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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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mardi 24 août 2021

La chronique économique : La fin du capitalisme néolibéral ?

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 12 mai 2021

Akram Belkaïd, Paris


Patrick Artus est l’un des économistes français parmi les plus connus dans le champ médiatique. Très productif depuis la fin des années 1990, ses notes de recherche, notamment celles qu’il publiait à la Caisse des dépôts et consignation (CDC) ont toujours été lues avec attention même si ses prévisions furent souvent infirmées. Ce fut le cas, par exemple, avec ses alertes répétées sur les risques d’une dégringolade brutale du dollar sur les marchés. Comme la majorité de ses pairs, il n’a pas vraiment vu venir la crise financière de 2008 mais ses écrits sur les contradictions de l’économie chinoise ou sur les limites du modèle économique allemand ont fait mouche. Cette fois, c’est avec un livre qu’il relance le débat sur l’avenir du capitalisme (1).

Rente de l’actionnariat

Pour celui qui est aujourd’hui conseiller économique de la Banque Natixis, le capitalisme néolibéral - celui imposé par le duo Margaret Thatcher et Donald Reagan -, a désormais atteint ses limites. Pire, il aurait lamentablement échoué à tenir ses promesses. Quelles sont les grandes lignes qui fondent ce constat ? D’abord, la croissance du produit intérieur brut (Pib), véritable dogme des temps modernes, reste décevante si l’on s’inscrit dans une période historique longue. Depuis les années 1980, il n’est question que de crises, de ralentissements voire de stagnation même si les pays émergents ont donné l’illusion qu’ils prenaient le relais du « vieux-monde ».

Autre réalité incontournable : la planète est devenue un océan d’inégalités sans cesse aggravées. Les riches sont plus riches grâce à l’exubérance des marchés financiers et à la hausse constante de leurs patrimoines tandis que les pauvres restent pauvres, rejoints par des pans entiers de classes moyennes déclassées. La mondialisation a dicté la loi des salaires qui n’augmentent plus par crainte du chômage et des délocalisations. En 2021, il est préférable d’être un actionnaire vivant de son portefeuille que d’être un actif. Et la tendance n’a fait que s’amplifier.

Pour Patrick Artus, le triomphe du « modèle actionnarial » est la raison de cet échec. La logique est connue. Depuis les années 1990, le mantra est le même : l’actionnaire est prioritaire et c’est lui que l’entreprise doit privilégier. Comment ? En lui garantissant des retours sur investissement élevés. Ce que l’on appelle la rentabilité du capital atteint des taux de 15% (en théorie, ils devraient être limités à 5%) ce qui empêche les investissements productifs (l’entreprise ne peut à la fois investir et rémunérer ses actionnaires à la hauteur de leurs exigences). Cela empêche aussi l’innovation (toujours coûteuse) tout en encourageant les décisions à court terme indissociables de la nécessité de rémunérer l’actionnaire (en fermant, par exemple, des sites jugés pas assez rentables). Bref, le capitalisme néolibéral, c’est la rente néfaste de l’actionnaire, résume Patrick Artus.

Plus de solutions

Cela fait des années que l’on sait que ce modèle a atteint ses limites. Un paradoxe quand on sait que les années 1990 furent la décennie de son triomphe après la chute de l’ex-URSS. On pensait alors qu’il était parti pour durer comme en témoigna l’essai provocateur de Francis Fukuyama sur la « Fin de l’Histoire ». Mais le capitalisme est une bête qui résiste. Pour contourner ses impasses, Patrick Artus détaille ses trois parades artificielles successives : encourager l’endettement privé puis laisser filer la dette publique et, enfin, ne plus s’offenser d’une création intensive de monnaie. A chaque fois, il s’agit compenser l’inégale répartition de richesses et les moindres recettes fiscales. Or tout cela ne change rien à l’affaire. Les problèmes du monde demeurent. Une quatrième parade existerait-elle ? La réponse de Patrick Artus est catégoriquement négative. Le capitalisme néolibéral a échoué et il n’a plus de munitions. Peut-être, mais il lui reste une alternative à laquelle l’économiste ne pense pas. Un conflit de dimension mondiale.


(1) « La dernière chance du capitalisme », avec Marie-Paule Virard, Odile Jacob.


dimanche 20 janvier 2019

La chronique du blédard : La revanche des riches

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 13 décembre 2018
Akram Belkaïd, Paris

C’est une bataille insidieuse, de longue haleine, où le temps n’a guère d’importance tant ceux qui la mènent considèrent que les jours, les mois et les années qui passent travaillent pour eux. Le monde dit développé a changé depuis longtemps de paradigme mais on feint encore de l’ignorer. Nous pensons qu’il vit toujours dans l’ère qui fut celle de tous les possibles au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Celle de la signature de la déclaration universelle des droits de l’homme, celle des lois sociales en faveur du bien-être général, celle des acquis dont on n’osait même pas rêver à l’époque du bien industrieux dix-neuvième siècle. Cette époque qui engendra baby-boom et plein-emploi fut même celle de l’amorce, vaille que vaille, de l’élan décolonisateur. Tout cela est révolu. Nous assistons aujourd’hui à une réelle régression.

Tout ce qui a été concédé par les riches, les détenteurs du capital et des moyens de production, est en train d’être repris d’une main ferme qui ne tolère pas la contestation ou la résistance. Ce qui se passe actuellement en France le montre bien. Au-delà de la chronique quotidienne ou plutôt hebdomadaire des actions menées par les gilets jaunes, c’est bien un mécanisme de dépossession qui fonctionne sous nos yeux, qui se camoufle derrière des grands mots tels que « état d’urgence sociale et économique » et qui s’entérine dans les cénacles où l’on dispose du seul pouvoir qui compte, celui de décider pour les autres. Le maître-mot dans cette affaire est « réforme ». Longtemps, ce terme a eu une connotation positive pour les principaux concernés. Aujourd’hui, il signifie qu’ils vont perdre quelque chose. Au nom d’un soi-disant principe de rationalité économique qui est la couverture habituelle de l’idéologie néo-libérale.

Ainsi, la suppression de l’impôt sur la fortune décidé par le président Emmanuel Macron et le refus de ce dernier de revenir sur cette mesure malgré la colère d’une grande partie des Français n’est pas juste une mesure idéologique. C’est l’aboutissement d’années et d’années de phrases répétées à l’envi, d’argumentaires renouvelés. C’est l’inversion de la dynamique de conquête. C’est la reprise en main d’un territoire abandonné au nom de la paix sociale, des politiques de redistribution et de défense de l’État-providence. C’est une victoire de ceux d’en-haut qui ont dû pendant longtemps s’accommoder des gains sociaux arrachés par ceux d’en-bas.

Les « Rouges » ne sont plus là, du moins ceux de Moscou. Ceux de Pékin, quant à eux, sont devenus des apôtres du libéralisme économique, du libre-échange commercial et du développement tentaculaire des firmes transnationales. Autrement dit, il n’y a plus personne pour faire peur aux riches si ce n’est des rivaux de même nature. Rien qui puisse constituer un contre-modèle puissant, un rival qui représenterait une source d’espérance pour ceux d’en-bas, qui leur offrirait une alternative et qui donc obligerait les possédants à faire des concessions. À ne pas aller trop loin, à ne pas pousser le bouchon trop fort. L’explosion planétaire des inégalités le démontre. Une ère de tous les possibles existe encore mais elle ne concerne qu’une minorité. Et cette minorité ne veut pas se priver de sa revanche. Pourquoi, d’ailleurs, le ferait-elle ?

La liste des « fut concédé mais désormais repris » est longue. La précarité de statut guette les salariés. Dans certains métiers, comme le journalisme, on en revient peu à peu au paiement à la tâche. L’uberisation des professions n’est pas un fantasme mais une réalité concrète. Diminuer la masse salariale, transformer ses employés en sous-traitants individuels et ainsi réduire encore plus ses contributions sociales est la norme. Des travailleurs se voient proposer de continuer à occuper le même poste et à avoir les mêmes responsabilités à condition de s’externaliser et de payer eux-mêmes pour leur assurance-maladie, leur mutuelle et leur retraite. On leur impose de devenir des sortes d’artisans, des mini-entreprises qui doivent se débrouiller seules sans bénéficier de la solidarité nationale et intergénérationnelle.

Les syndicats sont comme les Rouges. Ils furent une puissance, un contrepoids. Aujourd’hui, ils ne pèsent guère. Il n’est d’ailleurs pas étonnant que la Confédération générale du travail (CGT) ait pris de haut le mouvement des gilets jaunes qui le lui ont bien rendu. Les syndicats, quelle que soit leur obédience ou leur orientation, en sont réduits à défendre des pré-carré qui se réduit comme une peau de chagrin. Les rouges ne sont plus là et même la CGT ne fait plus peur.

Il est encore trop tôt pour juger de l’impact à long terme du mouvement atypique des gilets jaunes. Mais il est impossible d’oublier ces deux dernières semaines et ce qu’elles ont engendré comme trouble au sommet de l’Etat. Comment oublier cette panique au sein de la majorité d’Emmanuel Macron au point que toutes les hypothèses étaient évoquées (démission, dissolution du parlement,…). L’irruption d’une violence incroyable dans les rues de Paris et d’ailleurs, une violence qui était le fait d’anonymes n’ayant rien à voir avec les habituels adversaires organisés des forces de l’ordre, a beaucoup pesé. Cette violence s’est étendue, elle a pris de court gouvernants et observateurs. Une chose est certaine. Si rien ne change vraiment, elle reviendra. Encore plus forte.
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mardi 18 avril 2017

La chronique de l’économie : Privatiser les éléphants ?

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 12 avril 2017
Akram Belkaïd, Paris

Comment faire pour lutter contre le gaspillage des ressources naturelles ?  Comment agir pour protéger l’environnement et notamment la faune ? Au fil des années, ces questions ont pris une importance parfois dramatique du fait des crises et des situations d’urgence. A ce sujet, le débat entre les économistes est loin d’être clôt. Comme c’est souvent le cas, plusieurs tendances s’opposent autour de la question des privatisations et de leur rôle censé être salvateur.

Privatiser pour protéger…

La tendance la plus importante, ou du moins celle qui a encore et toujours le vent en poupe, défend l’idée d’un recours systématique au marché. Ce dernier serait l’arbitre rationnel dont l’influence permettrait de limiter les dégâts. Une école revendiquant un caractère novateur a même fait son apparition. Il s’agit de la « nouvelle économie des ressources » qui fait de la privatisation des ressources (ou de la faune…) le moyen le plus sûr de lutter contre les excès de la surproduction. L’un des exemples les plus cités pour illustrer les préceptes de ce courant est le cas des éléphants.

On sait que ces derniers subissent un braconnage intensif en raison du commerce illégal de l’ivoire. Il y a quelques années, Gregory Mankiw, économiste et ancien membre de l’équipe de conseillers du président Georges W. Bush fils, a ainsi préconisé que les troupeaux de pachydermes soient… privatisés. Autrement dit, qu’ils soient vendus et que leurs propriétaires soient les seuls à pouvoir disposer d’eux. Dans ce type de raisonnement, l’idée de base est que l’intérêt du propriétaire le poussera à agir efficacement pour défendre sa propriété contre les braconniers. Une protection qui serait bien plus efficace que celle des Etats désargentés et minés par la corruption. Il faut dire d’ailleurs que plusieurs pays ont expérimenté ce genre de démarche à l’image du Botswana ou du Malawi.

Or, ces expériences sont loin d’avoir donné des résultats concluants. Le braconnage demeure une menace permanente et les propriétaires sont obligés soit de réclamer l’intervention de l’Etat et de ses forces de sécurité soit de recourir eux-mêmes à la protection armée des troupeaux. De plus, la privatisation d’animaux sauvages ouvre la voie à des dérives mercantiles comme la commercialisation de leur viande ce qui, au départ, n’était pas le but recherché.

Le capitalisme réparerait ses excès

L’exemple qui vient d’être cité n’est pas anecdotique tant il est utilisé à l’envie par les thuriféraires de la nouvelle économie des ressources. Partant de là, les exposés relayent ensuite les revendications habituelles à propos de la nécessité de privatiser l’eau ou les ressources minières, agricoles. De même, le marché étant paré de toutes les vertus et de tout le rationalisme possible, on explique aussi que la croissance à tout prix n’est pas incompatible avec la protection de l’environnement et cela pour peu que le marché soit autorisé à jouer un rôle principal. On en arrive ainsi à une logique bien étonnante : après avoir organisé le saccage de la planète et de ses ressources, le capitalisme, par un recentrage étonnant, prétend aujourd’hui traiter les conséquences de ses propres excès.


Bien sûr, affirmer en opposition à tout cela que l’Etat demeure la meilleure solution ne suffit pas. Dans un monde où le modèle de croissance à tout prix atteint ses limites, la question de la gestion des ressources naturelles mérite un aggiornamento complet incluant des réflexions novatrices sur le rôle et les prérogatives des acteurs locaux et non-gouvernementaux. Au lieu de cela, on sent bien que les mécanismes enclenchés mènent vers une valorisation de la privatisation.
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lundi 18 juin 2012

La chronique du blédard : Monologue du crypto-stal

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 14 juin 2012
Akram Belkaïd, Paris

T’as vu l’équipe russe ? Ils jouent bien, hein ? Ça a toujours été comme ça. De l’organisation, de la technique et du style. Et, en plus de ça, de la correction. Bon, sur ce plan, c’est moins vrai qu’avant. Le capitalisme, ça favorise les sales manières. Mais t’aurais vu l’équipe de l’URSS ou même des autres pays de l’Est, Yougoslaves mis à part. Jamais de mauvais geste, jamais de contestation contre l’arbitre même quand il sifflait des fautes imaginaires. Il en est resté quelque chose. Regarde l’Ukraine, c’est la même chose. De la discipline et de la solidarité. De l’éducation aussi. Les joueurs faisaient des études supérieures, ils avaient un métier. C’est pas comme les ânes friqués d’aujourd’hui. Le communisme ça avait quand même du bon… Y’avait pas de hooligans à l’époque.

Je ne suis pas naïf. La Russie ne peut pas être championne d’Europe. Les arbitres ont des instructions. Ce pays ne peut pas gagner, ça créerait trop de problèmes. C’était déjà comme ça avec l’URSS. Bien sûr que si ! Souviens-toi de tous les matchs qu’ils ont perdus à cause d’un arbitrage aux ordres. C’est toi-même qui m’as dit que tu avais été longtemps dégoûté du foot à cause du match URSS – Belgique de 1986. Ah, tu vois ! Un scandale, hein ? Oui, sauf que c’était tout le temps comme ça. Les clubs russes ont passé leur temps à être volés. Tout ça parce qu’il ne fallait pas que les communistes l’emportent !

Laisse-moi te raconter un truc. La seule fois où l’URSS a gagné un titre européen, c’était en 1960 contre la Yougoslavie. Tu sais quoi ? L’arbitre de la finale, on n’a plus jamais entendu parler de lui. Mines de sel ! Il a été puni parce qu’il n’a pas fait le boulot ! Les capitalistes, la Fifa et le reste, ils préféraient encore que les bandits de Tito gagnent. Ensuite, ça été pire. En 1964 et en 1972, les soviétiques sont allés jusqu’en finale, et à chaque fois, l’arbitrage a donné un coup de pouce aux autres. Y’a jamais eu de plus grand gardien de but au monde que Yachine ! Y’a jamais eu de plus beau football que celui du Dynamo de Kiev.

Tu imagines les conséquences ? Une équipe communiste championne du monde ou d’Europe en pleine guerre froide? Impossible. Ça aurait donné des idées aux travailleurs. Non ! Rien n’a changé. Les critiques contre Poutine, ça reste de l’anticommunisme primaire. Ça ne s’explique pas autrement. Les gens parlent de démocratie, de droits de l’homme, mais en fait, ce qu’ils détestent, c’est l’idée que la Russie d’hier soit encore là et qu’elle puisse menacer le modèle occidental. Poutine, c’est quoi ? C’est le redressement de la Russie. C’est la fierté d’un peuple qui s’est retrouvé nu comme un ver dans les années 1990. C’est des salopards qui ont pillé le pays et qu’il jette en prison. Et ça, les Américains ne peuvent pas le supporter, alors ils arrosent les médias d’informations négatives sur lui et Medvedev.

Quoi, les Tchétchènes ? Ah non, tu vas pas faire du communautarisme, hein ! C’est quoi les Tchétchènes ? Ils sont combien ? Qui en entendait parler à l’époque de l’URSS ? Est-ce que vous parliez d’eux en Algérie dans les années 1970 ou même dans les années 1980 ? Moi, j’veux bien qu’ils défendent leur droit, mais de manière pacifique pas avec du terrorisme et tout ça. Ils n’avaient qu’à se regrouper dans un parti politique puisque c’est comme ça que ça se passe maintenant. Et puis l’indépendance pourquoi faire ? Pour qu’il y ait des mosquées partout ? Des barbus, des madrassas et tout le reste ?

C’est comme la Géorgie. Le type, c’est un affairiste  à qui les Américains ont lavé le cerveau et on nous le présente comme un grand démocrate. Tu parles… Du business, oui. Le gars, il te déclenche une guerre contre la Russie et quand il reçoit la pâtée, il se met à hurler au secours. Fallait le laisser se débrouiller au lieu de lui sauver la mise. Y’a un grand pays, un géant régional, il faut le respecter et ne pas l’embrouiller dans son jardin. Les Européens, ils feront quoi si demain quelqu’un vient se mêler des affaires du Luxembourg ou du Danemark ? La géopolitique, c’est comme ça. Chacun son gâteau. Faut laisser les Russes tranquilles. Ils sont en train de redevenir aussi fort qu’avant. J’comprends que ça puisse faire peur…

Tu vois, tu es communautariste et corporatiste. Bien sûr que c’est moche une journaliste qui se fait tuer. Une journaliste ou quelqu’un d’autre d’ailleurs. Pour moi, y’a pas de hiérarchie, alors que vous, les journalistes, vous hurlez dès qu’on touche à l’un des vôtres. Mais est-ce que c’était vraiment une journaliste, hein ? T’en es sûr ? Qui te l’a dit ? Newsweek ? Les journaux de Murdoch ? Et qu’est-ce qu’elle faisait à se mêler des histoires de Tchétchènes ? Moi, on m’a même dit qu’elle avait un passeport américain. Donc… Ça  veut dire que c’est plus compliqué que ça.

Bien sûr qu’on est nombreux à penser comme ça ! C’est pas parce que le parti a changé qu’on a disparu. Faut pas croire ce raconte la télé… On n’est pas visible, c’est tout. Les gens disent qu’on est démodé. Il y a des camarades qui ont retourné leur veste et qui nous expliquent que ce à quoi on croyait c’est du passé. Sauf que le passé, il réapparaît toujours d’une manière ou d’une autre. Demain, dans un an, dans dix ans, quand le capitalisme aura fait encore plus de dégâts, ça reviendra. On sera aussi fort qu’avant. En attendant, on est des résistants. On entretient la flamme. On continue de croire en l’histoire. C’est ça qui est le plus important.
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