Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).

mercredi 4 avril 2012

SlateAfrique : Tunisie: Ennahda seul maître à bord

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04 avril 2012

Cent jours après l’installation d’un gouvernement contrôlé par le parti islamiste Ennahda, la Tunisie s’interroge avec angoisse sur son avenir.

Un député tunisien à l'Assemblée constituante le 30 mars 2012. AFP/FETHI BELAID
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Plus d’un an après la chute du régime de Ben Ali et quelque cent jours après l’installation d’un gouvernement largement contrôlé par le parti Ennahda, lui-même majoritaire à l’Assemblée constituante élue en octobre 2011, la Tunisies’interroge avec angoisse sur son avenir. Dans un contexte, il faut le préciser, des plus tendus et marqué par l’activisme grandissant des mouvements salafistes.
Qu’ils soient membres du parti non-autorisé Hizb et-Tahrir (Libération) ou d’autres groupuscules et associations pas toujours clairement identifiés, ces radicaux islamistes tiennent le haut du pavé et ne cessent de faire la une de l’actualité.
Les exemples sont légion: occupation de la faculté des Lettres de La Manouba pour revendiquer l’autorisation du port du niqab en classe, manifestations violentes contre l’organisation d’événements artistiques et culturels jugés impies, menaces de mort à l’encontre d’hommes de lettres ou de membres de la société civile partisans d’un Etat civil, saccage et incendie d’un commissariat, les salafistes semblent être partout.
«Leur nombre n’est pas important mais la fin du régime policier leur a donné des ailes. Il fut un temps où ils rasaient les murs et urinaient dans leur pantalon à la vision du moindre képi. Aujourd’hui, ils relèvent la tête et considèrent que la Tunisie leur appartient. On n’a pas fait la révolution pour ça», confie avec amertume un journaliste du quotidien La Presse.

Les salafistes font parler d'eux

Comme nombre de ses compatriotes, ce dernier a été choqué par trois événements récents qui lui font craindre le pire. Il y a d’abord «l’affaire du drapeau» où un militant salafiste a arraché le drapeau tunisien pour le remplacer par un étendard noir (emblème du salafisme) afin de protester, là-encore, contre l’interdiction du niqab dans les cours de l’université de La Manouba.
Un geste destiné aussi à rappeler que les salafistes réfutent l’idée d’Etat-nation et qu’ils considèrent l’actuel drapeau tunisien comme une bid’â, une innovation blâmable.
Ensuite, il y a cet accrochage qui a opposé, en février dernier et dans la région de Sfax, un groupe armé aux forces de l’ordre tunisiennes. Constitué par de jeunes salafistes, ce groupe avait acheté des armes en Libye et se serait préparé à passer à l’action contre des objectifs civils mais aussi militaires en Tunisie.
Enfin, il y a cet appel au meurtre lancé par un prédicateur contre Béji Caïd Essebsi (BCE), l’ancien Premier ministre du gouvernement de transition. Autant d’événements qui témoignent d’un pourrissement du climat politique mais aussi sécuritaire.
«C’est la face cachée de l’iceberg. Le plus important, c’est le quotidien. Ce sont des hommes qui importunent des femmes parce qu’elles ne sont pas voilées. Ce sont des libraires qui hésitent à deux fois avant de placer en vitrine un livre qui pourrait déplaire aux islamistes. C’est l’autocensure pratiquée par les télévisions qu’elles soient publiques ou privées. C’est le retour au pays d’individus louches qui sont passés par les madrassas au Pakistan ou qui ont été endoctrinés par le wahhabisme saoudien et qui se lancent dans la prédication prosélyte sans que personne ne leur demande des comptes. Les salafistes ont installé une ambiance générale d’autant plus exécrable qu’ils peuvent compter sur la mansuétude d’Ennahda», s’indigne une militante du parti Ettajdid (extrême-gauche).

Ennahda souffle le chaud et le froid

Du côté d’Ennahda, on affecte de prendre ses responsabilités de gouvernant. Consciente que leur base électorale est aussi constituée de salafistes, la direction du parti souffle toutefois le chaud et le froid à leur encontre.
Ainsi, le ministre de l’Intérieur Ali Larayedh, n’écarte pas le risque d’affrontement avec des groupes qui refuseraient de se plier à la loi. Mais, dans le même temps, Rached Ghannouchi, l’autorité morale d’Ennahda, affirme régulièrement que les salafistes lui rappellent sa jeunesse lorsqu’il s’opposait aux régimes de Bourguiba puis de Ben Ali.
De fait, et malgré les promesses de Larayedh de faire respecter la loi, rares ont été les arrestations de salafistes auteurs d’incidents, de prêches incendiaires ou même de menaces à l’encontre de personnalités laïques. Et c’est cette complaisance qui inquiète une partie de la société tunisienne qui se sent prise en tenaille entre et l’activisme brutal des salafistes et le travail de sape d’Ennahda.

Obsédé par les agissements des salafistes

Certes, et c’est un point important à signaler, le parti de Ghannouchi a accepté que le préambule de la nouvelle Constitution tunisienne ne fasse pas mention de la Charia ce qui reporte sine die la création d’une République islamique. Une concession majeure qui a divisé l’Etat-major du parti religieux et fait se déchaîner les salafistes les plus radicaux.
Il sera d’ailleurs intéressant de voir comment la cohésion interne d’Ennahda va résister à ce qui, pour une grande partie de sa base, est un honteux renoncement. Mais, dans le même temps, le parti religieux continue de prendre ses aises de propriétaire.
Alors que l’opinion publique tunisienne reste obsédée par les agissements des salafistes, —obsession qui confine parfois à l’hystérie— Ennahda prend petit à petit possession des rouages de l’Etat et de son administration. Nombre de dirigeants d’institutions étatiques, dont les organismes chargés des statistiques mais aussi des gouverneurs (l’équivalent des préfets de région) ont ainsi été limogés pour être remplacés par des cadres «nahdaouis». Une dérive qui a poussé de nombreux élus de l’opposition à protester et à exiger le respect du principe de neutralité de l’administration.
«On peut s’indigner et s’inquiéter des actions salafistes mais la mise en cause de la neutralité de l’administration, notamment le corps des hauts-fonctionnaires, me semble plus dangereuse pour la Tunisie. Cette administration a su garder le cap des intérêts du pays y compris face aux appétits du clan Ben Ali-Trabelsi. Il ne faudrait pas que cet acquis bâti sur plusieurs décennies de dévouement à la Tunisie soit cassé par la volonté hégémonique d’Ennahda», avertit un homme d’affaires tunisois.
Akram Belkaïd
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mardi 3 avril 2012

Le Sahel doit-il regretter la chute de Kadhafi?

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SlateAfrique, 3 avril 2012

Il faut être d’une extrême mauvaise foi pour nier le lien de cause à effet entre la chute de l’ex-Guide libyen et la révolte des Touaregs au Mali.

Mouammar Kadhafi et le président du Bénin Yayi Bonin le 16 juin 2008 à Cotonou. Reuters/STR New
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Va-t-on en arriver à regretter Mouammar Kadhafi et son régime? Pour qui suit de près les événements quiembrasent le Sahel, il est évident que cette région entre dans une grande phase d’instabilité dont personne ne sait sur quoi elle va déboucher. Ainsi, il faut être d’une extrême mauvaise foi pour nier le lien de cause à effet entre la chute de l’ex-Guide libyen et la révolte des Touaregs au Mali. Une révolte toujours en cours qui menace les fondements même de l’Etat malien et qui est à l’origine du pitoyable coup d’Etat mené par des militaires contre le président Amadou Toumani Touré (ATT).
Grosses quantités d’armes en circulation, anciens mercenaires du régime de Kadhafi livrés à eux-mêmes, trafiquants en tous genres (armes, drogue et même êtres humains), katibas d’Al Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI)qui passent librement d’un pays à l’autre, contrebandiers surarmés, le Sahel répond désormais à la perfection à la définition des zones grises dont l’écrivain français Jean-Christophe Ruffin avait prédit l’avènement dans un essai majeur intitulé «L’Empire et les Nouveaux Barbares» (JC Lattès, 1991).

Le Mali n’est pas le seul pays menacé

Des zones où il n’existe pas d’autorité reconnue, où les rapports de forces évoluent au jour le jour et où des pouvoirs locaux non officiels (tribus, bandes armées, gangs) deviennent incontournables. Des zones où la loi est celle du plus fort et du plus armé et où il devient impossible de circuler sans protection militaire.
Et le Mali n’est pas le seul pays menacé. Qu’il s’agisse de l’Algérie, du Niger, mais aussi du Tchad, de la Mauritanie sans oublier la Tunisie, tous sont concernés par la circulation des armes et de la prolifération de groupes radicaux à mi-chemin entre la revendication politique et le banditisme. Ainsi, les autorités tunisiennes sont-elles très inquiètes car de nombreuses informations font état de la volonté de groupes salafistes radicaux d’acquérir des armes en Libye ou dans le Sahel, aux confins des frontières libyennes et nigériennes ou bien encore au nord du Mali, zone où l’islamisme radical a aussi fait son apparition au sein des tribus targuis.
Dans ce contexte explosif, le silence des grandes nations est plus qu’étonnant. «Le Sahel? Connaît pas?» semblent dire les pays européens ainsi que les Etats-Unis. Après avoir œuvré à la chute de Kadhafi, c’est comme si le dossier des répercussions régionales de cette action militaire était clos et que les membres de la coalition s’affranchissaient de leurs responsabilités.
«Cette désinvolture à l’égard de ce qui se passe au Sahel est à la fois scandaleuse mais aussi dangereuse», s’indigne un ancien haut responsable algérien. «Elle me rappelle l’inertie des Occidentaux quand les Talibans ont fait leur apparition en Afghanistan avant d’y prendre le pouvoir. Qu’est-ce qu’ils attendent pour placer la situation au Sahel au cours des urgences diplomatiques? Faudra-t-il qu’on assiste à une boucherie dans la région pour que tout le monde se réveille?»

La peur d'être accusé de «néocolonialisme»

Côté européen, notamment français, on argue de la difficulté à entreprendre la moindre initiative sans courir le risque d’être accusé de néocolonialisme. Il faut d’ailleurs se souvenir que c’est au nom de la nécessité de stabiliser – et de pacifier - les confins de l’empire français, qu’ont eu lieules premières expéditions armées françaises au Sahara à la fin du XIXème siècle.
Bien entendu, la situation est différente aujourd’hui ne serait-ce que parce que les pays concernés sont indépendants. Et c’est de l’un d’eux que nombre d’observateurs et d’acteurs politiques attendent une réaction. Il s’agit de l’Algérie dont le pouvoir a toujours considéré le Sahel comme son pré-carré –ce qui au passage explique pourquoi les relations entre Alger et le régime de Kadhafi ont souvent été tendues.

Silence et inaction algérienne

Aujourd’hui, le Conseil national de transition (CNT) en Libye a fort à faire pour stabiliser son pays et n’a guère les moyens de défendre et de maintenir son influence dans la région. Une situation qui, normalement, devrait offrir le champ libre à la diplomatie, officielle et officieuse, de l’Algérie. Or, c’est loin d’être le cas.
Du coup, le silence et l’inaction algérienne dans la région inquiètent et intriguent. Certes, le gouvernement d’Ahmed Ouyahia a fait connaître à plusieurs reprises son intention de sécuriser ses frontières sahariennes mais rien n’indique que l’Algérie a l’intention de prendre les enjeux régionaux en main.
Une position paradoxale dans la mesure où, dans le même temps, le gouvernement algérien reste très opposé à la présence de troupes occidentales dans le Sahel voire à la mise en place d’une base américaine.
La dégradation de la situation sécuritaire au Mali va-t-elle modifier la donne? Quels sont les calculs de l’Algérie? Faut-il s’attendre à une dégradation accrue de la situation sécuritaire au Niger et dans le Sahara algérien? Les prochaines semaines apporteront certainement des réponses à ces questions.

Akram Belkaïd
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lundi 2 avril 2012

SlateAfrique : Quand Al Jazeera fait dans la déontologie

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Lundi 2 avril 2012

L’affaire Merah lui a permis d’acquérir un peu plus de respectabilité en France mais il n’est pas sûr que cela fasse disparaître les critiques qu’elle subit dans l’hexagone mais aussi au Maghreb.

Siège de la DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur) à Levallois Perret, le 24 mars 2012. REUTERS/Gonzalo Fuentes
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Ainsi, et c’est tant mieux, Al Jazeera ne diffusera pas les images des tueries de Montauban et de Toulouse. On sait que son bureau parisien a reçu par voie postale une clé USB contenant un montage de ces assassinats et que de nombreuses voix se sont élevées contre sa diffusion tandis que la justice française a même envisagé des poursuites dans le cas contraire. Des pressions et des appels à la raison qui ont visiblement convaincu les responsables de la chaîne qatarie de ne pas rendre public le document vidéo.
«Conformément à son code d'éthique et compte tenu du fait que les vidéos n'ajoutent aucune information qui n'est pas déjà du domaine public, Al-Jazeera ne diffusera pas leurs contenus», a expliqué un porte-parole de la chaîne mardi 27 mars 2012.

Décision prise à Doha

C’est à Doha, siège de la chaîne, et non à Paris que la décision a été prise. Au-delà de la déontologie mise en avant, il est évident que des considérations commerciales et diplomatiques ont beaucoup pesé.
On le sait, la France est devenue l’un des terrains de jeu favoris des entreprises et des fonds d’investissements du Qatar. De fait, il ne se passe pas une semaine sans que l’on annonce, soit une prise de participation d’une entreprise qatarie dans un joyau du CAC40 - à l’image de la bataille capitalistique de plus en plus controversée autour de Lagardère (et d’EADS…) -, soit le lancement d’un projet immobilier de grande envergure cela sans oublier le fait que l’actualité footballistique, celle du Paris Saint Germain en l’occurrence, fait parler en permanence de ses riches et ambitieux propriétaires qataris.
Sur le plan diplomatique, le Qatar (avec le Maroc) est peut-être le seul allié de la France. La guerre en Libye tout comme la crise en Syrie montrent que Paris peut compter sur le soutien de Doha et vis-versa. Petit Etat coincé entre de grands voisins quelque peu expansionnistes (Iran, Irak, Arabie Saoudite), le Qatar sait de son côté qu’il aura un jour ou l’autre besoin de l’aide voire de la protection de la France.
Du coup, on imagine mal Al Jazeera prendre le risque d’être à l’origine d’une grave crise politique entre Paris et Doha. Certes, les journalistes de la chaîne ne cessent de clamer, et souvent à raison, leur indépendance à l’égard de la famille royale et du gouvernement qatari mais il est évident que dans une telle affaire, les dirigeants de la chaîne d’information multilingues n’avaient aucune marge de manœuvre.
Cela, d’autant plus qu’Al Jazeera a de nombreux projets en France dont la création de plusieurs chaînes de sport (Be in 1 et Be in 2) en attendant, qu’un jour, peut-être, l’Elysée donne son feu vert pour la création d’une Al Jazeera de langue française…

Al Jazeera peaufine sa communication

En décidant de ne pas diffuser les images des tueries de Montauban et de Toulouse, Al Jazeera peaufine aussi sa communication à destination du monde occidental où elle continue, malgré tous ses efforts, d’être perçue comme étant «la chaîne des terroristes» pour reprendre une expression attribuée à George W. Bush.
En 2003, alors qu’il était président des Etats-Unis, ce dernier aurait même envisagé de faire bombarder son siège afin de l’empêcher de relayer des informations à propos de la guerre en Irak que la Maison-Blanche jugeait contreproductives pour sa propagande.
Il reste à savoir si cette stratégie «responsable» va être payante? En France, il est possible que cela contribue à ne pas dégrader outre mesure l’image d’une télévision qui alimente maintes accusations et fantasmes (d’autant plus récurrents qu’Al Jazeera en langue arabe n’est guère comprise par le personnel politique et médiatique français). Pour autant, il ne faut pas ignorer le fait que des voix se font entendre dans le monde arabe, notamment en Algérie et en Tunisie, pour accuser Al Jazeera d’hypocrisie et de double jeu.
Ainsi, ce journaliste et producteur de documentaires algérien qui s’indigne sur Facebook:
«Lorsque des terroristes d’Al Qaïda au Maghreb trucident des membres des forces de sécurité ou commettent des attentats suicides, Al Jazeera est fière de montrer leurs images de propagande. Lorsque cela touche à la France, d’un seul coup, la chaîne qatarie a un sursaut de déontologie. Conclusion, pour cette chaîne arabe, qui donne des leçons à la terre entière, tous les morts ne se valent pas».

Ambiguïté de cette chaîne

Et il vrai que c’est toute l’ambiguïté de cette chaîne de télévision qui mérite d’être questionnée. Professionnelle et informative même si son objectivité est remise en cause par son parti-pris en faveur des insurgés en Libye et en Syrie, Al Jazeera est trop souvent indulgente à l’égard des mouvements islamistes armés qu’ils soient Libyens, Algériens ou Syriens. Elle n’hésite pas à diffuser leurs déclarations, leurs images de propagande ou même à leur tendre le micro. De même, sur les ondes d’Al Jazeera, le mot «terroriste» est employé avec beaucoup de précautions de langage.
Là où les médias occidentaux parlent de «terroristes islamistes», Al Jazeera parle souvent de«ceux que l’on désigne par le terme terroriste’». Une nuance qui n’est pas négligeable.
Dans l’affaire Merah, la chaîne s’est d’ailleurs distinguée par sa grande prudence, préférant ne pas trop aborder ce sujet si ce n’est pour accompagner l’omniprésence de Nicolas Sarkozy comme l’a relevé le quotidien algérien l’Expression:
«Le groupe Al-Jazeera qui finance les groupes révolutionnaires en Libye, l'internationale islamiste dans le monde, qui soutient médiatiquement, militairement et financièrement la révolution arabe en Syrie, qui héberge les islamistes du parti dissous sur son sol et qui leur offre une fenêtre sur la cour des grands aux mouvements fondamentalistes de tous bords, n'a pas commenté outre mesure l'affaire Mohamed Merah.»
Al Jazeera n'a pas voulu ainsi griller son actuel investissement en France. Elle n'a pas dénoncé non plus l'assassinat des enfants juifs dans l'école de Toulouse. Al Jazeera, qui a évacué cette affaire de la feuille de route de ses programmes, a préféré mettre le paquet sur la Syrie.
Al Jazeera a en revanche, fixé sa caméra et ses projecteurs plus sur Sarkozy que sur le candidat Hollande. Les affaires sont plus importantes que les positions politiques.
Acteur international et de plus en plus globalisé de l’information, Al Jazeera va certainement continuer de faire couler de l’encre et à être scrutée de près. L’affaire Merah lui a permis d’acquérir un peu plus de respectabilité en France mais il n’est pas sûr que cela fasse disparaître les critiques qu’elle subit dans l’hexagone mais aussi au Maghreb.

Akram Belkaïd

samedi 31 mars 2012

Les engagements sélectifs d’Al-Jezira

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Libération, 18 avril 2011

TRIBUNELe "printemps des peuples" et ses effets sur la culture politique et médiatique du monde arabe

Par AKRAM BELKAÏD Journaliste et essayiste
Alors que les révolutions tunisienne et égyptienne ont renforcé son statut de référence incontournable en matière d’information sur le monde arabo-musulman, Al-Jezira met actuellement sa crédibilité en danger. En cause, sa couverture partiale des manifestations à Bahreïn et en Syrie, ainsi que son soutien sans nuances aux rebelles libyens et à l’opposition yéménite. Entraînée par l’ivresse révolutionnaire, la chaîne qatarie ne semble plus se contenter du rôle d’observateur impartial. Là où sa petite sœur anglophone se borne à (bien) jouer son rôle de média neutre, Al-Jezira en arabe se comporte désormais comme si elle était le fer de lance du printemps arabe.
Mais concédons d’abord que sa couverture des révolutions tunisienne et égyptienne a été un modèle de rigueur journalistique. Ce n’est pas sans importance quand on sait que cette télévision a longtemps été critiquée pour son manque d’objectivité, ses diatribes anti-occidentales, ses excès en matière de victimisation du monde arabo-musulman et son caractère anxiogène - symbolisé par la diffusionad nauseam d’images sanglantes. Ainsi, dans le cas de la Tunisie, le soir même du 17 décembre, jour où Mohammed Bouazizi s’est immolé par le feu, Al-Jezira consacrait son antenne à ce qui allait déclencher une tempête alors inimaginable. C’est aussi Al-Jezira qui a rendu compte de la répression à l’intérieur du pays, notamment dans la région de Kasserine, quand les médias occidentaux se laissaient gagner par l’engourdissement des fêtes de fin d’année. Enfin, elle a été en pointe lors de la fuite de Ben Ali.
Ce rôle de locomotive journalistique, la chaîne qatarie l’a aussi joué, et de manière encore plus professionnelle, durant la crise égyptienne. Bien que très vite interdite par les autorités locales, elle a su trouver les moyens nécessaires, entre autres techniques, pour continuer de diffuser les images de la foule massée place Tahrir et des soulèvements de plusieurs villes de la vallée du Nil et du Sinaï. Sans Al-Jezira, de nombreuses chaînes du Moyen-Orient - sous influence de l’Arabie Saoudite qui s’opposait à la chute de Moubarak - auraient désinformé les Egyptiens et le reste du monde arabe. Il était saisissant d’entendre, début février, un journaliste de la chaîne Al-Arabiya affirmer que les manifestants pro-Moubarak étaient attaqués par les contestataires quand les images d’Al-Jezira collectées via Internet prouvaient le contraire.
Notons que, dans les deux cas tunisien et égyptien, Al-Jezira n’a jamais ignoré ou boycotté les régimes en place. On sentait poindre une volonté manifeste de traitement équitable entre les deux parties. Cela ne s’est pas répété pour les autres révolutions arabes. Pour ce qui est de Bahreïn, la chaîne de Doha n’a pas cherché à contredire la thèse officielle du complot chiite et iranien. Interrogés en direct, plusieurs membres du parti d’opposition Wefak ont été sommés de s’expliquer sur leurs liens supposés avec l’Iran et n’ont guère eu la possibilité de défendre leur point de vue. L’intervention de militaires saoudiens a été traitée a minima alors qu’elle constituait un acte contre-révolutionnaire majeur ainsi qu’un événement inhabituel dans l’histoire des relations entre les pétromonarchies de la région. Même prudence extrême à propos des manifestations en Syrie : le ton est mesuré, le traitement très factuel et les attaques contre Bachar al-Assad et les caciques syriens sont très rares. Les opposants sont sollicités avec parcimonie tandis que les partisans du régime syrien ont pu expliquer à l’antenne que les manifestations étaient l’œuvre d’étrangers et de frères musulmans.
A l’inverse, dans le cas du Yémen, Al-Jezira est du côté des manifestants. Elle exige, via ses analyses et la tonalité générale de ses sujets, le départ du président Ali Saleh. Une position conforme à celle des pays du Conseil de coopération du Golfe : le Yémen, trop pauvre pour en faire partie a beau jeu de crier au complot. Et lorsqu’un politologue saoudien met en garde contre une implosion de ce pays aux structures tribales, établissant un parallèle avec ce qui s’est passé en Somalie, il se fait renvoyer dans les cordes par l’une des journalistes d’Al-Jezira, cette dernière n’hésitant pas à lui reprocher de trahir ses «frères» yéménites.
Le parti pris est encore plus flagrant en ce qui concerne la Libye. Al-Jezira diffuse en boucle des clips mettant en scène la barbarie du régime de Kadhafi et soutient sans réserve l’intervention de l’Otan (ce qui désoriente nombre de ses téléspectateurs). Le très célèbre imam Youssef al-Qardaoui - lequel avait appelé, lors d’un prêche du vendredi, à «tuer» Kadhafi - est venu à l’écran pour expliquer qu’il ne s’agissait pas d’une «nouvelle croisade». Une caution religieuse qui a conforté la décision du gouvernement du Qatar de participer à l’intervention aérienne contre les troupes pro-Kadhafi. Al-Jezira s’oppose, souvent avec véhémence, à ceux qui critiquent cette guerre, qu’ils soient ou non des partisans du «guide» libyen : Amr Moussa, secrétaire général de la Ligue arabe, a été tancé sur l’antenne pour avoir émis des doutes sur la manière dont la coalition interprétait la résolution du Conseil de sécurité autorisant les frappes aériennes. De même, la chaîne a présenté comme une victoire la défection de Moussa Koussa, l’ancien ministre libyen des Affaires étrangères, oubliant au passage de préciser le rôle actif de cet homme dans la répression des opposants au régime au cours de ces dernières années.
Certes, la mort de l’un de ses caméramans en Libye a traumatisé la rédaction d’Al-Jezira de même que l’emprisonnement de plusieurs de ses journalistes. Mais aujourd’hui, Al-Jezira en est à défendre une intervention terrestre de l’Otan. Sauf à singer Fox News, ce n’est pas à une chaîne d’information que de militer pour la guerre.
Prochain ouvrage : «Etre arabe aujourd’hui», à paraître en septembre chez Carnets Nord.
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vendredi 30 mars 2012

La chronique du blédard : Des Français pas comme les autres

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 29 mars 2012
Akram Belkaïd, Paris

« On ne parvient plus à assimiler ceux qui sont là». Cette phrase est d'Henri Guaino, conseiller spécial et plume du président Nicolas Sarkozy. Extraite d'un entretien accordé au quotidien Libération, elle désigne les immigrés avec pour toile de fond les polémiques et débats au sujet des tueries de Toulouse et de Montauban (*). Précisons les choses. L'homme n'est pas xénophobe pas plus qu'il n'est un adepte de l'immigration zéro chère à Marine Le Pen. Républicain et souverainiste, il a le courage et l'honnêteté de dire que le modèle social français n'est pas «menacé par l'immigration» même si son patron ne cesse de sous-entendre le contraire (plus par calcul électoral que par conviction, d'ailleurs). Pour Guaino, c'est juste que la France a «assez de difficultés à résoudre pour ne pas en ajouter d'autres», comprendre celles que créent les nouveaux arrivants. 

Ce retour en force du thème de l'immigration dans la campagne pour l'élection présidentielle est tout sauf une surprise. On peut même penser que cela aurait été le cas même sans les assassinats commis par Mohamed Merah. Et c'est là que l'on touche à ce qui constitue l'un des problèmes fondamentaux de la France. Tant que l'on continuera d'y parler d'immigration à propos des difficultés que posent, et qui concernent, des personnes nées en France et de nationalité française, les diagnostics resteront mauvais et les solutions inefficaces. Reprenons donc par le début. Dès l'identité du tueur connue, les médias français, y compris ceux qui, comme Libération ou France Inter, sont dits de gauche, n'ont cessé d'user et d'abuser de l'expression «un Français d'origine algérienne». Nombre de confrères et de collègues algériens y ont vu une attaque sournoise contre l'Algérie. A dire vrai, il s'agissait plus d'un réflexe pavlovien et d'une incapacité à dépasser une certitude, souvent non-assumée, selon laquelle il existe plusieurs catégories de Français.

Prenons l'exemple des discours sur les banlieues des grandes villes de l'Hexagone. La situation, souvent difficile tant sur le plan social que sécuritaire, y est souvent décrite sous le prisme de l'immigration. Si l'on prend soin d'écouter le discours des hommes politiques, Hollande et Mélanchon compris, aucun ne dira de manière précise que les habitants de ces zones refoulées sont d'abord et avant tout des ressortissants français. C'est simple, il existe tout un florilège d'expressions destinées à mettre en évidence, voire à la renforcer, l'altérité dont ces citoyens seraient porteurs. On parle de «populations immigrées» ou de «Français d'origine immigrée», ce qui, dans ce dernier cas, ne concerne aucunement celles et ceux dont les parents ou grands-parents sont originaires d'Europe du sud (Espagne, Italie, Portugal) ou de l'Est (Pologne, Hongrie, Balkans). Il ne viendrait jamais à l'idée de Libération, du Monde et encore moins du Figaro de présenter Nicolas Sarkozy en tant que Français d'origine hongroise. Ce qu'il est pourtant du fait de la nationalité de son père...

On parle aussi, en désignant des ressortissants français (!), d'«immigrés de la deuxième ou troisième génération» cela sans oublier de préciser les origines «arabes», «musulmanes», «africaines», «maghrébines» ou encore «nord-africaines». La personne concernée a beau être née en France, avoir grandi en France, ne parler que la langue française, être allée à l'école républicaine chère à Henri Guaino, et à ne s'imaginer pour seule perspective qu'un avenir en France, elle restera «d'origine quelque chose» ou, léger mieux, elle sera «franco-quelque chose». Et c'est valable quel que soit le statut social. En effet, que l'on ne croit pas que le fait d'avoir quitté la banlieue change la donne. Bien au contraire, être obligé de décliner son origine est un acte régulier, presque permanent ou obligatoire quel que soit le milieu social, ou professionnel, dans lequel on se trouve.

Ainsi, ce chercheur en islamologie qui confiait en privé sa décision de ne plus se présenter en tant que Français. «Je dis d'emblée que je suis Marocain. Cela m'évite d'entendre cette insupportable question : ‘ah oui, vous êtes Français… Mais de quelle origine ?». Et de préciser, chose intéressante, que rares sont celles et ceux qui lui demandent alors s'il possède la nationalité française. «Je suis d'origine berrichonne» a pour habitude de dire de son côté, un journaliste économique dont, il faut le préciser, le patronyme et l'apparence physique indiquent bien qu'une partie de ses racines plongent de l'autre côté de la Méditerranée. Le plus souvent, cette sortie fait rire aux éclats mais elle ne décourage pas pour autant les questions curieuses et insistantes. «C'est comme si le fait de refuser de dire d'où est venu mon grand-père était suspect», explique-t-il.

Voilà donc un paradoxe français. Se proclamer républicain, défenseur de l'égalité – et de la laïcité - mais, dans le même temps, être obsédé par les origines d'une partie de la population. De fait, le véritable enjeu est résumé par la question suivante : Comment faire pour que ces Français que l'on rappelle en permanence à leurs origines se sentent totalement Français ? Cette question mériterait un vrai débat national lequel serait déconnecté des questions liées à l'immigration. En effet, ce n'est pas d'une question de visas ou de contrôles aux frontières dont il s'agit mais bien de la manière dont on se comporte avec un «stock» de Français dont on ne parle que lorsqu'interviennent des événements dramatiques à l'image des émeutes de 2005 ou de 2007 ou de ce qui vient de se passer à Toulouse et Montauban. Et la récente sortie du président français (d'origine hongroise) Nicolas Sarkozy à propos de Français à «l'apparence musulmane» ne va certainement pas permettre de faire avancer les choses...

(*) Libération, mardi 27 mars 2012
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jeudi 29 mars 2012

Liberté d'Expression : à propos de La France vue par un Blédard

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Comment peut-on être français ? : http://www.liberte-expression.fr/comment-peut-on-etre-francais/

Si, comme moi avant d’ouvrir le livre d’Akram Belkaïd, vous pensez que “Blédard” est synonyme de péquenaud mal dégrossi, ou, comme mes petits voisins, de “mec qui vit dans la brousse, qui n’a même pas d’ipod et ne connait pas les jeux vidéos en ligne à la mode”… Vous faites un sérieux contre sens ! En effet, l’homme qui nous livre ce recueil de chroniques sous le titre “La France vue par un blédard“,  n’avait peut être ni ipod ni autres gadgets technologiques à son arrivée en France en 1995, mais il était déjà très bien équipé en ce qui concerne les connections neuronales. Quant à sa culture, sans qu’il en fasse étalage dans le livre, elle transparait à chaque page, jamais sous forme de citations tapageuses, mais plutôt  au travers de références implicites et de cette aisance dans le maniement de la langue française qui fait que chaque mot tombe juste. Et c’est l’une des raisons pour lesquelles ce livre est un cadeau : de manière complètement accessible car dans notre langue française et avec la complicité d’esprit inhérente à sa double culture, Akram Belkaïd nous propose un regard “décalé” sur notre société, une sorte de “détour anthropologique sans peine”. Enfin, sans effort peut être, mais pas vraiment sans peine. En effet, dans cette anthologie de 56 des Chroniques du Blédard, publiées chaque semaine dans Le Quotidien d’Oran, couvrant la période 2005-2011, ce qui saute aux yeux et prend à la gorge c’est ce décalage entre la France rêvée par l’auteur et ce pays dans lequel il vit chaque jour… Ainsi, toujours avec pudeur et sobriété mais absolument sans concession, Akram Belkaid évoque, le racisme “décomplexé” qui gangrène notre société, la chasse aux “étrangers” conduisant à une suspicion systématique, l’arrogante rapacité des actuels dirigeants de notre pays, les bassesses de leurs courtisans … Autant de ctravers qui n’autorisent plus vraiment à assimiler  l’Hexagone à de ce fameux “Pays des droits de l’homme” dont on pouvait s’enorgueillir d’être les dignes représentants lorsque, Français, on parcourrait le monde !
Lire “La France vue par un blédard”, semble donc absolument nécessaire pour ceux qui souhaiteraient jeter un regard plus global et distancié sur 7 ans de sarkosysme, que celui qu’impose l’aveuglante et sanglante actualité de ce mois de mars 2012,  avant d’aller en avril prochain mettre un bulletin dans l’urne !
Mais, dans le livre d’Akram Belkaïd, comme chez Usbek et Rica dans les  Lettres Persanes, l’humour et la légèreté sont au rendez vous, notamment quand il s’agit de nourriture et de moquer les travers des Français, incapable de savourer un plat sans le comparer au précédent ou, déjà songer au prochain… et le récit peut aussi se faire poétique quand on quitte le bitume parisien pour la montagne… plus précisément le Vercors auquel sont dédiées quelques unes des plus belles pages de ce livre.

Akram BELKAÏD, est journaliste indépendant et essayiste. Spécialiste du monde arabe, des questions énergétiques et d’économie internationale, il collabore notamment avec Le Monde DiplomatiqueSlateAfriqueAfrique Magazine et Le Quotidien d’Oran. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur l’Algérie et le Maghreb. Sa Chronique du blédard est très lue et commentée en Algérie comme en France.

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La chronique économique : LE RETOUR DE LA GRIPPE ESPAGNOLE ?



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Après la Grèce, l’Espagne ? Ce qui n’était qu’une hypothèse négative semble se transformer en catastrophe de plus en plus probable. Depuis plusieurs jours, les taux à long terme que les marchés financiers imposent à l’Espagne sont en train d’augmenter et dépassent même ceux que supporte l’Italie. Cela signifie que les prêteurs doutent de plus en plus de la capacité espagnole à rembourser en temps et en heure ses emprunts. Du coup, l’hypothèse d’une nouvelle crise de la dette dans la zone euro refait son apparition avec la possible nécessité pour l’Union européenne d’accorder d’urgence des prêts de secours à Madrid dont la dette atteint 630 milliards de dollars (soit l’équivalent de 70% du Produit intérieur brut).


UNE VRAIE CRISE STRUCTURELLE
Alarmisme ou pessimisme justifié ? D’un côté, l’Espagne n’est pas la Grèce car elle dispose de plus d’atouts économiques que ce pays. Industries, services, finance, l’économie espagnole est bien plus diversifiée que son homologue hellénique. Mais, d’un autre côté, cela ne saurait cacher le fait qu’elle est encore à la recherche d’un nouveau modèle de développement. L’immobilier, qui a servi de locomotive durant les années 2000, est en détresse tandis que la compétitivité de l’industrie espagnole ne lui permet pas de se développer à l’international. De plus, en 2012, le pays devrait connaître la récession et être donc confronté à une aggravation de son déficit budgétaire. Prévu à 4,4% du PIB, il a été fixé à 5,8% du PIB avec l’aval de la Commission européenne. Et, déjà, des estimations avancent le chiffre de 6,5% de déficit voire plus.
Comme ce fut le cas pour la Grèce, Bruxelles et d’autres pays européens exhortent Madrid à faire des économies afin de réduire ce déficit budgétaire et d’envoyer des signaux susceptibles de rassurer les marchés. Bien entendu, personne ne croit vraiment que l’Espagne va être capable de s’en sortir seule malgré les assurances du gouvernement de droite qui vient de s’installer aux commandes. Une aide financière de l’Europe, voire de la Banque centrale et du Fonds monétaire (FMI) risque fort d’être nécessaire. Et c’est pour précipiter le mouvement que les marchés financiers spéculent actuellement contre l’Espagne. Pour eux, il s’agit de montrer sa défiance de manière à ce que la troïka réagisse au plus vite. Et ce n’est pas un hasard si ces turbulences interviennent la semaine où le gouvernement espagnol doit présenter son budget pour l’exercice à venir. Que les coupes décidées par Madrid – et qui lui valent d’ores et déjà un appel à la grève générale pour le 30 mars prochain (jour de présentation du budget) - soient jugées insuffisantes par les prêteurs et ce sera l’hallali à l’image de ce qui se passe pour la Grèce depuis la fin 2009.

MADRID N’EST PAS ATHENES…
Cela étant, de nombreux observateurs sont convaincus que l’Espagne sera « plus et mieux » aidée que la Grèce, ou tout du moins, moins maltraitée. D’une part, ce pays dispose d’une diplomatie européenne plus active et très introduite dans les rouages de l’Union européenne. De plus, le gouvernement de Mariano Rajoy a promis qu’il serait inflexible en matière de réduction des dépenses publiques ce qui rassure ses partenaires européens. Signe qui ne trompe pas, l’Allemagne et ses dirigeants ne critiquent guère Madrid et se disent même prêts à adapter les outils financiers communautaires pour éviter une crise à la grecque. Reste que la partie est loin d’être jouée d’autant que se profile la perspective d’un bras de fer politique entre Madrid et les provinces espagnoles que le Premier ministre Rajoy veut obliger à réduire leurs dépenses. Une pression qui n’est pas du goût de nombreux Espagnols qui défendent la décentralisation mise en place en 1978. 

A cela s’ajoute bien entendu l’impact social des mesures d’austérité dans un pays où sont apparus les premiers Indignés européens. Un mouvement qui n’a jamais complètement disparu et qui pourrait se radicaliser de nouveau dans les semaines qui viennent.

Le Quotidien d'Oran, mercredi 28 mars 2012
Akram Belkaïd, Paris
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mercredi 28 mars 2012

Et Sarkozy créa les «musulmans d'apparence»

SlateAfrique, mercredi 28 mars 2012

Aujourd’hui, un seul terme suffit. Avec ou sans tunique longue, ou tchador, on a l’apparence musulmane.

Etudiantes yéménites dans le village d'al-Zailaea le 11 mars 2012. Reuters/Khaled Abdullah Ali Al Mahdi
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Fin 2001, la presse américaine s’était faite l’écho d’une triste affaire liée aux conséquences des attentats du 11 septembre de la même année. Il s’agissait, si ma mémoire est bonne, de deux hommes originaires du Texas jugés pour avoir battu à mort un épicier de confession Sikh. «Il avait l’air d’un musulman» s’étaient défendu les deux pieds-nickelés lors de leur arrestation puis de leur procès. On se souvient qu’à l’époque, de nombreux temples hindouistes (et même quelques synagogues) avaient été attaquées par des agresseurs incultes les confondant visiblement avec des mosquées.

Et Nicolas Sarkozy créa les «musulmans d'apparence»

J’ai repensé à ces événements en apprenant la récente déclaration de Nicolas Sarkozy sur France Info: «Les amalgames n’ont aucun sens, je rappelle que deux de nos soldats étaient… comment dire… musulmans, en tout cas d’apparence, puisque l’un était catholique, mais d’apparence… comme l’on dit : la diversité visible». Passons sur ce charabia et ne retenons qu’un seul extrait: musulman d’apparence. Rassurez-vous, le présent chroniqueur ne va pas être de mauvaise fois.
Il y a bien des apparences ostentatoires qui disent (trahissent? Proclament?) l’appartenance confessionnelle des uns et des autres. A moins d’être un sous-marin des renseignements généraux ou un journaliste en immersion, une femme portant un voile intégrale cache peut-être son visage et ses atouts mais pas sa religion. Il y va de même pour celui qui porte une kamiss (tunique longue ndlr) et une grosse barbe tout en se curant les dents avec un siwak. Certes, on pourrait dire que l’habit ne fait pas l’imam mais soyons honnêtes: l’apparence musulmane, ça peut exister y compris en France et cela grâce aux effets vestimentaires ou aux pilosités développées.

«Tous les Arabes ne sont pas musulmans»

Pour autant, dans le cas des deux militaires assassinés, l’apparence musulmane que cite le président semble plutôt relever de leur faciès. Et ce genre d’affirmation pose problème et oblige à rappeler quelques vérités que ton bon esprit dans l’Hexagone se devrait de connaître. D’abord, ce n’est pas parce que l’on a un morphotype du sud de la Méditerranée que l’on est forcément musulman. Tous les Arabes ne sont pas musulmans (l’inverse aussi) et tous les Berbères ne sont pas musulmans. De même, de façon générale, il y a quelque chose d’insultant à identifier quelqu’un de par son appartenance confessionnelle supposée. D’insultant mais aussi de dangereux car c’est là que résident les germes du confessionnalisme et du communautarisme.
Plus important encore, cela nie le libre choix de chacun. On peut avoir une tête de Maghrébin, n’être ni Juif ni Chrétien et ne pas se sentir musulman. En France, ils sont des dizaines de milliers à le ressentir et les enfermer dans une case religieuse n’est pas sain. Nombreux sont ceux qui se définissent comme « athée ou agnostique », tout en se disant de culture musulmane, et qui ne supportent pas qu’on les présente comme étant des pratiquants. Une nuance qui échappe à nombre d’hommes politiques français tout autant qu’aux éditorialistes et journalistes dont un nombre inquiétant a usé et abusé ces derniers jours de l’expression «d’origine musulmane».

De la gueule de métèque à l'apparence musulmane

«Musulman… Musulman… Est-ce que j’ai une gueule de musulman». Impossible de ne pas en appeler à Cheikha Arletty quand on entend pareils propos présidentiels (sortants). Postée sur Facebook, cette sortie a généré quelques remarques acides, d’autres amusées. Il semble pourtant que cela soit l’air du temps. Hier, on avait une gueule de métèque, de nordaf, de maghrébin (la liste des expressions fleuries est longue). Aujourd’hui, un seul terme suffit. Avec ou sans kamiss, ou tchador, on a l’apparence musulmane.

Akram Belkaïd


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