Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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lundi 27 février 2017

Trump et les médias

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On parle beaucoup du bras de fer qui oppose Donald Trump à la presse américaine. Il est vrai que les attaques incessantes du président ont de quoi inquiéter les défenseurs de la liberté d'expression. Museler la presse après l'avoir accablée de tous les maux est une caractéristique des régimes autoritaristes pour ne pas dire fascistes.
Néanmoins, il convient de rappeler qu'une partie des médias américains a contribué à la victoire de Trump, ne serait-ce qu'indirectement. Depuis les début des années 2000, et plus encore après l'élection de Barack Obama en 2008, la chaîne de télévision Fox news a créé un contexte propice à l'émergence d'un mouvement réactionnaire qui a mené le milliardaire à la Maison Blanche. Et ne parlons même pas de certains réseaux radiophoniques qui, à force de talk-show outranciers, ont permis aux idées les plus rances de se diffuser dans l'Amérique profonde.
Même les médias dit libéraux ont leur part de responsabilité. À force de solliciter l'avis de Trump sur n'importe quel sujet (et avant même que ce dernier ne découvre Twitter), ils lui ont conféré le statut d'homme politique qu'un tel énergumène ne méritait pas.
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jeudi 15 décembre 2016

La chronique du blédard : Poutinolâtres et Bacharogroupies

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 15 décembre 2016

Akram Belkaïd, Paris

Il est des analogies de discours qui méritent d’être relevées. Alors que les bombes à fragmentation de fabrication russe continuaient de se déverser sur Alep-est, les poutinolâtres et autres bacharogroupies avançaient des arguments en tous points comparables à ce que la propagande pro-israélienne diffusait durant les bombardements de Gaza en 2009 et en 2014. Le sort des victimes civiles, autrement dit la question essentielle dans ce genre de situation (ou, du moins, celle qui devrait primer et être au-dessus de toute considération partisane) ? La réponse habituelle est que leur drame est à imputer aux combattants, tous désignés par le terme désormais passe-partout de « djihadistes », qui les prennent en otage, qui se cachent parmi elles ou qui les utilisent comme boucliers humains.

Si l’on évoque la question des hôpitaux détruits ou les ambulances ciblées, on a ce genre de réplique : c’est encore la faute des combattants – les « djihadistes » - qui se réfugient dans les premiers (en les transformant en centre opérationnel) ou qui utilisent les secondes sans aucun scrupule. Parlons alors de la population qui souffre des bombardements, qui n’en peut plus des privations et l’on s’entend dire que si elle n’est pas complice c’est donc qu’elle est prise en otage et qu’elle fuirait si elle le pouvait pour se réfugier dans la joie et la bonne humeur auprès de ceux qui veulent la libérer… en la bombardant. Enfin, et comme c’est systématiquement le cas quand on s’indigne du sort des Palestiniens devant des partisans d’Israël, parler d’Alep-est en particulier et de la Syrie en général, c’est s’entendre dire « et le reste ? Pourquoi ne parlez-vous pas du Yémen ou de ce qui se passe à Mossoul ? » Ainsi, avant d’aborder le sujet de la Syrie (ou de la Palestine), il faudrait un liminaire aussi long que les Prolégomènes d’Ibn Khaldoun où seraient citées les situations au Tibet, au Timor, en Birmanie, au Burundi, en RD Congo sans oublier le sort funeste des Premières nations d’Amérique.

Il est évident que la situation en Syrie et à Alep génère en Algérie comme en France des confrontations musclées tant les positions sont irréconciliables. Prendre position contre Assad et son régime, c’est être automatiquement accusé de faire le jeu des intégristes, d’être à la solde du Qatar, de l’Arabie Saoudite, des Etats Unis, de l’Otan et d’Israël. Affirmer, encore et encore, que la contestation syrienne était au départ pacifique – et cela parce qu’on l’a vu sur le terrain quand tant d’autres ne savaient même pas à l’époque où se trouvent Alep, Palmyre ou Homs – c’est se faire qualifier d’agent de propagande pour cette « main invisible » qu’aiment tant dénoncer les complotistes en tous genres. Enfin, estimer que Vladimir Vladimirovitch Poutine est tout sauf un dirigeant progressiste porteur d’une nouvelle espérance pour tous les damnés de la terre, c’est se faire excommunier par les camarades d’hier qui restent engoncés dans la nostalgie des bonnes vieilles dialectiques anti-impérialistes et qui ne se demandent même pas pourquoi Poutine est si populaire auprès de l’extrême-droite européenne.

Ce qui me frappe dans la bataille des mots, c’est que de nombreuses personnes se positionnent surtout en fonction des médias occidentaux principaux. A les entendre, puisque des journaux comme Le Monde, le New York Times ou le Guardian dénoncent – ou critiquent - l’intervention russe en Syrie c’est donc que cette dernière doit être défendue et soutenue. Il est vrai que l’indignation médiatique occidentale à propos d’Alep est très sélective et que l’on aurait aimé entendre les mêmes discours quand les pauvres gazaouis mourraient sous les bombes à sous-munitions israéliennes. Mais concernant la Syrie, on peut aussi se rappeler qu’une montre cassée donne l’heure exacte deux fois par jour. Autrement dit, aussi critiquables soient-ils, les médias « mainstream » peuvent parfois être dans le juste. En tous les cas, en tant que journaliste, l’auteur de ses lignes préfère de loin lire un papier dans ces publications plutôt que d’accorder le moindre crédit à cette floraison de sites dits alternatifs et qui ne sont qu’un ramassis de fausses informations et d’analyses tronquées cela sans oublier les médias financés par les fonds publics russes dont on est en droit d’interroger l’indépendance si ce n’est l’intégrité.

L’autre point marquant a été relevé dans une excellente tribune du journaliste Dominique Vidal publiée sur son mur Facebook (*). Il est frappant de voir à quel point l’ignorance caractérise tant de gens qui s’expriment à propos de la Syrie. Celles et ceux qui clament que le régime syrien est la dernière ligne de défense face à Israël semblent ainsi ignorer combien les Assad père et fils se sont accommodés de la cohabitation avec leur voisin. Caractéristique de notre temps où l’opinion prime sur le savoir et la connaissance, ils écoutent à peine quand on leur parle du refus de la Syrie de se porter au secours des Palestiniens lors des évènements de Septembre noir en 1970. Inutile aussi de leur parler du martyre du camp palestinien de Tell al-Zaatar à Beyrouth, assiégé durant l’été 1976 par les milices phalangistes qui, après sa prise, s’y livrèrent à des massacres de civils (2 000 morts) avec l’aval et la complicité passive de Damas dont les troupes étaient pourtant présentes au Liban. Même chose, comme l’a rappelé Dominique Vidal, en ce qui concerne les massacres de Hama en 1982.

L’histoire récente de la Syrie est une longue séquence de répressions violentes et de négation forcenée de tout pluralisme politique réel. Il faudrait être fou pour souhaiter que ce pays tombe entre les mains de Daech ou d’autres groupes intégristes. Mais il faut prendre conscience que la perpétuation coûte que coûte du régime et de son mur de la terreur ne peut que préparer d’autres embrasements et d’autres tragédies. Ne pas se réjouir de la « victoire » de Poutine et de son désormais obligé qu’est Assad, n’est donc pas simplement une position éthique. C’est aussi de la clairvoyance.

(*) « Pourquoi ont-ils le cœur sec ? », 14 décembre 2016
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mardi 5 avril 2016

La chronique du blédard : Désespresse

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 31 mars 2016
Akram Belkaïd, Paris
 
Ecrire une chronique à propos de l’actualité mais essayer d’éviter le monotone et le récurrent, autrement dit le tragique, le douloureux ou l’angoissant. Voilà une mission impossible ou presque. Prenons un flux de dépêches internationales. Quels en sont les titres ? Les attentats à Bruxelles, l’enquête qui avance un jour, qui s’enlise le lendemain. Un attentat, encore un, au Pakistan. Un autre en Irak ou au Yémen. Des affrontements armés en Somalie. Une guerre civile effroyable qui se poursuit au sud-Soudan, un génocide qui menace le Burundi, un potentat africain, un parmi tant d’autres fripouilles, qui se fait réélire malgré les protestations de l’opposition. Opposition muselée, s’entend.
 
Poursuivons. Des réfugiés meurent en mer Egée, des campements sont détruits du côté de Calais, des squats sont évacués ici ou là en Europe, des tags racistes et islamophobes ont été inscrits à la peinture noire sur les murs d’une mosquée. Et cela continue ainsi. Même l’actualité people doit être teintée de gris. Machin va mal, l’autre n’est plus, machine divorce et sombre dans la déprime. Tiens, en ces temps incertains où, il faut bien l’avouer, même le football devient quelque peu lassant avec ses faits divers et son jeu de plus en plus normés, c’est Sa Majesté Johannes Cruyff, dit Johann Ier, autrement dit un symbole de liberté et d’insouciance, qui vient de nous dire adieu.
 
Cela fait longtemps que l’information journalistique est devenue négative par essence (on parlera une autre fois de ce que cela inflige comme dégâts à celui qui la manipule au quotidien). On le sait, un train qui arrive à l’heure, ce n’est pas une info (coco doit dire l’écho). Enfin, en ce qui concerne l’actualité ferroviaire française, cela ne devrait plus être le cas. Car pour ce qui est de l’usager de la ligne 13 du métro parisien, c’est plutôt le respect des horaires (y compris et surtout par temps de pluie) qui mériterait la une des quotidiens. Et ne parlons pas des pauvres usagers du RER ou encore des trains de banlieues et autres inter-cités, notamment ceux qui vont et viennent du côté de la gare Saint-Lazare.
 
De façon générale, il est normal que la presse dénonce ce qui ne va pas, ce qui ne fonctionne pas correctement. Mais cela ne devrait être que l’un de ses rôles et non pas « son » unique rôle. Dans un monde en dérive où les certitudes et même les utopies ont été confisquées par des forces extrémistes pour ne pas dire létales, l’idée de s’attarder sur des faits heureux voire d’aborder un thème donné en dégageant des perspectives souriantes demeure minoritaire. Avouons-le, il est bien plus facile pour la profession de se draper dans la posture de la vigie cassandresque que de chercher à participer à une quelconque tentative de réenchantement.
 
Il faut dire que c’est l’une des règles fondamentales du (bon) journalisme. Quelque chose qui fonctionne, ou plus exactement qui est présentée comme telle, est forcément suspecte. Une alarme doit retentir quand la satisfaction est de mise, quand le discours est optimiste, quand le satisfécit est général (ou presque). Une association prétend faire le bien aux quatre coins du globe et souhaite que l’on parle plus d’elle ? Commençons par vérifier ses finances, ses donateurs, ses failles (règle terrible, plus le but est noble, plus la cuisine interne est peu ragoûtante). Et si les vérifications ne donnent rien, on écoutera poliment ses représentants raconter leurs actions. Et pendant qu’ils parleront on se dira que leur expérience positive pourrait peut être faire un bon encadré pour contrebalancer deux ou trois articles résumant une série de misères politiques, économiques ou sociales.
 
Le journalisme excelle quand il arrive à décrire et décrypter une situation donnée ou quand il démonte un discours formaté et, le plus souvent, mensonger. En ce sens, il est indispensable et sert d’aiguillon pour le changement bénéfique et, le cas échéant, pour l’Etat de droit (ne parlons pas de démocratie). Cela vaut aussi pour l’investigation, celle qui contribue par exemple à mettre en évidence la rapacité des multinationales qui fraudent à tous les niveaux (fiscal, social et même sanitaire et éthique) et l’avidité des patrons plus préoccupés de faire monter le cours de leurs actions que du maintien de l’emploi de leurs salariés.
 
Mais entre ce journalisme d’excellence, auquel on doit ajouter le reportage, à commencer par celui de guerre, et la communication abêtissante, et souvent déguisée, il est peut-être possible de trouver autre chose. Des sujets moins anxiogènes qui contribueraient à faire diminuer le niveau de la désespérance générale. Il ne s’agit en aucun cas d’offrir de l’info « bisounours » mais de tenir compte de ce qui se passe ailleurs que les canaux classiques.
 
Les actions de la société civile sont, par exemple, rarement couvertes ou relayées. Au-delà des rubriques de queue de journal (« ils agissent au quotidien », « profils engagés »), elles ne peuvent prétendre au statut de matière noble. La petite phrase d’un homme politique ou la énième péripétie diplomatique d’une crise internationale auront bien plus de poids pour un redchef peu soucieux d’innover. On peut trouver cela logique sans toutefois réaliser que ce n’est que la conséquence d’un formatage devenu nocif à la longue. C’est peu dire que la presse se cherche un avenir. La remise en cause de cette hiérarchisation normalisée de l’information est peut être une voie à suivre
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