Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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jeudi 25 avril 2013

La chronique économique : De la fragmentation de l'économie mondiale

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 24 avril 2013
Akram Belkaïd, Paris
 
A la fin des années 2000 et, par la faute de la crise financière de 2008, un nouveau mot avait fait son apparition dans le vocabulaire économique. Il s’agissait de « découplage », terme par lequel on entendait mettre en exergue le fait que la (forte) croissance des pays émergents, notamment celle de la Chine, était de plus en plus indépendante des (mauvaises) performances des pays développés. La notion de découplage reste encore en vigueur mais celle de fragmentation est en train de prendre l’ascendant sur elle.

L’EUROPE, MAUVAIS ELEVE PLANETAIRE

Pour le Fonds monétaire international (FMI), l’économie mondiale est, en effet, entrée, dans une phase de fragmentation puisque le dynamisme des pays émergents ne se dément pas tandis que l’Europe n’en finit pas de sombrer dans la récession et que les Etats-Unis s’en tirent mieux même s’ils ont du mal à renouer avec une croissance créatrice d’emplois. Le moteur mondial tournerait ainsi sur trois vitesses différentes, celle des pays émergents, celle des Etats-Unis et celle, la plus lente, de l’Europe. Pour le FMI, cette fragmentation explique pourquoi la croissance du PIB mondial devrait atteindre 3,3% en 2013, une prévision que nombre d’économistes trouvent d’ailleurs optimiste et ne tenant pas suffisamment compte de l’atonie européenne.

Le Fonds a pourtant reconnu la semaine dernière lors de son Assemblée générale que des pays comme Chypre et l’Italie constituent de sérieux motifs d’inquiétude , cela sans compter la situation globale des banques européennes qui ont encore du mal à assainir leurs comptes et à financer l’économie. Plus important encore pour le banquier mondial, les plans d’austérité concoctés par les gouvernements européens pour diminuer les déficits budgétaires semblent n’avoir rien résolu, ayant durement affecté la demande. C’en est même au point où le FMI demande lui-même, de façon plus ou moins assumée, une pause dans les plans d’austérité appliqués en Europe. « Si un pays en a la possibilité, il faut penser à ce qui peut être fait pour réduire le rythme de l’assainissement budgétaire afin qu’il reste crédible mais qu’il n’ait pas trop d’impact négatif sur la demande », a ainsi écrit Olivier Blanchard, le chef économiste du Fonds, évoquant spécifiquement la nécessité pour le Royaume-uni de revoir sa politique de rigueur.

UNE MISE A L’ECART DE L’EUROPE ?

La question de la fragmentation de l’économie mondiale est une menace directe pour l’Europe car elle peut encourager les pays émergents à se détourner peu à peu de cette région et à privilégier les échanges entre eux. D’ailleurs, des pays comme la Chine ou le Brésil ne disent pas autre chose en reprochant à l’Europe de ne pas prendre les mesures nécessaires pour son redémarrage économique et en menaçant d’exclure cette région de leurs projets d’investissement. Autre inconvénient de cette fragmentation, la difficulté à trouver des solutions globales pour résoudre les problèmes économiques globaux. Du coup, une idée reçue de la mondialisation est en train de voler en éclat : non, la globalisation ne signifie pas obligatoirement une synchronisation des cycles économiques entre différentes régions du monde. En clair, il y aura toujours des gagnants et des perdants, n’en déplaise à celles et ceux qui affirment que la mondialisation, c’est la généralisation du modèle « win-win » (gagnant-gagnant).
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lundi 29 octobre 2012

La chronique économique : Le Proche-Orient, Caterpillar et le marché pétrolier

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 24 octobre 2012
Akram Belkaïd, Paris

Comment fonctionnent les marchés pétroliers ? Au-delà de la confrontation entre offre et demande, à quelle logique obéissent-ils ? Répondre avec honnêteté à cette question n’est pas simple. Au-delà de la nécessité d’analyser plusieurs facteurs, souvent interdépendants, il faut aussi croire dur comme fer, ou faire semblant de croire, à l’existence d’une rationalité à toute épreuve y compris en ce qui concerne les tendances les plus contradictoires.

Le Proche-Orient, l’explication passe-partout

Prenons par exemple, ce qui s’est passé sur le marché pétrolier le lundi 22 octobre. En début de séance, à Londres puis, plus tard à New York, les cours du brut ont progressé en raison, selon les analystes, des tensions au Proche-Orient. La guerre civile en Syrie, les troubles au Liban, l’incertitude politique en Egypte sans oublier le dossier du nucléaire iranien, tout cela constitue autant de facteurs haussiers. La chose n’est pas nouvelle et cela fait déjà plusieurs décennies que l’on explique les mouvements erratiques du marché pétrolier par les différents bruits de botte au Proche-Orient.

On relèvera au passage que les points chauds cités ne contribuent guère, ou si peu, à l’offre mondiale d’hydrocarbures. Certes, la Syrie produit de l’or noir et l’Egypte du gaz naturel, mais il est tout de même étrange que des troubles dans ces pays soient systématiquement assimilés à des menaces contre les champs pétroliers de la péninsule arabique et donc contre l’approvisionnement d’une bonne partie de la planète. Ce raccourci géographique équivaut à ce que des troubles en Espagne fassent craindre le pire au Danemark…Mais passons et revenons à la séance du lundi 22 octobre.

Ce jour-là, les cours ont finalement terminé en baisse, le WTI perdant 1,32 dollars à 88,73 dollars et le Brent reculant de 0,7 dollars à 109,44 dollars. Pourquoi un tel repli sachant que la situation au Proche-Orient ne pouvait s’être améliorée en quelques heures ? L’explication avancée par les opérateurs est la suivante : c’est la publication des résultats trimestriels du groupe Caterpillar, premier constructeur mondial d’engins de chantier, qui a inversé la tendance. Il faut savoir que cette entreprise est considérée comme un baromètre de l’industrie mondiale et que la publication de ses résultats est un moment toujours attendu par le marché. Et quand Caterpillar cite la faiblesse de l’économie en Europe et un ralentissement en Chine comme facteurs responsables de la baisse attendue de ses revenus au quatrième trimestre, les opérateurs en déduisent que l’économie mondiale va encore ralentir et, donc, que la demande en pétrole va chuter (ce qui au final, a poussé les prix du brut à la baisse).

Des mouvements plus moutonniers

Voilà donc pour la logique apparente car, on s’en doute, les choses sont bien plus compliquées sachant notamment qu’un marché est aussi une somme d’anticipations. Ainsi, il est certain que de nombreux opérateurs s’attendaient depuis longtemps à ce que Caterpillar annonce des résultats mitigés et qu’ils ont pris des dispositions pour profiter de l’inévitable recul des cours qui allait suivre cette publication. En clair, les explications avancées au fil des séances ne sont pas toujours pertinentes et le comportement vendeur ou acheteur des investisseurs répond à des stratégies bien plus compliquées. Ou bien, diront les esprits lucides, à pas de stratégie du tout sauf à suivre un mouvement moutonnier où chacun cherche à copier les anticipations du voisin… 
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samedi 13 octobre 2012

La chronique économique : Le monde en crise, les dérives de la finance

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 10 octobre 2012
Akram Belkaïd, Paris



Il n’est nul besoin de rappeler que le mot «crise» est l’un des plus employés en ce moment par les médias du monde entier, notamment ceux d’Europe et des Etats-Unis, les deux régions les plus touchées par le ralentissement économique. Mais si ce terme est omniprésent, la compréhension du phénomène est de plus en plus difficile d’autant que cette crise est polymorphe. Elle détraque les économies réelles, creuse les finances publiques et affecte la solvabilité des secteurs bancaire et financier tout en limitant l’investissement mondial à long terme.

UNE CRISE VENUE DE LOIN
Il est donc utile de revenir aux sources de cette crise et d’en comprendre les développements successifs. C’est ce que permet l’ouvrage très détaillé de l’expert international Mustapha Bensahli qui vient d’être publié aux éditions Casbah (*). Spécialiste de finance et de fiscalité, l’auteur décrypte d’abord les «mécanismes déclencheurs de la crise financière», ces derniers résidant essentiellement dans l’éclatement de la bulle immobilière aux Etats-Unis puis en Europe. Mais, on le sait, ce catalyseur que fut l’immobilier n’a pas été la cause structurelle d’une crise qui est loin d’être achevée. Et c’est vers les incroyables dérives de la finance internationale que nous invite à regarder Mustapha Bensahli. Spéculation, obsession du court-terme, sophistication poussée à l’extrême (comme l’a montré le développement spectaculaire de la titrisation et des produits dérivés, à l’image des désormais fameux «Credit Default Swaps» ou CDS) ont miné et la finance mondiale et corrompu l’économie réelle.

Bien entendu, tout cela n’aurait pas été possible sans une dérégulation à tout va, symbolisée par l’abrogation aux Etats-Unis du Glass-Steagall Act, cette loi instaurée après la crise de 1929 pour cloisonner banques d’affaires et banques de détail. Initiée par le duo Reagan-Thatcher, assumée par des gouvernements dits de gauche comme celui de Bill Clinton aux Etats-Unis, de Lionel Jospin en France ou de Tony Blair en Grande-Bretagne, la déréglementation a vu ses effets pervers démultipliés par le contournement des lois restées en vigueur. L’un des meilleurs exemples en la matière a été «l’ingéniosité» des banques à habiller leurs bilans et à passer à travers les mailles du filet des normes comptables internationales. L’auteur détaille aussi les mécanismes de contagion qui ont permis le passage de la crise financière vers l’économie réelle.

Il explique comment cette crise a exigé la mobilisation de capitaux importants, notamment pour se porter au secours des banques, ce qui, au final, a généré une débâcle quasi généralisée des finances publiques européennes mais aussi étasuniennes et japonaises. L’un des chapitres de l’ouvrage dresse, par ailleurs, un panorama détaillé des solutions mises en place pour sortir de la crise ainsi que de leurs conséquences immédiates, à l’image de l’impressionnante série de dégradation des ratings souverains par les agences de notation. Mustapha Bensahli relève aussi le fait que le recours à des dévaluations plus ou moins officielles a été l’un des moyens d’atténuer la crise, ce qui a débouché sur une guerre des grandes monnaies mondiales.

DES SOLUTIONS
L’auteur décrit enfin les différents scénarios de sortie de crise, qu’ils soient conçus par les tenants d’une économie libérale ou par ceux qui défendent un retour en force de l’Etat, non pas comme acteur économique, mais comme force régalienne. Un troisième scénario, plus neutre, est aussi présenté avec, tout de même, ce jugement selon lequel il ne peut y avoir de solution à la crise sans remise en cause ou ajustement en profondeur du dogme du «laisser-faire».
Voilà un ouvrage qui est à la fois didactique et exhaustif et qui a le mérite d’expliciter les mécanismes de ce qui est d’ores et déjà considéré comme étant la grande crise du début du XXIe siècle.

(*) Le monde en crise. Les dérives de la finance. Préface du professeur Hocine Benissad. Casbah Editions.378 pages, 750 dinars (prix indicatif).
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jeudi 29 mars 2012

La chronique économique : LE RETOUR DE LA GRIPPE ESPAGNOLE ?



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Après la Grèce, l’Espagne ? Ce qui n’était qu’une hypothèse négative semble se transformer en catastrophe de plus en plus probable. Depuis plusieurs jours, les taux à long terme que les marchés financiers imposent à l’Espagne sont en train d’augmenter et dépassent même ceux que supporte l’Italie. Cela signifie que les prêteurs doutent de plus en plus de la capacité espagnole à rembourser en temps et en heure ses emprunts. Du coup, l’hypothèse d’une nouvelle crise de la dette dans la zone euro refait son apparition avec la possible nécessité pour l’Union européenne d’accorder d’urgence des prêts de secours à Madrid dont la dette atteint 630 milliards de dollars (soit l’équivalent de 70% du Produit intérieur brut).


UNE VRAIE CRISE STRUCTURELLE
Alarmisme ou pessimisme justifié ? D’un côté, l’Espagne n’est pas la Grèce car elle dispose de plus d’atouts économiques que ce pays. Industries, services, finance, l’économie espagnole est bien plus diversifiée que son homologue hellénique. Mais, d’un autre côté, cela ne saurait cacher le fait qu’elle est encore à la recherche d’un nouveau modèle de développement. L’immobilier, qui a servi de locomotive durant les années 2000, est en détresse tandis que la compétitivité de l’industrie espagnole ne lui permet pas de se développer à l’international. De plus, en 2012, le pays devrait connaître la récession et être donc confronté à une aggravation de son déficit budgétaire. Prévu à 4,4% du PIB, il a été fixé à 5,8% du PIB avec l’aval de la Commission européenne. Et, déjà, des estimations avancent le chiffre de 6,5% de déficit voire plus.
Comme ce fut le cas pour la Grèce, Bruxelles et d’autres pays européens exhortent Madrid à faire des économies afin de réduire ce déficit budgétaire et d’envoyer des signaux susceptibles de rassurer les marchés. Bien entendu, personne ne croit vraiment que l’Espagne va être capable de s’en sortir seule malgré les assurances du gouvernement de droite qui vient de s’installer aux commandes. Une aide financière de l’Europe, voire de la Banque centrale et du Fonds monétaire (FMI) risque fort d’être nécessaire. Et c’est pour précipiter le mouvement que les marchés financiers spéculent actuellement contre l’Espagne. Pour eux, il s’agit de montrer sa défiance de manière à ce que la troïka réagisse au plus vite. Et ce n’est pas un hasard si ces turbulences interviennent la semaine où le gouvernement espagnol doit présenter son budget pour l’exercice à venir. Que les coupes décidées par Madrid – et qui lui valent d’ores et déjà un appel à la grève générale pour le 30 mars prochain (jour de présentation du budget) - soient jugées insuffisantes par les prêteurs et ce sera l’hallali à l’image de ce qui se passe pour la Grèce depuis la fin 2009.

MADRID N’EST PAS ATHENES…
Cela étant, de nombreux observateurs sont convaincus que l’Espagne sera « plus et mieux » aidée que la Grèce, ou tout du moins, moins maltraitée. D’une part, ce pays dispose d’une diplomatie européenne plus active et très introduite dans les rouages de l’Union européenne. De plus, le gouvernement de Mariano Rajoy a promis qu’il serait inflexible en matière de réduction des dépenses publiques ce qui rassure ses partenaires européens. Signe qui ne trompe pas, l’Allemagne et ses dirigeants ne critiquent guère Madrid et se disent même prêts à adapter les outils financiers communautaires pour éviter une crise à la grecque. Reste que la partie est loin d’être jouée d’autant que se profile la perspective d’un bras de fer politique entre Madrid et les provinces espagnoles que le Premier ministre Rajoy veut obliger à réduire leurs dépenses. Une pression qui n’est pas du goût de nombreux Espagnols qui défendent la décentralisation mise en place en 1978. 

A cela s’ajoute bien entendu l’impact social des mesures d’austérité dans un pays où sont apparus les premiers Indignés européens. Un mouvement qui n’a jamais complètement disparu et qui pourrait se radicaliser de nouveau dans les semaines qui viennent.

Le Quotidien d'Oran, mercredi 28 mars 2012
Akram Belkaïd, Paris
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jeudi 26 janvier 2012

La chronique économique : L’AUSTERITE NE MENE PAS A LA CROISSANCE

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 25 janvier 2012
Akram Belkaïd, Paris


Les semaines passent et les gouvernements européens persistent dans une erreur majeure qui dépasse l’entendement. En effet, face à la crise financière et face à la spéculation sur la dette publique et, d’une façon générale, contre l’existence même de la zone euro, il n’est question que d’austérité, de réduction des dépenses publiques, de cure d’amaigrissement sans oublier les incantations récurrentes à propos de réformes structurelles à mener, c’est-à-dire, pour être clair, un retrait accentué de l’Etat et une réduction accrue de ses prérogatives.

UN MAUVAIS CHOIX


Dans l’histoire économique moderne, ce qui se passe actuellement restera comme une première. En effet, c’est la première fois que des Etats, européens en l’occurrence, tentent de faire face à une grave crise économique et financière en pariant sur l’austérité plutôt que sur la croissance keynésienne (intervention de l’Etat pour faire repartir la machine économique). Pour mémoire, la crise de 1929 et ses conséquences avaient été surmontées, du moins en partie, grâce aux politiques actives de relance et d’implication de l’Etat dans la sphère économique. Tel n’est pas le cas aujourd’hui avec des gouvernements tétanisés à l’idée de subir les foudres des agences de notation et des marchés en finançant des programmes de relance.


Pourtant, de nombreuses pistes existent qui mériteraient d’être explorées. C’est le cas, par exemple, de la création d’un système bancaire et financier public qui, débarrassé des exigences de rentabilité annuelle à 15%, pourrait contribuer à financer l’économie et à relancer une activité grippée par l’atonie et la grande prudence du secteur bancaire privé. Ce dernier, bien que disposant d’un accès aux lignes ouvertes par la Banque centrale européenne (BCE), ne semble guère enclin à soutenir les acteurs économiques tels que les PME voire les TPE (très petites entreprises) et les artisans.


Bien entendu, il ne s’agit pas que de se substituer à la finance privée. La situation est d’une telle gravité qu’elle mérite la définition d’un nouveau paradigme économique. C’est en effet de nouveaux modèles de développement qui nécessitent d’être imaginés avec en tête un objectif majeur, celui de la croissance et une contrainte incontournable, celle du respect de l’environnement et de l’adaptation au réchauffement climatique. Jusqu’à présent, l’économie verte n’a été qu’un slogan parmi tant d’autres - on mesure cela en réalisant que nombre de producteurs européens de capteurs solaires sont en faillite - alors qu’il s’agit certainement de l’une des voies de sortie de la crise.

LE POIDS DES LOBBYS

Il faudrait encore que les Etats regagnent un peu du pouvoir qu’ils ont abandonné aux marchés mais aussi aux lobbys et à leurs représentants. Si la mutation de l’économie européenne tarde tant à se faire, à commencer dans le secteur des énergies renouvelables mais on pense aussi à la chimie et au bâtiment, c’est parce que de puissants intérêts financiers estiment que cela mettrait en danger leur rentabilité et donc la rémunération de leurs actionnaires. Dès lors, on est en droit de se demander jusqu’à quel point il faudra que la situation se dégrade pour que les gouvernements européens réalisent enfin que leurs solutions basées sur l’austérité, la dérégulation et la soumission aux marchés financiers appartiennent désormais au passé. 
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mardi 24 janvier 2012

La chronique économique : S&P OU LA FIN DE LA DEMOCRATIE

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 18 janvier 2012
Akram Belkaïd, Paris

La récente dégradation de la note souveraine de la France par l’agence Standard & Poor’s (S&P) démontre une nouvelle fois la perte de pouvoir de la sphère politique au profit du pouvoir et des marchés financiers. 

Mais commençons par relever un premier point. Ce n’est certainement pas un hasard si cette dégradation a été connue un vendredi. En termes de stratégie de communication, c’est le jour où la publication de mauvaises nouvelles est le mieux amortie. En effet, le lendemain, les ventes de journaux sont moins importantes, les gens ont la tête à autre chose et les vedettes des journaux télévisés sont en week-end. Damage control… On est donc en droit de se demander d’où est venue la fuite - c’est le Financial Times qui a donné le premier l’information - sachant qu’en matière de notation, le gouvernement concerné est toujours informé en premier par l’Agence. On peut aussi relever que l’effet d’une telle dégradation est certes négatif pour le gouvernement français, mais il est évident qu’il aurait été bien plus dévastateur si la décision de S&P était tombée en mars ou en avril, c’est-à-dire au plus fort de la campagne électorale. Mais passons…

LES AGENCES : DES ERREURS IMPUNIES

On ne peut s’indigner de l’influence exorbitante que détiennent aujourd’hui les agences de notation, si l’on ne rappelle pas dans le même temps que c’est bel et bien le pouvoir politique qui est complice de cette situation. Au début des années 2000, de nombreuses voix se sont fait entendre pour que le fonctionnement de ces acteurs - payés par l’entité (Etat, entreprise, collectivité locale ou ville) qu’ils notent ( !) - soit plus transparent, mieux encadré et soumis à de vrais contrôles et pare-feu. Que l’on se souvienne du scandale Enron aux Etats-Unis ou de Parmalat en Italie. Que l’on se remémore aussi les errements boursiers des n’importe-quoi.com, sans oublier, plus près de nous, l’incroyable dossier des subprimes notées au plus haut par les agences alors qu’elles ne valaient rien. Et le pire, c’est que rien n’a été fait pour réformer ces agences. Rien n’a été fait pour diminuer leur capacité de nuisance. Et l’on ne peut que se sentir accablé en entendant le Premier ministre de la France suggérer au candidat socialiste François Hollande d’aller présenter son programme à Standard & Poor’s, comme si cette dernière était le grand juge faiseur de présidents ! S&P plus importante que le suffrage universel ? Adieu la démocratie…

UNE AUBAINE POUR LE POPULISME

Mais quel est l’homme politique qui va avoir le courage de dire que les agences de notation ne font rien d’autre que d’émettre des opinions qui n’engagent personne d’autre qu’elles ? Au lieu d’affirmer leur pouvoir et donc leurs responsabilités, les classes politiques européennes se retrouvent dépendantes du bon vouloir de deux ou trois analystes surchargés de boulot, noyés dans des chiffres et des statistiques manipulables à souhait. L’enjeu est de taille. C’est de l’avenir de la démocratie dont il s’agit. On ne change pas un chef de gouvernement pour faire plaisir aux marchés et aux agences de notation (cas de l’Italie). On ne conçoit pas un programme électoral en tenant compte de la réaction possible de S&P, de Moody’s ou autres émetteurs d’opinions (cas de la France). La nature a horreur du vide. A force de se décharger de leurs prérogatives, les dirigeants européens sont en train de faire le lit de forces politiques, certes populistes, mais décidées à remettre la finance et les marchés à leur place, fût-ce au prix d’autres régressions, notamment en matière de droits et de libertés. En refusant de dire «maintenant, ça suffit !», Sarkozy, Monti, Merkel et compagnie préparent des jours difficiles à l’Europe.
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jeudi 5 janvier 2012

La chronique économique : Triste anniversaire pour l'euro

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 4 janvier 2012

L’euro est-il condamné ? Va-t-il disparaître ? Va-t-il s’effondrer face au dollar ou aux autres devises (yen, won ou même yuan) ? Dix ans après la mise en circulation, sous forme fiduciaire de la monnaie unique européenne (elle était en usage dès janvier 1999, notamment sur les marchés financiers), ces questions sont plus que jamais d’actualité. Certes, les dirigeants européens adoptent un discours rassurant et mettent en avant les efforts diplomatiques et institutionnels, déployés depuis plusieurs mois pour faire sortir l’Europe de la crise. Il n’empêche, ce qui se joue actuellement n’est ni plus ni moins que la survie de cette devise, confrontée à la défiance des marchés, dans une conjoncture marquée par une grave crise de la dette des Etats.

LA CHUTE DE L'EURO SEMBLE INELUCTABLE


Un indicateur résume à lui seul l’état d’esprit des investisseurs. Selon la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), l’instance de marché aux Etats-Unis qui régule les marchés dérivés, le nombre de contrats « shortant » l’euro, c’est-à-dire pariant sur sa baisse par rapport au dollar, a atteint un record (au 27 décembre 2011) de 127.900. La CFTC ne supervise qu’une part infime des flux sur le marché euro-dollar (ce dernier représente le tiers des transactions mondiales sur les devises) mais ses données sont un excellent indicateur, sur la tendance globale des marchés de change. Ces derniers connaissent donc une défiance de plus en plus grande, des fonds spéculatifs (ou hedge funds), à l’égard de l’euro. Il faut rappeler que ces fonds ont perdu beaucoup d’argent en 2011, en pariant (en vain) sur la chute de la monnaie unique. Le fait qu’ils maintiennent leurs positions courtes démontre qu’ils restent persuadés que la devise européenne va dévisser en 2012.

Plusieurs facteurs pourraient leur donner raison. Il y a d’abord la persistance de la crise grecque. De nombreux économistes sont désormais convaincus qu’Athènes va faire défaut sur sa dette, au premier semestre 2012. En annonçant son incapacité à faire face à ses échéances de remboursement, le gouvernement grec pourrait ainsi allumer un incendie qui se propagerait aux quatre coins de la zone euro. Une autre menace sur l’euro est la situation des finances publiques espagnoles. Madrid vient en effet, d’annoncer que son déficit public pour cette année sera de 8% du Produit intérieur brut (PIB) et non pas de 6%. En clair, cela veut dire que l’Espagne va devoir emprunter plus que prévu et à des taux plus élevés. Le troisième nuage sur l’euro est l’Italie, pays qui n’est toujours pas tiré d’affaire et qui va devoir mobiliser 430 milliards d’euros en 2012, dans un contexte marqué par une entrée en récession de son économie.

C’est donc un bien sombre anniversaire que les Européens ont célébré le 1er janvier dernier. A bien des égards, la crise de la dette semble hors de contrôle puisque le dernier chiffre des besoins des pays de la zone euro atteint désormais 900 milliards de dollars soit deux fois plus que ce que peut mobiliser le Fonds européen de stabilisation financière. De fait, chaque jour qui passe augmente les besoins de financement des pays européens ce qui met leur devise sous pression au point que de nombreux experts se demandent si la meilleure solution n’est pas tout simplement de revenir aux monnaies nationales (lesquelles seraient, pensent-ils, soumises à moins de contraintes, en matière de finances publiques).

L'ÉCHEC DES EUROCRATES

Cette crise de l’euro marque donc l’échec des politiciens et des experts qui pensaient que la création d’une monnaie unique pouvait être exemptée d’une réflexion sur les convergences fiscales et sociales en Europe. Faute d’avoir mis en place une politique économique commune, adossée à des règles fiscales partagées par tous ses membres, la zone euro est désormais en danger. Bien sûr, l’euro peut encore résister durant des années, ne serait-ce que parce que l’Allemagne continue de le défendre. Pourtant, les doutes entourant sa viabilité vont perdurer ce qui va aggraver les difficultés de financement des pays européens. Or, c’est bien pour l’inverse que l’euro a été créé. D’atout, la devise européenne est en train de se transformer en handicap.



Akram Belkaïd
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mercredi 4 janvier 2012

Chronique économique : Le FMI n'a toujours rien compris

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 28 décembre 2011

Pour guérir, le malade doit encore plus s’affaiblir. C’est, en forçant un peu le trait, la teneur des dernières déclarations de Christine Lagarde, directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), à propos de l’Europe et, à un degré moindre, des Etats-Unis. En effet, la grande argentière multiplie actuellement les déclarations à propos de réformes structurelles qui n’avanceraient pas dans ces deux zones. Dans un entretien accordé au Journal du Dimanche de cette semaine, elle a même estimé que le plan européen de sortie de crise est peu clair et que les investisseurs attendent plus de précisions et de mesures concrètes, notamment sur la question de l’intégration budgétaire.

UN PORTE-PAROLE DES MARCHES

Il n’y a rien de choquant à entendre Christine Lagarde demander plus de cohésion et de clarté aux Européens. Il est vrai qu’il est bien difficile de comprendre quel est le plan de marche du couple franco-allemand. Quelles sont les intentions de Paris et de Berlin ? Va-t-on vers une nouvelle Union européenne ? Va-t-on redéfinir les relations qui existent entre les pays membres de la zone euro et ceux qui n’en font pas encore partie ou qui risquent d’en être exclus ? Et, pour ce dernier cas, que va-t-il se passer pour la Grèce ? Autre question, comment les pays européens comptent-ils refinancer les quelque 500 milliards d’euros de crédits dont les échéances vont tomber au cours du premier semestre 2012 ?

A l’inverse, on peut se demander si la directrice générale du FMI ne se fait pas un peu trop le porte-parole des marchés en mettant en garde contre tout ce qui pourrait gêner leur fonctionnement. Ainsi, critique-t-elle les dispositions prises par de nombreux Etats afin de contrer la libre-circulation des capitaux. Un propos qui, au passage, rappelle la position du Fonds lorsqu’il avait dénoncé la décision de la Malaisie de réinstaurer le contrôle des changes à ses frontières au milieu des années 1990. Depuis, le FMI a admis du bout des lèvres que la décision malaisienne était la bonne. 

«Aujourd’hui, nous voyons certains États relever leurs barrières tarifaires, inventer des obstacles non tarifaires et parfois faire obstacle aux flux de capitaux», a ainsi déploré Christine Lagarde. Or, c’est bien ce qu’il s’agit de faire pour éviter de nouvelles crises. On sait aujourd’hui que c’est la dérégulation, notamment en matière de circulation des capitaux, qui a provoqué nombre de crises financières. Il ne faut pas non plus oublier que le FMI n’a eu de cesse de convaincre des pays, à la situation économique pourtant fragile, de toujours aller plus loin en matière d’ouverture des frontières et de convertibilité de monnaie. Dans quel état seraient aujourd’hui les pays du Maghreb s’ils avaient accepté que leurs devises soient totalement convertibles ? Cette question, le FMI feint de ne pas se la poser tout comme il refuse de tirer des enseignements de ce qui se passe depuis le début des années 2000 en matière de bulles financières et d’effets de la mondialisation sur la baisse des salaires.


A QUAND L’AGGIORNAMENTO DU FMI ?

Le passage de témoin entre Dominique Strauss-Kahn et Dominique Lagarde ne débouchera donc pas sur une remise en cause de la doctrine chère au FMI. On disait que le consensus de Washington était mort et enterré du fait de la crise. C’est évidemment le contraire qui se passe. Continuer à défendre coûte que coûte le libre-échange, quand tant d’emplois ont été détruits et que personne ne sait comment les remplacer, est une position qui ne sert que les multinationales toujours à la recherche du moindre coût horaire. De même, faire croire que la libre circulation des capitaux est bénéfique aux économies, notamment émergentes, relève-t-il d’un dogme auquel des pays comme le Brésil ou la Malaisie ont tordu le cou depuis longtemps. Il serait temps que le FMI et Madame Lagarde le comprennent enfin.

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dimanche 21 août 2011

Akram Belkaïd, journaliste spécialiste des marchés financiers, à «Algérie-Focus.Com» : «On est en train d’atteindre le point haut des contradictions du système néo-libéral»

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Quelle est la nature de la crise de la dette qui frappe l’Europe actuellement ?

Il s’agit d’une crise à plusieurs facettes. Il y a d’abord le fait que les Etats européens font face à des difficultés financières qui les obligent à emprunter sur les marchés financiers pour boucler leur budget. Le problème, c’est que les marchés de la dette commencent à devenir à la fois gourmands et inquiets. Gourmands parce qu’ils aimeraient bien obliger les Etats emprunteurs à payer des taux d’intérêts plus élevés. Inquiets parce qu’ils se demandent si certains Etats ne vont pas être en faillite et décider de ne pas rembourser une partie de leur dette. L’autre aspect de la crise est structurel. On est en train d’atteindre le point haut des contradictions du système néo-libéral.

Si les Etats s’endettent, c’est parce que leurs économies ne sont pas florissantes (ce qui signifie que les entreprises et les particuliers gagnent moins d’argent et paient donc moins d’impôts). Mais, dans le même temps, ces mêmes Etats, comme les Etats-Unis d’ailleurs, n’ont pas cessé de diminuer les impôts des plus riches depuis ces trente dernières années. En renonçant aux rentrées fiscales, les Etats n’ont pas d’autre choix que de s’endetter. C’est pourquoi des personnalités telles que le milliardaire américain Warren Buffet disent qu’il faut que les riches (particuliers mais aussi entreprises) paient plus d’impôts pour équilibrer les comptes des Etats et ne plus s’adresser au marché.

Quel rôle ont joué les agences de notations dans le déclenchement de cette crise ?

Ces agences ont amplifié la crise mais ne l’ont pas déclenchée. Le problème vient d’abord des gouvernements qui n’ont pas cessé de déréguler les marchés financiers et de leur donner de plus en plus de pouvoir. Au lieu d’avoir recours à des politiques néolibérales de diminution des impôts pour les classes les plus aisées, ces gouvernements auraient mieux fait d’éviter de s’endetter autant. En le faisant, ils sont devenus dépendants de l’avis des agences de notation dont chaque décision a pris une tournure exagérée.

C’’est quoi une agence de notation et comment fonctionne-t-elle ?

Une agence de notation évalue les risques que présente un emprunteur de ne pas rembourser sa dette. Cet emprunteur peut être un Etat, une entreprise ou même une collectivité locale. Le mécanisme de fonctionnement est simple. Quand il veut s’endetter sur le marché, l’emprunteur a intérêt à être noté par une agence sinon les investisseurs ne lui prêteront pas d’argent. Dans les faits, c’est l’emprunteur qui demande à être noté et qui paie pour cela. Il s’engage à fournir les informations nécessaires aux analystes de l’agence de notation qui, de manière régulière, font connaître leur avis par une note.

Ainsi le AAA (triple A) signifie que l’emprunteur ne présente aucun risque de défaut. A l’inverse, des notes comme C voire D ou E, signifient qu’il est très risqué de prêter de l’argent c’est pourquoi le marché exige alors d’importants taux d’intérêts. C’est tout l’enjeu de la dégradation. Quand un pays passe de A à B+, cela signifie que, concrètement, il va devoir payer plus pour emprunter. C’est en cela que les agences de notion peuvent torpiller les efforts d’un pays pour stabiliser sa situation financière. Une dernière chose, les Agences de notation ne notent que si elles sont sollicitées par l’emprunteur et payées par ce dernier. De plus, leurs notes sont considérées comme des opinions, du moins aux Etats-Unis, ce qui les rend pratiquement inattaquables sur le plan légal.

L’Algérie est-elle concernée par les élévations des agences de notation telle que Standard and Poor ?

Non. A ma connaissance, l’Algérie n’a pas demandé à être notée. De plus, notre pays a pratiquement réduit sa dette extérieure et ne s’adresse pas au marché obligataire. A l’inverse, la Tunisie a emprunté sur les marchés et sa note a été dégradée au lendemain de la chute de Ben Ali. Cela montre que les agences de notation n’ont qu’une seule obsession : la capacité de remboursement. Le problème au cours de ces dernières années, c’est qu’elles se sont beaucoup trompées. Elles n’ont pas vu venir la crise de l’Internet ni celle des subprimes.
Cela explique leur zèle actuel. Dans un monde parfait, ces agences devraient être encadrées et régulées de manière à ce que la moindre de leur décision ne mette pas le feu aux marchés financiers.

Entretien réalisé par Nassim Brahimi :

Biographie :
Akram Belkaïd, journaliste et essayiste, a travaillé pendant 15 ans au quotidien économique et financier français «La Tribune» où il a notamment suivi les marchés financiers. Il collabore aujourd’hui avec «Le Monde Diplomatique», «SlateAfrique», «Afrique Magazine» et «Le Quotidien d’Oran». Il publie «Etre Arabe Aujourd’hui» aux éditions Carnetsnord (22 septembre).


vendredi 19 août 2011

La chronique du blédard : La crise, la dette publique, les impôts et les enfants de Reagan et Thatcher

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 18 août 2011
Akram Belkaïd, Paris




Où va l'économie mondiale ? C'est la question que des millions de personnes se posent depuis l'été 2007, date des premières secousses provoquées par la désormais tristement fameuse bulle des subprimes. Quatre ans et quelques gros coups de semonce plus tard, la situation s'est détériorée au point que le risque d'une nouvelle «Grande dépression», comparable à celle de 1929, voire plus grave, est bel et bien avéré. Quand des Etats sont menacés de faillite (Grèce mais aussi Portugal, Italie et même l'Irlande), quand l'hypothèse d'un éclatement de la zone euro est sérieusement étudiée par nombre d'économistes, quand la première puissance mondiale, comprendre les Etats-Unis, s'avère incapable de relancer son économie (et de créer des emplois, condition première pour qu'Obama puisse espérer sa réélection), quand la croissance allemande devient négative, quand le franc suisse et l'or, deux valeurs refuge par excellence, sont au plus haut, c'est que les choses vont très mal.

Certes, plusieurs pays émergents affichent des performances économiques étincelantes. La Chine, l'Inde ou le Brésil ne semblent guère affectés par la tempête qui fait actuellement chavirer l'Europe et les Etats-Unis. Mais il ne faut pas se leurrer. Le krach, ou plutôt l'enchaînement de catastrophes financières, boursières et bancaires qui menace l'Europe et les Etats-Unis aura des conséquences pour toute la planète, y compris dans des pays qui, comme l'Algérie, se croient à l'abri grâce à leur rente pétrolière ou à leur économie fermée. En septembre 2008, une panique bancaire mondiale a été évitée de justesse après la faillite de la banque Lehman Brothers. A l'époque, les principales banques centrales avaient paré au plus pressé, en jouant le rôle de prêteur de dernier recours et en injectant de l'argent dans les circuits bancaires pour permettre aux banques de se financer.

Aujourd'hui, la situation n'est plus la même car ce sont les Etats qui sont fragilisés. Obligés de s'endetter pour combler leurs déficits budgétaires, ils sont à la merci de marchés financiers qui semblent désormais échapper à tout contrôle. Et c'est sur ce point qu'il faut s'attarder un peu. Pourquoi les déficits budgétaires de la plupart des pays développés ont-ils explosés ? Le discours habituel servi par nombre de gouvernements, qu'ils soient de droite ou dits de gauche, affirme que c'est dû à l'augmentation des dépenses publiques. Du coup, la solution aux problèmes du moment paraît simple. Il faudrait réduire ces dépenses pour que tout aille mieux, et c'est d'ailleurs ce que le Fonds monétaire international (FMI) et l'Union européenne (UE) ont imposé à la Grèce. Le mot austérité est ainsi sur toutes les bouches ce qui signifie des coupes dans les programmes sociaux, dans les aides publiques et dans les budgets de santé, de culture et d'éducation. «C'est le prix à payer. La situation est trop grave pour ne pas faire de sacrifices» sont les propos qui justifient ces restrictions.

En réalité, la cause de ces déficits budgétaires se trouve ailleurs. Depuis trente ans, les pays développés ne cessent de diminuer les impôts notamment ceux des plus riches. Ronald Reagan et Margaret Thatcher ont été les précurseurs de ces politiques où l'endettement public a servi à compenser la baisse des impôts. Depuis, les Etats développés sont tous engagés dans une fuite en avant où le recours au marché de la dette – recours qui impose d'être évalué par une agence de notation – a permis de diminuer la pression fiscale. Et le plus grave dans l'affaire, c'est que ces baisses d'impôts sont inégalitaires car ce n'est pas tomber dans un populisme de bas-étage que de dire que ce sont les classes les plus aisées qui en ont profité le plus. Qu'il s'agisse du bouclier fiscal en France ou des baisses d'impôts décidées par Bush (et maintenues par lui alors que son pays entrait en guerre contre l'Irak, du jamais vu dans l'histoire des Etats-Unis), l'équation est la même. La dette publique, supportée par tous, sert à remplacer l'argent qui n'est pas pris aux plus riches, qu'il s'agisse de particuliers ou, plus scandaleux encore, d'entreprises qui pratiquent l'évasion fiscale légalisée notamment grâce aux paradis fiscaux mais aussi grâce à un jeu complexe de transferts financiers entre leurs différentes filiales. Et, dans l'affaire, ce sont bien entendu les classes moyennes qui trinquent le plus.

Pour bien comprendre l'aspect scandaleux de cette situation, il faut méditer les propos suivants du milliardaire américain Warren Buffet : «Tandis que les pauvres et les classes moyennes se battent pour nous en Afghanistan, et alors que la majorité des Américains se débattent pour nouer les deux bouts, nous, les méga-riches, continuons de bénéficier de nos extraordinaires niches fiscales». Tout est dit et on ne peut suspecter «l'oracle d'Omaha» d'être un dangereux communiste. L'homme, comme d'autres de ses pairs fortunés, a compris que le privilège fiscal, qu'il s'appelle niche, abattement ou bouclier, concourt à miner une société et à préparer des lendemains de violence, d'émeutes populaires voire de révolutions. Et signalons au passage que, contrairement à 1929, les écarts de richesse entre pauvres et fortunés ne se sont pas réduits mais ont, au contraire, augmenté.

Comment alors interpréter le fait que les dirigeants européens, ainsi qu'Obama d'ailleurs, préfèrent persister dans les programmes d'austérité plutôt que de revenir à des politiques fiscales plus volontaristes. Il y a bien sûr la persistance de la concurrence fiscale entre les Etats. Mais il y surtout l'idéologie. On a tort de penser que la crise actuelle sonne le glas du néolibéralisme et des thèses de Milton Friedmann et des ses partisans. Bien au contraire, pour eux c'est l'occasion ou jamais de faire encore plus «maigrir la bête», c'est-à-dire l'Etat, voire de la tuer. Faire diminuer la taille de l'Etat, remettre en cause les programmes inspirés par le socialisme (santé, retraites, éducation, emploi), c'est l'objectif jamais abandonné par les enfants de Reagan et Thatcher. Ils sont bien décidés à ne pas lâcher prise et à enterrer définitivement l'Etat providence. Cela dans un contexte d'apathie générale des classes moyennes qui donne à penser qu'ils sont peut-être près d'atteindre leur objectif.

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