Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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mardi 18 avril 2017

La chronique de l’économie : Privatiser les éléphants ?

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 12 avril 2017
Akram Belkaïd, Paris

Comment faire pour lutter contre le gaspillage des ressources naturelles ?  Comment agir pour protéger l’environnement et notamment la faune ? Au fil des années, ces questions ont pris une importance parfois dramatique du fait des crises et des situations d’urgence. A ce sujet, le débat entre les économistes est loin d’être clôt. Comme c’est souvent le cas, plusieurs tendances s’opposent autour de la question des privatisations et de leur rôle censé être salvateur.

Privatiser pour protéger…

La tendance la plus importante, ou du moins celle qui a encore et toujours le vent en poupe, défend l’idée d’un recours systématique au marché. Ce dernier serait l’arbitre rationnel dont l’influence permettrait de limiter les dégâts. Une école revendiquant un caractère novateur a même fait son apparition. Il s’agit de la « nouvelle économie des ressources » qui fait de la privatisation des ressources (ou de la faune…) le moyen le plus sûr de lutter contre les excès de la surproduction. L’un des exemples les plus cités pour illustrer les préceptes de ce courant est le cas des éléphants.

On sait que ces derniers subissent un braconnage intensif en raison du commerce illégal de l’ivoire. Il y a quelques années, Gregory Mankiw, économiste et ancien membre de l’équipe de conseillers du président Georges W. Bush fils, a ainsi préconisé que les troupeaux de pachydermes soient… privatisés. Autrement dit, qu’ils soient vendus et que leurs propriétaires soient les seuls à pouvoir disposer d’eux. Dans ce type de raisonnement, l’idée de base est que l’intérêt du propriétaire le poussera à agir efficacement pour défendre sa propriété contre les braconniers. Une protection qui serait bien plus efficace que celle des Etats désargentés et minés par la corruption. Il faut dire d’ailleurs que plusieurs pays ont expérimenté ce genre de démarche à l’image du Botswana ou du Malawi.

Or, ces expériences sont loin d’avoir donné des résultats concluants. Le braconnage demeure une menace permanente et les propriétaires sont obligés soit de réclamer l’intervention de l’Etat et de ses forces de sécurité soit de recourir eux-mêmes à la protection armée des troupeaux. De plus, la privatisation d’animaux sauvages ouvre la voie à des dérives mercantiles comme la commercialisation de leur viande ce qui, au départ, n’était pas le but recherché.

Le capitalisme réparerait ses excès

L’exemple qui vient d’être cité n’est pas anecdotique tant il est utilisé à l’envie par les thuriféraires de la nouvelle économie des ressources. Partant de là, les exposés relayent ensuite les revendications habituelles à propos de la nécessité de privatiser l’eau ou les ressources minières, agricoles. De même, le marché étant paré de toutes les vertus et de tout le rationalisme possible, on explique aussi que la croissance à tout prix n’est pas incompatible avec la protection de l’environnement et cela pour peu que le marché soit autorisé à jouer un rôle principal. On en arrive ainsi à une logique bien étonnante : après avoir organisé le saccage de la planète et de ses ressources, le capitalisme, par un recentrage étonnant, prétend aujourd’hui traiter les conséquences de ses propres excès.


Bien sûr, affirmer en opposition à tout cela que l’Etat demeure la meilleure solution ne suffit pas. Dans un monde où le modèle de croissance à tout prix atteint ses limites, la question de la gestion des ressources naturelles mérite un aggiornamento complet incluant des réflexions novatrices sur le rôle et les prérogatives des acteurs locaux et non-gouvernementaux. Au lieu de cela, on sent bien que les mécanismes enclenchés mènent vers une valorisation de la privatisation.
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lundi 30 avril 2012

La chronique économique : Repsol-YPF, le cas d'école argentin

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 25 avril 2012
Akram Belkaïd, Paris


La récente décision du gouvernement argentin de nationaliser la compagnie pétrolière YPF, détenue jusqu’alors à 57,4% par le groupe espagnol Repsol, est un véritable cas d’école et cela pour plusieurs raisons. La première c’est que cette expropriation subite prouve que les Etats et les pouvoirs politiques qui les dirigent peuvent, quand ils le souhaitent, rester maîtres du jeu et imposer leurs volontés à la mondialisation vue sous l’angle des seuls intérêts des multinationales. Certes, l’Espagne va appliquer des mesures de rétorsion en réduisant notamment ses importations en provenance d’Argentine. De même, Repsol exige déjà des dédommagements financiers mais, au final, comme l’a déclaré la présidente Cristina Kirchner, l’Argentine «récupère» YPF, dont l’Etat argentin et les provinces détiendront désormais 51%.

LA SECURITE ENERGETIQUE EN QUESTION


La deuxième raison de l’importance de cette nationalisation est liée aux questions de sécurité énergétique. Il y a vingt ans, quand le gouvernement argentin de l’époque avait décidé de privatiser YPF, de nombreuses voix s’étaient fait entendre pour critiquer une telle décision susceptible de mettre à mal la sécurité des approvisionnements pétroliers en Argentine. De leur côté, les défenseurs de la privatisation avaient alors mis en avant le même argument que l’on entend aujourd’hui dans la bouche de ceux qui critiquent la nationalisation décidée par Kirchner. Selon eux, les Etats ont besoin de compagnies énergétiques privées capables d’assurer les investissements nécessaires pour maintenir, voire pour augmenter la production d’hydrocarbures. Las, le principal reproche fait par le gouvernement argentin à Repsol est que cette compagnie a peu investi dans YPF alors que la facture des importations énergétiques argentines n’a cessé d’augmenter.

Plus important encore, il semble que Repsol se préparait à céder YPF au groupe pétrolier chinois Sinopec. Ainsi, non seulement Repsol n’aurait pas tenu ses engagements de développer la production de sa filiale argentine, mais elle envisageait de s’en séparer au profit d’un groupe chinois. Il va de soi que ce genre de cession aurait encore plus mis à mal la sécurité énergétique de l’Argentine et, dès lors, on comprend la colère de Buenos Aires. Au passage, on notera l’indignation sélective de ceux qui, notamment en Occident, critiquent avec virulence la décision du gouvernement argentin. En effet, ces derniers n’ont guère fait entendre leur voix quand le gouvernement des Etats-Unis s’est opposé à la vente d’une compagnie pétrolière étasunienne à un groupe chinois ou bien encore à la cession de plusieurs ports de la côte Est à un groupe émirati.

UN MAUVAIS SIGNAL ?


Il reste que la décision argentine peut lui valoir des difficultés pour attirer d’autres investisseurs étrangers. Pour ces derniers, la nationalisation de YPF constitue un fâcheux précédent susceptible de se répéter. Mais, dans le même temps, on peut aussi considérer que l’Argentine vient d’ouvrir un nouveau volet dans les relations entre Etats et multinationales. Le fait que ces dernières comprennent qu’elles n’ont pas tous les pouvoirs, n’est pas une mauvaise chose. En tout état de cause, cela devrait relancer les réflexions sur la manière dont les gouvernements doivent se prémunir contre des investisseurs étrangers qui ne tiennent pas leurs promesses en matière d’investissement et de développement des entreprises privatisées. Une problématique que l’Algérie commence à connaître.
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jeudi 10 février 2011

Chronique économique : La libéralisation privatisée

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 9 février 2011
par Akram Belkaid, Paris

Depuis la révolution tunisienne et la révolte égyptienne, et cela en attendant d’autres ébullitions à venir, il ne se passe pas un jour sans que la santé économique du monde arabe ne soit auscultée. Il est vrai que les dégradations des niveaux de vie ainsi que les difficultés quotidiennes des populations contribuent beaucoup à cette aspiration au changement. Cela explique d’ailleurs pourquoi l’une des réactions préventives les plus communes de Rabat à Mascate a été de diminuer les prix des denrées alimentaires de base. Ouvrons tout de même une parenthèse pour rappeler que l’économie n’explique pas tout et que ces mouvements de protestation relèvent aussi de l’exigence d’une dignité longtemps bafouée. Fin de la parenthèse.

La libéralisation dévoyée

L’un des grands enseignements de ce qui se passe actuellement est l’insuccès des politiques de libéralisation économique. Est-ce à dire que c’était une fausse voie ou faut-il nuancer le jugement et expliquer d’où est venu cet échec ? Personne ne conteste que les pays arabes devaient se réformer. La marche du monde, les exigences de modernisation et les attentes des populations étaient telles que le modèle de l’Etat centralisateur et omniprésent ne pouvait subsister.

C’est à ce moment-là que sont intervenues les politiques d’ajustement structurel conduites sous la houlette de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI). En s’y résignant, les Etats arabes ont marqué des points sur le plan extérieur en s’assurant notamment de la bienveillance des grands de ce monde. Qu’importe que les libertés ne soient pas respectées, tant que le consensus de Washington avait prise à Rabat, Alger, Tunis ou Le Caire. Mais dans le même temps, des pans entiers des populations se sont retrouvés face à la précarité voire à la pauvreté. A cet effet, souvenons-nous des dizaines de milliers d’Algériens qui se sont retrouvés sans emploi après la dissolution des entreprises publiques locales.

On aurait pu penser que la libéralisation de l’économie aurait décuplé les énergies et permis la création de nouveaux emplois. Pourtant, les résultats n’ont guère été à la hauteur et aucun pays arabe n’a pu accéder au stade d’économie émergente quoi qu’en disent les propagandes des uns et des autres à commencer par celle du gouvernement égyptien qui n’a cessé de multiplier les effets d’annonce en ce sens. La raison est simple : la libéralisation a été privatisée. Pour dire les choses plus clairement, cela signifie que des intérêts privés se sont substitués à la mainmise de l’Etat, empêchant en cela d’autres acteurs économiques d’émerger.

Monopoles privés

Il suffit de regarder qui détient quoi, dans n’importe quel pays arabe, pour le comprendre. Ici, la licence téléphonique a été accordée à tel clan, là-bas, c’est l’importation de tel type de véhicule. Ailleurs, c’est l’agroalimentaire qui est tenu d’une main de fer. Partout, des monopoles privés verrouillent l’activité économique, empêchent une libre concurrence et font obstacle à de nouvelles réformes et au progrès. En Tunisie, de nombreux projets énergétiques ont ainsi dû être annulés car le clan Trabelsi prétendait être l’acteur incontournable de ce secteur. En économie comme en politique, les façades formalistes du monde arabe ne doivent plus tromper personne. Il n’y a pas plus de démocratie qu’il n’y a de libéralisme économique. C’est ce qui a perdu le régime de Ben Ali. C’est ce qui en perdra d’autres...


http://www.lequotidien-oran.com/?news=5149069

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