Lignes quotidiennes

Lignes quotidiennes
Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).

lundi 4 mars 2019

L'hymne du 22 Février : La Casa Del Mouradia (paroles)

_

-->
Voici une traduction libre de La Casa del Mouradia, le chant des supporters de l'USMAlger. 
Un chant annonciateur...

La Casa Del Mouradia
Chant des supporters de l’USMA (Union sportive de la médina d’Alger) – Les Rouge et Noir

C’est l’aube et le sommeil ne vient pas
Je consomme à petites doses
Quelle en est la raison ?
Qui dois-je blâmer ?
On en a assez de cette vie

C’est l’aube et le sommeil ne vient pas
Je consomme à petites doses
Quelle en est la raison ?
Qui dois-je blâmer ?
On en a assez de cette vie

Le premier [mandat], on dira qu’il est passé
Ils nous ont eu avec la décennie [noire]
Au deuxième, l’histoire est devenue claire
La Casa d’El Mouradia [quartier où se trouve le palais présidentiel]
Au troisième, le pays s’est amaigri
La faute aux intérêts personnels
Au quatrième, la poupée est morte et
L’affaire suit son cours…

Le premier [mandat], on dira qu’il est passé
Ils nous ont eu avec la décennie [noire]
Au deuxième, l’histoire est devenue claire
La Casa d’El Mouradia [quartier où se trouve le palais présidentiel]
Au troisième, le pays s’est amaigri
La faute aux intérêts personnels
Au quatrième, la poupée est morte et
L’affaire suit son cours

C’est l’aube et le sommeil ne vient pas
Je consomme à petites doses
Quelle en est la raison ?
Qui dois-je blâmer ?
On en a assez de cette vie

C’est l’aube et le sommeil ne vient pas
Je consomme à petites doses
Quelle en est la raison ?
Qui dois-je blâmer ?
On en a assez de cette vie

Le cinquième [mandat] va suivre
Entre-eux l’affaire se conclut
Et le passé est archivé
La voix de la liberté…

Dans notre virage la discussion est privée
Ils nous connaissent quand il déferle
L’école… et la nécessité du c.v
Un bureau pour l’analphabétisme

Le cinquième [mandat] va suivre
Entre-eux l’affaire se conclut
Et le passé est archivé
La voix de la liberté…

Dans notre virage la discussion est privée
Ils nous connaissent quand il déferle
L’école… et la nécessité du c.v
Un bureau pour l’analphabétisme

C’est l’aube et le sommeil ne vient pas
Je consomme à petites doses
Quelle en est la raison ?
Qui dois-je blâmer ?
On en a assez de cette vie

C’est l’aube et le sommeil ne vient pas
Je consomme à petites doses
Quelle en est la raison ?
Qui dois-je blâmer ?
On en a assez de cette vie

Pour écouter : La Casa del Mouradia
_





vendredi 1 mars 2019

La chronique du blédard : Un éveil algérien

_
Le Quotidien d’Oran, jeudi 28 février 2019
Akram Belkaïd, Paris

Il n’est pas simple de réagir à chaud aux récents événements qui ont vu des centaines de milliers d’Algérie manifester de manière pacifique contre un éventuel cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika. Disons d’abord que ce « réveil » était espéré et très attendu. On sentait bien que cette humiliation consistant à imposer, à tout un peuple, un homme aussi diminué ne pouvait passer. Mais on se disait aussi que l’habituelle prudence des Algériens risquait encore de favoriser l’immobilisme. Cela n’a donc pas été le cas. Le 22 février restera la date du réveil, un premier pas vers d’autres acquis n’en déplaise aux partisans, très intéressés, du statu quo, de la « stabilité » et autres fariboles destinées à faire en sorte que la makla et la curée se poursuivent.

Un jeune né en 2000 n’a connu que les présidences d’Abdelaziz Bouteflika. Par contre, il n’a pas connu les années 1990 même si on lui en a beaucoup parlé. Aujourd’hui, à dix-neuf ans, il est donc moins sensible que ses aînés au discours sur le retour de la fitna et autres pauvres arguments avancés par les enrôlés du cinquième mandat. Le temps a donc fait son œuvre. Thierry Brésillon, un confrère français basé à Tunis m’a d’ailleurs fait remarquer que, de façon générale, les Algériens attendent une génération, ou vingt-cinq ans avant de signifier que leur patience est à bout. Entre 1962 et 1988, ce fut une période de latence plus ou moins calme de 26 ans. Et entre 1992 et 2019, on compte aussi 27 années de retenue.

Bien entendu, cette constatation mérite d’être affinée. Entre 1962 et 1988, l’Algérie a connu des moments d’embrasement annonciateurs d’Octobre. Je pense, par exemple, au printemps berbère de 1980 ou aux émeutes de Constantine en 1986. De même, on peut dire que la « décennie noire » ne pouvait permettre aux Algériens de s’en prendre au système même si, là encore, la Kabylie a montré l’exemple avec le terrible printemps noir de 2001. Mais dans tous les cas, on relève que la confrontation a toujours été violente et que, d’une certaine manière, cette violence a servi le régime qui a su en tirer des arguments pour sa propagande. Cette fois, chose nouvelle, les manifestations contre le cinquième mandat ont été pacifiques dans leur grande majorité. Pourvu que cela dure car, il nous faut insister là-dessus, le pouvoir algérien n’est jamais aussi à l’aise que lorsqu’il s’agit d’instrumentaliser une violence qui serait exercée contre lui.

Il est évident que le fond du problème n’est pas le seul cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika. Cette triste affaire d’un homme malade que l’on cherche à maintenir à tout prix au pouvoir est révélatrice d’un mal bien plus profond. L’Algérie est un pays sclérosé qui a un besoin urgent de se régénérer et de changer de système. Dire cela, revient certes à enfoncer des portes ouvertes. Nous savons tous que le pays est en échec. Échec de développement, échec de projet de société, échec de modèle économique mais aussi échec de représentativité politique.

Comment enclencher le changement ? Comment arriver à passer à l’étape suivante sans avoir à le faire en s’asseyant sur des décombres ? C’est toute la question de la transition. Durant des années, au fil des chroniques, je n’ai eu de cesse de relayer l’idée que la meilleure des transitions est celle qui est négociée, pas à pas, entre un pouvoir finissant et de nouveaux acteurs politiques. Il s’agit de la solution idéale voire miraculeuse car elle sous-entend l’idée que le pouvoir algérien serait soudainement d’accord pour faciliter la mutation du pays vers une deuxième république, puisque c’est cela qui est jeu.

Or, et les récents événements le montrent encore, ce pouvoir n’a aucune intention de permettre le changement. S’il en est arrivé à vouloir imposer un cinquième mandat, c’est parce qu’il infantilise et méprise le peuple algérien et qu’il ne lui concèdera rien. Comment alors l’amener à céder ? On l’a dit, la violence serait la pire des options. Reste donc la protestation pacifique et, surtout, le refus de la normalisation si, d’aventure, quelques concessions mineures sont faites.

Autre question sensible : qui peut et doit faire face au pouvoir ? Un embryon d’opposition organisée – et non compromise – existe déjà. Mais il est encore difficile de se faire une idée de qui est capable de relayer les attentes de la population. Pour un certain nombre d’Algériens, le danger réside dans le fait de voir les islamistes tirer profit de la situation. Il est plus que probable que ce courant politique saura s’organiser plus rapidement que d’autres. Mais cela ne doit pas dissuader le reste de la population de parier sur la politique et l’engagement. En admettant que le pouvoir accepte un jour de se retirer – ce qui est très loin d’être joué – le pire qui pourrait arriver serait de reproduire l’erreur égyptienne de 2011 qui vit des dizaines de milliers de jeunes se désintéresser de la politique quelques semaines à peine après le départ du président Hosni Moubarak.

Autrement dit, nous n’avons pas d’autre choix que celui de la concertation, du dialogue et du débat d’idées pour favoriser l’émergence d’une vraie action politique. A défaut, le pays continuera de faire du surplace.
_




jeudi 14 février 2019

La chronique du blédard : Face au cinquième mandat

_

-->
Le Quotidien d’Oran, jeudi 14 février 2019
Akram Belkaïd, Paris

L’annonce d’une candidature du président Abdelaziz Bouteflika à un cinquième mandat provoque une multitude de sentiments qui ne sont pas forcément contradictoires ni antagonistes. Le premier, bien sûr, est l’accablement. La question est simple : Pourquoi ? Pourquoi cette tbahdila ? Pourquoi infliger cette humiliation au pays, aux Algériens et, peut-être même, au principal concerné ? N’était-il pas temps de tourner la page ? D’admettre qu’il y a une urgence à remettre le pays sur les rails en innovant et en ouvrant enfin le champ politique et en saisissant que rien de bon ne risque de sortir de cette élection d’ores et déjà jouée ?

Souvenons-nous de 2009. Déjà, à l’époque, le « non au troisième mandat » parcourait les médias et les réseaux sociaux. L’humour, jamais absent, annonçait d’ores et déjà la création d’un comité de soutien pour un quatrième mandat. Un quatrième mandat, impossible disaient les voix de ceux qui se voulaient visionnaires. Et pourtant… Nous avons eu droit au troisième, au quatrième et maintenant c’est donc le cinquième qui se profile. Que dire, si n’est tout simplement : non.

Ce qui va avec l’accablement, est la colère. Comment ne pas être furieux devant un tel mépris pour le pays, pour le peuple et pour les institutions ? Tout le monde sait que le président est malade, qu’il ne peut pas assurer sa mission, mais on nous affirme le contraire avec un aplomb digne d’un arracheur de dent baratinant le badaud sur le marché de Htatba. Cette situation illustre on ne peut mieux l’expression « plus c’est gros, mieux ça passe. » Et le message est explicite : faites ce que vous voulez, criez autant que vous le voudrez, on vous emm…, on fait ce qu’on veut car ce pays est notre propriété. 

On peut aussi, par dépit et impuissance, avoir envie d’insulter à l’infini la cohorte de chiyatines dont on se demande comment ils se regardent le matin devant une glace. Comment ces manieurs de la brosse à reluire arrivent-ils à se convaincre qu’ils ne font rien de mal en nous expliquant que le cinquième mandat est la meilleure chose qui puisse arriver à l’Algérie ? Gardons bien en tête le nom de ces fripouilles. Le temps viendra bien assez tôt où, contrits et affichants leurs remords de circonstance, ils expliqueront qu’ils ne pouvaient faire autrement, qu’ils pensaient qu’ils agissaient pour le bien du pays, etc. La nature humaine étant ce qu’elle est, on peut avoir la faiblesse, ou la prudence, de ne pas dire « non à un cinquième mandat ». Mais alors, mieux vaut se taire. Dans ce genre de situation, le silence est déjà un courage et une morale. Bref, l’histoire jugera ces meuniers.

On peut aussi relever que les grandes puissances sont bien prudentes. C’est très étonnant. Une telle situation dans un autre pays aurait d’ores et déjà provoqué, au moins, la « préoccupation » diplomatique des grandes capitales. Attention, soyons clair car je vois d’ici quelques moustaches frémir : il ne s’agit pas de demander une intervention étrangère ou une quelconque pression… C’est juste que je relève que les partenaires occidentaux de l’Algérie semblent très bien s’accommoder de ce statu quo qui n’en finit pas. Il est vrai que l’Algérie de 2019 est une précieuse vache à lait (jetez un coup d’œil à l’évolution des importations depuis 1999 pour en prendre la mesure) qu’il ne faut pas effaroucher.

Mais il y a aussi les conclusions que l’on peut d’ores et déjà tirer de cette triste affaire. L’une d’elle peut inciter à l’optimisme ou, au contraire, à un profond pessimisme. Le fait est que le système algérien est à bout de souffle. Son entropie, autrement dit son usure, explose. Il en arrive à faire n’importe quoi pour se maintenir. C’est le signe annonciateur de la fin. Expliquons-nous : Depuis 1962, et plus encore depuis 1965, ce système a toujours eu l’obsession des apparences, de la cohérence et des solutions à "façades" plus ou moins acceptables. Cette fois, il manque totalement d’imagination et de créativité politique.

Prenons un exemple. En 1992, quand il a fallu obliger Chadli Bendjedid à démissionner pour ouvrir la voie à l’interruption du processus électoral, une solution cohérente, plus ou moins acceptable, fut trouvée. Création d’un Haut comité d’État (HCE) et rappel de Mohammed Boudiaf, une personnalité historique dotée d’une légitimité révolutionnaire et d’une totale virginité politique concernant l’Algérie indépendante. Le putsch, car c’en était un, était illégal au regard des lois et des institutions, mais l’habillage, la solution proposée en échange, pouvait faire illusion auprès d’une partie des Algériens et de la communauté internationale. Malgré les circonstances dramatiques, cela généra quelques espoirs chez certains, une sorte de petite dynamique de changement dont on sait, hélas, comment elle s’enlisa avant de se terminer un jour funeste de juin 1992.

Aujourd’hui, il n’y a plus de Boudiaf. La famille révolutionnaire voit la génération de novembre disparaître peu à peu et, de toutes les façons, tout cela ne veut rien dire pour une jeunesse qui confond le 1er novembre et le 5 juillet. Dans une conjoncture intérieure où tous les voyants sont au rouge, où les besoins de réformes sont immenses et où l’on s’interroge sur l’existence d’un projet de société unissant les Algériens (autre que « la défense intangible des acquis de la révolution »), que propose-t-on aux Algériens pour faire passer la pilule du cinquième mandat ? Une conférence nationale et une possible énième révision constitutionnelle… Vingt ans de présidence pour ça ? Sérieusement ? Alors oui, le système s’épuise. Et cela ouvre la voie à tous les possibles. Les meilleurs comme les pires.
_