Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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vendredi 5 juin 2020

La chronique économique : Mais où stocker l’or noir ?

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 3 juin 2020
Akram Belkaïd, Paris


En avril dernier, quand le cours du baril de pétrole a touché les abysses avec un prix négatif de 37,63 dollars (autrement dit c’est le vendeur qui donnait de l’argent à l’acheteur…), on a beaucoup parlé de la crise des capacités de stockages de l’or noir. De nombreuses télévisions américains ont ainsi diffusé les images de plusieurs dizaines de pétroliers mouillant au large des grands ports de la côte-ouest. Idem pour les fameuses barges qui cabotent sans fin le long de la côte-est. Etant incapables de trouver un endroit où entreposer ces cargaisons, nombre d’opérateurs étaient prêts à payer pour s’en délester.

Réserves stratégiques américaines

Certes, cette chute des cours du baril en territoire négatif n’a pas duré. Mais elle a eu le mérite d’attirer l’attention sur la problématique du stockage du pétrole en circulation. Dans le milieu de l’or noir, il arrive que l’on parle des « barges fantômes » pour désigner des tankers dont on ne sait pas exactement qui détient la cargaison. Dans d’autres cas, ces cargaisons peuvent changer plusieurs fois de propriétaire alors que le navire est encore en haute mer. Si la durée n’est pas trop longue, stocker le pétrole dans un tanker est la meilleure solution en attendant de meilleurs jours. Mais, dans les temps présents, cela s’avère trop onéreux.

Alors, il existe d’autres solutions. Sensible au sort des compagnies pétrolières américaines, le président Donald Trump a poussé pour que les réserves stratégiques du pays, les fameuses SPR (pour Strategic Petroleum Reserve) puissent accepter des « dépôts » de compagnies privées. D’une capacité de 800 millions de pétrole, les SPR sont situées dans d’anciennes mines de sel au Texas et en Louisiane. Selon les dernières dispositions décidées par l’administration Trump, une capacité de 23 millions de barils sera réservée aux compagnies privées d’ici à mars 2021. Ce n’est pas beaucoup mais c’est déjà mieux que rien.

Et le caractère accommodant de la Maison-Blanche ne s’arrête pas puisque la fameuse « Règle 95 » va être suspendue. De quoi s’agit-il ? Jusqu’à présent, le pétrole mais aussi le gaz naturel extraits d’un gisement ne peuvent y être réinjecté. Cela peut étonner mais on comprend mieux cette interdiction si on connaît la structure d’un champ pétrolier. Contrairement à une image répandue, ce n’est pas un immense réservoir d’or noir qui baigne dans le sous-sol. En réalité, cela ressemble à une roche poreuse, comparable à une éponge, où est emprisonné le pétrole. C’est un état d’équilibre liquide-solide qu’il est impossible d’obtenir si l’on réinjecte le pétrole dans un gisement.

Menace écologique


Or, si le pétrole n’est pas « emprisonné » dans les milliards de veines rocheuses (chose qu’une mine de sel assure plus facilement), il pourra facilement contaminer les nappes phréatiques qui ne sont jamais très loin. C’est cette protection que permettait jusqu’à présent la Règle-95. Désormais, le pétrole en surplus va pouvoir être stocké durant 5 ans dans des gisements existants ou rouverts pour l’occasion. Une solution dangereuse sur le plan environnemental mais qui semble être la moins onéreuse selon l’industrie pétrolière. 
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jeudi 1 mars 2012

Chronique économique : L’OR NOIR REFAIT PARLER DE LUI

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 29 février 2012
Akram Belkaïd, Paris

La crise iranienne va-t-elle déboucher sur une nouvelle flambée des cours de pétrole comparable à celle de 2008 où le baril de brut avait atteint le record absolu de 147 dollars ? Cela semble bel et bien être le cas avec un prix moyen qui a déjà dépassé la barre des 120 dollars, soit le plus haut niveau depuis neuf mois. Pour tous les spécialistes, cette tendance haussière est liée au fait que le marché pétrolier est en train de « pricer », c’est-à-dire d’inclure dans ses prix, la perspective et les conséquences d’une attaque israélienne contre l’Iran. Une attaque qui pourrait déclencher des représailles iraniennes dans le Golfe avec notamment le blocage du détroit d’Ormuz par où transitent les quatre cinquièmes de la production pétrolière régionale.

RISQUE DE RECESSION ET PRESSIONS SUR WASHINGTON

La perspective d’un nouveau choc pétrolier est une très mauvaise nouvelle pour une économie mondiale à peine convalescente. De nombreux pays émergents, à commencer par la Chine, craignent, aujourd’hui, que la hausse du baril n’aggrave le coût déjà élevé de leur facture pétrolière. En Europe, on est encore plus inquiet car, contrairement à ce qui a souvent été le cas au cours des dix dernières années, le cours du pétrole augmente aussi quand il est libellé en euros. Résultat, dans une zone géographique où la croissance reste faible, le surenchérissement du brut accentue les risques de récession cela dans une conjoncture déjà marquée par les difficultés budgétaires des Etats.

Cette tension sur les prix du brut a aussi des conséquences aux Etats-Unis. On assiste ainsi à l’augmentation des pressions sur le gouvernement américain pour qu’il puise dans ses réserves stratégiques (Strategic petroleum reserve ou SPR) évaluées actuellement à 727 millions de barils soit l’équivalent de 37 jours de consommation (créés en 1975 au lendemain du choc pétrolier de 1973, les quatre centres principaux de stockage sont situés dans la région du golfe du Mexique dans d’anciennes mines de sel). Au printemps dernier, l’arrêt de la production libyenne avait déjà obligé Washington à puiser dans ces stocks. Une intervention qui avait permis de détendre les marchés pétroliers dès le mois de mai 2011 avec un repli des cours de près de 8%.

Il reste que le gouvernement des Etats-Unis n’est guère décidé d’avoir recours une nouvelle fois aux SPR préférant les conserver intacts dans la perspective d’une vraie interruption de l’approvisionnement pétrolier si jamais Israël attaque l’Iran. Pour Washington, la ligne de conduite a toujours été de n’utiliser les SPR que lorsque le pétrole vient à manquer sur le marché (ce fut le cas en 1991 lors de l’embrasement des puits du Koweït ou en 2005 après le passage de l’ouragan Katrina). Pour autant, de nombreux observateurs relèvent que la tension actuelle sur les prix est due au fait que plusieurs pays européens refusent aujourd’hui d’acheter du pétrole iranien, préférant s’approvisionner ailleurs. Du coup, ces sanctions contre le régime de Téhéran apparaissent comme l’équivalent d’une pénurie car rares sont les producteurs qui peuvent se substituer à l’Iran. C’est certes le cas de l’Arabie Saoudite dont le niveau de pompages est déjà supérieur de 30% à sa production habituelle mais le Royaume est bien le seul à pouvoir jouer le rôle de variable d’ajustement de l’offre mondiale de pétrole.

OBAMA JOUE SA REELECTION

En tout état de cause, le gouvernement américain va devoir agir très vite pour atténuer cette hausse. Outre le recours possible aux SPR, il peut aussi faire pression sur d’autres producteurs «amis» (Mexique, Emirats arabes unis, Koweït, Norvège) pour qu’ils augmentent leur production le temps que la crise iranienne soit réglée. Pour Barack Obama, il s’agit à la fois d’empêcher que la reprise actuelle de l’économie étasunienne soit handicapée, voire stoppée, et, surtout, que le prix de l’essence ne continue de grimper aux Etats-Unis (il était à 3,68 dollars le gallon en début de semaine, soit un niveau que la majorité des Américains jugent trop élevé). Ainsi, le pétrole pourrait bien coûter sa réélection au président américain…
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