Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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samedi 24 mars 2012

La chronique économique : Le Qatar rachète la France

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 21 mars 2012
Akram Belkaïd, Paris

Un pays riche qui a de l’argent à placer et un pays en crise aux actifs sous-évalués et donc bon marché… C’est un peu, en résumé, l’histoire de la relation actuelle entre le Qatar et la France. Lundi 19 mars, on a ainsi appris que le fonds d’investissement Qatar Holding LLC (QH) détient désormais 12,83% du capital et 10,05% des droits de vote du groupe français Lagardère. Déjà, en janvier dernier, le fonds qatari avait annoncé avoir dépassé la barre symbolique des 10% du capital. Il s’agit donc d’investissements récurrents avec pour objectif évident l’ambition de devenir un actionnaire de référence de Lagardère.

UN INVESTISSEMENT STRATEGIQUE

Pour le Qatar, l’attrait de Lagardère se situe dans le fait que l’un de ses actifs principaux est le constructeur EADS présent notamment dans l’aérien civil (Airbus) mais aussi dans l’armement. Avoir son mot à dire dans les décisions stratégiques concernant EADS est donc l’objectif réel pour le Qatar sachant à quel point les secteurs de l’aérien et de la défense sont jugés vitaux et attractif par l’émirat et ses voisins du Golfe. Pour autant, cela n’empêche pas le Qatar de mettre de l’argent dans d’autres secteurs. Pour mémoire, Qatar Holding a récemment pris des parts dans le capital de LVMH (1%), numéro un mondial du luxe, ainsi que dans celui du groupe pétrolier français Total (2%) ce qui s’additionne à ses participations plus anciennes de 5,6% dans Vinci et de 5% dans Véolia. Si l’on rajoute dans cette liste ses différents investissements dans l’immobilier de luxe aux quatre coins de l’Hexagone, sa prise de contrôle du club de football du Paris-Saint-Germain, on peut, à juste titre en conclure que le Qatar est un acheteur omniprésent en France.

Pour autant, l’investissement dans Lagardère est différent des autres car Qatar Holding y est désormais le premier actionnaire devant Arnaud Lagardère lequel détient 9,62% du capital mais 14,01% des droits de vote. Certes, le Qatar ne peut espérer prendre le contrôle du groupe car sa structure en commandite conforte le pouvoir d’Arnaud Lagardère même si ce dernier contrôle une part de capital inférieure à celle des Qataris. De même, Lagardère étant présent dans les médias (Europe 1, Gulli), une loi française datant de 1986 empêchera le Qatar de contrôler plus de 20% de son capital. Pour autant, il faut s’attendre à ce que Qatar Holding continue à investir dans le titre cela d’autant qu’il réclame un siège au conseil de surveillance du groupe (une exigence dont on connaîtra le résultat le 3 mai prochain).
 
Déjà, des informations de presses annoncent qu’en réalité QH contrôle de manière directe et indirecte plus de 20% du capital de Lagardère. Bien que démenties, ces informations ont jeté le trouble et semblent sérieusement agacer les autorités françaises. Comme l’explique un spécialiste des marchés boursiers, le fait que Lagardère soit à la fois présent dans l’aérien et la défense n’en fait pas un actif comme les autres. Même s’il considère le Qatar comme un allié et que des liens personnels existent entre l’émir Hamad Bin Khalifa et Nicolas Sarkozy (mais aussi la famille Lagardère), le caractère stratégique du groupe risque de constituer un motif de tension entre les deux parties.

INVESTISSEUR DORMANT OU ACTIF ?

En tout état de cause, le Qatar veut avoir son mot à dire dans la gestion de Lagardère. Cette attitude rompt avec des décennies d’investissements prudents où les pays du Golfe avaient pour obsession de ne pas effaroucher les gouvernements occidentaux en se contentant d’investir sans réclamer un rôle actif. C’était encore le cas en 2008 quand le fonds souverain d’Abou Dhabi avait pris des participations dans divers groupes financiers anglo-saxons tout en assurant qu’il ne demanderait pas de siéger au conseil de surveillance ou d’administration. Cette fois, Qatar Holding n’entend pas jouer le rôle de potiche fortunée. A cet égard, la réaction des autorités françaises dans les prochaines semaines ne manquera pas d’intérêt.

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jeudi 1 mars 2012

Chronique économique : L’OR NOIR REFAIT PARLER DE LUI

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 29 février 2012
Akram Belkaïd, Paris

La crise iranienne va-t-elle déboucher sur une nouvelle flambée des cours de pétrole comparable à celle de 2008 où le baril de brut avait atteint le record absolu de 147 dollars ? Cela semble bel et bien être le cas avec un prix moyen qui a déjà dépassé la barre des 120 dollars, soit le plus haut niveau depuis neuf mois. Pour tous les spécialistes, cette tendance haussière est liée au fait que le marché pétrolier est en train de « pricer », c’est-à-dire d’inclure dans ses prix, la perspective et les conséquences d’une attaque israélienne contre l’Iran. Une attaque qui pourrait déclencher des représailles iraniennes dans le Golfe avec notamment le blocage du détroit d’Ormuz par où transitent les quatre cinquièmes de la production pétrolière régionale.

RISQUE DE RECESSION ET PRESSIONS SUR WASHINGTON

La perspective d’un nouveau choc pétrolier est une très mauvaise nouvelle pour une économie mondiale à peine convalescente. De nombreux pays émergents, à commencer par la Chine, craignent, aujourd’hui, que la hausse du baril n’aggrave le coût déjà élevé de leur facture pétrolière. En Europe, on est encore plus inquiet car, contrairement à ce qui a souvent été le cas au cours des dix dernières années, le cours du pétrole augmente aussi quand il est libellé en euros. Résultat, dans une zone géographique où la croissance reste faible, le surenchérissement du brut accentue les risques de récession cela dans une conjoncture déjà marquée par les difficultés budgétaires des Etats.

Cette tension sur les prix du brut a aussi des conséquences aux Etats-Unis. On assiste ainsi à l’augmentation des pressions sur le gouvernement américain pour qu’il puise dans ses réserves stratégiques (Strategic petroleum reserve ou SPR) évaluées actuellement à 727 millions de barils soit l’équivalent de 37 jours de consommation (créés en 1975 au lendemain du choc pétrolier de 1973, les quatre centres principaux de stockage sont situés dans la région du golfe du Mexique dans d’anciennes mines de sel). Au printemps dernier, l’arrêt de la production libyenne avait déjà obligé Washington à puiser dans ces stocks. Une intervention qui avait permis de détendre les marchés pétroliers dès le mois de mai 2011 avec un repli des cours de près de 8%.

Il reste que le gouvernement des Etats-Unis n’est guère décidé d’avoir recours une nouvelle fois aux SPR préférant les conserver intacts dans la perspective d’une vraie interruption de l’approvisionnement pétrolier si jamais Israël attaque l’Iran. Pour Washington, la ligne de conduite a toujours été de n’utiliser les SPR que lorsque le pétrole vient à manquer sur le marché (ce fut le cas en 1991 lors de l’embrasement des puits du Koweït ou en 2005 après le passage de l’ouragan Katrina). Pour autant, de nombreux observateurs relèvent que la tension actuelle sur les prix est due au fait que plusieurs pays européens refusent aujourd’hui d’acheter du pétrole iranien, préférant s’approvisionner ailleurs. Du coup, ces sanctions contre le régime de Téhéran apparaissent comme l’équivalent d’une pénurie car rares sont les producteurs qui peuvent se substituer à l’Iran. C’est certes le cas de l’Arabie Saoudite dont le niveau de pompages est déjà supérieur de 30% à sa production habituelle mais le Royaume est bien le seul à pouvoir jouer le rôle de variable d’ajustement de l’offre mondiale de pétrole.

OBAMA JOUE SA REELECTION

En tout état de cause, le gouvernement américain va devoir agir très vite pour atténuer cette hausse. Outre le recours possible aux SPR, il peut aussi faire pression sur d’autres producteurs «amis» (Mexique, Emirats arabes unis, Koweït, Norvège) pour qu’ils augmentent leur production le temps que la crise iranienne soit réglée. Pour Barack Obama, il s’agit à la fois d’empêcher que la reprise actuelle de l’économie étasunienne soit handicapée, voire stoppée, et, surtout, que le prix de l’essence ne continue de grimper aux Etats-Unis (il était à 3,68 dollars le gallon en début de semaine, soit un niveau que la majorité des Américains jugent trop élevé). Ainsi, le pétrole pourrait bien coûter sa réélection au président américain…
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mardi 14 février 2012

La chronique économique : L'Allemagne sur le banc des accusés

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Et si la réunification allemande était l’une des raisons de la crise dans la zone euro ? Le lien de cause à effet peut ne pas paraître évident, mais il est de plus en plus évoqué par les économistes, y compris allemands. Pour bien le comprendre, il faut revenir au début des années 2000, à l’époque où l’Allemagne avait encore du mal à digérer la réunification, ou, pour être plus précis, l’absorption de la RDA par la République fédérale d’Allemagne (RFA). C’est à ce moment-là que Gerhard Shröder et son gouvernement ont mis en place de nombreuses réformes destinées à préserver la compétitivité des exportateurs allemands, notamment par le biais d’un frein sur les augmentations de salaires.

LA LUTTE DE TOUS CONTRE TOUS
On le sait aujourd’hui, cette modération salariale a beaucoup contribué au dynamisme des exportations et de la bonne santé du «made in Germany». Depuis plusieurs années, l’Allemagne tient ainsi la dragée haute aux pays émergents avec un solde commercial de près de 146 milliards d’euros en 2011 (contre un déficit de 70 milliards d’euros pour la France). Une performance qui, ajoutée à d’autres indicateurs positifs (taux de chômage à 6,8%, au plus bas depuis la réunification, croissance de 3% du Produit intérieur brut en 2011 et baisse du déficit public à 1% pour la même année), fait de l’Allemagne une référence constante si ce n’est un exemple à suivre en Europe. 

Mais un récent rapport de l’Organisation internationale du travail (OIT) vient de pointer du doigt les dégâts collatéraux de la stratégie de ce pays (1). «La compétitivité accrue des exportateurs allemands apparaît de plus en plus comme la cause structurelle sous-jacente aux récentes difficultés de la zone euro», relève ainsi l’organisme basé à Genève. 

Selon l’OIT, l’Allemagne a donc obligé ses partenaires mais néanmoins concurrents européens à la suivre sur le terrain de la baisse des salaires et des prix afin qu’ils puissent préserver leur compétitivité. En clair, la réussite commerciale de l’Allemagne a eu pour conséquence de «tuer» nombre d’industries européennes incapables de suivre la cadence imposée par un «made in Germany» bénéficiant certes d’une excellente réputation sur le plan mondial, mais aussi, il faut désormais l’avoir en tête, une modération salariale qui s’est avérée déterminante. Déjà en 2006, l’économiste français Patrick Artus mettait en garde sur le fait que l’expansion commerciale de l’Allemagne se faisait au détriment des pays européens, notamment ceux du Sud, car elle avait tendance à rogner sur leurs parts de marché, y compris à l’intérieur même de l’espace européen.

Interrogé récemment par le quotidien Le Monde, l’économiste Michel Aglietta résume bien les effets dévastateurs de cette stratégie (1) : «Lorsqu’elle est vue exclusivement par la lunette des salaires, étant donné la fixité du change (la monnaie étant unique, ndlr), la recherche de la compétitivité est la lutte de tous contre tous qui aboutit à la déflation (baisse des prix et des salaires)». Dans de telles conditions, il n’est guère possible d’espérer une croissance partagée et c’est bien ce qui se passe actuellement dans la zone euro. Du coup, l’Allemagne fait autant figure de modèle à suivre que d’accusée.

LE CULTE DE L’AUSTERITE
Pour nombre d’économistes, ce pays doit désormais consentir des sacrifices pour le bien de la zone euro avec une augmentation des salaires et une baisse de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) afin de relancer sa consommation et donc ses importations (notamment en provenance des pays européens). Une perspective qui n’a pas tout à fait les faveurs du gouvernement Merkel, lequel estime que la solution aux maux de l’Europe passe d’abord par l’adoption générale du modèle allemand actuel, c’est-à-dire par une baisse du coût du travail, qui se ferait à la fois par une modération salariale accrue et par une baisse des prélèvements sociaux. Cela sans oublier l’incontournable respect de la discipline budgétaire, comme le stipule le nouveau traité européen adopté à la fin du mois de janvier dernier. Bref, l’Allemagne, du haut de sa force économique, veut que ses partenaires s’engagent avec elle dans encore plus d’austérité et de compétition salariale. Il n’est pas sûr que cette démarche aboutisse à faire sortir la zone euro de l’ornière.

1) Lundi 30 janvier 2012

Le Quotidien d'Oran, mercredi 8 février 2012
Akram Belkaïd, Paris
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jeudi 26 janvier 2012

La chronique économique : L’AUSTERITE NE MENE PAS A LA CROISSANCE

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 25 janvier 2012
Akram Belkaïd, Paris


Les semaines passent et les gouvernements européens persistent dans une erreur majeure qui dépasse l’entendement. En effet, face à la crise financière et face à la spéculation sur la dette publique et, d’une façon générale, contre l’existence même de la zone euro, il n’est question que d’austérité, de réduction des dépenses publiques, de cure d’amaigrissement sans oublier les incantations récurrentes à propos de réformes structurelles à mener, c’est-à-dire, pour être clair, un retrait accentué de l’Etat et une réduction accrue de ses prérogatives.

UN MAUVAIS CHOIX


Dans l’histoire économique moderne, ce qui se passe actuellement restera comme une première. En effet, c’est la première fois que des Etats, européens en l’occurrence, tentent de faire face à une grave crise économique et financière en pariant sur l’austérité plutôt que sur la croissance keynésienne (intervention de l’Etat pour faire repartir la machine économique). Pour mémoire, la crise de 1929 et ses conséquences avaient été surmontées, du moins en partie, grâce aux politiques actives de relance et d’implication de l’Etat dans la sphère économique. Tel n’est pas le cas aujourd’hui avec des gouvernements tétanisés à l’idée de subir les foudres des agences de notation et des marchés en finançant des programmes de relance.


Pourtant, de nombreuses pistes existent qui mériteraient d’être explorées. C’est le cas, par exemple, de la création d’un système bancaire et financier public qui, débarrassé des exigences de rentabilité annuelle à 15%, pourrait contribuer à financer l’économie et à relancer une activité grippée par l’atonie et la grande prudence du secteur bancaire privé. Ce dernier, bien que disposant d’un accès aux lignes ouvertes par la Banque centrale européenne (BCE), ne semble guère enclin à soutenir les acteurs économiques tels que les PME voire les TPE (très petites entreprises) et les artisans.


Bien entendu, il ne s’agit pas que de se substituer à la finance privée. La situation est d’une telle gravité qu’elle mérite la définition d’un nouveau paradigme économique. C’est en effet de nouveaux modèles de développement qui nécessitent d’être imaginés avec en tête un objectif majeur, celui de la croissance et une contrainte incontournable, celle du respect de l’environnement et de l’adaptation au réchauffement climatique. Jusqu’à présent, l’économie verte n’a été qu’un slogan parmi tant d’autres - on mesure cela en réalisant que nombre de producteurs européens de capteurs solaires sont en faillite - alors qu’il s’agit certainement de l’une des voies de sortie de la crise.

LE POIDS DES LOBBYS

Il faudrait encore que les Etats regagnent un peu du pouvoir qu’ils ont abandonné aux marchés mais aussi aux lobbys et à leurs représentants. Si la mutation de l’économie européenne tarde tant à se faire, à commencer dans le secteur des énergies renouvelables mais on pense aussi à la chimie et au bâtiment, c’est parce que de puissants intérêts financiers estiment que cela mettrait en danger leur rentabilité et donc la rémunération de leurs actionnaires. Dès lors, on est en droit de se demander jusqu’à quel point il faudra que la situation se dégrade pour que les gouvernements européens réalisent enfin que leurs solutions basées sur l’austérité, la dérégulation et la soumission aux marchés financiers appartiennent désormais au passé. 
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