Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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jeudi 5 avril 2018

La chronique économique : L’économie égyptienne en crise

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 28 mars 2018
Akram Belkaïd, Paris

Où en est l’économie égyptienne alors que le président-maréchal al-Sissi est en passe de rempiler pour un second mandat (aucun suspense en la matière) ? Un chiffre résume la situation : 40% de la population vit sous le seuil de pauvreté. C’est pratiquement un égyptien sur deux. Et encore, cette statistique est-elle contestée car de nombreux économistes estiment que le taux réel de pauvreté est de 60%, notamment en raison de l’appauvrissement des niveaux inférieurs des classes moyennes.

Dévaluation de la livre

De fait, depuis les événements de 2011, l’économie égyptienne a subi plusieurs coups de boutoir qui ont sapé le pouvoir d’achat de ces classes moyennes. De grands investissements internationaux ont été reportés ou gelés, et le tourisme a été durement touché, notamment après les attentats de 2015. Cela a eu un impact direct sur les centaines de milliers d’emploi informels liés au secteur sans compter le fait que de nombreux hôtels (Nil, Sinaï) ont été obligés de mettre une partie de leur personnel au chômage technique.

La baisse du tourisme et les incertitudes politiques ont eu un effet direct sur la balance des paiements du pays mais aussi sur la valeur de la monnaie. La livre a subi un mouvement de dévaluation d’envergure qui a heurté de plein fouet les ménages d’autant que ces derniers ont subi une importante inflation (35% pour certains produits de base en 2017). Dans ces conditions, la préoccupation essentielle de nombre d’Egyptiens n’est pas la vie politique – laquelle est verrouillée comme cela n’a jamais été le cas depuis le début des années 1980 – mais l’économie. Au-delà des questions de libertés individuelles et de répression de tout type de contestation (pas uniquement celui représenté par les Frères musulmans), ce sont donc les questions économiques qui pèsent sur la société égyptienne. Et c’est sur cela que le président Sissi sera jugé.

Le pays est d’ailleurs sous thérapie du Fonds monétaire international (FMI) lequel a octroyé 10 milliards de dollars en échange d’un grand plan d’ajustement structurel. Cela permet au Caire de rétablir quelques grands équilibres macro-économiques (équilibre budgétaire, balance des paiements, réserves de change) mais sans pour autant que la population ne constate une amélioration de sa situation. Pire, la suppression des subventions pour certains produits de base a créé de nouveaux déséquilibres ce qui oblige l’armée, qui possède une partie des installations économiques et industrielles (comme les boulangeries) à compenser les effets de cette suppression pour garantir la paix sociale.

Modèle économique à trouver

A bien y regarder de près, l’Egypte espère renouer avec les effets bénéfiques de sa rente. Ici, il ne s’agit pas de pétrole ou de gaz (même si le pays possède désormais d’importants gisements en off-shore qui vont lui assurer une aisance financière nouvelle et une indépendance énergétique plus marquée) mais de tourisme. Au-delà des discours récurrents sur les grands investissements étrangers (pays du Golfe, Chine, Turquie) et des attentes à propos des nouvelles villes à construire, les dirigeants égyptiens espèrent surtout que le redémarrage du secteur touristique permettra une embellie sociale. On renoue ici avec une vision qui prévalait sous le président Hosni Moubarak. Le tourisme d’abord, le reste ensuite. Le reste ? Le modèle demeure à définir pour que le pays offre des emplois à une jeunesse dont seule une infime partie est dans la vie active (le taux de chômage officieux est de 40%).

lundi 26 mai 2014

La chronique économique : L’euro trop fort

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 21 mai 2014
Akram Belkaïd, Paris
 
Jusqu’où l’euro va-t-il monter par rapport au dollar américain ? C’est la question récurrente que se posent nombre de responsables européens qui s’inquiètent de plus en plus de la vigueur de leur devise. Dans le détail, la monnaie unique est proche actuellement de la barre de 1,40 dollar ce qui la place à un plus haut depuis l’automne 2011. Du coup, le débat à propos d’un possible pic à 1,45 dollar voire 1,50 dollar est relancé sur fond de bataille électorale pour le scrutin du 25 mai prochain.
 
Peu de marges pour la BCE
 
Mais quel est le problème posé par un euro fort ? Plusieurs pays de l’Union européenne (UE) se plaignent d’abord que cela handicape leurs exportations par rapport à leurs concurrents américains ou asiatiques. Certes, cela ne concerne pas l’Allemagne dont la renommée planétaire du fameux « made in Germany » est un avantage précieux qui compense des prix plus élevés. Mais des pays comme la France, l’Italie, l’Espagne ou même les Pays-Bas sont pénalisés surtout en ce qui concerne leurs produits bas-de-gamme. La conséquence pour eux est connue, plusieurs de leurs entreprises étant poussées à délocaliser une partie de leurs activités en zone dollar et cela afin de diminuer leurs coûts de production.
 
Dans le même temps, la vigueur de l’euro pose problème dans un contexte où l’inflation est très faible et où l’économie a du mal à redémarrer. En soi, le fait qu’une monnaie soit un rempart contre la hausse des prix n’est pas une mauvaise chose. Mais, quand cela contribue à augmenter les menaces de déflation voire de stagflation, cela devient inquiétant. En effet, de nombreux économistes européens craignent que les économies du Vieux Continent ne tombent dans le piège de la stagnation (panne de l’activité économique) doublée d’une chute drastique des prix (causée par la faiblesse de l’inflation qui finit par conduire à la déflation). Dans ce genre de situation, les entreprises, faute de commandes et de revenus suffisants, font faillite et sont obligées de licencier.
 
Du coup, c’est la Banque centrale européenne (BCE) qui est priée de réagir puisque c’est à elle que revient de conduire les politiques liées à l’euro. Problème, l’institution monétaire basée à Francfort n’a que très peu de marges de manœuvres. Ses taux directeurs sont déjà très faibles (baisser les taux peut contribuer à déprécier une monnaie) et, de toutes les façons, l’Allemagne ne veut ni d’un euro faible ni d’un regain d’inflation ne serait-ce que pour préserver les avoirs de ses épargnants. Le 5 juin prochain, les gouverneurs de la BCE seront donc attendus au tournant lors de leur réunion mensuelle. Non seulement, ils devront rendre publiques leurs prévisions de croissance et d’inflation mais aussi, et surtout, clarifier leurs intentions vis-à-vis de la valeur de l’euro.
 
Le tabou de la dévaluation
 
Bien entendu, il est pratiquement exclu d’entendre un jour les dirigeants de la Banque centrale européenne évoquer la question d’une dévaluation pure et simple. Ce genre d’option n’est pas prévu, du moins pas de manière explicite, par les textes qui régissent l’Union monétaire européenne. Pourtant, les exportateurs du Vieux continent auraient bien besoin d’un petit coup de pouce monétaire. Ce dont ne veulent absolument pas les épargnants (l’Europe est la première zone d’épargne du monde) qui craignent une dépréciation de leurs avoirs. La BCE devra donc faire avec ce qu’elle a, c’est-à-dire pas grand-chose.
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