Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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vendredi 1 mars 2013

La chronique du blédard : L’Obs, Libé, SlateAfrique et les errances du journalisme

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 28 février 2013
Akram Belkaïd, Paris

La semaine dernière, en découvrant les unes du Nouvel Observateur et de Libération toutes deux consacrées à un «roman » à propos d’une liaison en 2012 entre son auteure, la juriste Marcela Iacub, et Dominique Strauss-Kahn, ma première réaction a été une colère mêlée de nausée. J’avais devant moi le symbole de cette indécence parisianiste dont je me demande jusqu’où elle va aller et quelles catastrophes elle va finir par déclencher. C’était-là un nouvel exemple obscène de la déconnection entre les médias dits nationaux (et dits aussi de gauche…) et les Français (vous noterez que je n’ai pas parlé de France profonde mais bien de Français, où qu’ils habitent).

Voilà un pays plongé dans la crise et où le désarroi et la peur du déclassement sévissent à chaque coin de rue. Voilà un pays, où l’on sent physiquement la souffrance et la crainte du lendemain. Voilà un pays qui sait déjà que 2013 ne sera pas une bonne année sur le plan de l’économie et donc de l’emploi. Et que trouvent à faire ces deux publications qui, hier, c’était certes il y a longtemps, se mobilisaient pour les combats sociaux et la lutte contre les inégalités ? Les voici donc qui infligent au lecteur quelques bonnes feuilles à propos de cochonneries et autres galipettes qui, dans un monde normal, ne devraient intéresser personne si ce n’est quelques obsédés lubriques en mal d’images salaces. Khmadj…

J’ai été heureux d’apprendre que de nombreux journalistes de Libé ont protesté contre le choix d’un tel sujet qui, à la limite et connaissant l’implacable loi du copinage et réseautage en la matière, aurait dû être cantonné aux pages littéraires. Mais, ce battage médiatique en dit long sur l’état d’une partie de la presse française, de son incapacité à réaliser que l’époque actuelle est porteuse de dangers et que ce n’est pas en organisant ici et là quelques savants débats qu’ils peuvent prétendre verser leur écot. On dira qu’en ces temps de lectures gratuites et googlisées, il faut faire preuve d’inventivité et d’agressivité pour aller chercher le lecteur. Peut-être. Mais, cela n’est ni plus ni moins qu’un pitoyable racolage qui flatte les plus bas instincts qui sommeillent en chacun d’entre nous. Bien sûr, on nous a servi l’inévitable argument de «l’excellente qualité littéraire » du livre. Tu parles…

J’étais d’autant plus énervé que je venais d’apprendre les conditions dans lesquelles le site SlateAfrique venait de congédier son rédacteur en chef Pierre Cherruau ainsi que son adjoint Philippe Randrianarimanana. Je n’emmétrai pas de jugement public sur ce renvoi. Mais, je sais au moins une chose. Pierre Cherruau a permis le décollage de ce site. Avec lui et son équipe, nous avons été quelques pigistes à avoir assis la crédibilité et la notoriété de SlateAfrique, notamment au Maghreb. Parmi ces contributeurs, où l’on comptait entre autre Chawki Amari et Kamel Daoud, il y avait aussi le journaliste marocain Ali Amar.

Pour nous autres journalistes algériens, habitués à ne jamais ménager notre plume à l’égard du pouvoir d’Alger, la présence d’Ali Amar avait quelque chose de rassurant sur le plan de « l’équilibre des forces » car cela signifiait que le Makhzen marocain en serait lui aussi pour ses frais (pas de manière gratuite mais quand l’actualité l’exigerait). En effet, trop souvent, les publications (comme les colloques) concernant le Maghreb en France se résument à une mise en accusation systématique du pouvoir algérien tandis que les deux autres voisins, surtout le marocain, sont plutôt ménagés (Mamounia et « tagineage » obligent…). Pour dire les choses simplement, dans la presse française, on peut cogner autant qu’on veut sur Abdelaziz Bouteflika, le DRS ou qui sais-je encore, mais, surtout, surtout, pas touche à Mohammed VI. Or, Ali Ammar, comme ses anciens compères du Journal Hebdo Aboubakr Jamaï et Ali Lmrabet, ne se sont jamais laissés allés à ce genre de journalisme makhzano-compatible. Le fait qu’Ali Amar ne soit plus calamum-gratta chez SlateAfrique pose donc nécessairement la question de l’indépendance de ce site vis-à-vis du Makhzen et des divers intérêts financiers interlopes qui activent en son nom. Il est possible que cette indépendance soit maintenue, mais, en tout état de cause, j’ai décidé, en ce qui me concerne, que la belle aventure avec SlateAfrique est désormais terminée.

Depuis longtemps, la majorité des écrivains se doivent de trouver un emploi pour vivre, traînant ainsi un fardeau sapant leur créativité et diminuant leur temps d’écriture. Cela vaut aujourd’hui pour le journalisme indépendant. Ce métier est en train de muter et une certaine idée de l’exercer est en train de mourir de sa belle mort. La faute à ce que j’ai décrit précédemment. Pipolisation, influence de lobbies divers, standardisation de l’écrit. La profession vit sous le règne des copains et des coquins. On en est ou l’on n’en est pas. Qu’importe l’expérience, le savoir-faire, la connaissance fine de tel ou tel sujet : on sent bien que partout les digues cèdent. Rentabilité, frilosité à l’égard de certains sujets jugés tabous, emprise des cumulards, uniformité et caporalisme. Etre à la fois pigiste et avoir un second métier va être une tendance lourde. A terme, le prix à payer par la presse mais aussi par la démocratie sera très lourd dans un contexte où l’on nous annonce pour demain des journaux sans journalistes ( !). Mais, cette inquiétante perspective ne semble guère inquiéter la presse et il est à parier qu’elle ne volera jamais la vedette à une actualité fesso-littéraire. 
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mardi 10 avril 2012

Blog sur SlateAfrique : La chronique foot (4) : Mario Balotelli, la saga continue…

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A lire sur le blog Afro-Maghreb : Mario Balotelli, la saga continue


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Que serait le football européen sans Mario Balotelli? Ah, ce monde peuplé de joueurs policés, spécialisés en communication à deux sous, incapables de laisser transparaître la moindre opinion? Ah, ces propos insipides d'après-match ou ces tweets à l'eau tiède. Tout va bien, on va essayer de faire mieux, je crois qu'on a tout essayé, tout va bien avec le coach, On a eu des 'opportchunités'...

Avec Mario, c'est autre chose. Esclandres, excentricités, débordements (sur et hors du terrain...), buts immanquables ratés, buts impossibles marqués, jets de fléchettes contres les jeunes de son club, virée dans un club de strip-tease, : on ne s'ennuie jamais avec l'enfant de Brescia. Avec lui, le footballeur redevient homme et vivant, loin de l'uniformisation en place depuis le début des années 1990.

Certes, les choses se gâtent pour lui. Expulsé dimanche dernier pendant le match contre Arsenal (vainqueur 1 à 0), Mario Balotelli devrait ne plus jouer d'ici la fin de la saison. Son entraîneur, Roberto Mancini, qui en a vu de belles et des pas mûres depuis le début de la saison (on pense à Balotelli face aux buts vides, qui préfère se retourner et essayer de marquer du talon - ce qui lui a valu d'être remplacé immédiatement...), a décidé de se passer de lui. Plus grave encore, Balotelli pourrait ne pas participer à l'Euro 2012 alors que la planète foot se faisait une joie de le voir évoluer à haut niveau. La décision n'est pas encore prise mais les anti-Balotelli sont nombreux en Italie et mettent en garde le sélectionneur Cesare Prandelli (lui-même très sourcilleux sur les questions de discipline) sur ce que pourrait coûter un carton rouge à la Squadra.

A suivre donc. En attendant d'en savoir plus, on peut lire l'excellent portrait de Balotelli publié par le mensuel So Foot d'avril 2012. On y découvre l'histoire d'un enfant né dans une famille ghanéenne, confié à une famille italienne (qui ne l'a pas adopté, Mario ayant pris le nom de Balotelli à ses dix-huit ans), et effrayé à l'idée de devoir partir en Afrique. Un enfant mal dans sa peau, en quête de reconnaissance dès son plus jeune âge avec un "sens exacerbé de la compétition". Un surdoué qui n'a jamais cessé de mettre le souk dans le vestiaire et de s'empoigner avec ses partenaires ou entraîneurs dont son coéquipier Yaya Touré ou encore son compatriote-boucher Materazzi ou le très spécial Mourinho. Un joueur persuadé qu'il marquera un jour un but en finale de la Coupe du monde et qui risque de manquer aux supporters de Manchester City, toujours prompts à adopter "les personnalités rebelles et charismatiques".
Terminons par cette anecdote rapportée par So Foot. 

Extrait :
"A Noël dernier, plutôt que de se payer un réveillon de nouveau riche, Mario Balotelli s'est rendu dans la petite église de Saint John, à Chorlton, un quartier de Manchester. Assis dans sa nef, deux mois plus tard, le father Mac Mahon confirme la rencontre. "Il était au fond, sage, avec sa copine et un autre couple.  Je crois qu'avec lui, ce n'est pas ce que tu reçois mais ce que tu donnes", dit le prêtre. Balotelli a-t-il profité de l'occasion pour se confesser ? "Non, non." Une pause. "Il faut qu'il garde le diable en lui."

No comment...

Akram Belkaïd




Akram Belkaïd
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mercredi 29 février 2012

SlateAfrique : Guerre d'Algérie: quand la France fait son travail de mémoire

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Les accords d'Evian ont été signés le 18 mars 1962. La France se repenche enfin sur son passé.

Les présidents français Sarkozy et algérien Bouteflika, Nice, 31 mai 2010. REUTERS/Eric Gaillard REUTERS/Eric Gaillard
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Production éditoriale impressionnante, documentaires et reportages dans la presse écrite et les télévisions, colloques, salons du livre, débats aux quatre coins de l’Hexagone en attendant les commémorations et autres cérémonies officielles.
Le moins que l’on puisse dire c’est que la France n’ignore pas le cinquantième anniversaire de la fin de la Guerre d’Algérie ou, si l’on se place du côté algérien, le cinquantième anniversaire de l’indépendance. Chaque jour ou presque, le passé algérien de la France est présent à travers l’actualité culturelle, littéraire, universitaire ou même artistique. Pour l’heure, la classe politique française reste un peu en retrait de ce mouvement mais gageons que l’Algérie va bientôt faire son entrée dans la campagne électorale.

La classe politique française rattrapée par l'Algérie

Il suffira d’une phrase, d’une déclaration outrancière de l’une des candidates à l’élection présidentielle (suivez mon regard…), d’une référence appuyée à un camp ou à l’autre et l’on se retrouvera avec l’une de ces polémiques mémorielles dont la France a le secret. Souvenons-nous de 2005 et de cette tristement célèbre loi sur les aspects positifs de la colonisation (abrogée depuis). A l’époque ce ne fut que diatribes et prises de positions tranchées comme si les blessures du passé n’attendaient qu’une occasion pour se rouvrir.
On peut donc s’attendre à ce que des dérapages interviennent le 19 mars prochain, date anniversaire de l’entrée en vigueur des Accords d’Evian et du cessez-le-feu entre le gouvernement français et le gouvernement provisoire de la république algérienne (GPRA). Ce sera peut-être le moment pour les uns de vanter feu l’Algérie française, de dénoncer les «crimes du FLN», de verser des larmes de crocodiles sur les harkis, de pleurer les populations européennes «massacrées après l’indépendance» notamment à Oran et d’en rajouter une couche sur l’immigration algérienne en France. Ce sera aussi l’occasion, pour d’autres, de rappeler la monstruosité de l’ordre colonial, la torture, les corvées de bois, les zones interdites et, bien sûr, les violences suicidaires de l’OAS.

Un transfert mémoriel

Mais, pour l’heure, nous en sommes peut-être au meilleur moment des commémorations du cinquantième anniversaire. Les politiques se tenant encore à distance de ce sujet, c’est toute la richesse d’une production intellectuelle diverse qui nous est offerte.
Que de livres, que de sujets d’interrogations, que d’écrits destinés à revisiter une période charnière, celle de la fin du processus de décolonisation et de la naissance d’une nation. Cette profusion de manifestations démontre l’importance de la mémoire algérienne en France.
Une importance souvent minimisée par la classe politique française qui tend à vouloir banaliser ses rapports avec l’Algérie. Une banalisation qui, finalement, ne tient guère compte de la réalité. Même si elle n’est guère citée, l’Algérie est un fantôme qui hante les couloirs du Palais de l’Elysée ou du Palais-Bourbon où siègent les députés français. Ainsi, quand ces derniers décident que la loi punira désormais les insultes à l’encontre des harkis et autres supplétifs de l’armée française durant la Guerre d’Algérie, ils ne font que faire resurgir un passé qui refuse de disparaître.
 
Et il ne faut pas croire que les jeunes générations sont moins concernées par cette période. Comme l’explique souvent l’historien Benjamin Stora, il y a bel et bien eu un transfert mémoriel.
Des jeunes originaires de familles pieds-noirs veulent comprendre, décoder, saisir une réalité coloniale que leurs parents leur ont parfois décrite de manière sommaire ou fantasmée.
Cela ne signifie pas que les jeunes générations reprennent à leur compte les engagements passés de leurs aînés. Ce n’est pas parce que le père était «Algérie française» que le fils ou la fille adoptent aujourd’hui une position hostile à l’Algérie indépendante ou à l’égard des Algériens qui résident en France.
Ils veulent tout simplement comprendre, analyser et, souvent, être au plus près de leurs racines. Cela vaut aussi pour d’autres acteurs de ce que fut la Guerre d’Algérie. Enfants et petits-enfants respectifs de harkis, de militants du Mouvement national algérien (MNA), de porteurs de valises, de déserteurs de l’armée française, d’objecteurs de conscience: Nombreuses et nombreux sont celles et ceux qui veulent comprendre et en savoir plus.

Désintérêt des Algériens

L’omniprésence du cinquantième anniversaire de la fin de la Guerre d’Algérie tranche de manière paradoxale avec le relatif désintérêt des Algériens pour la commémoration du cinquantième anniversaire de l’indépendance de leur pays. Certes, quelques manifestations sont bien prévues ça et là. Bien sûr, le sujet est abordé par la presse, notamment par le biais d’articles mémoriels ou de biographies de militants disparus. Mais l’on ne sent pas la même frénésie, le même appétit à la fois culturel et artistique pour ce moment clé de l’histoire des Algériens.
A cela, on peut trouver plusieurs explications. Il y a d’abord le fait que les Algériens ont d’autres chats à fouetter dans une conjoncture marquée par d’importantes tensions sociales et des difficultés économiques qui assaillent la majorité de la population. Il y a aussi le fait que cette Guerre d’indépendance ne parle guère aux jeunes générations même si le pouvoir en place, émanation comme il le dit lui-même de la «famille révolutionnaire», dira toujours le contraire. Il serait d’ailleurs intéressant de pouvoir procéder à un sondage-test en interrogeant les moins de trente ans en Algérie. Les questions posées pourraient être les suivantes: combien de temps a duré la guerre d’indépendance? Quelle est la date exacte de l’indépendance? Dans quelles circonstances est né le FLN? Qui a signé les accords d’Evian? Les résultats risqueraient d’être très surprenants…

Le spectre de la décennie noire et la perspective des élections

La tiédeur des Algériens vis-à-vis de la célébration du cinquantième anniversaire de l’indépendance vient aussi du poids de la décennie noire (1992-2002). C’est cette dernière qui est encore dans tous les esprits puisque l’Algérie n’en finit pas de panser les plaies de ce qui fut une guerre civile qui n’a jamais voulu dire son nom. Et le fait que le pays soit encore confronté aux mêmes problèmes politiques qu’au début des années 1990 n’arrange pas les choses.
La perspective d’élections législatives controversées (une partie de l’opposition a décidé d’opter pour le boycottage) le 10 mai prochain, les interrogations à propos de la succession du président Abdelaziz Bouteflika, tout cela fait passer le souvenir de l’indépendance au second plan. Reste enfin une autre explication majeure qui relève du non-dit. En effet, fêter l’indépendance, c’est être obligé de faire le bilan de ces cinquante dernières années. «Qu’avons-nous fait de notre indépendance?» est une question que les dirigeants algériens n’ont guère envie de voir posée par leur peuple et, surtout, à laquelle ils n’ont guère envie de répondre…