Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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mardi 26 juin 2018

Au fil du mondial (12) : Transition

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Evacuons le principal point du jour. Encore une fois, encore et encore, encore et toujours, le Nigeria, comme tant d’autres équipes africaines, n’a pas su tenir le résultat (cf. la chronique 4). La faute à la jeunesse, la naïveté, la fatigue et une étrange torpeur de leur entraîneur qui n’a procédé au dernier remplacement qu’à la 92ième minute alors que ses joueurs étaient cuits).

Au-delà du résultat, ce match fut tactique et a illustré le fait qu’il y a plusieurs manières de regarder une rencontre. Si l’on est devant sa télévision, le regard sera nécessairement focalisé sur le ballon et ce qui l’entoure. La balle qui roule hypnotise, on suit le joueur qui la pousse, éventuellement celui qui la réclame. On peut aussi, si l’œil est aiguisé, repérer celui qui fait tout pour ne pas la recevoir (en allant, par exemple, se coller aux défenseurs adverses) et dont on dit alors qu’il se cache. Ce fut le cas de Di Maria l’Argentin.

C’est pourquoi les plans larges ont leur intérêt (à défaut de pouvoir être au stade). Ils permettent de vite saisir quelle est l’organisation tactique, ou son semblant, choisie par chaque équipe. L’un des réflexes à avoir quand on essaie de comprendre ce qui se joue est de « regarder en haut ou en bas » de l’écran à l’opposé d’où se situe l’action. On repère le défenseur qui ne monte pas à l’attaque et qui ne franchit guère la ligne médiane. On détecte le milieu qui marche et qui ne propose aucune solution au porteur du ballon. On localise celui qui a pour mission de bloquer son vis-à-vis en cas de contre-attaque. Il est aussi intéressant de voir le comportement de tel ou tel joueur quand son équipe n’a pas le ballon et s’apprête à défendre. Remonte-t-il pour aider ses camarades ? Quel pas fait-il et dans quelle direction (vers l’avant ? De manière latérale ?) ? A-t-il pris ces quelques mètres d’avance qui lui permettront de faire la différence ? Comment se fait-il oublier ? (Suivez Ronaldo en phase défensive, c’est très instructif).

Le match de ce soir entre l’Argentine et le Nigeria a aussi offert une illustration intéressante pour lire ce que l’on appelle parfois, de manière un peu pompeuse, les dispositifs de transition. En gros, il s’agit de comprendre comment une équipe passe d’une phase de défense à une phase d’attaque ou l’inverse. On a ainsi pu relever que les Nigérians jouaient parfois à cinq joueurs derrière (5-4-1 ou alors un 4-1-4-1) avec un alignement quasi-parfait. Dans ce cas, la transition consiste à monter vite vers l’avant quand le ballon est récupéré (ou perdu par l’adversaire). Cela signifie une capacité technique élevée et de la rapidité dans l’enchaînement. Mais le plus intéressant, du point de vue tactique, c’est de voir comment, et à quelle vitesse, une équipe accomplit la transition de l’attaque à la défense (certains parleront tout simplement de replacement). Car c’est souvent-là que les matchs se gagnent ou, du moins, qu’ils ne se perdent pas.


Certains entraîneurs comme Pep Guardiola n’aiment guère que leur équipe soit obligée de défendre. Pour eux, la transition ne consiste pas à se replacer en position défensive mais à récupérer le ballon le plus vite et le plus haut possible. On « gratte » des ballons, on presse l’adversaire, on l’oblige à perdre le ballon, on stresse le gardien pour qu’il dégage n’importe où. L’Uruguay, la Croatie, à un degré moindre le Brésil et l’Espagne, ont appliqué cette approche qui exige une bonne condition physique. D’autres équipes, elles, préfèrent attendre dans leur camp. Elles verrouillent et le football ressemble alors à du hand-ball. Que l’on soit au stade ou devant la télévision, on peut suivre la chorégraphie classique : le ballon va d’un côté à l’autre selon une trajectoire comparable à un arc de cercle tandis que la défense coulisse comme un piston. Et, là aussi, regarder à l’opposé du ballon permet de repérer la faille possible ou l’attaquant qui se décale de quelques centimètres à chaque fois en attendant de surgir. Un ballet dont l’observation permet de tuer le temps quand le match n’est guère emballant…
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samedi 21 juin 2014

La chronique du blédard : Ce monde qui se redécoupe

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 19 juin 2014
Akram Belkaïd, Paris
 
Nous n’avons pas encore pris la mesure des conséquences de la chute du mur de Berlin et de la dissolution de l’ex-URSS. A l’époque, cet événement majeur n’a peut-être pas été suffisamment analysé sous l’angle prospectif, quelques provocateurs allant même jusqu’à nous annoncer « la fin de l’Histoire » pour reprendre le titre du célèbre ouvrage du politologue américain Francis Fukuyama. Alors que les décombres de l’empire soviétique étaient encore fumantes, un mécanisme de dérèglement général s’est donc enclenché qui se poursuit encore sans que l’on sache jusqu’où ce réajustement du monde va aller.
 
La tragédie yougoslave a été analysée, à juste titre, comme le terrible suicide d’une nation. On y a vu aussi la conséquence directe, mais isolée, de la disparition du dogme communiste et de la résurgence des passions nationalistes. Mais ce drame a rarement été analysé comme étant la confirmation que, contrairement à une conviction largement répandue, les Etats et leurs frontières sont tout sauf inamovibles. On ne le dira jamais assez, des pays peuvent mourir, disparaître et, pourquoi pas renaître. La République fédérative socialiste de Yougoslavie a été démantelée en 1992 et a définitivement disparu en 2003 après la séparation entre la Serbie et le Monténégro. A la même époque, la Tchécoslovaquie s’est scindée en deux entre République tchèque et Slovaquie. De même, à quelques dizaines de milliers de kilomètres de l’Europe, la Somalie, longtemps dirigée par un régime dictatorial « marxiste » plongeait dans un chaos total qui perdure encore et qui fait que ce pays de la corne de l’Afrique est divisé aujourd’hui en une demi-douzaine d’Etats autoproclamés dont le plus connu est le Somaliland.
 
De fait, c’est le précédent somalien, même s’il n’a pas (encore) été officiellement acté par la communauté international (qui refuse de reconnaître la partition de fait de ce pays), qui s’est révélé être l’annonciateur de la remise en cause à venir du principe de l’intangibilité des frontières africaines héritées du colonialisme. Le Soudan, ex-plus grand pays d’Afrique, a connu la partition (laquelle ne semble avoir rien réglé puisque le jeune Sud-Soudan est plongé dans une effroyable guerre civile génocidaire). Et la perspective d’une division voire d’un démembrement d’autres pays du continent alimente de nombreux scénarios que l’organisation de l’Union africaine (ex-organisation de l’unité africaine ou OUA) prend très au sérieux. C’est le cas de la République démocratique du Congo (RD Congo) dont le territoire est occupé par ses voisins et dont de nombreuses provinces continuent de rêver de sécession. Une sécession qui guette aussi le Nigeria, un géant aux pieds d’argile où l’Etat fédéral a du mal à imposer son autorité notamment dans les provinces du nord où les crimes de la secte Boko Haram ne sont qu’une manifestation de la déliquescence du pouvoir central. On peut aussi évoquer la Libye où la chute du régime de feu Mouammar Kadhafi a finalement ouvert la voie à toutes les possibilités comme en témoigne la volonté de nombre d’habitants de la Cyrénaïque d’obtenir une large autonomie de leur région ou même son indépendance.
 
C’est évident. Une recomposition globale est en cours. Elle touche aussi l’Europe où les velléités indépendantistes s’exacerbent en Ecosse, en Catalogne ou même au Pays basque quand, dans le même temps, rien ne permet d’affirmer qu’un pays comme la Belgique est assuré d’échapper à la division définitive entre Flamands et Wallons. Que dire aussi de l’Italie du nord ou de la Corse et même de certains Länders allemands ? L’idée que ces forces centrifuges ne sont destinées à ne durer que le temps d’une transition entre l’ordre ancien, celui qui prévalait durant la Guerre froide, et celui du triomphe définitif de la démocratie dans le monde, s’avère aujourd’hui totalement dépassée. La chute du mur de Berlin et la fin de l’URSS ont plongé le monde dans l’incertain durable. Dans la remise en cause de ce qui paraissait acquis au lendemain de la fin de la Seconde Guerre mondiale. En clair, rien n’assure que les frontières d’aujourd’hui seront celles de demain.
 
Et cela vaut bien sûr pour le Proche-Orient où la Syrie, l’Irak et la Jordanie sont dans l’œil du cyclone. En Syrie, c’est la guerre civile qui, de fait, a divisé le pays en plusieurs zones où l’Etat central n’a plus aucun pouvoir. En Irak, c’est l’émergence de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) qui menace directement le pouvoir de Bagdad et qui pourrait constituer le catalyseur d’une partition dont rêvaient déjà les néoconservateurs américains à l’origine de l’invasion de 2003. Un pays sunnite à cheval entre l’Irak occidental et la Syrie, un pays chiite et un Kurdistan définitivement indépendant sont peut-être en train de naître dans le fracas des obus et des nettoyages ethnico-religieux. Certains pointeront du doigt le Printemps arabe, affirmant que ce qui se passe en Irak est la conséquence directe des révoltes et bouleversements de 2011. Ce n’est vrai qu’en partie. Cette nouvelle géographie politique qui se dessine peu à peu – et qui attend certainement d’autres crises majeures pour évoluer – a des racines bien plus anciennes. Près d’un siècle après leur conclusion en 1916, les accords Sykes-Picot de partage des dépouilles de l’empire ottoman et leurs conséquences concrètes sont en train de s’effacer. Cela concerne aussi la Jordanie, pays fragile et vulnérable que d’aucuns en Occident verraient bien un jour se transformer en Palestine de rechange. Cela concerne enfin Israël dont les dirigeants semblent persuadés que cette tempête qui lève ne les concerne pas. A moins qu’ils n’espèrent qu’elle leur permettra d’effacer tout héritage du partage de 1948.
 
Ce monde d’incertitudes peut donner des arguments aux partisans d’un pouvoir fort en Algérie avec, comme devise (à l’égyptienne), « au diable la démocratie, vive la stabilité ». Ce serait un très mauvais calcul car, on ne le répétera jamais assez, le meilleur vaccin contre le morcellement progressif – ou insidieux - d’un pays est justement la démocratie et le respect du droit aux droits.
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mercredi 3 avril 2013

La chronique économique : L’Opep et son niveau de production

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 3 avril 2013
Akram Belkaïd, Paris

 

Que va décider l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) le 31 mai prochain, lors de sa réunion semestrielle à Vienne ? Comme c’est souvent le cas, la question qui est posée concerne le plafond de production de l’Organisation. En décembre dernier, lors de sa dernière réunion, les pays membres ont maintenu ce dernier inchangé à 30 millions de barils par jour (mbj). Cet objectif a été plutôt atteint puisqu’en mars dernier, la production du Cartel a atteint 30,554 mbj contre 30,624 mbj au mois de février et cela selon les estimations de l’Agence Bloomberg.

 

Le Nigeria et le Kurdistan inquiètent

 

En réalité, ce n’est pas tant le thème de l’objectif de production qui intéresse les analystes mais la manière dont ce dernier va pouvoir être maintenu. Il existe en effet un consensus au sein de l’Opep pour que le niveau de pompage demeure autour de 30 mbj. Cela soutient les cours en empêchant que ces derniers tombent en dessous de 80 dollars, un niveau plancher par rapport auquel la majorité des pays membres ont bâti leur hypothèses budgétaires. Dans le même temps, ce niveau de 30 mbj satisfait pleinement les pays consommateurs qui craignent toujours que l’Opep ne descende en dessous de cette barre symbolique ce qui provoquerait immanquablement une hausse des cours. Ainsi, si d’aventure la production Opep passait à 29 mbj voire à 28 mbj, des niveaux qui furent les siens il n’y a pas si longtemps, le prix du brut pourrait bien dépasser à terme les 120 dollars.

 

En fait, l’interrogation concerne comme toujours la capacité de certains producteurs à maintenir intact leur niveau de pompages. C’est le cas notamment du Nigeria, le « grand homme malade » de l’Opep tant sa situation interne inquiète les milieux pétroliers. Sabotages d’oléoducs, détournement de cargaisons, menaces d’enlèvement contre le personnel des compagnies pétrolière présentes dans le delta du Niger ou en zone offshore : voici autant de raisons qui poussent les opérateurs à baisser leur production ou même à l’interrompre. Alors qu’il était l’un des principaux producteurs africains d’or noir, le Nigeria voit sa production sans cesse décliner puisqu’elle est désormais passée sous les 2 mbj avec une moyenne quotidienne de 1,8 mbj. Et, rien dans le contexte politique et sécuritaire de ce pays ne permet d’affirmer que la tendance va être inversée.

 

Le Kurdistan irakien est l’autre grand facteur d’inquiétude au sein de l’Opep. Depuis plusieurs mois, un bras de fer à la fois financier et politique oppose ce dernier au pouvoir central de Baghdad. La situation est tellement tendue que plusieurs analystes mettent en garde contre le risque d’un conflit armé entre les deux parties dont l’une des conséquences serait la baisse brutale de la production d’or noir irakien. A cela, s’ajoute l’instabilité politique à Baghdad où la contestation contre le gouvernement ne faiblit pas.

 
 
A ces deux incertitudes, il faut citer deux autres éléments. D’abord, une situation libyenne confuse, le gouvernement de Tripoli ayant du mal à asseoir son autorité sur tout le territoire et notamment les zones orientales d’exploitation pétrolière. Ensuite, une incapacité de l’Iran à déjouer totalement les effets de l’embargo imposé par les Etats-Unis et l’Union européenne (UE) sur ses ventes d’hydrocarbures. Même si Téhéran reste soutenu par plusieurs de ses clients asiatiques, les défections récentes de l’Inde et d’autres acheteurs font que l’or iranien est moins présent sur les marchés.

 

L’Arabie Saoudite en ajusteur

 

La conséquence de tout cela, c’est que l’Arabie saoudite devrait une nouvelle fois compenser la baisse de production de ses partenaires au sein de l’Opep. Toute la question est de savoir si Ryad le fera en concertation avec les autres membres et si cet ajustement se fera de manière durable ou temporaire. On sait que le Royaume wahhabite est le véritable patron du Cartel mais, jusque-là, ses décisions d’étendre sa production n’ont pas toujours ravi les autres producteurs soucieux de préserver leurs parts mondiales de marché et de ne pas trop affaiblir les prix par une hausse trop importante des pompages.

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