Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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vendredi 7 mars 2014

​La chronique du blédard : Quelques variations autour du thème de la stabilité

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 6 mars 2014
Akram Belkaïd, Paris

 
1. Nouvelles définitions du terme stabilité dans les dictionnaires à paraître en 2014. Stabilité : A : élément de langage utilisé de manière intensive par des régimes autoritaires ou des dictatures en mal de légitimité et de projets dans un contexte de contestation et de colère populaires croissantes. B : excuse ou argument fallacieux mis en avant pour imposer le statu quo, pour refuser tout élan réformateur et pour dénier au peuple son droit aux droits les plus élémentaires. C : motif légal pour interdire toute manifestation sur la voie publique et restreindre la liberté d’expression. D : excuse idéale pour justifier le silence, l’inaction ou l’approbation tacite, voire honteuse, face à une situation inique. Synonymes : immobilisme, régression, chantage, manœuvre dilatoire, diversion, manipulation, fossilisation, glaciation et formol.

2. Extrait d’un poème universel dédié à la stabilité : Sur les murs des prisons, sur les lourdes chaînes d’acier, sur les grands pas de la régression, il est écrit ton nom / Dans l’isoloir inutile, dans l’urne déjà bourrée, pendant les faux-débats et les messes médiatiques stériles, sans cesse sera glissé ton nom / Dans les salons feutrés où les intrigants ourdissent, où les impuissants se taisent et où les courtisans s’affalent, il est suggéré ton nom / Dans les bureaux capitonnés, là où discourent les ombres maléfiques et où les serviles prennent note, ton nom est ordonné / Sur le tissu rêche des baillons et des camisoles, sur les piques des gourdins, sur le fer des matraques, il est écrit ton nom / Dans les images maquillées, dans les sons inventés, dans les éditos commandés, ton nom sera loué.

3. Portugal, 1968. Victime d’un accident vasculaire cérébral, le dictateur Antonio de Oliveira Salazar est forcé de passer la main (il décédera deux ans plus tard). Au nom de la « stabilité », son successeur Marcelo Caetano n’entend pas bouleverser l’architecture de l’« estado novo », la doctrine autoritariste propre au régime salazariste. Et même s’il tente de mettre en place quelques réformettes, la Pide, la sinistre police secrète, s’y oppose. Six ans plus tard, et après bien des turbulences, un coup d’Etat militaire renverse un régime qui se croyait le garant éternel des intérêts du Portugal et des Portugais, et ouvre la voie à la démocratie et à l’instauration d’un Etat de droit moderne. La Pide, qui a ouvert le feu sur le peuple est démantelée et les opposants politiques libérés. C’était le 25 avril 1974, date de la fameuse révolution des œillets dont on célèbrera donc bientôt le quarantième anniversaire.

4. Dialogue imaginaire, ou presque, quelque part sur les hauteurs d’une capitale au bord de la crise de nerfs :
- Cette fois, on va peut-être trop loin. Les choses risquent de bouger. Ça va tanguer…
- Non ! Sta-bi-li-té, complot et menaces extérieures. On répète ça en boucle. On déverse des tonnes d’images de Syrie et de Libye. Avec un peu de chance, ça va aussi dégénérer en Ukraine et ce sera du tout bénéf pour nous. Ça suffira à calmer les indécis. Pour les autres, ce sera le qalouze jusqu’à ce qu’ils comprennent.
- Mouais… Pas sûr que ça marche aussi facilement. Chouia bezef, non ?
- Sta-bi-li-té. C’est obligé que ça marche ! Ça fait des mois que ça marche. Pourquoi les choses changeraient ? Ça leur passera. Tout passe ici. Tout… Au besoin, on actionne l’autre zozo à la chemise blanche ou quelqu’un d’autre. Ils diront du mal de nous, ça tournera en boucle sur internet. Ça réveillera le nationalisme. Sta-bi-li-té, complot et menaces extérieures. T’as bien compris ?

5. Extrait, bien réel, d’un article du mensuel Afrique-Asie (numéro de mars 2014) citant le Premier ministre Abdelmalek Sellal : « Le président Bouteflika est en bonne santé. Il a toutes les capacités intellectuelles et la vision nécessaire pour assurer cette responsabilité. Nous avons des frontières avec sept pays, dont certaines sont fermées à cause des menaces qui se profilent dans notre environnement immédiat. Le président de la République a toutes les compétences nécessaires pour garantir la sécurité et la stabilité de notre pays. […] Il est une référence majeure sur les grandes questions planétaires de l’heure. » 
 
Autres extraits, toujours réels, d’un second article, assez irréel, du même magazine : « Le 17 avril prochain, les Algériens sont appelés aux urnes. Le président Bouteflika, qui a confirmé sa candidature, leur propose d'avancer dans la voie de la démocratie et du développement. Il est vrai que le pays, qui peut se targuer d'avoir retrouvé la paix et la sérénité, s'impose comme un modèle dans la région. » […] « Les Algériens sont appelés à renouveler leur confiance à cet homme qui tient solidement la barre depuis quinze ans et qui a beaucoup donné à son pays, avant et après l'indépendance, au sein du maquis et dans le gouvernement. Selon toute vraisemblance, ils ne manqueront pas de le faire par adhésion à une vision et à une politique dont ils vivent tous les jours les bienfaits ». Et rien sur la stabilité ?

6. Stabilité… La situation algérienne oblige à prendre conscience de l’ambivalence de ce terme. Stabilité positive ou stabilité négative ? Un cancre qui n’a que de mauvaises notes tout au long de l’année est dans un état de stabilité mais négative. Un patient dont la maladie invalidante n’évolue pas est lui aussi dans la même impasse. Stabilité … Pourquoi ce mot est-il paré d’autant de vertus en Algérie ? A cause de ce qui s’est passé durant les années 1990, disent les uns. A cause des dérapages provoqués par les soulèvements populaires dans le monde arabe en 2011, ajoutent les autres. Il y a sûrement des deux. Mais il est temps que cela cesse. Il ne faut plus que cette excuse de stabilité masque le fait que l’Algérie est en train de tourner en rond. Non, pire, qu’elle est en train de plonger. Vive le mouvement, vive le changement, vive l’instabilité créatrice !
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jeudi 27 février 2014

La chronique du blédard : Le quatrième mandat, la colère et l’impossible acceptation

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 27 février 2014
Akram Belkaïd, Paris

Il y a des moments dans la vie où la conciliation et la volonté de recherche de compromis sont impossibles y compris pour celui qui est toujours enclin à prôner le dialogue et l’ouverture. Cela vaut pour la politique et pour les positions que tout un chacun se doit de prendre vis-à-vis de cette sinistre farce qui est imposée actuellement au peuple algérien. Il est inconcevable, il est moralement et politiquement impossible de trouver la moindre raison pour accepter que le président Abdelaziz Bouteflika soit de nouveau élu en avril prochain.

Nous connaissons le système. Nous savons que l’officialisation de cette candidature équivaut à nous annoncer la troisième réélection d’un homme pourtant diminué par la maladie et dont on voit bien qu’il n’est pas capable de mener campagne, de s’expliquer sur ses choix, de dessiner des perspectives pour le pays ou de défendre son (piètre) bilan. Cela a été écrit et répété dans ces colonnes. L’Algérie a un besoin urgent de changement, de réformes, d’une nouvelle dynamique, d’un projet fédérateur pour entrer dans le vingt-et-unième siècle. Le monde change, des forces d’une puissance tellurique sont en mouvement et ce n’est pas l’actuel président qui est capable de faire face à ces défis.

Non, il n’y a pas de conciliation possible. Non, ce qui se passe n’est pas admissible. Non, on ne peut accepter de se faire insulter de la sorte car, que dit-on d’autre aux Algériens, si ce n’est qu’ils vont voter pour un fantôme qui n’a plus parlé en public depuis près d’un an, qui n’a plus présidé de conseil des ministres depuis longtemps, qui ne se déplace plus si ce n’est lorsqu’il s’agit d’aller faire des examens médicaux à l’étranger ? Quel mépris pour le peuple (ce n’est guère nouveau) et quel mépris pour la fonction présidentielle (ce l’est moins). Aujourd’hui, n’en déplaise à notre fierté nationale, l’Algérie est la risée du monde et il est inévitable que de médiocres humoristes d’Egypte ou de France y trouvent matière à sarcasmes.

Il ne faut pas être devin pour décrire ce qui va se passer durant les prochaines semaines. Il va y avoir une campagne électorale virtuelle où, pendant que les autres candidats chercheront à grappiller quelques minutes à la télévision, des communiqués dûment distribués nous informeront d’une activité présidentielle que nul ne sera en mesure de vérifier. Nous serons alors, non, pardon, nous le sommes déjà mais ce sera pire, dans un monde de faux-semblants, de boas à avaler, d’orgueil à ravaler, de dents à serrer et de colère à contenir. Plus que jamais, le message du système sera « on pisse sur vous et quoi que vous fassiez, ce sera ainsi ». Pauvre Algérie. Pauvres Algériens…

« Que faire ? » s’est interrogé dans ces colonnes un illustre confrère en reprenant les fameux mots de Lénine. Il est évident que la réponse n’est pas simple et qu’elle ne peut être le fait d’une seule personne. Plus que jamais, nous avons besoin de penser l’avenir ensemble. Se taire parce que la sidération est tellement forte n’est pas une option. Posons-nous la question du « que faire » les uns aux autres ; Réfléchissons. Ne perdons pas notre intelligence, c’est le seul monopole que nous détenons et qui fait cruellement défaut à ceux qui prétendent nous gouverner.

Que faire ? On peut aussi, on doit, refuser d’être partie prenante de cette mascarade. Non, pas de compromis, pas de compréhension, pas d’oreille indulgente aux discours lénifiants à propos d’une candidature au service de la stabilité du pays (ah, la stabilité… cette nouvelle religion qu’on veut inculquer aux Algériens et qui entend les mettre plus bas que terre, serviles et interdits de manifester la moindre revendication). Non, pas d’ambiguïté, pas de tolérance.

Je conchie donc celles et ceux qui défendent cette candidature. Je ne leur accorde aucune circonstance atténuante, aucune raison valable d’être les complices, certainement intéressés, de ce qui est déjà l’un des épisodes politiques les moins glorieux depuis l’indépendance du pays. Et je ne serai guère économe de mon mépris à l’égard des fripouilles qui font semblant d’être convaincues par le discours qu’ils tiennent sur la réussite du pays et sur la nécessité d’un quatrième mandat pour aller encore plus loin dans etc… etc… Que ces gens-là n’espèrent pas qu’on oublie un jour leur lâcheté et leur compromission.

Certes, faire cela, c’est faire peu mais c’est déjà beaucoup. Il n’est pas question de se laisser aller aux évitements d’antan, notamment ceux qui ont eu cours dans les mois qui ont suivi l’élection de 2009 et un troisième mandat qui était déjà de trop. La vie n’est certes pas un référentiel binaire mais il y a des moments précis, rares, ou c’est un ou zéro mais pas les deux à la fois et certainement pas quelque chose entre les deux. On est soit pour soit contre le quatrième mandat. Et ceux qui y sont favorables, ou, plus encore, ceux qui font semblant de l’être en expliquant à qui veut les entendre qu’ils n’ont pas le choix doivent savoir que leurs noms seront inscrits à jamais au mur de l’infamie et de la honte. Il est des comédies auxquelles même les pires acteurs refusent de participer. Celle qui se déroule en ce moment en est une et c’est pourquoi je n’irai pas voter en avril prochain car cela reviendrait à donner de la crédibilité à un scrutin joué d’avance et dont l’Algérie paiera chèrement le prix.  

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mercredi 26 février 2014

Entretien accordé à Zaman France : Présidentielles algériennes 2014 : un scrutin pour rien ?

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Zaman France, 26 février 2014
Propos recueillis Par



En avril auront lieu les élections présidentielles algériennes... Et c'est officiel, le président Bouteflika est candidat à un quatrième mandat à la tête de l'Etat algérien. Considérablement affaibli (à 76 ans, il sort d'un accident vasculaire cérébral), son dernier discours en public remonte à mai 2012 à Sétif. Pour le journaliste et essayiste Akram Belkaïd, cette candidature poussée par le "système" est une très mauvaise nouvelle pour le pays. Il l'explique dans cet entretien accordé à Zaman France.

Que signifie ce nouveau mandat du président Bouteflika ?
C'est son premier ministre qui a annoncé que Bouteflika se représenterait. C'est la première fois que quelqu'un annonce sa candidature par personne interposée, ce qui laisse douter de la capacité en tout cas physique du président à être réellement candidat. Le système politique algérien est dans l'impasse et préfère faire le choix du statu quo plutôt que de risquer une ouverture. Cela laisse présager des jours difficiles. On a beaucoup d'interrogations, sur l’état physique du président, sur sa capacité à faire campagne... Ou alors, c'est que l'on poussera le bouchon encore plus loin et là, ce sera du jamais vu, un président élu sans être parti en campagne électorale.

Pourquoi Abdelaziz Bouteflika est-il à ce point poussé en avant?
Bouteflika a des appuis dans le système politique algérien. C'est un équilibre entre plusieurs clans qui appartiennent au même système politique, des clans rivaux mais pas ennemis et qui ont pour objectif la sauvegarde du système. Visiblement, le consensus est que Bouteflika reste à la tête de l’Etat. Contrairement à ce qu'on a pu entendre, il n'y a pas de « guerre » entre l'armée et les services de sécurité, des rivalités de système, oui, des escarmouches via la presse qui ont entretenu l'illusion que le système algérien se divisait, avec d'un côté, un bloc présidentiel et de l'autre, les services secrets. L’état-major des armées étant plutôt pour le bloc présidentiel. Il est difficile d'avoir une lecture objective de tout ça. In fine, une candidature a été annoncée et cela n'aurait pas pu être sans le consentement des grandes parties prenantes du système politique algérien, services secrets y compris. 

Qu'entendez-vous exactement par le "système" ?
Pour moi, c'est ce qui est en place depuis l'indépendance du pays, les héritiers d'une faction du FLN, qui a pris le pouvoir et ne l'a plus lâché depuis. C'est large, c'est à la fois la famille révolutionnaire, des gens issus de l'armée, des services de sécurité, quelques milieux d'affaires réunis autour de l’idée qu'il n'y a pas d'alternance possible et que la fonction suprême doit être le résultat d'un accord et d'un consensus au sein même de cette boîte noire. On en fait partie par cooptation, parce qu'on a un passé de militaire, de militant FLN ou plus récemment parce qu'on a été adoubé par le FLN ou par les services de sécurité. 

Quelle sera l'alternative politique en avril en face de Bouteflika ?
On ne va pas faire semblant de croire que le scrutin va être ouvert. On connaît la chanson. S'il est candidat, c'est qu'il entend être réélu, et va être réélu. Je me refuse à analyser le scrutin du mois d’avril comme un scrutin normal. On l'a vu en 2009, en 2004 - et même en 1999 - quand plusieurs candidats se sont retirés la veille même ou l'avant-veille de l'élection. Dès lors qu'il y a un candidat du système, le scrutin n'a plus d’intérêt. On peut se contenter de regarder la participation et encore. La vraie question est de savoir comment le système va gérer l’impossibilité physique du candidat à prendre la parole, à se déplacer dans des meetings et à préciser pourquoi il est candidat pour la 4e fois, et surtout, comment cela sera vécu par la population. 

Quel rôle joueront les partis politiques islamistes ?
Ca dépend desquels... Il y a ceux qui ont été adoubés et qui joueront le rôle qu'on leur a assigné. Une présence politique, mais à qui on interdira de prendre le pouvoir. On l'a vu pour les élections législatives de 2012 ou les islamistes entre guillemets modérés pensaient gagner le scrutin mais n'ont rien gagné du tout. Comme l'opposition, ils ont un rôle à jouer, celui d'un agitateur de la vie médiatico-politique mais in fine on ne leur concède rien. Quant aux autres, ceux qui ont constitué la matrice du FIS (Front islamique du Salut ndlr), ils sont aujourd’hui en déshérence, il n'y a pas de parti qui les représente. Ceux-là aussi ont été laminés par le pouvoir mais c'est un élément d'opposition qui ne demande qu'à reprendre du poil de la bête! Parce que, en même temps, on a assisté dans la société algérienne à un retour en force du conservatisme avec une ré-islamisation qui ne dit pas son nom... Mais on peut dire que les idées sociétales de ce parti ont plus ou moins triomphé, même s'ils n'ont pas le pouvoir. A telle enseigne que le régime s'est senti obligé de faire des concessions pour éviter que cette influence ne se développe encore plus. Prenons l'exemple des débits de boissons alcoolisées, beaucoup d'entre eux ferment aujourd'hui. C'est un véritable phénomène ... et ça, c'est l'Etat, ce sont les autorités qui le décident. 

On entend souvent que le peuple algérien donne la priorité à la stabilité depuis la terrible décennie 1990, mais est-ce que le peuple y croit encore ?
En 2009, l'élection de Bouteflika a reposé entre autres sur de vraies bases populaires, électorales, c'est-à-dire qu'une partie de la population lui était encore reconnaissante d'avoir ramené la paix en Algérie, de l'avoir fait sortir de la guerre civile et d'être à l'origine d'un certain mieux-être économique. A l'époque, même s'il y avait une opposition assez virulente de la part des milieux intellectuels, d'une partie de l'opposition, des journalistes, je pense qu'il a vraiment été élu avec un soutien populaire assez marqué, notamment à l'intérieur du pays. Les zones rurales sont encore très fidèles au FLN, à l'image de la lutte pour l'indépendance etc. En 2014, les choses sont différentes. Entre temps, il y a eu les printemps arabes avec l'exemple tunisien, de la Syrie même si ça a mal fini, de l'Egypte, donc je pense que ça va être plus difficile de vendre l'idée d'un dirigeant que personne ne va voir et sur lequel circule nombre de rumeurs. On peut déjà s'attendre à un fort abstentionnisme... 

Comment les Algériens considèrent-ils le processus politique tunisien ?
Les Algériens devraient avoir le bon sens et la modestie de s'inspirer de la Tunisie qui montre qu'on peut sortir d'une crise par le vrai dialogue politique. Je fais partie des journalistes algériens qui appellent les citoyens à s'en inspirer. On a toujours eu un regard algérien un petit peu paternaliste à l'égard de la Tunisie. Mais dans ce que les Tunisiens réalisent depuis trois ans - dans la difficulté -, il y a de véritables enseignements dont les Algériens peuvent se nourrir.

L'autre modèle du monde arabo-musulman est le modèle turc...
Il y a des similarités culturelles, on oublie souvent l'histoire de la présence ottomane en Algérie (4 siècles quand même). Aujourd'hui, la Turquie a évolué, s'est modernisée aussi au sein de ses institutions, même si ça ne satisfait pas totalement les démocrates turcs. On vit dans un pays où l'armée a en quelque sorte renoncé à faire de la politique. Elle a été forcée à le faire, elle a été renvoyée dans les casernes. Cela ne s'est pas fait sans mal, ça s'est fait aussi parce la Turquie a eu la chance d'être dans le processus de négociation avec l'UE et donc était pressée par l'obligation d'être en conformité avec les critères de Copenhague. Cela ne vaut pas pour l'Algérie, elle ne négocie avec personne, elle a 200 milliards de dollars de réserve de change et n'a de compte à rendre à personne. La vraie différence est là : en Turquie, un processus de modernisation interne, d'évolution politique et de confrontation avec la réalité internationale a abouti à une modernisation des institutions, ce qui n'est pas le cas de l'Algérie. On voit mal l'UE se permettre de dire aux Algériens qu'il ne faut pas que l'armée s'occupe de politique. Ce serait vu comme une ingérence inacceptable. D'ailleurs, l'UE se garde bien d'avoir le moindre avis sur cette question. Ce qui l'intéresse, c'est que le pétrole algérien et le gaz continuent d'arriver en Europe..Quant à la France, l'Algérie est un partenaire incontournable. Il y a des milliers d'Algériens qui vivent sur le sol français. Je vois mal le pouvoir français prendre le risque de critiquer un quatrième mandat. Ils en prendront acte, l'opposition dira des choses là-dessus... parce qu'elle est dans l'opposition! Les autorités françaises ont toujours été dans une position très difficile vis-à-vis de l'Algérie. Elles se contenteront de prendre acte, sans émettre de critique... A moins bien sûr que le processus actuel ne dérape, c'est une hypothèse qu'il ne faut pas négliger. On ne peut pas humilier les peuples de manière indéfinie sans en payer tôt ou tard les conséquences.
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jeudi 21 novembre 2013

La chronique du blédard : Du foot, de l’extrême-droite française et du quatrième mandat d'Abdelaziz Bouteflika

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 21 novembre 2013
Akram Belkaïd, Paris

Rares sont les événements qui déclenchent des passions aussi fortes et aussi folles que le football. On peut le déplorer, on peut trouver cela excessif mais cela n’y changera rien. Dans de nombreux endroits du globe (même des pays comme la Chine ou l’Inde y viennent), le ballon rond possède un puissant pouvoir de séduction et de mobilisation. Il fait entrer les foules en transes et provoque des communions populaires qui, par leur ampleur, dépassent les antagonismes sociaux et politiques. A l’inverse, en cas de défaite ou de débordements des supporters, il peut aussi engendrer des drames et générer des polémiques nationales presque toujours révélatrices de l’état d’un pays.

Le foot et ses grandes messes sont des marqueurs de mémoire. En Algérie, qui peut avoir oublié les liesses de juin 1982 (victoire contre la RFA au « mundial » espagnol) ou de novembre 2009 (victoire contre l’Egypte en match de barrage pour le mondial sud-africain de 2010) ? En France, le 12 juillet 1998, jour de la victoire des Bleus contre le Brésil en finale de la Coupe du monde, fait partie des ces dates que l’on aime à rappeler ne serait-ce que pour raconter comment elle fut vécue et où l’on était quand Zinedine Zidane a scoré à deux reprises. Souvent, d’étranges clins d’œil entourent ce sport. Le 18 novembre 2009, l’Algérie et la France se sont qualifiées le même jour pour l’Afrique du sud. Quatre ans après, le mardi 19 novembre, le même scénario s’est répété avec un timing identique. D’abord l’Algérie puis, moins de deux heures plus tard, la France. Dans les deux pays, de la joie, du soulagement, des chants, des hymnes et des drapeaux brandis.

Bien entendu, la récupération politique n’est jamais loin. Quoi de plus tentant que d’essayer de profiter de l’euphorie générale pour redorer son image ou pour faire diversion en reléguant à l’arrière-plan les vrais problèmes du quotidien. De fait, il ne sert à rien de dire que « ce n’est que du foot ». On le sait, et c’est ainsi, le sport-roi n’est pas que cela. Comme l’a dit, non sans exagération, Bill Shankly, l’ancien entraîneur écossais de Liverpool, « le football n’est pas une question de vie ou de mort. C’est bien plus ».

Mardi matin, tout aussi concerné par le match de l’Algérie que celui de la France, j’étais habité par l’inquiétude justement en raison de l’importance extra-sportive de ces rencontres. Je voulais, j’espérais la qualification française même si cela me paraissait impossible. Bien sûr, cela fait plus de six ans que cette équipe me déçoit en raison du mauvais comportement de ses joueurs (je n’oublie pas non plus les dégâts occasionnés par le « management » particulier de l’ex-entraîneur Domenech). Mais, dans le même temps, il était évident que ce pays où je vis avait un besoin urgent d’une bonne nouvelle.

Il fallait aussi une qualification des Bleus pour déjouer, non pas un complot, mais la sinistre machinerie qui commençait déjà à se mettre en place. De l’extrême-droite à la droite dure en passant par quelques chroniqueurs aigris payés pour jeter de l’huile sur le feu, on voulait une élimination de l’équipe de Deschamps pour ressortir le discours, désormais bien rodé, à propos d’une équipe composée de joueurs ne respectant pas le drapeau français. Plus insidieux encore, ce marigot nauséabond espérait aussi une qualification de l’équipe algérienne. Non pas par algérophilie soudaine mais par calcul politique : on imagine aisément la nature des commentaires et des analyses des experts appointés si jamais seuls des drapeaux algériens avaient été brandis sur l’avenue des Champs-Elysées par de jeunes binationaux… Voilà pourquoi la qualification française a été critiquée par Lionnel Lucas, ce député-dépité (UMP) ne supportant visiblement pas que des joueurs aux origines (et confessions) diverses puissent être enfin soudés et faire chavirer de bonheur un pays tout entier.

Concernant l’Algérie, je ne pouvais, là-aussi, que souhaiter la victoire des Verts (de grâce, cessons de désigner nos joueurs par ce surnom stupide de fennecs). Je fais partie de cette génération qui continue de rêver aux exploits des Belloumi, Madjer, Assad et autres Dahleb, Merzekane ou Fergani mais je ne demande pas mieux que de vibrer encore grâce à du beau jeu à l’algérienne (ce qui, il faut être honnête, est loin d’être le cas depuis le début des années 1990). Et j’espère que l’Equipe nationale (EN) nous transportera de joie en juin 2014 et qu’elle nous fera oublier sa triste et insipide prestation sud-africaine.

Mais ce qui me pose problème, c’est l’inévitable récupération politique de cette qualification. Je vais donc être clair à ce sujet : oui, et mille fois oui, à cette quatrième qualification à une Coupe du monde de football de l'EN. Non, et mille fois non à un quatrième mandat pour le président Abdelaziz Bouteflika. Sur le terrain, c’est la jeunesse algérienne qui a fait la différence. C’est à elle, à son talent, à son engagement (et à son coach Vahid Halilhodzic) que l’on doit la qualification. Et c’est aussi à la jeunesse algérienne de faire enfin entrer notre pays dans le 21ème siècle. Il y a quelques temps, l’actuel président avait déclaré – à la grande satisfaction de nombre d’Algériens – qu’il était temps que sa génération passe la main. Ce n’est pas parce qu’une cour de flagorneurs (et de calculateurs) est prête à tout avaler – et un quatrième mandat serait une platée bien indigeste - qu’il faut remiser la revendication du changement et de la rupture.

A dire vrai, et à bien y réfléchir, le foot, ce n’est que du foot. On prépare un match, on le joue, on le perd ou on le gagne et on passe au suivant. Les supporters les plus passionnés finissent eux-mêmes par tourner la page. Cela ne change pas la donne, cela ne garantit pas le développement et la croissance économique. Cela ne rénove pas les hôpitaux, cela ne réduit pas la pauvreté, cela ne protège pas l’environnement. Par contre, la politique, la vie d’un pays et des ses institutions, tout cela est bien plus sérieux, plus fondamental. Heureux à la perspective de suivre le mondial brésilien, les Algériens (mais aussi les Algériennes) ne doivent pas perdre de vue l’essentiel. Et l’essentiel, l’urgent, c’est la Refondation d’un pays bien mal en point. Un pays dont les inquiétants déséquilibres, qu’ils soient sociaux, économiques ou même politiques, méritent bien plus de passion et d’engagements qu’une compétition sportive, fut-elle aussi prestigieuse que la Coupe du monde de football.
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mercredi 16 janvier 2013

Algérie - Mali, l'engrenage du pire

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Comme tous les peuples, les Algériens ont des faiblesses. L’une d’elles, consiste à créditer nombre de leurs dirigeants de compétences et expertises qui, en réalité, n’existent pas. Ce qui se passe en ce moment dans le sud du pays avec la prise d'otages à In Amenas en est le parfait exemple. Dans un contexte régional explosif –c’est le moins que l’on puisse dire – on nous avait assuré que les frontières étaient fermées et que la vigilance était de mise. Tu parles, Messaoud ! Car voilà qu’une incursion djihadiste met la planète en émoi car elle atteint presque le cœur du cœur du réacteur algérien. Certes, à en croire (ou du moins, à s’obliger à le faire) les autorités, la production gazière n’est pas menacée (ce qui ravira certainement les familles des victimes de l’attaque et les otages !). Mais, tout de même ! Dans les années 1990, alors que le nord de l’Algérie était à feu et à sang, jamais l’industrie des hydrocarbures n’a été menacée de près ou de loin. Ce qui se passe en ce moment est donc tout un symbole, la preuve que les choses ont évolué. En pire. D’ailleurs, on peut dire que cette attaque suivie d’une prise d’otage, ressemble à bien des égards au détournement de l’Airbus d’Air France par un commando du GIA en décembre 1994. A l’époque, cet événement révélateur avait convaincu la communauté internationale que quelque chose de grave se passait en Algérie et que les discours sur le dernier quart d’heure du terrorisme n’étaient que pure communication.


On a souvent fait croire aux Algériens, que leur pays avait une « diplomatie africaine ». Où est-elle aujourd’hui ? Comment se fait-il qu’un tel chaos se soit installé au nord du Mali, pays que n’importe quel étudiant en sciences politiques définirait comme devant nécessairement faire partie de la zone d’influence d’un voisin aussi puissant et ambitieux (du moins en théorie) que l’Algérie (de grâce, que l’on nous épargne l’insupportable blabla sur les principes de « non-ingérence » ? Autres questions : Comment se fait-il que cette intervention militaire française ait disposé d’autant de facilités algériennes et cela contrairement à ce qui s'était passé pour la Libye de Kadhafi ? Comment se fait-il qu’un commando djihadiste puisse circuler aussi facilement dans une bonne partie du sud algérien sans être au moins repéré ? Et où est donc la fameuse expertise algérienne quant aux affaires du Sahel ? En réalité, dans cette affaire, l’Algérie encaisse quand elle n’est pas aux abonnés absents.


On risque de dire que tout cela n'est qu'une savante manipulation (ce qui augmentera l'aura d'une Algérie censée être toujours au centre du jeu comme aiment à l'écrire quelques anciens espions français transformés en thuriféraires du régime algérien). Ou alors que c'est peut-être la proximité de la Coupe d’Afrique des Nations de football qui est responsable d’autant de distraction et de désinvolture. Il est possible aussi que cela soit les soldes parisiennes qui ont occupé l’esprit de quelques décideurs… De même, on ajoutera que ce qui importe à Alger, c’est de savoir comment vendre à l’opinion (la pauvre...) un prolongement du mandat présidentiel jusqu’à 2016 (il paraît que c’est l’alternative à un quatrième mandat). On laissera entendre que, finalement, les choses se tasseront d’elles-mêmes dans le Sahara. Mais on connaît la chanson. Celle du pire qui vient après le pire. Celle des ravages de l’incompétence et de la déprédation.


Ce qui se passe dans le sud algérien n’est rien d’autre que le signe que d’autres catastrophes peuvent subvenir. Car l’enjeu est là et on peut prendre les paris : si cela continue ainsi, si l’Algérie continue à ne pas être gérée comme on doit gérer un pays digne de ce nom, alors le Sahara (et ses richesses) ne seront plus algériens d’ici quelques années (qu’importe la manière dont sera habillée la perte de cette souveraineté). Ne parlons pas de complot, disons simplement que la géopolitique des matières premières, de la drogue et des trafics humains a horreur du vide et qu’une terre, ses populations (il s'agit dans le cas présent des Touaregs trop longtemps négligés) et son sous-sol laissés à l’abandon politique, administratif et même étatique, finit toujours par tomber dans l’escarcelle de celui qui la désire le plus.

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