravera le rapatriement des bénéfices fait partie des arguments obligatoires. Dans le cas de l’Algérie, on sent qu’il y a tout de même une forte réticence. Nationalisme oblige, on y admet mal que le bénéfice réalisé sur place puisse partir ailleurs. Alors, on se dit qu’il faut que le commerçant qui écoule sa marchandise sur place -et c’est ce qu’est actuellement Renault- investisse sur place de façon à créer des emplois et donc à consacrer une partie de son résultat au bien-être de l’économie locale. Et c’est là que se pose la seconde question. Cette affaire Renault cache mal une autre réalité. C’est l’incapacité de la machine économique algérienne à créer des emplois industriels.
 
A ce titre, l’ouverture du commerce extérieur et la généralisation de l’import-import ont été une erreur majeure dont les responsables mériteraient d’être traduits en justice. La règle est simple : on n’ouvre ses frontières que lorsque l’on a quelque chose à vendre à l’extérieur. Plus important encore, ce n’est pas parce que l’on a ouvert ses frontières que les investisseurs vont se précipiter chez vous pour y investir, bien au contraire. Pourquoi le feraient-ils alors qu’il est plus rentable pour eux d’écouler leur marchandise plutôt que de la fabriquer sur place ?

REPOSER LA QUESTION DU PROTECTIONNISME

Il est possible que le montant des réserves de change tourne la tête des dirigeants algériens et leur fasse croire que leur pays est capable de dicter sa loi à la mondialisation. Outre le fait que ces réserves peuvent fondre comme neige au soleil, le problème, c’est qu’il faut avoir une doctrine et s’y tenir. On peut décider de ne pas accepter les exigences des investisseurs étrangers mais il faut alors comprendre que l’on ne doit pas non plus accepter l’idée de transformer l’Algérie en un immense bazar peuplé de pseudo- entrepreneurs qui ne sont rien d’autre que des import-importateurs… On en revient donc à la question de la production nationale, qu’elle soit publique ou privée, et de la dose de protectionnisme, certes temporaire, dont elle a besoin pour se développer. Et cela, à condition -et c’est une autre paire de manches- que les mafias «bazaristes» qui gangrènent l’économie algérienne laissent faire.
 
(*) Note du jeudi 20 décembre. Certes, le projet de construction de l'usine Renault en Oranie a été signé lors de la visite d'Etat de François Hollande en Algérie. Mais, ce dossier est loin d'avoir abouti...
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