Lignes quotidiennes

Lignes quotidiennes
Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
Affichage des articles dont le libellé est Charlie Hebdo. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Charlie Hebdo. Afficher tous les articles

samedi 17 janvier 2015

Nos mains tendues : Un dialogue en fraternité entre Jean-Claude Guillebaud et Akram Belkaïd

_
Jean-Claude Guillebaud, journaliste, essayiste et écrivain m'a accueilli dans la chronique qu'il publie chaque semaine dans Sud-Ouest dimanche. Ce texte a été bouclé le vendredi 9 janvier 2015, deux jours après l'attaque sanglante contre la rédaction de l'hebdomadaire Charlie Hebdo mais avant l'autre attentat, celui contre une épicerie casher de l'est parisien.
Voici notre dialogue en Fraternité.


Sud-Ouest Dimanche,
Dimanche 11 janvier 2015


Nos mains tendues

Mon cher Akram,

Après la tuerie de mercredi dernier, il m’a semblé que nous devions partager cette chronique. Comme on se rapproche dans les pires moments. Nous sommes amis depuis quinze ans. Nous sommes tous les deux algérois, croyants et pratiquants : toi musulman, moi chrétien. Tu as quitté l’Algérie en 1995, pendant les « années noires », et moi en 1947, quand mon père a regagné la Charente. J’ai été ton éditeur au Seuil et depuis lors notre amitié s’est approfondie. Tu m’as aidé à comprendre ce que pouvaient ressentir, au plus profond d’eux-mêmes, les Français musulmans. Nos concitoyens.

Nous sommes retournés ensemble dans cette Algérie où je n’étais plus allé depuis l’âge de 3 ans. Tu m’as aidé à retrouver mon pays natal, et les Algériens m’ont fait fête. Nous avons longuement discuté d’Albert Camus en cheminant dans les ruines lumineuses de Tipasa, qu’il aimait tant. Nous sommes allés nous recueillir sur la tombe de Pierre Claverie, l’évêque d’Oran, assassiné en août 1996 par les islamistes, puis sur celles des sept moines de Tibhirine, enlevés et tués la même année.

Je n’oublierai jamais ces moments, Akram. Tu priais dans ta foi et moi dans la mienne mais nous étions plus fraternellement réunis que jamais. Par la suite, nous avons discuté cent fois de ces germes d’intolérance qui, à tout moment, pouvaient ressurgir chez les tiens comme chez les miens. Nous nous promettions de nous mettre toujours en travers de ces dérives meurtrières ou de ces amalgames islamophobes. Il s’agirait, dans ces moments-là, d’être unis, réunis, alliés, amis et inflexibles dans le respect de l’autre. Nous y sommes.

C’est pourquoi je t’ai proposé cette signature commune. Je te remercie d’en avoir immédiatement compris l’intention. Vient un moment où échanger des idées ne suffit plus. Il faut un geste personnel, simple et clair. Existe-t-il quelque chose de plus clair et de plus simple que deux mains tendues ?

Restons ensemble, Akram.

 
Mon Cher Jean-Claude,

Je profite de l’occasion pour te dire, en prenant à témoin tes lecteurs habituels, combien notre amitié et nos discussions régulières, toi le catholique et moi le musulman, me sont encore plus précieuses aujourd’hui. La France ne va pas bien et elle souffre d’autant plus qu’elle est menacée par des forces de destruction qui ont déjà mis à mal cet autre pays qui nous unit : l’Algérie où tu es né. Nous sommes tous les deux croyants et, pour l’essentiel, nous partageons les mêmes valeurs. J’ai appris de toi la nécessité de toujours faire une place à l’espérance. Mais je t’avoue mon inquiétude.

J’ai souvent vu des unions nationales nées de circonstances tragiques voler en éclat au bout de quelques jours en raison de chamailleries politiques ou de vieux ressentiments mal soignés. Tu le sais, nous en avons souvent parlé, les Français musulmans sont un ensemble hétéroclite. Certains sont de vrais dévots, d’autres sont des « muslim light » qui ne mettent jamais les pieds dans une mosquée et dont la pratique se limite au jeûne du ramadan. Mais une chose est sûre : dans leur très grande majorité les uns  et les autres sont horrifiés par le carnage dont vient d’être victime « Charlie Hebdo ». Ce dégoût, ils l’éprouvent d’abord en tant qu’êtres humains et comme citoyens français.

Comme eux, j’entends des gens nous demander de condamner ce hideux terrorisme en tant que musulmans, comme si cette condamnation ne tombait pas sous le sens ? Serions-nous vus comme des êtres différents, incapables d’éprouver l’humanité et la compassion que partagent les Français ? Tu te souviens sans doute de ce prêtre du monastère de Tibhirine qui avait encouragé ses paroissiens occasionnels (le groupe de chrétiens que nous guidions) à aller vers les musulmans. Aujourd’hui, l’urgence est la même : appeler sans relâche nos coreligionnaires respectifs — chrétiens et musulmans — à aller les uns vers les autre, à se rencontrer et à se parler. Dans le respect et la fraternité.
_

Passage TV5, Kiosque Spécial Charlie-Hebdo

_
Dimanche 11 janvier 2015 

 Après l'assassinat de 12 personnes dans la rédaction de l'hebdomadaire satirique par de jeunes djihadistes français, après une traque dans Paris qui aura fait encore 8 morts, dont les 3 terroristes, la France se réveille déboussolée et les Français marchent dans un sursaut d'unité nationale accompagnés de nombreux pays solidaires…


Pour voir l'émission :

http://www.tv5monde.com/cms/chaine-francophone/Revoir-nos-emissions/Kiosque/Episodes/p-29984-Charlie-Hebdo-assassine.htm


_

Passage sur Les Matins de France Culture, jeudi 15 janvier 2015

_
Alors que l’Observatoire syrien des droits de l’homme a annoncé le 1er janvier qu’en 2014 plus de 76 000 personnes ont trouvé la mort en Syrie, cette guerre sera-t-elle sans fin ? Quels sont les rapports de force sur le terrain entre les acteurs du conflit ? Les attentats en France vont-ils faire changer la stratégie militaire de la communauté internationale en Syrie ? Et le combat international contre l’Etat Islamique va-t-il profiter à Bachar-El-Assad ?
Bassma Kodmani et Akram Belkaïd Maïwenn Guiziou © Radio France
A ces questions, nos trois invités vont tenter de trouver des réponses. Nous recevons aujourd’hui Bassma Kodmani, politologue, directrice de l'Initiative Arabe de Réforme et membre fondatrice du Conseil national syrien qu’elle a quitté en août 2012. Elle a écrit plusieurs ouvrages sur le monde arabe comme Abattre les murs. Les Arabes et leurs craintes aux Éditions Liana Lévi en 2008 ou encore dirigé Les Etats arabes face à la contestation islamiste, ouvrage qui est sorti en 1997 chez Armand Colin. Est également présente Valérie Crova, reporter au service étranger de la rédaction de France Culture. Elle revient d’Alep en Syrie. Ainsi que Akram Belkaid, journaliste et essayiste. Il est aussi l’auteur de plusieurs ouvrages dont Etre arabe aujourd'hui publié chez Carnets Nord en 2011 et plus récemment Retours en Algérie : des retrouvailles émouvantes avec l'Algérie d'aujourd'hui paru en 2013 chez le même éditeur.

Pour écouter l'émission :

http://www.franceculture.fr/emission-les-matins-a-l%E2%80%99occasion-du-premier-forum-international-organise-par-l%E2%80%99institut-du-monde-ara

_

vendredi 16 janvier 2015

La chronique du blédard : France, et maintenant ?

_
Le Quotidien d’Oran, jeudi 15 janvier 2015
Akram Belkaïd, Paris

C’était beau. Oui, il faut le dire et s’y arrêter quelques lignes. Les marches du 11 janvier, à Paris et dans d’autres villes, étaient belles, impressionnantes. C’est beau un peuple qui se découvre, qui réalise, répète et clame que l’amour et la paix devraient être plus forts que la haine et la violence. C’est beau des gens qui fraternisent, des inconnus qui se parlent, des visages qui rient après les pleurs et l’angoisse, des mains qui se serrent, des baisers qui s’échangent. Une telle communion est si rare. Oui, c’était beau, malgré les risques, malgré la présence de ces chefs d’Etat ou de gouvernement, ministres, responsables et anciens dirigeants qui, hypocrites et calculateurs, ont marché alors que l’on connaît leurs crimes contre la liberté d’expression…

Mais ensuite ? Que restera-t-il de toute cette fraternité, de ce qui a été très (trop ?) vite  proclamé « esprit du 11 janvier » ? La réponse va dépendre de la manière dont sera résolue ou non cette équation à plusieurs inconnues qui caractérise depuis longtemps la France. Il était déjà peu aisé d’imaginer comment ce pays allait évoluer avant les attentats des 7 et 9 janvier, cela sera encore plus difficile car cette équation s’est compliquée.  Dans ces colonnes, il a déjà été question il y a quelques années du philosophe Nassim Nicholas Taleb, le « penseur de l’improbable », qui a développé la fameuse théorie du cygne noir selon laquelle un événement rare – ou jugé peu probable - peut avoir d’importantes conséquences sur le long terme (*). C’est bien cela qui vient d’arriver.

Pour faire face à l’avenir, il faudrait que les causes structurelles de ces actes criminels soient clairement identifiées et analysées. Il ne s’agit pas de ressasser à l’envi des thèmes qui fâchent mais il est impossible d’imaginer que l’on puisse faire l’économie d’un tel questionnement, le mieux étant qu’il soit collectif et, surtout, qu’il ne soit pas abandonné aux seuls politiques. Pourquoi donc la France a-t-elle subi ces attentats menés par des enfants qui sont nés sur son sol, qui y ont grandi, qui y ont été « éduqués » ? Bien entendu, il n’y a pas qu’une seule explication, ce dernier mot, rappelons-le ne signifiant aucunement excuse.

Commençons par le contexte international. Malgré ce qui s’est passé les 7 et 9 janvier, de nombreux Français n’ont pas encore pris conscience que leur pays est en guerre. Non pas une guerre interne contre je ne sais quel ennemi caché ou autre cinquième colonne mais un conflit au-delà des frontières de l’Hexagone. Ou plutôt, des conflits. Aujourd’hui le Sahel et l’Irak, hier l’Afghanistan et la Libye, demain peut-être la Syrie et, de nouveau, la Libye. Il s’agit bien de guerres qu’elles soient ou non lointaines. Et, d’ailleurs, le concept de guerre lointaine n’existe plus dans un contexte de mondialisation où les images des « dégâts collatéraux » d’un drone peuvent être mises presque instantanément en ligne. La France est en guerre et, de cela, beaucoup trop de gens ne sont pas conscients pensant, naïvement, que leur pays est un havre inattaquable et étanche. On pourra discuter longuement si ces interventions à l’étranger sont légitimes ou non. Le fait est qu’elles exposent l’Hexagone à des attaques et à des représailles. Commentant les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, le général Giap, figure emblématique du combat vietnamien contre l’armée américaine, avait eu cette réflexion : « Ces gens (comprendre Al-Qaida) ont porté leur combat sur le sol de l’ennemi ce que nous ne pouvions réaliser ou envisager ».  Contrairement au Vietminh qui était conscient de la nécessité de ne pas s’aliéner l’opinion publique américaine, ceux que la France combat au Sahel et en Orient entendent rendre coup pour coup quelles que soient les conséquences. En ce sens, la question des caricatures publiées par Charlie Hebdo n’est qu’un prétexte et les dirigeants français semblent réticents à expliquer cela à leur peuple.

L’autre élément est bien entendu d’ordre interne. Combien de fois nous faudra-t-il encore nous lamenter sur les échecs des différentes politiques d’intégration ? En 2005 puis en 2007, après les émeutes de banlieue, un concert de voix unanimes avait décrété le « plus jamais ça ». Depuis, rien ou presque n’a été fait. Des quartiers en entiers restent à l’abandon, livrés aux caïds de la drogue, mal desservis par les transports, oubliés par le service public. Les minorités visibles demeurent cantonnées aux marges et ne sont sollicitées qu’en cas de problème. L’islam est devenu un thème permanent de débats négatifs, tranchés, souvent en l’absence même des concernés. Plus grave encore, même les phénomènes positifs, c'est-à-dire l’intégration silencieuse et réussie d’une bonne partie des communautés musulmanes, sont niés et occultés. En 2005, après les émeutes, j’avais écrit que l’intégration devrait figurer au rang des grandes causes nationales, peut-être même la seule cause nationale. Habitat, déségrégation spatiale, accès à une bonne éducation, emploi : cela devrait être la priorité des priorités. Cela reste le parent pauvre des programmes gouvernementaux obnubilés par la réduction des déficits. Ces assassins ne sont pas sortis de nulle part. Ils sont le produit de la société française. Là aussi, il serait aventureux d’ignorer cela et de ne pas réfléchir sérieusement à cette question.

La France est un pays en panne de projets nationaux. Ses élites monochromes, bouffies de certitudes, de préjugés et de paternalisme à l’égard des minorités, refusent de prendre la mesure de l’incroyable réajustement du monde que cela soit sur le plan économique mais aussi religieux et spirituel. Empêtrées dans des débats à la petite semaine, elles ne veulent pas avoir le courage d’admettre que leur pays est en perte de vitesse parce qu’il est incapable de se redéfinir, de couper ses branches mortes et de laisser d’autres bourgeons éclore. Parce qu’il est incapable d’admettre que son identité a changé avec la présence de 5 millions de musulmans sur son sol. Pendant des années, au lieu d’en tirer de la force, il a fait mine, par simples soucis électoraux, d’en faire un problème. A force de tergiversations, de fausses promesses et de renoncements quant à une vraie politique d’égalité des chances, ce problème est devenu réalité. Et, tandis que l’heure tourne, que l’échéance présidentielle de 2017 est déjà dans toutes les têtes, que le discours musulmanophobe reprend de la vigueur et que, hélas, d’autres nervis rêvent certainement à de nouvelles attaques, il y a fort à craindre que l’élan unificateur de la marche du 11 janvier ne se perde dans les brumes de l’hiver.

(*) Lire, Cygne noir ou le monde de l’Extremistan, 7 février 2008.

_

jeudi 8 janvier 2015

La chronique du blédard : Chronique d’un drame annoncé

_
Le Quotidien d’Oran, jeudi 8 janvier 2015
Akram Belkaïd, Paris

C’est une chronique écrite il y a plus de deux ans, quelques jours après les attentats perpétrés par Mohamed Merah dans le sud de la France. Après réflexion, je n’ai pas voulu la publier. Peut-être pour conjurer le mauvais sort, pour éviter d’avoir à jouer le rôle d’oiseau de mauvais augure. Aujourd’hui, ce mercredi 7 janvier, alors que, comme des milliers de personnes, je suis encore sous le choc de l’attaque terroriste contre l’équipe de l’hebdomadaire Charlie Hebdo, je la cherche dans mon ordinateur mais je ne la trouve pas. Peut-être l’ai-je effacée. Pour ne pas avoir à la ressortir. Pour ne pas avoir à vivre ces moments difficiles que nous sommes nombreux à avoir pressenti. Mais il ne sert à rien de chercher à éviter l’inévitable. Il ne sert à rien de s’opposer à des mécaniques infernales enclenchées par des inconscients et des apprentis-sorciers.

Dans cette chronique, j’évoquais cette peur récurrente que je ressens depuis des années, parfois au détour d’une réflexion, d’une lecture, d’une rencontre, d’une interview ou d’une simple prémonition. Cette peur était, elle est encore, celle d’un attentat d’envergure qui viserait Paris ou un autre endroit de la France. Un attentat qui serait perpétré par un groupe islamiste armé et qui stupéfierait l’opinion publique avant qu’elle ne bascule dans la colère, l’amalgame et la haine durable. Plusieurs de mes confrères partageaient – partagent encore - cette appréhension. Depuis les attentats du 11 septembre 2001, depuis ceux de Madrid en 2004 et ceux de Londres en 2005, nous savions que cela était possible. Que cela devait tôt ou tard arriver. Nous y sommes. Une grande vague de merde déferle sur la France et il va falloir nager à contre-courant…

A chaque incident, à chaque fait divers, nombre de maghrébins vivant en France (ou en Europe) ont le même réflexe, la même pensée initiale, égoïste. Pourvu que l’auteur ne soit pas un musulman. Pourvu que celui qui a tué n’ait pas prononcé le nom du Créateur. Pourvu qu’il ne jette pas la honte et l’anathème sur des communautés tétanisées à l’idée de faire et refaire la une des médias. Pourvu qu’il s’agisse d’un extrémiste d’un autre camp. Je me souviens ainsi de ce que m’avait avoué un confrère indonésien vivant aux Etats-Unis. En 1995, après l’attentat d’Oklahoma City, en apprenant que l’auteur était un extrémiste blanc, il avait soupiré de soulagement, oubliant que des dizaines de personnes avaient péri dans cette attaque à la voiture piégée.

Ce qui vient de se passer à Paris est effroyable. Pour les Algériens, cela va rappeler les 110 journalistes assassinés par les groupes armés durant la terrible décennie des années 1990. Cela va réveiller de mauvais souvenirs, de vieilles angoisses que l’on croyait oubliées. C’est une entrée dans l’inconnu d’autant plus angoissante que personne ne sait, à l’heure où est écrite cette chronique, qui est l’auteur de cette attaque (l’un des assaillants aurait lancé avoir « vengé le Prophète »). Du coup, les vœux de bonne année, les bonnes résolutions, tout cela devient tellement dérisoire. Dans les prochains jours, nous allons vivre au rythme des nouvelles, des talk-shows, des péroraisons permanentes des spécialistes en tous genre et, peut-être, au rythme d’autres mauvaises nouvelles. Est-ce un acte isolé ? Est-ce le début d’une campagne de terreur ? On le saura bien assez tôt…

Il ne faut pas se voiler la face. Malgré le discours unitaire et raisonnable du président François Hollande, il va y avoir des représailles. L’islamophobie si vive ces derniers temps, va en être exacerbée. Des milliers de personnes vont payer pour les actes d’extrémistes qui doivent savourer leur triomphe. Les lignes de fractures étaient déjà béantes, elles vont s’aggraver. Les islamophobes, les tenants de la théorie du « grand remplacement », les racistes de tous poils vont pouvoir triompher et répandre leurs idées nauséabondes. Les attentats du 11 septembre 2001 ont libéré la parole raciste et xénophobe. Il est à craindre que ce qui vient de se passer à Paris en fasse de même.

Les musulmans vont de nouveau être sommés de condamner cette atrocité. Qui saura reconnaître (admettre ?) qu’eux-aussi sont indignés et écœurés ? Dans un tel contexte, faire entendre une voix nuancée, qui condamnerait sans aucune équivoque cette tuerie mais qui refuserait les amalgames, sera difficile. Il le faudra pourtant. Il faudra dire et répéter que cet attentat est odieux, qu’il n’a ni excuse ni justification. Et, dans le même temps, il faudra dire et répéter que revendiquer cette condamnation ne signifie pas que l’on se joint aux apprentis-sorciers qui sèment la haine entre communautés depuis des années.

Il est des journées que l’on n’oublie pas. Celle du mercredi 7 janvier a commencé tôt dans le froid glacial et dans la brume poisseuse qui enveloppait la capitale française. Elle a commencé avec une émission de radio où le service public a tendu un micro plutôt complaisant, ou tout du moins mal préparé, à un écrivain islamophobe patenté. En somme, un début de journée plutôt banal. Et puis s’est affichée sur mon écran la première dépêche annonçant la tuerie. C’est ainsi que j’ai compris qu’il me faudrait ressortir cette chronique longtemps mise de côté…
------
P.S. L’auteur de cette chronique adresse ses condoléances les plus sincères aux familles des victimes de l’attentat contre l’hebdomadaire Charlie Hebdo. Il a aussi une pensée pour tous les proches des journalistes et intellectuels algériens que cette tuerie va brutalement renvoyer dans un passé de larmes et de douleurs.
_

mercredi 7 janvier 2015

Un chemin étroit pour les musulmans de France

_
Rester digne, solidaire, amoureux de la justice, de la liberté d'expression et du droit pour chacun de choisir sa voie.
Ne pas subir la culpabilité collective que l'on peut vouloir nous faire endosser et ne pas trouver la moindre excuse ou justification aux salopards qui ont commis ces meurtres.
La voie est étroite mais il n'y en a pas d'autre.
Tristesse, abattement mais conviction que la vérité et la justice finissent toujours par triompher.
Courage à toutes et à tous. Il ne faut pas désespérer. Gardons la tête haute et le buste droit.
_