Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).

dimanche 20 janvier 2019

La chronique économique : De l’importance des négociations sino-américaines

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 9 janvier 2019
Akram Belkaïd, Paris

À bien des égards, les négociations qui viennent de débuter entre la Chine et les États-Unis constituent l’un des grands moments de ce début de siècle même si l’actualité foisonnante donne l’impression que d’autres sujets méritent bien plus d’attention. On est tout de même en présence des deux grandes puissances mondiales qui tentent de trouver, par le dialogue et la concertation, une solution à leurs multiples différents commerciaux. Bien entendu, il sera difficile de connaître le détail des discussions mais le processus mérite d’être suivi de près car il risque fort de faire date.


Pessimisme des observateurs

On ne rappellera jamais assez que, dans le passé, les rivalités commerciales furent souvent des motifs de guerre. Il suffit de se pencher sur l’histoire du dix-neuvième et du début du vingtième siècles en Europe pour en prendre conscience. Les conflits qui ont ébranlé la planète avaient certes pour fondements des volontés incessantes d’expansions territoriales et de recherches de puissance mais il suffit de gratter un peu pour découvrir que les enjeux commerciaux étaient alors fondamentaux.

Dans ce qui nous occupe aujourd’hui, les États-Unis ont d’abord choisi la manière forte avec des taxes décidées de manière unilatérale et des déclarations très martiales de la part du président Donald Trump. De leur côté, les autorités chinoises ont décidé dans un premier temps de relever le gant en imposant à leur tour de nouvelles taxes et des sanctions. Les négociations ouvertes à Pékin en ce début de semaine sont censées mettre fin à l’escalade. Les deux parties ont donc jusqu’à début mars pour trouver un accord. Pour l’heure, le discours des concernés est optimiste. Cela tranche avec l’avis des observateurs qui se demandent comment les États-Unis vont obtenir de la Chine l’ouverture de son marché intérieur et la suppression, ou tout le moins, la diminution, des aides accordées aux exportateurs chinois.

Autrement dit, ces négociations risquent de ne pas déboucher sur grand-chose même si Donald Trump tient absolument à « son » accord. Cela lui permettrait de disposer d’un solide argument électoral à l’heure où il pense déjà à novembre 2020 et à sa réélection. Tout l’enjeu pour lui est donc d’obtenir des concessions chinoises qu’il s’agisse de l’engagement de Pékin en matière de respect de la propriété intellectuelle ou de l’augmentation des achats de produits en provenance des États-Unis, notamment des denrées agricoles. Le résultat dépendra pleinement des autorités chinoises lesquelles n’ont toutefois pas l’intention de plier le genou. Ces dernières n’ont guère apprécié l’arrestation au Canada, à la demande de Washington, de Meng Wanzhou, la responsable financière du géant chinois des télécommunications Huawei. Elles voient dans cette affaire – liée officiellement à la question du non-respect des sanctions américaine imposées à l’Iran – une volonté de brider l’essor technologique chinois.


Reprises du bras-de-fer


Que se passera-t-il si ces négociations échouent ? D’abord, il y a de fortes chances pour que la guéguerre commerciale reprenne. Pour des raisons électorales, Donald Trump a besoin de maintenir la pression sur cette question même si les marchés financiers américains n’aiment guère cela. Ensuite, il est vraisemblable que de nouveaux cycles de négociations soient enclenchés ne serait-ce que c’est parce qu’un grand nombre de pays le demandent. Loin de tirer profit de ce bras-de-fer, plusieurs économies, qu’elles soient développées ou émergentes, sont pénalisées par le fait que Chine et USA s’imposent mutuellement des sanctions et des taxes. Dans un monde où aucun pays ne fabrique à 100% tel ou tel produit, une bataille commerciale, même à des milliers de kilomètres de chez soi, peut avoir un impact direct sur sa propre production.
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La chronique du blédard : En attendant le changement

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 3 janvier 2019
Akram Belkaïd, Paris

Il y a dix ans, Barrack Obama était élu président des Etats-Unis d’Amérique sur la fameuse promesse du « change is coming », le changement vient. On connaît la suite (à moins de considérer que Donald Trump constitue, in fine, ce fameux changement…). Quelques années plus tard, un politicien sournois et inutile se faisait élire président de la République française en répétant à l’envi « le changement, c’est maintenant ». Là aussi, on connaît la (piètre) suite… Mais ce qui est intéressant dans les deux cas, c’est que ces deux politiciens ont bien compris l’exigence – et l’attente – du changement chez les électeurs.

Qu’entendons-nous souvent autour de nous ? Le « ça ne peut plus continuer comme ça » est un discours récurrent sous de nombreuses latitudes (et l’Algérie n’échappe pas à cette constatation mais c’est une autre histoire). Comprenons-nous bien. Il ne s’agit pas de propos de comptoir ou de mots lancés par la force de l’habitude avant de s’en retourner à ses pénates. On parle ici de constats, souvent de bon sens, d’expériences et parfois même d’intuitions. La machine s’est emballée et personne ne semble pouvoir la contrôler. Qui peut vraiment croire que la planète peut continuer à subir encore longtemps ce rythme démentiel de production des richesses et de destruction de l’environnement ? Qui peut vraiment croire que les ressources en pétrole, eau potable ou simplement en air respirable sont infinies ?

Plus important encore, qui peut vraiment croire, exception faite de la valetaille médiatique et intellectuelle (mais le croit-elle vraiment ?), que l’inégale répartition des richesses aggravée par une mondialisation désormais hors de tout contrôle ne va pas engendrer des ondes de chocs dont nous n’imaginons même pas la violence. Qu’est-ce que ce monde où une Banque centrale peut dépenser des centaines de milliards de dollars pour acheter des créances douteuses sur le marché quand, dans le même temps, des augmentations de quelques dizaines d’euros sont refusées à des corps de métier tels que les enseignants ou les infirmières ?

Le changement, c’est une remise en cause profonde des paradigmes économiques qui régissent le monde actuel. Toute autre modification, surtout cosmétique, mènera à des drames. Les peuples, qu’on le veuille ou non, sont mieux informés qu’avant. En France, il ne faut pas avoir fait de longues études pour comprendre que la privatisation des autoroutes ou celle annoncée des aéroports (ou du loto) procède d’une captation organisée du bien public par des intérêts privés et cela avec la complicité d’une partie de la classe politique et des médias (lesquels sont détenus par ces mêmes intérêts privés). Et l’emballage idéologique de ce genre de déprédation ne trompe plus guère. « Efficience du marché, libre-concurrence, retrait nécessaire de l’Etat pour qu’il se concentre sur ses missions, exigences de la mondialisation » : du blabla creux servis par les adeptes de la servitude volontaire à l’ordre néolibéral.

En France, le mouvement des gilets jaunes a très bien posé les termes de l’équation. Les servants de cet ordre, les misérables éditocrates toujours prêts à clamer leur docilité, peuvent bien essayer de délégitimer cette contestation en la réduisant à des manifestations racistes, antisémites ou homophobes, la réalité est toute autre. C’est une exigence profonde de changement de système qui se fait entendre en France et ailleurs.

Quand on entend le président Emmanuel Macron discourir comme il l’a fait à l’occasion de ses vœux de fin d’année, on se rend bien compte que le système ne lâchera pas prise facilement. Coïncidence exemplaire, son propos sentencieux de fin d’année était diffusé au moment même où des dispositions légales étaient prises pour rendre la vie des chômeurs encore plus difficile avec des sanctions et des suspensions d’indemnisations.

On nous dit que le mouvement des gilets jaunes s’essouffle. En réalité, ce sont les mêmes qui ne lui prédisaient que quelques jours d’existence – ah, cette maudite méconnaissance de sa propre société – qui jouent en boucle cette musique en espérant la transformer en prophétie autoréalisatrice. Il est certain qu’occuper des ronds-points ou se manger des balles en caoutchouc en pleine poitrine peut conduire à une certaine lassitude. Mais la France est aujourd’hui une lande sèche prête à s’enflammer encore. Le moindre événement mettant en exergue les différences de traitement entre la majorité de la population et la minorité protégée – disons les choses telles qu’elles sont – conduiront à de nouvelles protestations.

Parmi les scénarii évoqués ici et là, on recense l’hypothèse d’une nouvelle crise financière, comparable à celle de 2008. Est-ce que l’Etat français, comme ses pairs occidentaux, aura alors la même latitude pour sauver les acteurs financiers et bancaires avec de l’argent public ? Pas si sûr. Mais comment pourrait-il faire autrement quand on sait à quel point haute administration et intérêts financiers sont reliés ? Pour faire taire l’inévitable contestation, il y aura nécessairement des mesures de restriction, des limitations de libertés, bien plus dures que celles auxquelles on assiste actuellement avec l’empêchement des gilets jaunes de gagner la capitale ou de manifester. En clair, le changement, le vrai, ne se fera pas sans peines. Et il passera nécessairement par la confrontation.


Note qui n’a rien à voir, ou presque : Bonne et heureuse année aux lectrices et lecteurs de cette chronique. Que 2019 leur apporte le meilleur.
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La chronique économique : L’euro et ses vingt ans

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 2 janvier 2019
Akram Belkaïd, Paris

Vingt ans, le bel âge… Le 1er janvier 1999, l’euro devenait officiellement la monnaie de 11 pays : Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, Finlande, France, Irlande, Italie, Luxembourg, Pays-Bas et Portugal. Durant trois années, la devise européenne ne fut utilisée que pour les transactions immatérielles. Ce n’est que le 1er janvier 2002 qu’elle fut introduite sous forme de coupures et de pièces. Mais dès 1999, l’euro fut la monnaie de référence pour les transactions financières et boursières. Il fut aussi très vite comparé au dollar et à d’autres devises comme le franc suisse, le yen japonais ou la livre sterling (la Grande-Bretagne, comme la Suède et le Danemark ont refusé de faire partie de la zone euro).

La monnaie européenne a survécu

Vingt ans plus tard, où en est le symbole de l’intégration européenne ? Le premier constat est que l’euro existe encore. Cela peut paraître une évidence mais il faut rappeler que les doutes étaient nombreux à sa naissance. On se demandait alors combien de temps les membres de la zone euro allaient faire preuve de discipline budgétaire afin de donner de la crédibilité à cette monnaie. De fait, en vingt ans, l’euro a survécu à plusieurs crises et doutes. Après une très décriée période de faiblesse vis-à-vis du dollar, il a vite passé le seuil symbolique de la parité et, depuis, il a toujours été supérieur au taux de 1 euro pour 1 dollar.

A la fin des années 2000, la devise européenne a surmonté une crise majeure dont elle fut, d’une certaine manière, la cause. En effet, au début du siècle, la Grèce, membre de l’Union européenne (UE) a multiplié les « manipulations » comptables et budgétaires pour pouvoir entrer dans la zone euro. Cette entrée se réalisé en 2001 (la Grèce fut suivie par la Slovénie en 2007, Chypre et Malte en 2008, la Slovaquie en 2009, l’Estonie en 2011, la Lettonie en 2014 et la Lituanie en 2015). Mais les comptes trafiqués de la Grèce, avec l’appui de grandes banques d’affaires et l’aval implicite de plusieurs capitales européennes qui ne pouvaient ignorer la situation (cas de l’Allemagne et de la France), ont conduit à une grave crise de la dette publique grecque en 2009.

Cette dernière a finalement été surmontée tout comme celle liée aux créances pourries charriées par les marchés et les grands acteurs financiers européens. Pour éviter une grave crise bancaire et pour sauver l’euro, la Banque centrale européenne (BCE), très critiquée parce qu’elle ne se préoccupe guère de la croissance, a lancé un programme de rachat de dettes d’un montant de 2 600 milliards d’euros. Pour dire les choses de manière crue, l’institution européenne s’est transformée en fonds spéculatif pour sauver la devise européenne. Les conséquences de cette politique peu orthodoxe se feront connaître tôt ou tard et c’est peu dire que cela inquiète les économistes.

Le dollar reste roi

Quoi qu’il en soit, l’euro a atteint aujourd’hui une dimension internationale. C’est une monnaie de transactions mais aussi d’émissions sur les marchés. Par contre, le dollar reste roi pour ce qui est des monnaies de réserves (60% des réserves de change mondiale contre 20% pour l’euro). De même, le billet vert est omniprésent dans tous les circuits d’échanges et de transactions et le remplacer par l’euro est chose impossible. C’est ce qui explique pourquoi les Etats-Unis peuvent menacer de sanctions n’importe quel pays dans le monde. En effet, il suffit d’utiliser une seule fois le dollar (même en dehors des Etats-Unis) pour tomber sous le coup de la loi américaine. L’euro, encore jeune, n’est donc pas une alternative totale au billet vert et dépend surtout de l’évolution de l’intégration européenne. Si, demain, apparaît un marché unique de la dette européenne, alors il est possible que l’euro gagne encore plus en influence mondiale.
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La chronique du blédard : Sauver la Casbah

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 27 décembre 2018
Akram Belkaïd, Paris

Dans le jargon journalistique, un sujet qui revient de manière régulière s’appelle un marronnier. Cela vaut, par exemple, pour la rentrée des classes, les départs en vacances, le palmarès des meilleurs lycées ou les prix de l’immobilier dans telle ou telle grande ville. Par contre, il n’existe pas de terme spécifique désignant un problème qui n’évolue guère mais dont le traitement médiatique est récurrent. Un regard rapide sur les archives montre que l’état de la Casbah d’Alger est traité avec alarmisme depuis le début des années 1980. En 1992, de nombreux articles ont été publiés à l’occasion de l’inscription de ce quartier historique de la capitale algérienne à la liste du patrimoine mondial de l'humanité de l’Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco). A chaque fois, il s’agissait de déplorer le délabrement progressif et constant des lieux et l’absence de progrès réels et visibles en matière de réhabilitation.

Ce n’est pas mentir que d’affirmer que rien n’a changé ou presque depuis cette époque. Quelques rénovations ici ou là ne peuvent effacer une réalité connue de tous : la Casbah ne cesse de se dégrader et chaque initiative lancée en grandes pompes pour une « réhabilitation globale » - l’expression revient à chaque fois – se perd dans les méandres du temps, de l’inertie bureaucratique et du manque de moyens financiers. C’est donc avec beaucoup de circonspection que le présent chroniqueur accueille l’annonce de la signature d’une « convention tripartite » par la wilaya d’Alger, la région d’Île-de-France et les ateliers de l’architecte français Jean Nouvel en vue de « revitaliser la vielle Casbah au plan patrimonial, urbanistique, culturel et touristique. »

Cet accord a d’ores et déjà provoqué des grincements de dents et des polémiques en Algérie. Pourquoi faire appel à un architecte étranger et, plus spécifiquement français ? Pourquoi choisir Jean Nouvel et pas à un autre ? De quelle légitimité le concepteur du bâtiment de l’Institut du monde arabe (IMA) de Paris peut-il se prévaloir pour contribuer à sauver, le mot n’est pas fort, ce qui fut l’âme de la capitale, le prolongement harmonieux de l’une des plus belles baies du monde ?

Certains trouveront qu’il s’agit d’un beau symbole de réconciliation historique. La Casbah fut le cœur de la bataille d’Alger durant la guerre d’indépendance. Qu’un architecte français contribue à ce qu’elle soit revitalisée est chose intéressante. D’autres y verront une provocation et la preuve de la puissance de l’influence française en Algérie. Ils ne pourront s’empêcher aussi de relever que les compétences nationales passent une nouvelle fois au second plan. Le débat n’est pas nouveau. Il ressort à chaque appel d’une expertise étrangère.

L’architecture est un sujet épineux. Ses professionnels s’agacent souvent que le moindre quidam n’ayant aucunes connaissances sur le sujet puisse émettre un avis aussi définitif que tranchant. Pour simplifier, une construction, on l’aime ou on ne l’aime pas et l’on se moque du reste. Le propos de l’architecte justifiant ses choix et ses partis-pris, son intention esthétique mais aussi socio-économique, tout cela ne compte guère. Cela conforte toute une profession dans l’idée qu’elle sera toujours incomprise. En toute honnêteté, je n’aime guère les réalisations de Jean Nouvel. Je trouve le bâtiment (métallique) de l’IMA hideux, le musée des arts premiers du quai de Branly me fait penser à un entrepôt à peine amélioré et je suis d’avis que la tour phallique d’Agbar défigure le panorama barcelonais.

Mais, attention, ce n’est pas l’avis d’un spécialiste. Il s’agit juste d’un ressenti qui ne saurait faire figure d’argument. Concernant Jean Nouvel, il faudrait que les architectes algériens se fassent entendre. Voilà d’ailleurs une corporation bien mal-aimée car on lui impute la laideur urbaine qui caractérise l’Algérie aujourd’hui. Depuis mes études supérieures et la fréquentation de quelques charretteurs de l’École Polytechnique d'architecture et d’Urbanisme (EPAU) d’Alger, j’entends toujours la même musique du « on pourrait réaliser de belles choses mais on ne nous laisse pas faire. » Le « on » concerne tout à la fois le pouvoir, l’administration et les donneurs d’ordres, y compris les particuliers, incapables d’avoir la moindre ambition esthétique.

Ce n’est peut-être pas leur faute, mais si l’on devait organiser les assises du beau en Algérie, les architectes seraient sur le banc des accusés… Posons une simple question pour bien situer les choses : en près de soixante ans d’indépendance, de quelle construction nouvelle pouvons-nous nous vanter ? Et avant de répondre, parce que ce serait trop facile de les citer, mettons de côté les complexes touristiques de Fernand Pouillon et les œuvres d’Oscar Niemeyer… (lesquelles sont d’ailleurs très contestées).

De 2007 à 2009, j’ai réalisé une série de reportages à propos des projets de villes nouvelles dans les monarchies de la péninsule arabique. Ce fut l’occasion de rencontrer un grand nombre d’architectes et de représentants de bureaux d’études occidentaux ayant la main sur ces projets pharaoniques dont certains ont vu le jour tandis que d’autres ont été abandonnés après la grande crise financière de 2008. Durant ces pérégrinations, j’ai souvent entendu parler de rentabilité, de mise en vente de logements, de lois incitatives pour attirer des résidents étrangers. Rares furent les architectes qui tentaient d’aborder ces projets en privilégiant une démarche culturelle, historique et même humaniste. L’un d’eux, Saleh Miri, rencontré à Mascate, avait pris le temps de m’expliquer pourquoi les projets bâtis uniquement sur des modélisations techniques et financières échouent toujours.


Sauver la Casbah n’est donc pas une simple affaire de budget ou de savoir-faire architectural. C’est en réfléchissant aux femmes et aux hommes qui l’habitent ou qui viendront l’habiter que l’on trouvera des solutions. A défaut, nous savons tous comment cette histoire va se terminer. La Casbah sera rasée (on gardera quelques palais pour la visite touristique) et des tours aux appartements luxueux, ou supposés tels, se dresseront au-dessus de la belle baie d’Alger.
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