Lignes quotidiennes

Lignes quotidiennes
Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
Affichage des articles dont le libellé est Tlemcen. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Tlemcen. Afficher tous les articles

mercredi 17 avril 2013

Mansourah, témoin d'un siège vain

_

Ainsi dressé, je témoigne de ce que fut la vanité des hommes
siège de huit ans de l'antique Pomaria,
inutile et voué à l'échec
ville de Mansourah bâtie pour rien
réduite en ruines par le furie des assiégés enfin libérés
L'Histoire est aussi résistances et vengeances
_









samedi 22 décembre 2012

Amis Marocains, la France vous aime aussi

_
SlateAfrique, samedi 22 décembre 2012

François Hollande a certes choisi l'Algérie pour sa première halte maghrébine, mais le Maroc demeure le préféré.

Bain de foule de François Hollande à Alger le 20 décembre 2012. Philippe Wojazer / Reuters
l'auteur
                                           
Alors, on boude? On râle et on s’inquiète? Tout cela parce que François Hollande, président de la bonne vieille République française, jadis mère patrie pour nous et mère protectrice pour vous, s’en est venu faire un petit tour par chez nous?
C’est vrai, a priori, il y a de quoi être un peu vexé. L’Histoire retiendra que l’Algérie aura été la première sortie maghrébine du président français (ce qui, au passage, fait une belle jambe aux Algériens, mais passons). Cette prééminence, on vous l’agitera sous les yeux, une manière comme une autre de vous faire bisquer sans avoir à parler du Sahara… Vous savez, la fameuse smata algérienne…

Espoir d'une nouvelle dynamique franco-algérienne

Ajoutez à cela que l’on peut décemment considérer cette visite officielle comme une réussite prometteuse. Bien sûr, tout n’est pas réglé mais l’espoir existe de voir naître une nouvelle dynamique franco-algérienne. Bref, c’est nous les Algériens «qu’on a» les faveurs de la France en ce moment.
Enfin, c’est une (double) façon de parler. En réalité, nous n’avons que les faveurs de l’emballement médiatique. Dans quelques jours, que dis-je, dans quelques heures, tout sera oublié, mes confrères journalistes de l’Hexagone s’intéresseront à autre chose (comme l’imminence de la fin du monde, par exemple) et l’Algérie et la France se réinstalleront dans leur train-train habituel en attendant la prochaine polémique ou le prochain bras d’honneur.
Car, c’est ainsi, on ne peut s’empêcher de se chamailler et de continuer à vouloir régler des comptes vieux d’un demi-siècle et plus.

Le Maroc demeure le préféré


Amis Marocains, si parmi vous, certains craignent que la France officielle ne se détourne de votre pays au profit du notre, empressez-vous de les rassurer. Le Royaume restera el-moufadal (le préféré). Dites-leur d’abord qu’on aura du mal à nous défaire de notre vilaine image. Que nous avons encore beaucoup de chemin à faire avant qu’un homme politique français n’ose dire qu’il aime l’Algérie et les Algériens.

L’Algérie attend encore son Jean-René Fourtou, grand patron déterminé à faire augmenter les investissements français au Maroc. Nous n’avons pas non plus l’équivalent en France de ce cercle d’influence pro-marocain dont vous disposez à droite comme à gauche.
Les femmes et les hommes politiques français nés au Maroc sont nombreux, fiers de le dire, contents d’y revenir et prompts à le soutenir en toute occasion. Ceux qui sont nés ou qui ont vécu en Algérie, sont tout aussi nombreux mais ils préfèrent parler d’autre chose. On sent leur gêne, leur envie de se dire d’ailleurs, à l’image de Jean-François Copé à qui il faut parler d’Algérie si l’on cherche à plus que le taquiner…

Il faut dire aussi qu’on y met du notre. Il y a dix ou vingt ans, on aurait pu essayer d’user du passé commun, même s’il a été en grande partie douloureux, pour faire naître de nouvelles connivences. Au lieu de cela, on continue à se dresser sur nos ergots dès lors qu’il s’agit de la France…

Le Maroc, une Algérie rêvée

Vous avez d’excellents lobbyistes, nous avons des spécialistes du nif (fierté) mal placé et chauvin. Vous savez éluder, on prend tout au premier degré surtout quand c’est Fafa (la France) qui parle. Il se passera encore beaucoup de temps avant que nous puissions accueillir des charters entiers de parlementaires, de chefs d’entreprises, d’acteurs ou de journalistes à la recherche d’un douillet dépaysement.
Vous avez La Mamounia et d’autres palaces, des riads à vendre ou à louer, les tagines et la pastilla, bref, un tout-plein d’avantages que même la victoire électorale de vos barbus ne remettra pas en cause.
Nous, c’est différent. Nos hôtels Pouillon tombent en ruine faute d’entretien et de touristes, l’ombre des promoteurs immobiliers plane sur nos Casbah sinistrées et, plus les années passent, et plus l’art de faire un bon méchoui se perd.
A bien des égards, de nombreux Français, vous savez ces officiels et officieux un brin paternalistes, voient dans le Maroc une sorte d’Algérie rêvée et vous avez l’intelligence et l’habilité de ne pas les contredire…

Votre tour, c'est royal

Viendra donc le temps de la visite de François Hollande chez vous. Vous sortirez le grand jeu et l’apparat. A Paris, on se battra comme des chiffonniers pour faire partie de la délégation présidentielle.
Il y aura des patrons du CAC 40 -des vrais, par leurs chargés des affaires publiques ou quelques autres seconds rangs -, des artistes, des journalistes, des modistes, des stars de la chanson et du sport. En clair: la totale royale.
Arrivé chez vous, le président normal, mais impressionné, vous dira à quel point les relations franco-marocaines sont solides, intenses, durables, denses et tout le tintouin. Il tombera amoureux du Maroc comme Chirac et Sarkozy avant lui.
A Alger, quelques moustaches frémiront, des mâchoires se serreront et il s’y dira que, décidément, vous savez y faire…

Akram Belkaïd
_

jeudi 20 décembre 2012

La France ne peut pas se passer de l'Algérie

_

A l'heure des débats sur le passé franco-algérien, le chroniqueur Akram Belkaïd regarde vers le futur.


Discours de François Hollande à Alger le 19 décembre 2012. Philippe Wojazer / Reuters
l'auteur
 
                                           

Il est une vérité que nombre de Français et de Françaises n’aiment pas entendre. Mais qu’importe: profitons de la visite de François Hollande dans notre bon pays pour l’énoncer : Dans les années à venir, la France aura plus que jamais besoin de l’Algérie.
Je ne dis pas du Maghreb, je dis de l’Algérie et l’on me pardonnera cet exclusivisme qui pourrait heurter quelques consciences maghrébines unitaristes.
Oui, la France a besoin de l’Algérie parce qu’il est temps que l’Hexagone se souvienne qu’il est aussi un pays méditerranéen et, qu’à bien y regarder, il n’a guère gagné à courir derrière l’Allemagne au cours de ces trente dernières années.

Pourquoi occulter l'autre réalité possible?

On insiste trop souvent sur les malentendus, les polémiques mémorielles et les prurits identitaires qui opposent l’Algérie à la France. C’est occulter une autre réalité possible. Quelque chose qui a besoin d’être consacré à haut niveau et qui ne serait pas tu comme on passe sous silence des vérités dérangeantes.
La France a besoin de l’Algérie parce que ce pays est, d’abord, l’un des rares avec lequel elle fait de très bonnes affaires. C’est avec l’Algérie que chaque année, la France présente un solde commercial positif. C’est en Algérie que le « made in France » va de soi même si les importations en provenance d’Orient, qu’il soit proche ou extrême, ont tendance à augmenter.
La France a besoin de l’Algérie parce que près de 3 milliards d’euros prennent la direction de l’Hexagone chaque année. Cette fuite de capitaux, qui se fait le plus souvent en dehors des circuits officiels, irrigue l’économie française.
Cela fait vivre le bâtiment et permet aux agences immobilières françaises de faire de belles affaires. Reconnaissons au moins l’existence de ces flux d’argent pour en finir avec le détestable raccourci du visa et les images d’Algériens misérables qui rêveraient en permanence de la France.

La France, une puissance de second ordre

La France a besoin de l’Algérie parce qu’elle n’est plus qu’une puissance de second ordre. Certes, il y a toujours ce droit de veto au Conseil de sécurité de l’Onu mais jusqu’à quand ?
La France a besoin d’alliés, riches et puissants sur le plan démographique. A l’heure où l’on sent bien que des forces concomitantes poussent la France – et ses entreprises telles qu’Areva – en dehors du Sahel, Paris n’a pas d’autre solution que de trouver en Alger un précieux relais et recours. Il y a urgence car les sirènes étasuniennes se font de plus en plus entendre en Algérie…
La France a besoin de l’Algérie parce que le monde arabo-musulman bouge et que l’illusion du Qatar en tant que puissance tutélaire d’une zone géographique bien turbulente se dissipera tôt ou tard.
Jamais, la France n’a été aussi influente dans le monde arabe que lorsque ses initiatives politiques ou diplomatiques étaient relayées ou soutenues par l’Algérie.

Le futur n'attend pas

L’enjeu de demain, sera de compter face aux blocs émergents asiatiques et au duo Etats-Unis et Brésil. La France peut bien jurer que c’est l’Europe qui lui donnera sa marge de manœuvre mais l’on sait bien aujourd’hui que cette Europe n’est rien d’autre qu’un immense marché ouvert sous influence britannique et allemande.
La France officielle doit donc reconnaître qu’elle a besoin de l’Algérie. C’est d’autant plus nécessaire que quelque chose se passe entre les deux pays. Des hommes et des femmes vont et viennent. Ils ont les deux nationalités et construisent leurs vies à cheval entre les deux pays.
Cela mériterait un cadre plus formel, une dynamique politique moins compassée. Le passé et ses tourments ne doivent plus être portés comme une honte car, c’est bien connu, le futur n’attend pas.
Akram Belkaïd

samedi 15 décembre 2012

François Hollande, président VRP en Algérie

_

SlateAfrique, 15 décembre 2012

L'un des enjeux de la visite de François Hollande en Algérie sera de convaincre les patrons algériens de ne pas se détourner du marché français.

François Hollande et Arnaud Montebourg, son ministre du Redressement productif, Paris, novembre 2012. REUTERS/Philippe Wojazer
L'AUTEUR
PARTAGER
TAILLE DU TEXTE
 
Mais quel est le but de la visite de François Hollande enAlgérie?
On le sait, le président français doit y effectuer une visite officielle les 19 et 20 décembre et ce déplacement va être suivi de près par les médias des deux pays mais aussi par ceux du Maghreb (on pense notamment à la presse marocaine).
Ce genre de voyage n’est jamais neutre, surtout dans un contexte franco-algérien marqué ces dernières années par de nombreuses tensions et polémiques.
Au début des années 2000, Alger et Paris planchaient sur la signature d’un Traité d’amitié censé clore la période heurtée (sur le plan diplomatique) de l’après-indépendance.
En 2003, la visite triomphale de Jacques Chirac en Algérie—on se souvient de lui marchant dans Alger sous les acclamations de la jeunesse— avait permis d’envisager la concrétisation de ce document discuté depuis le début des années 1970.
Las, l’initiative de plusieurs parlementaires français à propos d’un texte de loi consacrant le «rôle positif de la colonisation» a torpillé ce projet. Depuis, entre Alger et Paris, surenchères et tentatives de conciliation se succèdent les unes aux autres sans que l’on ait l’impression que les choses soient réglées.
Mieux, alors que ce sujet était largement ignoré par la plupart des Algériens, la question de la«repentance» française à propos de la période coloniale est devenue récurrente notamment dans les médias arabophones.

Un discours à Tlemcen pour la repentance?

François Hollande va donc être attendu sur cette question. Dans le but d’œuvrer pour «l’apaisement» qu’il ambitionne entre les deux pays, va-t-il demander pardon au peuple algérien au nom de la France?
Si cela arrive, on devine à l’avance la polémique qui va naître dans l’Hexagone et elle sera bien plus violente que celle qui a suivi les déclarations du président français à propos de la responsabilité de l’Etat dans les tueries du 17 octobre 1961 à Paris.
Dans un contexte de perte de vitesse de la gauche et d’interrogations à propos de la capacité de François Hollande à diriger une France plongée dans une grave crise économique et sociale, une telle polémique serait une belle diversion mais elle présenterait aussi le risque d’envenimer la situation politique.
A l’inverse, si François Hollande élude la question coloniale ou s’il s’en sort avec quelques vagues déclarations, ce sont les Algériens qui risquent d’être déçus et il faudra s’attendre à ce que les critiques francophobes reprennent de plus belle.
A Alger, il se dit toutefois que le président français devrait «consentir un grand geste symbolique». Lequel? Mystère.
Une chose paraît certaine, nombreux sont les officiels algériens qui sont persuadés que François Hollande prononcera à Tlemcen —ville de l’ouest algérien où il devrait se rendre— un «grand discours».
Faut-il d’ores et déjà parler du «discours de Tlemcen»? Réponse dans quelques jours.

Du commerce vers le partenariat: la France sommée d’évoluer

L’autre grand volet du voyage présidentiel est bien entendu économique. A ce jour, la France reste bon an mal an, le premier partenaire économique de l’Algérie même si des pays comme la Chine, l’Espagne ou l’Italie lui taillent des croupières.
C’est cette position dominante que tente de conforter Paris avec, entre autre, les visites régulières de l’ex-Premier ministre Jean-Pierre Raffarin.
Mais Alger a de plus en plus de mal à cacher son impatience. Depuis quelques années, les acteurs économiques algériens reprochent à leurs homologues français de continuer à considérer«le marché algérien comme éternellement acquis», pour reprendre l’expression d’un patron algérois.
Le cœur du différend est connu: les entreprises françaises rechignent à investir en Algérie et préfèrent écouler leurs produits dans un pays où le boom de la consommation est patent (les importations ont augmenté de 500% en moins d’une décennie!).
Pour se défendre, les entreprises françaises arguent que la législation algérienne reste archaïque et que l’obligation faite pour tout opérateur étranger de s’associer avec une entreprise algérienne (laquelle doit détenir au minimum 51% de la société commune) est un sérieux obstacle.
En tout état de cause, près d’une quinzaine d’accords de coopération devraient être signés parmi lesquels l’entente finale entre le gouvernement algérien et le constructeur automobile Renault.
Mais il n’est pas sûr que cela suffise à satisfaire les dirigeants algériens. Les visites préparatoires au voyage de François Hollande, dont celle de Nicole Bricq, ministre du Commerce extérieur, ont même généré quelques agacements.
«On se croirait revenus au début des années 1980, quand Pierre Mauroy et Edith Cresson nous sommaient d’acheter du Made in France pour aider la gauche française au pouvoir. C’est un peu le même discours qui nous est servi en ce moment», déplore un haut responsable algérien.
«Aujourd’hui, nous voulons parler de partenariat et de co-localisation, et, en face, il n’est question que de nous fourguer (sic) des produits français que, de toutes les façons, nous achetons déjà ou que nous pouvons acheter ailleurs», renchérit de son côté un influent patron qui dit «ne pas attendre grand-chose» de cette visite.
Akram Belkaïd
_