Lignes quotidiennes

Lignes quotidiennes
Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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dimanche 31 mars 2013

L'absent (1)

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Des flocons blancs flottent. Neige ou pollen ? Des joggers tournent en rond sur la piste rouge, des collégiens chahutent sur la pelouse artificielle. Je n’ai pas le cœur à courir. Je m’assieds sur un banc de pierre, les mains engourdies par le froid.
La dernière fois que je suis venu ici, il était encore parmi nous. Mais, la fin approchait. Le savions-nous ? L’ignorions-nous ? Nous attendions. Espérant l’impossible, refusant l’inévitable irréparable.
 
Je me lève.
 
Combien d’endroits vais-je désormais arpenter autrement ?
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lundi 25 mars 2013

Tchat avec un fâcheux

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Au travail, dès le matin. Message instantané qui s'affiche à l'écran.

- Bjr. Je vous ai entendu il y a deux jours à la radio. Vous mettiez en garde contre les dangers des partenariats publics et privés dans des les pays arabes
- Bonjour monsieur. Oui, mais j'ai précisé que cela concernait surtout les pays qui n'ont pas de structures étatiques et publiques suffisamment fortes pour s'assurer que le partenariat est bien géré et efficace.

Là, je me dis que nous allons avoir un échange sur l'opportunité ou pas de ces PPP pour des pays comme l'Egypte, la Tunisie ou même l'Algérie. Que nenni !

- Vous auriez pu me citer quand même !
- ?
- Oui, j'ai publié un long article à ce sujet
- Ah, et c'était quand ?
- Il y a six mois
- Vous m'avez cité ?
- Pardon ?
- Oui, j'ai consacré un chapitre à cette question dans Etre Arabe Aujourd'hui.
- C'est quoi ?
- Un livre...
- Il est paru quand ?
- Il y a bientôt deux ans.

Un temps passe, celui certainement de la vérification

- Ah oui, c'est vrai. Les grands esprits se rencontrent !
- En fait, non, ma modeste contribution n'a fait que précéder votre grand esprit !

Pas eu de réponse. Bizarre...

Akram Belkaïd
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samedi 23 mars 2013

Deux baguettes, s'il vous plaît

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- Bonjour madame, deux baguettes, s'il vous plaît.
- Lesquelles ?
- Comment ça, lesquelles ? Juste des pas trop cuites.
- Non, quel genre de baguette. On a des paysanes à un euro quinze. Des traditionnelles à un euro dix. Il y a aussi des baguettes aux céréales et des épis d'or à un euro trente.
- Non, je veux juste des baguettes normales.
- Désolé, on n'en fait pas.
- Bon... pffff. Donnez-mois deux paysannes, alors.
- Deux euros trente, s'il vous plaît. Non, monsieur, il faut mettre les pièces dans la machine.
- Quelle machine ?!
- Là, devant vous ? Elle vous rendra la monnaie.
- Ah, et bientôt elle servira les clients à votre place ?
- (rires) Possible ! C'est juste pour éviter qu'on touche trop de microbes en manipulant les pièces.
- Ah, c'est bien. Et si je vous donne un billet ?
- On l'encaisse et la machine vous rend la monnaie.
- Ah bah ! On n'arrête pas le progrès.
- Comme vous dites. A qui le tour ?

Akram Belkaïd
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jeudi 21 mars 2013

Staying dark

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Voici donc revenu le temps des arbres en fleurs, d’un parfum mystérieux qui va flotter dans les airs, des éveils après une longue parenthèse faite de brumes, de nuages et de souffle glacial. Mais l’hiver résiste. Il veut rester. Nous obliger à le craindre encore. Nous rappeler ce qu’il nous a infligé comme blessures et détresses. Allez, dégage. C’est le moment de rentrer chez toi, d’aller ailleurs. L’hémisphère sud t’attend. Ah, ça oui. Il est temps que tu t’en ailles. Non, je ne t’en veux pas. Je vais peut-être même te regretter. Sans toi, plus aucune excuse pour se cacher du monde. Il va falloir sortir de sa grotte. C’est la loi que dicte le frémissement printanier. Remarque... Oui, d’accord, tu peux rester encore un peu. Cela m’arrange. Quelques jours. Oui, une semaine ou deux. Mais, pas plus. Enfin, on verra bien...

Akram Belkaïd

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dimanche 10 mars 2013

Le bruit du silence

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Je cours. De plus en plus vite mais le décor est toujours le même. Des arbres à perte de vue, dénudés, les branches enchevêtrées telles des filins d’acier sombre. Autour de moi, rien ne bouge. Tout est figé. C’est un monde où le mouvement n’existe pas. Sauf le mien, bien entendu. Il n’y a pas non plus de son. C’est donc cela le silence, le vrai. Pourtant, je peux crier. Je sens mes cordes vocales se tendre et les hurlements s'échapper de ma poitrine. Mais je n’entends pas ma plainte. Pourtant, je n’ai pas peur. Je sais que je vais bientôt me réveiller.
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© Akram Belkaïd

vendredi 8 mars 2013

Elle

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Elle bosse. Elle trime. Elle sort le matin, prend une respiration et se dit que cela ne sera pas pire qu’hier. Elle sait déjà qu’il y aura des regards, des mots blessants, des insultes même. On la traitera de tous les noms, parce qu’elle ne veut pas répondre, parce qu’elle passe son chemin. Au bureau, un chefaillon, incapable parmi tant d’autres, fera encore des allusions, lui glissera quelques propositions. Elle serrera les dents et continuera à travailler, faisant mine de ne rien comprendre. Elle s’accrochera, comme elle s’est accrochée à l’université. Le diplôme, malgré les autres, tous les autres. Puis, le travail, la paie, une certaine indépendance. Est-ce cela qui les fait enrager ? Ceux de l'extérieur, les inconnus mais, aussi et hélas, les siens, frères et cousins, oncles et neveux. Elle leur donne pourtant de l’argent. Les habille, leur paie cigarettes et baskets. Est-ce cela qui les rend aussi intransigeants ? Marie-toi lui disent-ils. Il est temps. Tu nous fais honte. Les gens parlent. Mais elle résiste. Encore et encore.
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© Akram Belkaïd

mercredi 6 mars 2013

Biker sidéral

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C’est venu comme ça, me dit-il. Une lueur dans le ciel, j’ai couru pour voir ce que c’était. Dans le pré, il y avait comme une énorme boule de feu qui a commencé à fondre et à se transformer en une cloche de métal. J’avais tellement peur, que je suis resté planté, incapable de bouger. J’avais la tête qui bourdonnait. Et puis, soudain, quelque chose est sortie de la cloche. Un truc, genre, robot mais avec des chaussures cloutées et un blouson en cuir. C’est comme ça que j’ai compris qu’il y avait des extra-terrestres bikers. Il m’a demandé si j’avais des disques d’Elvis. Je lui ai répondu que non mais que j’avais quelques chansons de Johnny et de Dick Rivers dans mon mp3. Il a fait un drôle de bruit, t’vois, comme une sorte de grimace métallique. Il est remonté dans son truc et s’est envolé. Le problème, t’vois, c’est que personne veut me croire ! Mais, moi, je suis sûr qu'il va revenir. C'est pour ça que j'ai demandé à Babette l'intégrale du King pour Noël. C'est pour lui offrir. Enfin, les copies, t'vois ?
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© Akram Belkaïd

mardi 5 mars 2013

Grand Nord

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Je quitterai Vancouver à l’aube, ayant attendu les premières lueurs sur le front de mer et la presqu’île. Ensuite, je prendrai la route qui monte de l’océan vers le ciel, m’arrêtant à Squamish pour y méditer au pied du Chief, guettant les éclaireurs sur ses parois grises. Puis, apaisé, je m’en irai à roues lentes vers Whistler, espérant y trouver l’égal de l’homme, esprit tutélaire, double visage de la furie et de la sérénité.  Puis, purifié, je ferai cap sur le nord-est. Les rocheuses. L’Alberta. Le grand Nord...
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© Akram Belkaïd

jeudi 28 février 2013

Le printemps est en route

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- Que vois-tu ? demanda le premier.
- Du gris, et encore du gris, répondit le second. Toujours du gris.
- Et... ?
- Et donc, je vois l'hiver. Toujours l'hiver. Encore l'hiver !
Le premier se mit à rire.
- Tu vois mal ou pas assez, dit-il. Ouvre bien les yeux. Oublie le gris. Regarde ! Les feuilles, sont déjà là.
Le second eut un geste d'humeur.
- Les feuilles ? Elles sont minuscules, tes feuilles !
- Certes. Mais, ce qu'elles te disent est important. Ecoute-les.
- Et que disent-elles ?
- Elles te murmurent que le printemps est en marche. Juste ça. Rien que ça et c'est le plus important : le printemps sera bientôt là.
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samedi 23 février 2013

Périph’

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Je roule, accompagné par les mélodies de Brian Ferry. Nous sommes des dizaines de poissons entraînés par le courant, nous faufilant les uns entre les autres. Sarabande de lumières. Des points qui clignotent, des phares qui scintillent, des néons qui brillent. Le sentiment que je pourrais filer ainsi pendant des heures. Aller vers où me semble. Juste accélérer de temps à autre, la vitre baissée,  accompagné par le froid et le grondement des tunnels. Faire le tour de Paris comme jadis, il m’arrivait de contourner la ville blanche. Rouler, encore et encore.
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© Akram Belkaïd

vendredi 22 février 2013

Ce n’est pas ainsi que doit tomber la neige

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Des nuages blancs, peu épais. Transparents. Du ciel, chutent en flottant de petits grains de farine. Les voici au sol, tapis blanc vite dispersé par les rafales du nord. On dirait un paquet de lessive renversé à terre. Ce n’est pas ainsi que doit tomber la neige, protestent les enfants sur le chemin l’école. Ils n’ont pas tort. L’hiver aurait-il changé de robe ? Mais où est donc le gris ? Où est le plafond noir ? Et voici que perce le soleil. Lumière matinale et flocons. Quel est cet étrange mariage ?   
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© Akram Belkaïd