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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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jeudi 27 février 2014

La chronique du blédard : Le quatrième mandat, la colère et l’impossible acceptation

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 27 février 2014
Akram Belkaïd, Paris

Il y a des moments dans la vie où la conciliation et la volonté de recherche de compromis sont impossibles y compris pour celui qui est toujours enclin à prôner le dialogue et l’ouverture. Cela vaut pour la politique et pour les positions que tout un chacun se doit de prendre vis-à-vis de cette sinistre farce qui est imposée actuellement au peuple algérien. Il est inconcevable, il est moralement et politiquement impossible de trouver la moindre raison pour accepter que le président Abdelaziz Bouteflika soit de nouveau élu en avril prochain.

Nous connaissons le système. Nous savons que l’officialisation de cette candidature équivaut à nous annoncer la troisième réélection d’un homme pourtant diminué par la maladie et dont on voit bien qu’il n’est pas capable de mener campagne, de s’expliquer sur ses choix, de dessiner des perspectives pour le pays ou de défendre son (piètre) bilan. Cela a été écrit et répété dans ces colonnes. L’Algérie a un besoin urgent de changement, de réformes, d’une nouvelle dynamique, d’un projet fédérateur pour entrer dans le vingt-et-unième siècle. Le monde change, des forces d’une puissance tellurique sont en mouvement et ce n’est pas l’actuel président qui est capable de faire face à ces défis.

Non, il n’y a pas de conciliation possible. Non, ce qui se passe n’est pas admissible. Non, on ne peut accepter de se faire insulter de la sorte car, que dit-on d’autre aux Algériens, si ce n’est qu’ils vont voter pour un fantôme qui n’a plus parlé en public depuis près d’un an, qui n’a plus présidé de conseil des ministres depuis longtemps, qui ne se déplace plus si ce n’est lorsqu’il s’agit d’aller faire des examens médicaux à l’étranger ? Quel mépris pour le peuple (ce n’est guère nouveau) et quel mépris pour la fonction présidentielle (ce l’est moins). Aujourd’hui, n’en déplaise à notre fierté nationale, l’Algérie est la risée du monde et il est inévitable que de médiocres humoristes d’Egypte ou de France y trouvent matière à sarcasmes.

Il ne faut pas être devin pour décrire ce qui va se passer durant les prochaines semaines. Il va y avoir une campagne électorale virtuelle où, pendant que les autres candidats chercheront à grappiller quelques minutes à la télévision, des communiqués dûment distribués nous informeront d’une activité présidentielle que nul ne sera en mesure de vérifier. Nous serons alors, non, pardon, nous le sommes déjà mais ce sera pire, dans un monde de faux-semblants, de boas à avaler, d’orgueil à ravaler, de dents à serrer et de colère à contenir. Plus que jamais, le message du système sera « on pisse sur vous et quoi que vous fassiez, ce sera ainsi ». Pauvre Algérie. Pauvres Algériens…

« Que faire ? » s’est interrogé dans ces colonnes un illustre confrère en reprenant les fameux mots de Lénine. Il est évident que la réponse n’est pas simple et qu’elle ne peut être le fait d’une seule personne. Plus que jamais, nous avons besoin de penser l’avenir ensemble. Se taire parce que la sidération est tellement forte n’est pas une option. Posons-nous la question du « que faire » les uns aux autres ; Réfléchissons. Ne perdons pas notre intelligence, c’est le seul monopole que nous détenons et qui fait cruellement défaut à ceux qui prétendent nous gouverner.

Que faire ? On peut aussi, on doit, refuser d’être partie prenante de cette mascarade. Non, pas de compromis, pas de compréhension, pas d’oreille indulgente aux discours lénifiants à propos d’une candidature au service de la stabilité du pays (ah, la stabilité… cette nouvelle religion qu’on veut inculquer aux Algériens et qui entend les mettre plus bas que terre, serviles et interdits de manifester la moindre revendication). Non, pas d’ambiguïté, pas de tolérance.

Je conchie donc celles et ceux qui défendent cette candidature. Je ne leur accorde aucune circonstance atténuante, aucune raison valable d’être les complices, certainement intéressés, de ce qui est déjà l’un des épisodes politiques les moins glorieux depuis l’indépendance du pays. Et je ne serai guère économe de mon mépris à l’égard des fripouilles qui font semblant d’être convaincues par le discours qu’ils tiennent sur la réussite du pays et sur la nécessité d’un quatrième mandat pour aller encore plus loin dans etc… etc… Que ces gens-là n’espèrent pas qu’on oublie un jour leur lâcheté et leur compromission.

Certes, faire cela, c’est faire peu mais c’est déjà beaucoup. Il n’est pas question de se laisser aller aux évitements d’antan, notamment ceux qui ont eu cours dans les mois qui ont suivi l’élection de 2009 et un troisième mandat qui était déjà de trop. La vie n’est certes pas un référentiel binaire mais il y a des moments précis, rares, ou c’est un ou zéro mais pas les deux à la fois et certainement pas quelque chose entre les deux. On est soit pour soit contre le quatrième mandat. Et ceux qui y sont favorables, ou, plus encore, ceux qui font semblant de l’être en expliquant à qui veut les entendre qu’ils n’ont pas le choix doivent savoir que leurs noms seront inscrits à jamais au mur de l’infamie et de la honte. Il est des comédies auxquelles même les pires acteurs refusent de participer. Celle qui se déroule en ce moment en est une et c’est pourquoi je n’irai pas voter en avril prochain car cela reviendrait à donner de la crédibilité à un scrutin joué d’avance et dont l’Algérie paiera chèrement le prix.  

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vendredi 5 octobre 2012

En Algérie, la chasse au commerce informel a commencé

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SlateAfrique, vendredi 5 octobre 2012

Malgré les risques que cela comporte en ces temps de printemps arabe, les autorités algériennes ont décidé de débarrasser les rues des vendeurs à la sauvette.

Vendeurs à la sauvette, Alger 2000 © AFP
L'AUTEUR
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Août 2012. La place Kennedy, à el-Biar, sur les hauteurs d’Alger, est noire de monde et de crasse.
Comme tant d’autres endroits du pays, elle est envahie par les camelots et les vendeurs à la sauvette qui étalent partout leur marchandise.
Fruits, légumes, DVD piratés, colifichets, pain traditionnel, épices, bateaux pneumatiques, ustensiles de cuisine… C’est un bazar multicolore, envahissant et souvent malodorant qui mange et défigure perrons, trottoirs et de grands morceaux de rue.

Marcher devient difficile. Il faut slalomer, faire attention à ne pas glisser sur les emballages jetés au sol, les épluchures de figues de Barbarie ou les restes de fruits avariés.
Dans leurs boutiques désormais difficiles d’accès, les commerçants font grise mine face à cette concurrence déloyale qui ne paie pas d’impôt, qui pratique les prix qu’elle veut et qui n’a ni patente ni registre.

C’est le règne de ce que les Algériens appellent l’informel. Des dizaines de milliers de jeunes qui gagnent, dit-on, des fortunes. Des dinars à la pelle, qui ne passeront jamais par les circuits bancaires et dont l’administration fiscale ne verra jamais la couleur.

Le diktat des gardiens de parking

A quelques mètres de là, derrière l’ancienne église transformée en centre social et culturel, les «gardiens de parking» veillent. Impossible de se garer sans leur verser la (grosse) pièce. Ne pas le faire, c’est prendre le risque de se faire bastonner, de voir ses pneus crevés ou son pare-brise éclaté.
Du matin jusqu’au soir, en équipe de deux, ils aident à la manœuvre et encaissent. Parfois, une bagarre éclate entre eux. A qui appartient telle impasse, tel tronçon sans goudron, défiguré par maintes tranchées creusées, bouchées, creusées de nouveau et rebouchées à la hâte? Les poings, puis de longues palabres finissent par régler le différend.
En ces temps de printemps arabe, la police regarde ailleurs. Quand le gardien de parking réclame son dû, même si c’est avec véhémence, l’uniforme qui patrouille détourne la tête. A-t-il peur? Lui a-t-on ordonné de rester en retrait et de ne pas provoquer d’émeute? Exige-t-il sa part?
Tout est possible et les Algérois, comme les Oranais, les Constantinois ou les habitants de la plus petite bourgade, n’en peuvent plus. Dans leur bouche, une seule et simple question: mais où est  donc l'Etat ?

Le règne du bazar

Septembre 2012. Les choses ont changé. Cet Etat algérien, longtemps aux abonnés absents, veut montrer qu’il s’est réveillé.
A el-Biar, comme ailleurs, les étals ont disparu. Les trottoirs ne sont plus encombrés et les commerçants, débarrassés de leurs concurrents, en ont profité pour réajuster leurs prix à la hausse.
La chasse à l’informel a commencé. Amendes, marchandises saisies voire détruites, arrestations.
La présence policière est bien visible et entend dissuader les mis en cause de reprendre leurs mauvaises habitudes. Ici et là, il y a eu des émeutes. Mais rien de nouveau sous le ciel d’un pays qui en compte des dizaines par jour, sans qu’elles n’aboutissent à un mouvement de protestation nationale.

Les Algériens, les «citoyens», dit la presse locale, respirent et applaudissent. Terminé le temps où il fallait s’excuser en enjambant un tas de pastèques pour pouvoir rentrer chez soi.
Bien sûr, il reste encore la saleté. Car, des mois, des années, de présence du bazar ont laissé des traces gluantes et sombres. Mais les Assemblées populaires communales (APC, l’équivalent de la mairie) promettent qu’eau, savon et karcher en viendront à bout.
De son côté, le nouveau gouvernement n’entend pas s’arrêter là. Les «gardiens de parking» sont avertis. Le bon temps est terminé. Ils n’ont plus le droit de racketter les automobilistes. Là aussi, les «citoyens» sont satisfaits mais demandent tout de même à voir.
Qu’en sera-t-il dans une semaine, dans un mois? Combien de fois de telles campagnes se sont-elles terminées en queue de poisson, le bazar reprenant tranquillement ses droits?

Souvenirs des années 1970

Une «campagne d’assainissement » décidée par le président Houari Boumediene (président de 1965 à 1978). Là aussi, chasse aux étals sauvages. Interdiction d’étendre le linge au balcon ou de traverser en dehors des clous.
Quelques arrestations, quelques blagues vite inventées par le bon sens populaire («enlève la culotte», aurait dit un policier, à travers la porte, à une vieille femme à propos d’un dessous séchant au balcon).
Mais, très vite, le feu de paille. Retour à l’état initial. Pénuries et contrebande. Pas cette fois, promet le gouvernement d'Abdelmalek Sellal récemment installé.
Le message est claironné à longueur de journaux écrits et télévisés: l’informel, c’est l’ennemi de l’économie, l’Etat algérien va frapper dur. Les «citoyens» comptent les points et attendent les résultats.

Au fond d’eux-mêmes, ils savent que rien ne changera vraiment tant que les autorités ne s’attaqueront pas aux grands importateurs qui inondent le pays de produits fabriqués aux quatre coins de la planète.
Des importateurs dont l’unité de compte de base est le million de dinars (dix mille euros) et qui ne se laisseront pas faire. Ce sont eux, grâce à leurs complicités à très haut niveau, qui ont transformé l’Algérie en gigantesque bazar. Ce sont eux qui ont profité des années de terrorisme où des centaines d’usines locales ont brûlé, ce qui a ouvert une voie royale à leurs importations.
Pointé du doigt, le jeune vendeur au coin de la rue n’était en réalité que la face apparente d’une immense déstructuration de l’économie algérienne.

Et reste cette interrogation que tout le monde a en tête. Que vont devenir tous ces jeunes, ces vendeurs à la sauvette, ces gardiens de parking? Sans revenus, sans activité fixe, que vont-ils faire? Opter pour la délinquance (dont l’augmentation ne cesse d’inquiéter les Algériens)? Succomber aux sirènes des groupes armés?
La réponse du gouvernement algérien est simple: ils pourront continuer à exercer une activité commerciale, mais dans des endroits précis et après s’être enregistrés auprès de l’administration.
Marchés en dur où tournant à la manière des villes françaises, toutes les solutions sont examinées, affirme-t-on à Alger. Reste que le temps passe et que la jeunesse concernée est désormais oisive et sans ressources.
De quoi inquiéter celles et ceux qui savent que l’onde de choc du Printemps arabe est loin d’être dissipée…

Akram Belkaïd
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