Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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samedi 2 juin 2018

La chronique du blédard : Un héros qui l’était déjà

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 31 mai 2018
Akram Belkaïd, Paris

Commençons par le plus simple. L’homme est donc devenu un héros. Mamoudou Gassama, jeune malien de 22 ans, sans-papiers arrivé en France il y a six mois, a escaladé, au péril de sa vie, quatre étages d’un immeuble pour sauver un jeune bambin accroché à la balustrade d’un balcon. Les images ont fait le tour de la Toile et les commentaires se comptent par dizaines de milliers. Dans une actualité lourde et orageuse, de telles images font du bien. Elles redonnent confiance en l’humanité. Mais, bien entendu, tout ne pouvait être parfait et les polémiques ont rapidement pris le dessus.

Signalons d’abord la flambée des inévitables opinions complotistes. Quel que soit l’événement, il y aura toujours des plus intelligents que d’autres, des plus malins, plus « aware » qui sauront discerner « la » faille. Pourquoi les voisins qui observaient la scène n’ont rien fait, se demandent-ils. Et où étaient les pompiers et leurs échelles ? Et comment le gamin a-t-il pu résister autant de temps ? Et comment se fait-il qu’il soit déjà tombé (d’un étage, ndc) ? L’homme s’appelant Mamoudou, gageons aussi que certains spéléologues du net, habitués du fait, ont plongé dans les profondeurs putrides des réseaux pour chercher à en savoir plus sur l’intéressé, histoire éventuellement de dénicher quelques tweets ou messages gênants.

Venons-en au plus important. Le président Emmanuel Macron a décidé de régulariser Mamoudou Gassama. Mieux, il a déclaré l’avoir « invité à déposer une demande de naturalisation. Car la France est une volonté, et M. Gassama a démontré avec engagement qu’il l’avait. » On passera rapidement sur cette dernière phrase qui ne veut pas dire grand-chose et qui est emblématique de la com’ présidentielle techno-gloubiboulguesque. Et avant d’aller plus loin, signalons que le ministre de l’intérieur Gérard Collomb s’est dit prêt, quant à lui, à accélérer les procédures tandis que les sapeurs-pompiers de Paris, un corps d’élite s’il en est, ont d’ores et déjà accueilli Mamoudou Gassama, non pas comme recrue (il faut être militaire pour cela) mais pour un « service civique ». Un « stage », diront les mauvaises langues car il faut bien qu’il en existe. (On passera rapidement sur le propos d’un officier rappelant au héros que des militaires français sont morts pour le Mali…).

La récompense présidentielle - qui a tout de même rendu Rihanna heureuse (si, si, je vous l’assure, c’est la radio qui l’a annoncé) - a immédiatement déclenché des polémiques. « Récupération éhontée », « hypocrisie », « manœuvre politicienne » la liste des reproches est longue. Elle pointe du doigt un gouvernement qui ne fait pas grand-chose pour les migrants, qui réprime ceux qui leur viennent en aide et qui se donne ainsi bonne conscience avec la régularisation et la prochaine naturalisation de l’intéressé.

C’est vrai que ce gouvernement ne vaut guère mieux que ses prédécesseurs en matière de politique répressive à l’égard des réfugiés, des migrants et des sans-papiers. Par certains aspects, il est même pire quand on considère les dispositions relatives à la rétention de mineurs. Souvenons-nous aussi que la présidence française ne se distingue guère sur la question des réfugiés syriens ou de celle des drames qui se déroulent quotidiennement ou presque en Méditerranée. Pour autant, Macron n’avait pas le choix. Le moins qu’il pouvait faire était de régulariser le héros. Une carte de séjour pour faits exceptionnels. La Mairie de Paris aurait pu se joindre à la fête en faisant de Mamoudou Gassama un citoyen d’honneur et, qui sait, en lui attribuant un logement plus décent que celui qu’il occupe actuellement dans un foyer en banlieue. Imaginons juste une seconde que le gouvernement ne fasse rien. Ou que, pire, il renvoie le héros à Bamako au nom d’un respect absolu de la loi… Le tintamarre aurait été bien plus puissant. Va donc pour la régularisation.

Mais il a fallu qu’Emmanuel Macron évoque la naturalisation de Mamoudou Gassama. Peut-être que ce dernier souhaite devenir citoyen français. Peut-être même l’a-t-il expliqué lors de son entrevue avec le chef de l’Etat. Le problème c’est la manière paternaliste (néocoloniale ?) dont cela a été présenté. Accorder une naturalisation, est-ce une récompense ? Faut-il donc se conduire en héros pour être digne d’être citoyen français ou même de pouvoir vivre normalement dans ce pays ?


Macron aurait pu accorder la régularisation et simplement dire qu’il a encouragé le bénéficiaire à envisager de devenir citoyen français et cela au nom du fait que la politique d’accueil est destinée, in fine, à accorder la nationalité aux résidents étrangers en situation régulière. Mais là, le terrain aurait été trop glissant. De quoi réveiller les vigies maugréantes du grand remplacement. Pour Macron, mieux vaut présenter la naturalisation comme une espèce de récompense suprême, une exception, un graal réservé aux plus méritants. Aux héros. A ce sujet, on terminera par rappeler une idée souvent exprimée dans cette chronique. Mamoudou Gassama n’avait pas besoin de sauver un gamin au bord du vide pour être considéré comme un héros. Il l’était déjà. Quelqu’un qui traverse le Sahara, qui passe par la Libye et ses camps où les Subsahariens sont battus et rançonnés, qui s’embarque sur un rafiot pour gagner la rive nord de la Méditerranée sans rejoindre au fond les milliers de damnés qui s’y sont noyés, cet homme-là est déjà un héros. Il n’est pas le seul, et comme lui, ses pairs sans-papiers méritent d’être régularisés.
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vendredi 11 septembre 2015

La chronique du blédard : Réfugiés du Levant, ingénuité occidentale et égoïstes du Golfe

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 10 septembre 2015
Akram Belkaïd, Paris
 
Le terrible drame des femmes et des hommes qui fuient le Proche-Orient pour gagner l’Europe au péril de leur vie ne va certainement pas cesser. Le chaos syrien, la décomposition irakienne, les bombardements occidentaux contre l’Organisation de l’Etat islamique (EI) et le retour des affrontements entre l’armée turque et le PKK kurde sont autant de violences qui alimentent le flux de réfugiés. Pour ces derniers, il s’agit tout simplement de sauver leur vie. On peut gloser à l’infini sur d’éventuelles motivations économiques – ce que font d’ailleurs de nombreux politiciens européens– mais le fait est que c’est avant tout une question de survie.
 
La photographie, déchirante, du cadavre d’un petit enfant kurde sur une plage de Méditerranée orientale ; celle, poignante, d’un père qui éclate en sanglots alors qu’il vient de poser le pied sur le rivage grec ; les images de ces longues cohortes de réfugiés essayant de franchir la frontière hongroise ou marchant le long d’une autoroute allemande : tout cela fait naître un sentiment complexe, mélange de compassion, de pitié, de colère et de découragement accablé. Quiconque vit « normalement », avec les hauts et les bas de toute existence banale, ne peut qu’être indigné et ému par cet exode humain.
 
Cela explique les polémiques plus ou moins dilatoires auxquelles nous assistons ces derniers jours. L’une d’entre elles, concerne les pays du Golfe accusés de ne rien faire pour secourir leurs « frères » arabes. Dans un petit texte posté sur les réseaux sociaux, j’ai abordé cette question en expliquant que « ce n'est pas un hasard si un réfugié syrien préfère risquer la mort pour rejoindre l'Europe plutôt que d'aller en Arabie Saoudite. Là-bas, il sait qu'il n'a aucune chance d'être aidé, d'avoir droit à un traitement humain, de bénéficier de lois claires. Il est persuadé que l'Europe, c'est aussi (encore ?) le respect de l'individu et de la loi. On aura beau lui dire que les choses sont plus compliquées, que les temps y sont de plus en plus durs, que l'extrême-droite est partout, dans les discours et les mentalités. Rien n'y fera. »
 
Mais cette question mérite d’être développée. Rappelons d’abord – notamment aux Européens qui s’émeuvent des conséquences pour leur tranquillité de ce flux humain – que les pays qui accueillent le plus de réfugiés sont le Liban (1,2 millions de Syriens soit le quart de la population libanaise), la Jordanie (650.000 réfugiés) et la Turquie (1,8 millions). Autrement dit, il existe des zones « tampons » dont les dirigeants, cela vaut surtout pour le Liban et la Jordanie, l’un des pays parmi les plus pauvres de la planète, se débattent dans d’inextricables problèmes financiers et logistiques. Et c’est aussi parce que la situation de ces réfugiés se dégrade dans les centres d’accueil qu’ils décident de partir en Europe, certains étant désormais convaincus que la guerre chez eux, notamment celle qui concerne l’Etat islamique, est partie pour durer plusieurs décennies.
 
Il faut aussi rappeler aux Européens que tout cela ne serait pas arrivé sans les multiples guerres – récentes, ne remontons pas à la période coloniale - menées dans la région. On parle beaucoup de l’invasion de l’Irak en 2003, guerre pour laquelle George W. Bush et Anthony « Tony » Blair méritent d’être jugés, mais on oublie celle de 1991 et l’embargo qui l’a suivie. On oublie enfin les tergiversations (et les complicités) occidentales face aux crimes commis par le régime d’Assad père et fils. Si le Machrek est une poudrière, c’est certes la faute des régimes en place mais la responsabilité occidentale est pleine et entière notamment dans le processus qui a conduit à la naissance de « Daech ». Il est donc normal que l’Europe mais aussi les Etats-Unis et l’Australie paient leur écot au drame humanitaire en cours. Quand l’Allemagne accueille des réfugiés syriens et irakiens, ce n’est pas juste de la charité et de la générosité. Cela doit être vu comme une réparation, partielle, des dégâts occasionnés par les milliards de dollars d’armements qu’elle a déversés dans la région. Et cela vaut aussi pour la France dont l’ancien président Nicolas Sarkozy nous expliquait en 2008 – c’était lors de la création de feu l’Union pour la Méditerranée à Paris – que Bachar al-Assad était un dirigeant « fréquentable » (qu’il aille le répéter aux habitants d’Alep…).
 
Revenons maintenant aux pays du Golfe, lesquels ont eux aussi leur responsabilité dans la situation puisqu’ils ont financé à fonds perdus les mouvements djihadistes qui embrasent la Syrie et l’Irak. Le discours tenu pour répondre aux critiques en dit long sur les mentalités dans cette région. Ainsi, le « journaliste » koweitien Fahad Alshelaimi, aghioulissime parmi les brels,  a expliqué à la télévision que son pays ne pouvait accueillir des réfugiés en raison de leur… pauvreté, ces derniers étant de plus jugés inaptes à s’intégrer dans l’Emirat en raison de leurs  problèmes psychologiques et nerveux. Plus retors, certains officiels et universitaires de la péninsule arabique ont insisté sur le fait que les monarchies pétrolières financent les actions humanitaires en faveur des réfugiés. Un fait patent mais qui doit être relativisé. Si le Koweït a déboursé 304 millions de dollars pour cette crise, l’Arabie Saoudite n’a dépensé « que » 18 millions de dollars, un montant dérisoire à comparer avec le 1,1 milliard de dollars déjà engagé par les Etats-Unis.
 
Au lendemain du 2 août 1990, le monde arabe dans sa grande majorité s’était réjoui de l’invasion du Koweït par les troupes de Saddam Hussein. A l’époque, nombre de ressortissants du Golfe avaient été choqués par ce qu’ils estimaient être de l’ingratitude (notamment celle des Palestiniens mais aussi des Maghrébins). Dans le contexte régional actuel, les monarchies pétrolières seront tôt ou tard confrontées à de sérieuses difficultés ne serait-ce qu’en raison de la guerre asymétrique qu’elles mènent au Yémen (ceci est une autre affaire dont on parle peu…). On leur rappellera alors le comportement égoïste dont elles ont fait preuve à l’égard des réfugiés du Levant.
 
Mais l’on ne terminera pas cette chronique sans quelques lignes à propos des gouvernements maghrébins. La Tunisie porte déjà son fardeau avec un nombre important de ressortissants libyens installés sur son sol. On aimerait donc que l’Algérie et le Maroc fassent entendre leurs voix officielles sur cette question des réfugiés du Machrek et qu’il soit précisé ce que ces pays ont l’intention de faire ou pas.
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Post-scriptum :

Face aux critiques, les Emirats arabes unis ont annoncé avoir délivré 100.000 permis de séjour à des Syriens depuis 2011 ce qui porte à 242.000 leur nombre total dans la Fédération. Cette dernière précise aussi avoir débloqué 530 millions de dollars en réponse à la crise humanitaire qui affecte la Syrie, une grande partie de cette somme finançant les camps de réfugiés en Jordanie. Ces informations sont d’importance mais ne lèveront pas les critiques car 100.000 permis de séjour depuis 2011, c’est 20.000 entrées par an soit moins que ce que la France entend consentir comme effort (et ne parlons pas de l’Allemagne).

samedi 5 septembre 2015

La chronique du blédard : Ce si précieux passeport

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 3 septembre 2015
Akram Belkaïd, Paris

Il n’y a pas longtemps, autour d’une table et de quelques rafraichissements, j’ai écouté avec attention les péripéties bureaucratiques vécues par un ami français au Japon après qu’il a perdu son passeport dans ce pays à la législation plus que tatillonne envers les étrangers quelle que soit leur nationalité. J’ai gardé pour moi mes réflexions en pensant à l’enfer que vivrait un Algérien qui perdrait son passeport en France surtout si son titre de séjour y est apposé… Quelques jours plus tard, c’est une autre amie qui m’a raconté sa mésaventure estivale, celle où elle a réalisé que le passeport de sa fille était périmé à la veille du départ en vacances. On devine la galère : annulation dans l’urgence, démarches pour les divers remboursements, recherche d’un plan « B »… D’après elle, ce genre de déconvenue est plus fréquent qu’on ne le croit, certains la subissant au dernier moment, c’est-à-dire lorsqu’ils se présentent au comptoir d’enregistrement des bagages.
 
Tout cela m’a amené à réfléchir aux rapports que nous entretenons avec ce précieux document. Il est évident qu’ils sont déterminés par la nationalité et l’origine. Je ne sais pas si cela vaut pour d’autres pays du Sud, mais il est clair que les Algériens connaissent sa valeur et il est rare, par exemple, qu’ils découvrent qu’il n’est plus valable au dernier moment. Obtenir un passeport dans notre pays a toujours été un long parcours du combattant. Il y a une trentaine d’année, j’ai déposé un dossier pour en obtenir un. Six mois plus tard, ne voyant rien venir, j’en ai déposé un second, suivant en cela les conseils pressants du fonctionnaire. Au bout d’un an, j’avais deux passeports… « Ce que tu as fait est très très grâââve » (il faut rouler les r) m’a dit alors le même fonctionnaire alors que je souhaitais en restituer un (deux passeports cela voulait dire pouvoir obtenir deux allocations touristiques en devises étrangères : un délit…).
 
Aux Etats-Unis, pays immense où le tourisme des nationaux est essentiellement intérieur, le passeport reste chose rare. Certes, les déplacements au Canada, au Mexique et dans les Antilles sont plus réglementés qu’avant les attentats du 11 septembre 2001, mais la demande du document bleu est souvent effectuée quand se profile le sacro-saint voyage en Europe, notamment pour les retraités. Le reste du temps, et bien plus qu’en Europe occidentale, il dort tranquillement dans un tiroir (ou dans une enveloppe) et ses dates de validité peuvent vite s’oublier. Ce n’est pas le cas chez nous. La date de péremption (« périmation » disait un ami de la vallée de la Soummam) trotte dans la tête… Plus elle se rapproche, plus la préoccupation, voire le stress, monte. On sait qu’il va falloir se colleter avec l’administration, attendre des semaines et parfois même risquer un refus de renouvellement : en un mot, on ne peut ignorer que c’est une affaire de temps et de patience.
 
C’est encore plus vrai depuis que les Etats Unis d’Amérique ont imposé au monde entier l’obligation de voyager avec un passeport biométrique. Il suffit de se rendre sur n’importe quel réseau social pour se rendre compte que l’affaire est en train de tourner au cauchemar pour nombre d’Algériens, surtout ceux qui vivent à l’étranger. Affluence record dans les consulats, liste de documents à faire pâlir d’envie n’importe quel bureaucrate ouzbek ou indien, incidents à répétition et, surtout, toujours et encore cette sensation selon laquelle le temps de l’Algérien n’a aucune valeur. Qu’il travaille ou pas, qu’il soit dans une situation d’urgence ou non, le passeport ne lui sera pas accordé facilement. Dès lors, qu’il vive dans son pays ou ailleurs, on comprendra la quasi-sacralisation dont il entoure ce livret vert aux pages dûment numérotées. Il sait d’ailleurs ce qu’il risque comme désagréments en le perdant ou en le détériorant. Je me souviens ainsi de la crise de nerfs en plein ciel de cet ami avec lequel je voyageais entre Alger et Paris et dont le passeport a été tâché par du café alors qu’il remplissait sa fiche d’entrée sur le territoire français. Ce n’était pas tant la perspective d’être refoulé à Orly que celle d’avoir à le refaire qui le mettait dans tous ses états.
 
J’ai évoqué ce sujet avec ma consœur Mona Chollet et elle m’a transmis cette citation de Bertolt Brecht. « Le passeport est la partie la plus noble de l'homme. D'ailleurs un passeport ne se fabrique pas aussi simplement qu'un homme. On peut faire un homme n'importe où, le plus étourdiment du monde et sans motif raisonnable: Un passeport, jamais. Aussi reconnait-on la valeur d'un bon passeport, tandis que la valeur d'un homme, si grande soit elle, n'est pas forcément reconnue. » Ce passage est extrait de « Dialogues d'exilés » (« Flüchtlingsgespräche » en allemand), texte publié de manière posthume à Berlin en 1961 et qui met en scène la rencontre de deux exilés au buffet d'une gare.
 
Un « bon passeport »… Cette expression veut dire beaucoup. Pour les gens du Sud, elle permet de désigner le passeport qui permet le voyage où bon leur semble, c’est-à-dire sans ce maudit visa. Mais aussi « mauvais » soit-il en ne permettant guère de voyager sans passer par d’humiliantes démarches auprès des chancelleries étrangères, un passeport reste précieux. C’est une sorte de prolongement de soi, une possibilité éventuelle de liberté et de mouvement. On devine alors cette rupture symbolique, cet arrachement, qui consiste à se débarrasser de ce document quand on est un sans-papier, un migrant, un réfugié ou un clandestin et que l’on est prêt à tout pour ne pas être renvoyé chez soi.
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Diadème

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Diadème


Nous émigrerons
avec des diadèmes
dans la voix
...
Augustin Barbara

vendredi 4 septembre 2015

Des réfugiés et des pays du Golfe

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Ce n'est pas un hasard si un réfugié syrien préfère risquer la mort pour rejoindre l'Europe plutôt que d'aller en Arabie Saoudite. Là-bas, il sait qu'il n'a aucune chance d'être aidé, d'avoir droit à un traitement humain, de bénéficier de lois claires. Il est persuadé que l'Europe, c'est aussi (encore ?) le respect de l'individu et de la loi. On aura beau lui dire que les choses sont plus compliquées, que les temps y sont de plus en plus durs, que l'extrême-droite est partout, dans les discours et les mentalités. Rien n'y fera.

Certes, il y a des Syriens, des Egyptiens, des Palestiniens qui vivent dans le Golfe. Ils y travaillent, y gagnent de l'argent, mais savent qu'un faux pas, comme par exemple émettre un jugement politique, peut leur valoir l'expulsion. Et cela vaut pour tous les pays du Golfe, pas uniquement le Qatar dont la critique, notamment en France, sert à masquer le silence indulgent (coupable ? collusif ? ) à l'égard des Emirats et, surtout, de l'Arabie Saoudite.
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