Lignes quotidiennes

Lignes quotidiennes
Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
Affichage des articles dont le libellé est Election présidentielle française 2012. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Election présidentielle française 2012. Afficher tous les articles

jeudi 10 mai 2012

La chronique du blédard : François Hollande, les drapeaux arabes à la Bastille et l'intégration

_


Le Quotidien d'Oran, jeudi 10 mai 2012
Akram Belkaïd, Paris

C’était à prévoir... La présence de nombreux drapeaux arabes sur la place de la Bastille au soir de l’élection de François Hollande a provoqué une flopée de commentaires négatifs. Dès le lendemain, la droite et l’extrême-droite ont dénoncé des manifestations communautaristes et en ont profité pour faire le lien entre ces emblèmes et le projet de François Hollande d’accorder le droit de vote aux étrangers non-communautaires (pour les élections municipales). On peut d’ores et déjà parier que ce thème polémique du drapeau étranger, surtout, arabe, ou plus encore maghrébin, ou, soyons plus directs, algérien, va peser sur la campagne pour les élections législatives des 10 et 17 juin prochains.

Commençons par une première mise au point. Ce n’est pas la première fois que des drapeaux maghrébins sont agités au soir d’une élection présidentielle française. En 2002, après la victoire de Jacques Chirac contre Le Pen père, il y en avait déjà des dizaines place de la Bastille. Souvenons-nous du visage effaré (révulsé ?) de la Bernadette debout sur scène avec son mari face à la vague de drapeaux vert, rouge et blanc (lesquels semblaient plus fêter la défaite du leader du Front national que la victoire de Chirac). Pour mémoire, c’est la présence de ces drapeaux qui avait alors dissuadé Nicolas Sarkozy de faire son apparition sur cette même place en 2002... Pour autant, il n’avait pu empêcher qu’ils soient de nouveau présents en 2007 sur la place de la Concorde (il faut tout de même reconnaître qu’ils étaient bien moins nombreux que le soir du 6 mai).

Ajoutons une deuxième précision. Ce phénomène de la présence de drapeaux maghrébins ne concerne pas uniquement la France et sa vie politique. Pour s’en rendre compte, il suffit de regarder à la télévision un match de football ou toute autre compétition sportive, curling compris, en n’importe quel point du globe. Que l’on soit en Catalogne, en Australie ou aux confins de l’Argentine, il y aura toujours un Algérien ou un Marocain qui se débrouillera pour placer le drapeau de son pays face aux caméras. Au Maghreb et dans le reste du monde arabe, quand il s’agit de sport, ce type de spectacle fait dire, avec amusement et un brin de satisfaction, que « nous sommes partout ». A l’inverse, il est certain que voir flotter un drapeau mauritanien ou algérien à côté d’un poster de François Hollande en a déconcerté plus d’un de Rabat à Mascate.

Il y a plusieurs explications à la présence de ces drapeaux place de la Bastille. On peut estimer que c’est l’expression d’une revanche contre la présidence de Sarkozy et contre ses discours stigmatisant les gens d’origine arabe ou « d’apparence musulmane ». On peut aussi penser, comme l’a dit un commentateur d’Al-Jazeera, que François Hollande est jugé moins proche d’Israël et des Etats-Unis que le candidat de la droite. La présence des drapeaux aurait donc signifié un soutien enthousiaste des pays et des peuples arabes au nouveau président français. Ce serait aussi une manière comme une autre de lui rappeler qu’il existe d’autres continents que l’Europe et que l’on attend de lui qu’il précise ses projets pour le sud et l’est de la Méditerranée.

Enfin, on peut aussi y voir l’image d’une certaine France, humaniste, engagée et généreuse, qui éclairerait le reste du monde. Avec les Etats-Unis, la France est l’un des rares pays au monde dont l’élection présidentielle est suivie de près par de nombreux peuples y compris arabes. Et il ne s’agit pas simplement d’une simple passion par procuration. Cela peut être vu comme un signe avant-coureur, un exemple à suivre. A ce sujet, François Hollande et ses amis socialistes ne se trompent pas quand ils affirment que leur victoire électorale peut être le catalyseur du réveil d’autres gauches.

Ceci étant précisé, il ne faut pas non plus être naïf. Ces drapeaux maghrébins place de la Bastille étaient aussi le fait de comportements inconséquents voire de provocations. Le problème n’est pas nouveau et, en réalité, il concerne peu les étrangers vivant dans l’Hexagone. On le sait, ce sont surtout de jeunes français  - il est important de préciser et de répéter qu’ils ont déjà et depuis longtemps la nationalité française – qui prennent un malin plaisir à exhiber en toutes circonstances (cérémonies de mariage comprises) le drapeau du pays dont sont originaires leurs parents voire leurs grands-parents. Disons-le, cette manière de faire n’est pas acceptable. Elle est inconvenante, elle renforce la xénophobie et donne des arguments à la droite et à l’extrême-droite. Elle peut aussi choquer des personnes qui n’ont rien de raciste mais qui se demandent ce que ces drapeaux viennent faire chez eux. Comme évoqué dans une chronique précédente (*), ces comportements ont tendance à désespérer et à mettre dans la gêne celles et ceux qui, justement, combattent pour une société plus égalitaire et plus tolérante.

François Hollande et son camp ont tout intérêt à ne pas éluder ce problème. C’est à eux de convaincre ces jeunes qu’ils ont tout à fait le droit d’être fiers de leurs racines mais qu’ils doivent aussi se sentir pleinement Français. Qu’ils peuvent brandir un drapeau algérien ou tunisien le soir d’une victoire électorale en France (ou de toute autre occasion) mais qu’il serait préférable pour eux de brandir aussi le drapeau bleu-blanc-rouge (à ce sujet, le staff électoral de Hollande aurait été bien inspiré de distribuer plus de drapeaux français place de la Bastille…). Contrairement à la droite qui a encore du mal à accepter l’idée que ces jeunes sont de « vrais » Français, la gauche peut tenir un tel discours de fermeté à l’égard de cette jeunesse schizophrène sans renier ses valeurs et ses engagements.

François Hollande qui a eu le courage, dans une campagne électorale très heurtée, de défendre le droit de vote des étrangers aux élections locales, peut dire à ces jeunes : « Soyez Français ! Ne laissez personne vous dire le contraire. Soyez Français et assumez-le. Cela ne fera pas de vous des traîtres vis-à-vis du pays de vos pères. » Mais pour être entendu et compris, le nouveau président français devra se colleter avec un passé récent et douloureux. Celui d’un Parti socialiste peu enclin à s’ouvrir et très réticent à permettre aux enfants de l’immigration d’avoir des responsabilités en son sein ou de briguer des mandats électoraux nationaux. A ce sujet, tout le monde sera attentif à la composition des listes électorales pour les prochaines législatives. Pour la gauche, longtemps critiquée sur le sujet, il ne suffira pas d’imiter Sarkozy en nommant quelques visages de la diversité au gouvernement. Il faudra aussi des députés élus à moins de vouloir donner raison aux Français et Françaises qui, par dépit et amertume, se sentent bien plus à l’aise en brandissant des drapeaux maghrébins que l’emblème bleu-blanc-rouge.

jeudi 26 avril 2012

La chronique du blédard : Le Pen en force, à qui la faute ?



Le Quotidien d'Oran, jeudi 26 avril 2012
Akram Belkaïd, Paris


Nous sommes nombreux, membres de ce que l’on appelle, à défaut et par la forces des choses, les minorités visibles, à méditer sur la signification et les conséquences du score de Marine Le Pen au premier tour de l’élection présidentielle française. Bien entendu, nous sommes d’abord attentifs aux déclarations opportunistes des uns, aux pré-compromissions des autres, aux silences gênés, aux appels du pied insistants aux électeurs du Front national, aux masques qui tombent et aux mauvaises natures qui se désinhibent. Mais avant cela, il y a tout de même ce premier constat, incontournable : ce qui vient de se passer n’est pas un accident.

L’extrême-droite, en France comme dans le reste de l’Europe, est désormais enracinée dans le paysage politique. Comme c’était encore le cas il y a quelques jours au Pays-Bas, comme en Autriche dans douze mois ou dans cinq ans en France, elle peut même prétendre à faire partie des gouvernements voire à assurer seule le pouvoir. Cette mutation n’est pas née d’hier et se contenter de l’attribuer à l’existence d’un fort sentiment de xénophobie, et d’islamophobie, relèverait d’une analyse incomplète. Dans de précédentes chroniques, j’ai déjà évoqué cette France qui souffre et qui doute, qui se sent maltraitée ou ignorée par les élites et les bobos. Cette France que la mondialisation affole, que ronge la peur du déclassement et qui peine à joindre les deux bouts quand les télévisions, TF1 en tête, et les journaux people diffusent des images d’un monde doré dont les personnages suscitent envie et colère.

Bien entendu, il n’y a pas que cela. Le Front national reste le creuset d’idées xénophobes, racistes, ouvertement islamophobes et, plus discrètement, antisémites. Pour nombre d’électeurs de Marine Le Pen, le problème ce n’est pas l’Europe et son dogme de la concurrence à outrance, les promesses sociales non tenues de Nicolas Sarkozy, l’aggravation du chômage ou l’étalage insolent de la bonne santé financière des banques malgré leur lourde responsabilité dans la crise qui dure maintenant depuis quatre ans. Non, le problème pour ces électeurs, c’est l’étranger surtout s’il est bronzé. C’est lui qui focalise l’attention, la rancœur mais aussi la peur. Et c’est donc lui qui est déjà le premier thème de convergence entre une droite dite républicaine désormais prête à tout pour sauver ses circonscriptions et une droite brune que l’on sent euphorique. En clair, la première ne va plus se contenter d’essayer d’être, de temps à autre, la copie de la seconde. Elle va essayer de se fondre en elle. « Il y aura toujours une croix de Lorraine entre eux et nous » a pourtant dit un jour Alain Juppé à propos du Front national. La vérité est que cette croix est enterrée et avec elle ce qui restait encore du gaullisme.

On sent donc une mécanique du pire qui se met en place. Et ce n’est pas l’élection probable du candidat socialiste qui changera la donne (d’autant qu’il ne peut l’être que si Marine Le Pen décide de faire perdre Sarkozy…). Cette élection offrira un répit de cinq année car tout le monde sait que la présidentielle et les législatives de 2017 ont déjà commencé. Dans ce contexte, et pour en revenir aux réactions des uns et des autres, il est bon et rassurant de voir et d’entendre qu’il existe encore une France droite dans ses bottes. Une France qui refuse l’extrémisme, qui défend âprement les droits de ses citoyens d’origine étrangère ou ceux des immigrés qui vivent sur son sol. Accuser tous les Français de racisme, comme j’ai pu le lire dans certains titres de la presse algérienne et arabe, est stupide et insultant à l’égard de millions d’hommes et de femmes qui gardent leur porte ouverte à l’Autre et qui continuent de croire en l’humanisme et la fraternité.

La vraie question les concernant est de savoir s’ils seront encore aussi nombreux en 2017. Encore une fois, il ne s’agit nullement de douter de leurs convictions. Mais il suffit d’examiner les cartes de France qui détaillent l’évolution du vote pour le Front national pour comprendre. En vingt ans, des régions jadis connues pour leur hospitalité, leur ancrage à gauche et leur rejet des idées xénophobes, ont peu à peu changé. La Bretagne, le Nord, le Sud-ouest, terres d’accueil et de partage, sont autant de citadelles où Marine Le Pen réalise des percées historiques même si elle reste encore contenue par le vote républicain. Comment l’expliquer ? On peut, à raison, en revenir à ce qui a été dit au début de ce texte. La désespérance, la violence économique et sociale, le chômage, le comportement désinvolte des élites politiques, les promesses électorales non tenues, les fermetures d’usines qui, pourtant, gagnent de l’argent, le tout accentué par l’inclinaison bling-bling du président sortant. Oui, mais est-ce tout ?

Non. On ne peut se pencher sur la question de la montée en force du Front national sans aborder celle du comportement inadmissible d’un certain nombre de Français dont les parents ou grands-parents sont d’origine étrangère. En octobre 2001, et je l’avais déjà écrit à l’époque, les imbéciles et autres voyous qui avaient sifflé la Marseillaise et envahi le terrain pendant le match de football France-Algérie ont contribué à la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle d’avril-mai 2002. Ce n’est pas faire preuve d’indulgence pour l’extrême-droite que d’écouter les témoignages de celles et ceux qui n’en peuvent plus des incivilités, des insultes et autres actes de violence gratuite. Il faut écouter les témoignages de militants engagés dans la lutte contre les inégalités et le Front national mais qui avouent leur incompréhension, si ce n’est leur agacement, quand ils entendent des discours de haine à l’égard de la France et des Français de souche.

Quand on arrache les drapeaux français du fronton de la mairie de Toulouse pour les remplacer par ceux de l’Algérie, on fait monter le Front national et on désespère ceux qui le combattent. Même chose lorsque l’on déploie un drapeau algérien ou tunisien pendant un meeting de François Hollande ou de Jean-Luc Mélanchon. A quoi cela rime-t-il si ce n’est de conforter le discours de l’extrême-droite sur l’invasion maghrébine et de mettre dans la gêne celles et ceux qui la combattent ? 

Il faudra bien, et le plus vite sera le mieux, que cette question soit débattue au sein même de ces fameuses minorités visibles. Se réfugier derrière l’excuse, certes réelle et il n’est pas question de la minimiser, des discriminations et de la ségrégation spatiale et sociale, ne suffit plus en ces temps où le Front national est au seuil de l’Elysée. A défaut, 2017 risque fort d’être l’année de grandes désillusions, de graves déchirements et de punitions collectives où des Français d’origine étrangère n’ayant rien demandé à personne paieront pour les excès et outrances d’irresponsables incapables de voir la menace qui se profile.

jeudi 16 février 2012

Oui, j'ch'uis candidat à l'élection présidentielle

_
Dix sept minutes de bla-bla habituel et creux. Nicolas Sarkozy est donc candidat à l'élection présidentielle. Journaliste, éditorialistes, politologues, spécialistes de la parole, de la communication et de l'illusion se penchent déjà sur le programme de celui qui veut faire oublier le bilan catastrophique de son mandat. Feindre de vouloir donner le pouvoir au peuple (par le biais du référendum), quelle vieille méthode éculée mais passons...
Dans le propos du président-candidat devenu donc hier soir le candidat-président (ou l'inverse, selon les situations à venir), il y a quelque chose qui en dit long sur lui, sur sa présidence, sur sa personnalité et sur la France d'aujourd'hui :
- Oui, j'ch'uis candidat à l'élection présidentielle, a-t-il dit à la "journaliste" de TF1.
Mais quelle vulgarité!
Quel manque de respect pour la langue française, quelle incapacité à se rendre compte de la grandeur de la charge occupée. Dieu merci, nous n'avons pas eu droit à un Ouais, ça m'intéresse trop ce job...
A l'heure où l'on parle beaucoup - surtout à droite - de la nécessité de défendre la culture française, n'y a-t-il personne à l'UMP pour offrir quelques cours de diction et de grammaire au président sortant ? Le monde des lettres ne pourrait-il pas s'emparer de l'affaire ? Que fait donc Richard Millet, pourfendeur d'Arabes, de Noirs et de Musulmans ?
Enfin... Peut-être est-ce ainsi que l'on parle désormais à Neuilly...
Je vous laisse, j'ch'uis occupé à pondre un autre papier....
_

mercredi 15 février 2012

Aujourd'hui, le grand jour J

_
Le suspense est insoutenable. Je n'en peux plus. C'est insupportable. Toute cette attente. Comment faire ? Que faire d'ici le Vingt-heures de TF1 ? Va-t-il se déclarer ? Enfin ? Nous l'attendons, nous vivons dans l'espérance d'une nouvelle candidature. Et s'il disait non ? Comment ça, tant mieux ? Vous êtes fou ou quoi ? Qui va sauver le monde, l'économie planétaire, la Grèce, le PSG ? Qui va trouver une solution pour tous les problèmes de pauvreté ?
Aaah, vite, vite. Une déclaration, une candidature et le froid va disparaître, la bonne humeur revenir aux quatre coins de l'Hexagone et d'ailleurs.
Terrible suspense. Mes nerfs vont craquer. Vivement vingt-heures.
Viiiiiiiiiiiiiiiiiiite !
_

mardi 7 février 2012

Populisme ?

_
Jean-Luc Mélenchon dans Libé ce matin : "Il faut frapper, frapper, frapper". Ce soir, dans la une du Monde, Mélenchon est qualifié, en même temps que Le Pen (fille), de populiste. Le quotidien dit de référence a encore frappé...
_

lundi 6 février 2012

La chronique du blédard : Sarkozy ou la stratégie du faux challenger

_


Feindre la faiblesse et le découragement pour mieux surprendre son adversaire et le battre. C'est cette stratégie vieille comme le monde que semble vouloir adopter Nicolas Sarkozy face à son adversaire socialiste François Hollande. Il y a une semaine, tous les médias français ont ainsi rendu compte du coup de blues du président sortant. Conversant avec des journalistes dans l'avion qui le ramenait de Guyane, il aurait laissé paraître un certain découragement en évoquant sa possible défaite. « En cas d'échec, j'arrête la politique. Oui, c'est une certitude » aurait-il même déclaré lors de l'un des ces points « off » - où les propos ne sont pas censés être rapportés au public – qu'affectionnent à la fois le locataire de l'Elysée et la caste bien particulière des journalistes politiques. 

Faut-il prendre au sérieux ces confidences – qui ont visiblement semé la panique au sein de l'UMP - et en conclure que le match de la présidentielle est déjà joué ? Bien évidemment non. Voilà plus de dix ans que Nicolas Sarkozy joue et intrigue avec des médias plus ou moins consentants et, surtout, bien peu vigilants. Voilà plus de dix ans qu'il déroule avec minutie ses plans de communication pour parvenir à ses fins : être un super-ministre sous la présidence de Chirac puis succéder à ce dernier en devenant le maître incontesté de la droite française. Et cette fois encore, ce pseudo aveu de faiblesse n'est rien d'autre que de la com', le but étant, entre autre, d'endormir le candidat Hollande en lui faisant croire qu'il a déjà gagné la partie.

Impopulaire, distancé dans les sondages, incapable de regagner en crédibilité après avoir tant promis aux Françaises et aux Français, « Sarko » a visiblement décidé de parier sur la versatilité et la mémoire courte des foules. Il sait qu'en France, on aime bien le second, le challenger, celui qui au départ a peu de chances de gagner. C'est grâce à cela que Chirac avait réussi à redresser la barre en 1995 face à Balladur. Et c'est cette prouesse que le mari de Carla Bruni veut rééditer cette année. Grand amateur de cyclisme, il se souvient que le champion Bernard Hinault n'a jamais été autant populaire que lorsque, affaibli ou vieillissant, sa suprématie sur le Tour de France lui a été âprement disputée par des concurrents comme Laurent Fignon ou, plus encore, comme Greg Lemond.

En 2007, Nicolas Sarkozy a réussi le tour de passe-passe de se présenter comme le candidat de la rupture, faisant oublier qu'il appartenait au gouvernement sortant dont il avait été ministre de l'intérieur à deux reprises et ministre des finances. Une approche qu'il aura du mal à rééditer car la gauche l'attaque déjà sur le bilan de ses cinq années à la tête de l'Etat français. Du coup, il lui faut écrire une autre histoire, celle du chef donné battu par les sondages mais qui, tel un héros de manga, rétablit la situation de manière spectaculaire amenant ses partisans à lui demander pardon pour avoir douté de lui. Sarkozy ne veut rien d'autre qu'imiter Mohamed-Ali qui, face à Foreman à Kinshasa, est longtemps resté dans les cordes prenant coup sur coup avant de décrocher une passe de trois qui envoya son adversaire au tapis.

Dans cette affaire, le président a besoin de la presse ou, du moins, d'une certaine presse. On dit souvent que les médias français ne font pas de cadeaux à Sarkozy. Ce n'est vrai qu'en partie car tel n'est pas le cas avec la majorité des journalistes politiques, friands de petites phrases et de confidences exclusives destinées à théâtraliser la campagne électorale. Pour la plupart, ces confrères ont déjà fauté en présentant le président en proie à des états d'âmes défaitistes sans même avertir leurs lecteurs que tout cela pourrait relever d'une approche dûment réfléchie avec des mots choisis avec précision par on ne sait quel grand expert en communication politique. En politique, le « off » n'est jamais anodin ni sincère. C'est une instrumentalisation, une manipulation, qui doit obliger le journaliste à remettre le propos recueilli en perspective quitte à lui faire perdre sa valeur « scoopique ». Il est vrai qu'il est plus alléchant d'écrire « voilà ce que Sarkozy a confié sous le sceau du secret » que « voilà ce que Sarkozy a voulu nous faire écrire ». Mais passons…

En endossant l'habit du challenger, du moins tant qu'il ne sera pas officiellement dans la course (c'est un autre élément de sa stratégie que de rester le plus longtemps président et non candidat), Sarkozy tente aussi de piéger son adversaire direct en lui faisant commettre des erreurs. Déjà, lors de son passage à la télévision le jeudi 26 janvier, ce dernier est parfois apparu trop sûr de lui, voire même arrogant. De quoi peut-être hérisser certains électeurs ou de faire fuir les indécis dont le choix électoral relèvera plus de l'affect que d'autres critères (d'où l'importance fondamentale des médias notamment de la télévision). Mais le calcul de Sarkozy pourrait ne pas s'arrêter-là. Peut-être pense-t-il que la perspective de sa défaite va faire naître nombre d'appétits et d'ambitions à gauche. Hollande étant (presque) déjà président, qui va empêcher telle ou telle personnalité socialiste de briguer ouvertement le poste de Premier ministre ou tout autre portefeuille prestigieux comme les Affaires étrangères ou la Justice ? On imagine aisément la zizanie et la tchaqlala qui pourraient embraser la gauche et déclencher la machine à perdre. C'est donc à la gauche de rester vigilante et de prendre garde aux intox en se répétant que la campagne est bien loin d'être terminée et que Sarkozy est loin d'avoir dit son dernier mot…

Le Quotidien d'Oran, jeudi 2 février 2012
Akram Belkaïd, Paris
_

mercredi 25 janvier 2012

Sarko et sa reconversion

_
Il paraît que Sarkozy commence à envisager sa défaite (on va feindre de croire à ce soudain moment de fragilité censé faire pleurer dans les chaumières).
Il paraît aussi qu'il aurait promis que l'on n'entendrait plus parler de lui en cas de défaite à la présidentielle.
Bon...
Yapluka...

lundi 16 janvier 2012

La chronique du blédard : Hollande à la recherche du second souffle

_


Le Quotidien d'Oran, jeudi 12 janvier 2012
Akram Belkaïd, Paris


Disons-le sans prudence aucune: Nicolas Sarkozy a de grandes chances d'être réélu au mois de mai prochain et ils seront des millions à pleurer de rage de ne pouvoir lui dire «maintenant, tu peux te casser…». Bien sûr, la campagne électorale ne fait que commencer et François Hollande reste en tête des sondages. Pourtant, certaines tendances qui se dégagent ne peuvent qu'inquiéter celles et ceux qui n'en peuvent plus d'une présidence aussi brouillonne que ploutophile sans oublier, en restant gentil, la personnalité pour le moinsclivante du locataire du Palais de l'Elysée.

Il y a d'abord le fait que François Hollande, candidat du Parti socialiste en particulier et, qu'on le veuille ou non, de la gauche en général, reste inaudible et incapable de renouer avec la dynamique porteuse qui était la sienne à l'automne dernier lors des primaires de sa formation politique. L'homme a beau multiplier les déplacements et les attitudes mitterrandiennes, y compris dans sa manière de parler et de se tenir face à un auditoire, il semble faire du surplace. Une impression accentuée par l'image de sérieux qu'il tente de se bâtir comme en témoignent son visage émacié – conséquence d'un régime alimentaire drastique – et les couleurs sombres (et ternes) de ses costumes et cravates.

C'est un fait, François Hollande souhaite visiblement mener une campagne sérieuse et digne, à la mesure des enjeux et de la symbolique républicaine du poste qu'il convoite. Et c'est peut-être là son erreur tactique. Car, en face, l'UMP de Nicolas Sarkozy est en train de durcir le jeu et se livre à un véritable tir d'artillerie lourde contre lui. Face à une droite belliqueuse, déchaînée et parfois même hystérique, Hollande a, pour le moment, opté pour la retenue, estimant peut-être qu'il s'agit de la meilleure attitude à tenir, l'honneur d'un candidat à la présidence de la République française n'étant pas de rouler dans le caniveau.

Mais dans un contexte médiatique où les petites phrases ont bien plus d'impact électoral que les programmes et les propositions, on peut tout de même se demander si l'héritier de Mitterrand et de Jospin (oublions la parenthèse Ségolène Royal) ne ferait pas mieux de mobiliser ses troupes pour qu'elles rendent coup pour coup et qu'elles cognent aussi fort que leurs adversaires. A ce sujet, la situation rappelle l'élection américaine de 2004 lorsque le camp de Bush multipliait les attaques violentes et outrageantes contre John Kerry. Pour son malheur, ce dernier a cru jusqu'au bout que l'intelligence et la clarté de son discours suffiraient à le faire élire. Une leçon retenue par Obama dont l'équipe électorale de 2008 comptait quelques bouledogues chargés de rendre la monnaie de sa pièce aux républicains.

Bien entendu, il faut aussi pouvoir être capable de répliquer. Face à une Nadine Morano qui, chaque jour ou presque, fait offense aux pauvres poissonnières à qui on la compare, il faut avoir aussi du muscle et du répondant. Et c'est un fait qu'ils ne sont pas nombreux dans l'équipe de François Hollande à vouloir se colleter avec les hurleurs de l'UMP (parmi lesquels l'ineffable Frédéric Lefebvre, vous savez ce grand intellectuel dont le livre préféré serait « Zadig et Voltaire »…). Plus grave encore, les quelques grands bretteurs de la gauche, on pense notamment à Jean-Luc Mélenchon, ont plutôt tendance à diriger leurs lames contre François Hollande plutôt que de s'en prendre à leurs vrais adversaires.

Et cela amène à évoquer un autre point parmi les handicaps actuels du candidat socialiste. Il est évident que cette élection présidentielle de 2012 n'est pas comme les autres. Pour la gauche, elle est un rendez-vous crucial qui doit mettre fin à une série de trois échecs successifs (1995, 2002 et 2007) et qui doit empêcher la droite de finir par se convaincre, comme c'était le cas avant l'élection de Mitterrand, que le Palais de l'Elysée lui revient de droit. Mais si cette élection est importante c'est aussi parce qu'il s'agit d'empêcher la réélection de Sarkozy. Le « tout sauf Sarkozy » qui est dans tous les esprits à gauche (et un peu au centre) devrait logiquement mener à l'union sacrée. Or, il n'en n'est rien. La gauche reste divisée en prévision du premier tour et c'est ainsi que, doucement mais sûrement, se prépare un remake du 21 avril 2002 où Chirac et Le Pen (père) avaient éliminé Jospin. Il y a encore quelques semaines, les journalistes politiques évoquaient le scénario d'un duel Hollande – Le Pen (fille) pour le second tour de la présidentielle. Ils en sont aujourd'hui à décrire un scénario inverse, catastrophique pour la gauche (et la France) où le président sortant affronterait (avec la certitude d'être réélu) la chef de file de l'extrême-droite française.

Par ailleurs, la montée en puissance, du moins telle qu'elle se traduit dans les sondages, de François Bayrou est une mauvaise nouvelle pour François Hollande. Elle signifie que des électeurs du centre mais aussi de droite, déçus du sarkozysme, préféreront voter pour le Béarnais plutôt que pour le candidat de la gauche. Or, Hollande risque d'avoir besoin de ces voix dès le premier tour. Et il n'est même pas dit qu'il puisse bénéficier de leur report dans le cas où il se retrouverait face à Sarkozy au second tour. En 1981, Mitterrand, certes aidé par la trahison de Chirac, avait remporté le scrutin en attirant à lui une partie des voix de droite (celles des déçus de Giscard). C'est l'exploit que Hollande doit réaliser tout en faisant le plein à gauche. Il lui reste près de trois mois pour y arriver en musclant et en enflammant sa campagne. A défaut, la France et les Français rempileront pour cinq années de plus avec Sarkozy. Cinq années de trop…...
_