Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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dimanche 31 janvier 2016

La chronique du blédard : Monologue du pizzaiolo inquiet

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 21 janvier 2016
Akram Belkaïd, Paris

Ah, non, ça ne va pas ! Je ne vais pas vous mentir. Les affaires vont mal, très mal. Il y a des jours, où je sais que je n’ai pas besoin de venir travailler. Les soirs où, d’habitude, je faisais vingt couverts, je n’en fais plus que trois ou quatre. Les gens ne sortent plus, ils ont peur. Ce n’est pas une histoire d’argent. L’argent, il y en a malgré la crise. C’est la peur. Moi aussi, j’ai peur. Bien sûr, on est dans un quartier éloigné mais quand même… On ne sait jamais. La dernière fois, il y a une moto qui s’est arrêtée juste en face. J’ai eu l’impression que le gars me regardait. En fait, il parlait au téléphone, vous savez, avec ces portables qui sont collés au casque. J’ai eu peur. Quelques secondes… Ça suffit à gâcher toute une soirée.
 
Bon, les gens savent d’où je viens. Après les attentats de janvier de l’année dernière, j’en ai entendu des choses. Chaque matin, j’allais marcher dans le parc pendant une bonne heure, juste pour chasser l’angoisse. Un type vous demande une pizza aux légumes et ensuite, sans raison, il commence à lâcher sa colère contre l’islam, les immigrés, les migrants, la guerre en Syrie et je ne sais quoi d’autre. Surtout, ce que je ne supporte pas, c’est qu’on me pose des questions du style : « pourquoi ‘vous’ faites des choses comme ça ? » ou alors « pourquoi ‘vous’ ne dites rien ? » ou bien « vous vous rendez compte que ‘vous’ exagérez ? ».

Vous ! Vous ! Vous ! Moi, je n’ai rien fait. Je me lève le matin, je travaille, je sers les clients, je prépare les pizzas, je cuisine des pâtes à l’ail ou aux fruits de mer à quelques habitués et puis c’est tout. Les histoires du bled, pour moi, elles restent au bled. Je ne vois pas pourquoi ça me suivrait ici. Attention, je ne dis pas que la politique ça ne m’intéresse pas. Je suis devenu français il y a quinze ans. Alors je vote et je dis ce que je pense. Quelqu’un qui n’aime pas les arabes ou l’islam, je le critique. Ce n’est pas parce qu’il y a des terroristes qui sèment la sauvagerie au nom de ma religion que je vais me taire. Mais bon, c’est difficile. Rien n’est simple. Les gens ont peur. Et quand on a peur, on peut dire n’importe quoi. On peut blesser les gens. J’ai des habitués qui me disent, « oui, mais toi tu n’es pas comme les autres ». Ils ne se rendent même pas compte que ça fait mal ce genre de phrases. Ils croient me faire plaisir. C’est tout le contraire.
 
Je disais qu’en janvier 2015, les gens parlaient beaucoup. Ils disaient des choses désagréables mais au moins il pouvait y avoir un échange avec eux. Et moi, même si je souffrais, j’avais au moins la possibilité de me défendre, d’essayer d’expliquer. Quand on parle avec les gens qu’on connaît, et qu’on sait qu’ils ne sont pas mauvais, il y a toujours du positif. On apprend, on corrige des manières de voir. On sait ce que l’autre ressent et pense. C’est plus sain. Mais là, depuis novembre dernier et les tueries de Paris, c’est un peu le silence. Je sens que ça bouillonne mais c’est comme si chacun gardait ses idées en attendant d’agir. On parle du PSG, de Marseille, du temps qui se détraque et des travaux dans le quartier et on évite le reste. Mais chacun pense des choses qu’il n’a pas encore envie de dire…
 
Moi, j’ai de la chance. Je suis seul. Je n’ai pas d’employés. Je connais des pizzerias qui vont bientôt fermer si ça continue. Elles sont passées d’un chiffre d’affaires de cinq mille euros par jour à quatre cent ou cinq cent euros. Les patrons paient les salaires de leur poche. Là, ils attendent tous la fin de l’hiver en se disant qu’au printemps, les gens vont recommencer à sortir de chez eux. Je l’espère aussi. Il faudrait que le PSG aille le plus loin possible en Coupe d’Europe. Ça n’a l’air de rien mais je vous garantis que ça compte pour le moral, même pour les gens qui ne suivent pas le foot. Ça crée une ambiance, la télé et les radios en parlent. Mais la question, la vraie, c’est qu’est-ce qu’on va faire si jamais ça recommence ? Parce que là, les Français sont divisés entre eux. Si ça recommence, ça va être terrible. Normalement, quand il y a une guerre, on se serre les coudes. Là, j’allume la télévision, comme samedi soir chez Ruquier, et je vois des engueulades et des insultes.
 
Il y a des collègues, des Maghrébins comme moi, qui pensent à fermer quelques temps. Moi, je leur dis et vous allez faire quoi ? Au bled, c’est pire. Ici, vous avez une clientèle, des gens qui vous connaissent. C’est ici qu’il faut continuer à avancer. Seulement, l’un d’eux m’a fait remarquer qu’aucun homme politique ne leur dit ça. Est-ce que finalement, ça n’arrangerait pas beaucoup de monde si on s’en allait ? Je ne sais pas…. En tous les cas, sur la nationalité, moi je ne vais pas choisir. Je resterai français. De toutes les façons, en Algérie, comme au Maroc et en Tunisie, les gouvernements de là-bas n’accepteront jamais qu’on renonce à notre passeport. On trouvera les moyens de s’arranger. Je le sais. En Belgique, avant, les Marocains devaient renoncer à leur nationalité pour devenir belges. Les ambassades leur donnaient un papier bidon et quand ils étaient naturalisés, ils récupéraient leur passeport.
 
La dernière fois, il y a une vieille du quartier qui m’a dit « et vous, vous vous sentez quoi ? ». Je l’aime bien. C’est une grande spécialiste de l’Italie. J’apprends des choses avec elle que je ressors aux autres clients pour les impressionner. Elle m’a fait réfléchir. J’ai fini par lui dire « moi, je me sens du quartier ». Et c’est vrai. Mon monde, mon vrai monde, c’est ma famille qui vit ici et les clients, les collègues, les gens que je vois tous les jours. Tant que je peux vivre tranquille avec eux, ça ira.
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jeudi 19 février 2015

Pierre Rosanvallon, à propos de la marche du 11 janvier à Paris, du Pacte républicain et du vivre ensemble

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- Extraits d’un entretien accordé au quotidien Le Monde daté du 12 février 2015 (propos recueillis par Nicolas Truong).
- Pierre Rosanvallon est Professeur au Collège de France,  historien et analyste des phénomènes de défiance démocratique.

A propos de la marche du 11 janvier :
« Nous avons d’abord vu le rassemblement d’une communauté d’effroi et d’interrogations  (…) Loin de manifester une véritable union nationale, cette communauté d’effroi a immédiatement fait apparaître le caractère problématique de cette prétendue unité (…) Une partie de la population ne s’est pas retrouvée dans ces manifestations. Une partie du pays est resté en retrait (…) C’est la fracture entre une France impliquée et une France marquée par un sentiment d’abandon, submergée par les difficultés personnelles, qui se sent marginalisée. »

A propos de l’universalisme français :
 (…) « Les appels au séparatisme se multiplient partout dans le monde, une société d’éloignement dans laquelle les groupes sociaux tendent à se regrouper entre personnes qui se ressemblent, se met progressivement en place. Les inégalités grandissantes accentuent en outre le phénomène. La France n’échappe pas à ce délitement. »

A propos du Pacte républicain :
« En France, on continue à parler d’immigrés à propos de personnes qui sont intégrés depuis deux ou trois générations. On ne dirait jamais de Nicolas Sarkozy qu’il est immigré parce que son père est issu de la petite noblesse hongroise. De même, Manuel Valls, dont le père était un peintre catalan. On appelle aujourd’hui ‘immigrés’ ceux qui incarnent la mémoire et la mauvaise conscience de ce que l’universalisme français a raté, avec au premier chef l’expérience algérienne (…) Les questions d’intégration ne sont pas simplement en France de l’ordre de la pratique quotidienne, elles remuent également un ensemble de rêves brisés. Car, si l’Algérie n’est pas devenue française, ce n’est pas simplement du fait de la révolte des Algériens, mais aussi parce que les autorités rêvaient et mentaient. Elles parlaient d’universalisme mais refusaient l’égalisation des niveaux de vie. Il y a eu une désoccidentalisation de ces populations à la mesure des déceptions et des échecs qui se sont répétés sur le terrain de l’intégration. »

A propos de la laïcité
(…) Le mot laïcité est devenu trop élastique : pour certains, il désigne techniquement la neutralité de l’Etat, pour d’autres, un idéal de vie sociale harmonieuse où les individus n’auraient plus de classes sociales, de religions, d’histoires… Il faut se méfier de cette vision enchantée. Il faut apprendre le vivre-ensemble non pas grâce à une série d’interdictions, mais par une réflexion commune et permanente sur ce qui le rend possible ou difficile (…) La République, ce n’est pas que des procédures et des lois. C’est aussi ces ‘institutions invisibles’ que sont la confiance et la légitimité. Et plus encore ces règles de civilité qui s’appellent respect, responsabilité, que la devise républicaine a réunies sous le terme générique de fraternité. »
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mardi 17 février 2015

Peter Sloterdijk à propos du terrorisme et du consensus mou dans les sociétés occidentales

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Extraits d'un entretien accordé au Quotidien Le Monde daté du 12 février 2015 (propos recueillis par Nicolas Truong).
Peter Sloterdijk est philosophe, professeur de philosophie et d’esthétique à la Hochschule für Gestaltung de Karlsruhe.

(...)
Le Monde.- S’agit-il d’un véritable choc des civilisations, entre un pays qui accepte de tout moquer et un autre univers traversé par un regain des dogmes et des interdits ?
Peter Sloterdijk.- Les meurtriers ne sont pas du tout les messagers d’une guerre de civilisation ni d’une quatrième guerre mondiale. Il s’agissait de simples criminels à la recherche de la gloire. Ils étaient des tueurs de la société du spectacle. Les sociétés modernes sont celles des apparences multiples qui ne soutiennent plus les identifications simplistes. Les catholiques français pourraient se déclarer mille fois plus « offensés » que les musulmans. Pourtant, ils ne tuent pas. La véritable question est complètement différente : « A quoi sert le terrorisme ? » Pour faire vite on peut dire : à souder une nation qui se croit agressée, à donner à l’appartenance européenne ou américaine un peu plus de consistance. Sans un élément de paranoïa, les grands corps sociaux qu’on appelle « sociétés » perdraient de leur cohérence. En un mot, dans la perspective de la realpolitik, si le terrorisme n’existait pas, il faudrait l’inventer.
Comment combattre la fabrique nihiliste et djihadiste de nos sociétés ?
Les sociétés modernes sont des ensembles tièdes. Si rien ne leur arrive, elles peuvent se permettre de vivre avec un minimum de convictions fermes et un presque rien de résolution cohérente. Or, il nous est arrivé quelque chose. La solidarisation de l’Europe entière avec la France après les attentats restera un geste inoubliable. Cela veut dire qu’il suffit d’élever un peu la température de nos convictions. Il faut voter pour une forme de vie moins paresseuse.
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lundi 9 février 2015

La chronique du blédard : La parole, une urgence française

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 5 février 2015
Akram Belkaïd, Paris
 
Que faire ? C’est la question que beaucoup se posent depuis les attentats des 7 et 9 janvier à Paris. Cette interrogation concerne un large champ de possibilités et de domaines. D’une personne à l’autre, le « que faire ? » n’est pas fondé sur les mêmes préoccupations. Certains, assez nombreux, n’ont pour seule obsession que cela ne recommence plus, que les « autres » ne puissent plus frapper et cela sans réfléchir aux raisons, au terreau socio-politique qui a favorisé ce drame. Dans une discussion, dans un débat, ici ou là, cela transparait à travers leurs propos martiaux, leurs appels à la fermeté, en France et ailleurs, leur envie de guerre dans ce « là-bas » diffus et informe dont, trop souvent hélas, ils ne savent rien. Leur envie aussi, non pas de guerre – le mot serait trop fort – mais de poigne de fer dans les banlieues, dans tous ces endroits où se tapirait la menace djihadiste. Ils applaudissent sans réserve à la convocation d’un gamin de huit ou dix ans au commissariat. Ils oublient ce qu’est un gosse, ce qu’il peut dire comme bêtises sans que ses parents n’en soient tenus pour responsables. On leur raconte les pays de l’Est à l’époque communiste. Les pères et mères terrorisés à l’idée que leur ado ou pré-ado se moque, par provocation ou bravade, du Parti, du camarade Staline ou du KGB. Ils haussent les épaules. Ils voient de la graine de djihadiste partout. La peur les aveugle et a donné des ailes à leur raison.
 
L’une des règles du « vivre-ensemble », formule peu satisfaisante car elle induit une certaine forme de résignation face à l’altérité de l’autre, est de rassurer celui qui a peur. Comment faire ? Face à celui qui profère des énormités parce qu’il se sent vulnérable, parce qu’il tremble pour lui et les siens, parce que son histoire personnelle et familiale remonte à la surface, on peut être tenté par la colère, l’emportement et la rupture. Mais il faut raison garder. Bien sûr, l’avalanche de bêtise qui déferle en ce moment sur les ondes n’arrange pas les choses. Le mieux, dans ce genre de circonstances, est de distinguer le grain de l’ivraie. Les énormités proférées par des politiciens en mal de voix en provenance de l’électorat habituel du Front national ne sont pas chose nouvelle. Cela va même aller en empirant au cours des prochains mois. Ce n’est pas avec eux qu’il faut raisonner. Les politiciens, hantés par les courbes des sondages, n’ont pas peur. Ils n’ont peur de rien d’ailleurs et, comme cela est dit dans les Tontons flingueurs, c’est à ça qu’on les reconnaît… Mention spéciale à ce sujet à Nathalie Kosciusko-Morizet qui a affirmé que des enfants arrivent en retard le matin à l’école parce que leurs parents les emmènent d’abord à la mosquée (affirmation démentie par les syndicats de l’éducation tandis que, précisons-le, l’intéressée a fait son mea-culpa).
 
Revenons à monsieur tout-le-monde. Exposé à un flux permanent de mauvaises nouvelles dès son réveil (il faudra un jour s’attarder sur le rôle joué par les matinales des radios dans la diffusion de l’angoisse), il est évident qu’il peut avoir du mal à faire face. Il est évident que cette violence, jusque-là inconnue à l’intérieur des frontières de l’Hexagone (depuis au moins une vingtaine d’années) ne peut le laisser indifférent. D’un autre côté, à l’autre bout de la chaîne de la peur, il y a ces gens décrits dans une chronique précédente. La peur des musulmans, qu’ils soient ou non de nationalité française. La peur des Juifs aussi qui ne peut être ignorée ou minimisée. Au milieu, des dizaines de milliers de gens qui ont des idées, des propositions et qui aimeraient contribuer à ce que la peur disparaisse. Ou, du moins, qu’elle ne fasse pas faire des bêtises. Dans ce genre de situation, la seule option est la parole. Et c’est là que l’on constate à quel point la France est un pays où cette dernière est confisquée. Bien sûr, la liberté d’expression existe. Bien sûr, la parole est abondante grâce au flux médiatique. Mais qui parle ? Qui peut parler ? Toujours les mêmes, répondra-t-on. Il y a quelques jours, j’ai assisté à un débat sur l’islam en France. Deux interventions de haute facture, stimulantes, mais je ne suis pas sûr que c’était cela que le public présent attendait ou souhaitait. Ce que les gens veulent aujourd’hui, c’est parler. C’est se parler les uns aux autres. C’est se dire ce qu’ils pensent et ne pas rester assis sagement à écouter telle ou telle personnalité, aussi légitime soit-elle à s’exprimer et à éclairer l’assistance grâce à un propos érudit.
 
J’ai longtemps pensé que cette confiscation qui ne dit pas son nom ne concernait que les communautés maghrébines avec ce schéma habituel qui pourrait alimenter quelques chroniques sarcastiques : à la fin du débat, quand vient le temps, très limité, des questions, un troll s’empare systématiquement du micro pour un long monologue sur le thème du « je n’ai pas de question mais je souhaite dire que… ». En fait, c’est une amie, habituée des débats politiques en tous genres, qui m’a expliqué que cela concernait la France entière. Partout, les gens souffrent d’un déficit de leur propre parole. On leur parle, mais on ne leur permet guère de s’exprimer. Voilà qui explique, en partie, pourquoi les échanges sont aussi virulents sur le net. Ce n’est que l’indice d’une immense frustration. Celle de ne pas avoir la capacité de se faire entendre.
 
Que faire ? Les colloques, les grandes messes organisées sous tel ou tel haut patronage ne sont pas inutiles. Mais ce n’est pas le plus urgent. Il y a nécessité à organiser des temps de parole, fussent-ils modestes-, pour tous et cela sans flonflons ni arrière-pensées promotionnelles. Et, dans le climat délétère actuel, les musulmans de France doivent être les premiers à prendre ce genre d’initiative. Pas parce qu’ils seraient coupables par ricochets ou qu’ils devraient avoir mauvaise conscience mais simplement pour montrer qu’eux aussi sont des citoyens qui participent à la vie de la Cité.
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jeudi 29 janvier 2015

La chronique du blédard : Comme une impression de déjà-vu

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 29 janvier 2015, Paris
Akram Belkaïd, Paris
 
Le sentiment de déjà-vu provoque toujours une sensation de malaise, d’incompréhension et de réel étouffé. Et il est très dérangeant de l’éprouver à échéances rapprochées, comme si la mémoire s’emballait soudainement, faisant tomber le couvercle d’un puit de hantises et d’inconforts. C'est ce qui m’arrive ces derniers jours. Les attentats de Paris avaient déjà réveillé de mauvais souvenirs avec leur cortège d’interrogations et de peurs. Près de trois semaine après le drame, le déjà-vu réside d’abord dans cette angoisse qui ne dit pas son nom et qui se résume par cette simple question : à quand la prochaine attaque ? A quand cette prochaine tragédie qui, selon le moral du moment, semble plus ou moins inéluctable. Tout le monde y pense mais rares sont ceux qui en parlent ouvertement. Par le silence, par l’évitement, on cherche à conjurer le mauvais sort. Mais la menace et la crainte sont tellement prégnantes qu’il ne sert à rien d’éluder le sujet. Passées la sidération, la colère et la mobilisation, est venu le temps du flottement. Celui où l’on se dit qu’il faut continuer de réfléchir et d’agir quand, dans le même temps, on a malgré tout l’impression d’avancer dans un tunnel obscur où se tapirait un ennemi invisible.
 
Le déjà-vu se retrouve aussi dans cette ambiance délétère où le n’importe-quoi le dispute au manque de retenue et de sang-froid. Les peines de prison ferme s’abattent ou risquent de le faire sur des gens, parfois de simples mineurs, trop vite accusés d’apologie du terrorisme. Exemple : un pauvre gars, certes pas franchement intelligent, voit sa voiture emmenée par la fourrière et se met à insulter les policiers : le voici dans de beaux draps avec la perspective de passer trois ans au zonzon. Et que dire de cet enfant de huit ans (huit ans !!!) convoqué au commissariat pour « apologie du terrorisme ». Silencieuse, pour ne pas dire absente, lors des premières heures ayant suivi les attentats, la ministre de la justice, Christine Taubira, s’est fendue le 12 janvier d’une circulaire appelant les parquets à la plus grande fermeté. Un appel plus qu’entendu. Quelques jours et plusieurs lourdes condamnations plus tard, le syndicat français de la magistrature a fini par réagir avec ce lucide rappel : « C’est plus que jamais lorsque l’effroi nous saisit et bouscule tous les repères que la justice doit faire preuve de sérénité ». Dans les milieux de gauche, il est d’usage de ne jamais critiquer la ministre, surtout après les attaques racistes qu’elle a subies, mais on relèvera tout de même que certaines circonstances ont parfois pour conséquence de mettre bas les masques, y compris les plus séduisants…
 
Dans la langue anglaise, le terme « flap » désigne un mélange de panique, de sidération et de désarroi. Dans sa biographie romancée d’Asmahane, l’écrivaine Marie Seurat l’utilise ainsi pour décrire l’état de la population anglaise du Caire au fur et à mesure de l’avancée des troupes allemandes de Rommel. Bien sûr, Paris et la France n’en sont pas là. Mais cette agitation frénétique gagne tous les terrains à commencer par celui des médias. Déjà-vu est donc ma sensation quand j’entends des journalistes – je ne veux pas utiliser le terme de confrères – se transformer en va-t-en guerre et réclamer plus de bombardements, plus d’actions militaires ici ou là. Déjà-vu, quand on entend des spécialistes, ou réputés tels, nous expliquer qu’il faut plus de sécurité, plus de verrouillage, plus de surveillance, plus de caméras dans les rues des villes. Autrement dit, moins de liberté car, c’est bien connu, c’est en restreignant la liberté du peuple que l’on terrorise les terroristes. « Flap », sont les médias quand ils courent comme des poulets sans tête après l’islam et les musulmans. De fait, « comment réformer l’islam » est devenu le sujet à la mode. On discute et on (dé)raisonne comme si l’affaire pouvait être réglée en une décade. Comme s’il suffisait de lancer quelques « yaka » et « fokon » pour que, demain, des milliers d’imams se mettent à militer pour la laïcité. Il est certain que le sujet est fondamental mais il ne concerne pas uniquement la France. Mieux, cela se joue à l’extérieur de ses frontières tout comme, d’ailleurs, les conflits dans lequel ce pays s’est impliqué sans que sa population - et ses représentants élus - n’aient vraiment eu voix au chapitre.
 
Déjà-vu, est ma sensation quand j’entends ou couvre les rares débats concernant la question sociale. Désormais tout tourne autour du fameux mot « apartheid » prononcé par le Premier ministre Manuel Valls. Mais non pas pour trouver les solutions pour l’abattre au plus vite (ce sera tout de même plus facile et plus rapide que de renouveler la pensée islamique) mais pour juger ou non de sa pertinence. Et nous voici donc revenus dix ans en arrière, au lendemain des émeutes de banlieues, à l’automne 2005. Que de promesses avaient été faites alors. C’était sûr, les populations reléguées trouveraient enfin leur place. Les élites – monochromes, on ne l’écrira jamais assez – sauraient se pousser un peu et être généreuses à l’égard de celles et ceux qui n’ont pas eu la chance de naître dans des milieux favorisés ou instruits. Dix ans plus tard, hormis quelques initiatives emblématiques (comme notamment les efforts de Sciences-Po pour atténuer l’emprise des phénomènes de reproduction sociale), le terrain de l’égalité des chances et de la mobilité vers le haut reste en jachère.
 
Sensation de déjà-vu enfin, quand on entend les analyses des médias « mainstream », radios et quotidiens, notamment celui du soir, nous expliquer que le Front national est désormais hors-jeu. Out parce que sa patronne a décidé de ne pas se joindre à la grande manifestation du 11 janvier. Prendre ses désirs pour la réalité est une grande caractéristique de cette presse qui n’a pas vu venir Jean-Marie Le Pen au deuxième tour de la présidentielle en 2002 ou qui a ouvertement milité pour le « oui » au Traité constitutionnel de 2005. Marine Le Pen n’est pas simplement en embuscade. Elle est surtout fidèle à sa stratégie de singularisation. Dans quelques mois, celle qui a le sens tactique et électoral de ne pas stigmatiser ceux qu’elle désigne désormais par l’expression « mes concitoyens musulmans », saura rappeler qu’elle ne s’est pas associée à un rassemblement où étaient présents quelques piètres défenseurs de la liberté de la presse. Il reste à espérer que le retour prévisible à l’inertie gouvernementale en matière de politique sociale ne fera pas le reste en lui offrant un boulevard pour 2017...
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samedi 24 janvier 2015

La chronique du blédard : Monologues en peurs et colères

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 22 janvier 2015
Akram Belkaïd, Paris

Paris, quatorzième arrondissement, une pâtisserie. Première halte.
Après les attentats, j’ai pensé fermer la pâtisserie pour quelques jours mais mon mari m’a convaincue de ne pas le faire. Il m’a dit que les gens du quartier diraient que je me sens coupable, que j’ai peur. Ou alors que c’est la preuve que je suis complice. Je ne me sens pas du tout coupable et certainement pas complice. Je n’ai rien à voir avec ces assassins. Je n’ai pas honte non plus. Ils n’appartiennent pas à mon monde, à ma famille, à ma culture et encore moins à ma religion. Je suis en colère contre eux. Je suis en colère contre le gouvernement français qui n’a rien fait depuis des années pour empêcher que ça n’arrive. Mais j’ai surtout peur. Ah ça oui. Vous le voyez bien, je suis seule derrière le comptoir. Déjà, en temps habituels, je ne suis pas tranquille. Mais là… Hier, il y a une femme qui est entrée en me foudroyant du regard. Pourtant, c’est une cliente régulière. Elle m’achète toujours des gâteaux ou des pizzas et des cocas. Là, elle n’a rien dit. Elle m’a juste regardée avec méchanceté et puis elle est ressortie sans un mot. Je ne l’ai plus revue depuis. Il y a en a une autre, une habituée elle aussi, qui m’a dit : « j’ai bien réfléchi. Je vous achète quand même quelque chose ». Je n’ai pas eu le courage de lui demander ce que voulait dire ce « quand même ». En temps habituels, je l’aurais fait. Mais là, je baisse la tête, je me tais et je ferme mes oreilles. Qu’est-ce que je peux faire d’autre ? Je ne vais pas dire que j’entends des horreurs toute la journée. Au contraire. Il y a eu des mots gentils. Des gens qui m’ont dit qu’ils ne faisaient pas d’amalgame. Mais il suffit d’un regard de travers, d’une réflexion venimeuse pour que ma peur revienne. Je suis française mais là, je ne suis plus qu’une musulmane qui a peur.

Paris, sixième arrondissement, une pizzeria. Deuxième écoute.
Au début, j’ai accroché l’affiche « Je suis Charlie ». C’est un client qui m’a conseillé de le faire. Il m’a dit, « cette affiche va vous éviter des problèmes. Ça va faire du bien à la clientèle ». Il n’avait pas tort, c’est vrai que la plupart des gens étaient contents de voir la pancarte. Ça m’a rassuré aussi même si un client m’a dit « vous, c’est plutôt ‘je suis chariâ que vous devriez accrocher ». Un pauvre type, oui, mais un pauvre type que je vois tous les jours. Bien sûr que j’ai peur. Si jamais la situation se dégrade, on va payer pour des crimes que d’autres ont commis et avec lesquels on n’est pas d’accord. Ensuite, j’ai réfléchi. Je me suis demandé ce que ça veut vraiment dire « je suis Charlie » et est-ce que je le suis vraiment ? J’ai été sur internet, j’en ai parlé avec le libraire. Moi, je suis Charlie s’il faut dire non à la violence et aux attentats. Par contre, je ne peux pas être Charlie si ça veut dire qu’on est d’accord avec leurs dessins. Chacun a le droit d’avoir un avis, non ? Bon, je n’ai pas enlevé l’affiche mais ça a fini par me créer des problèmes. Il y a des clients maghrébins qui m’ont dit que je n’avais pas de personnalité. Mais les menaces sont venues de deux barbus en qamiss. C’était vendredi dernier, juste après la grande prière. Ils sont restés dehors. Au début, j’ai pensé qu’ils lisaient le menu. En fait, ils me regardaient à travers la vitrine, goguenards. L’un d’eux a pointé le doigt vers l’affiche puis il m’a fait signe que non. Ensuite, ils sont partis. Ça a suffi pour que j’en perde le sommeil. J’ai enlevé la pancarte. Maintenant, il y a des clients qui me demandent où elle est passée.

Paris, douzième arrondissement, une épicerie cacher. Une halte nécessaire.
J’ai peur. Ce qui est arrivé à Vincennes n’est pas un hasard. Il y a eu Merrah avant, ne l’oubliez pas. Dans la communauté, on sait que Coulibaly voulait d’abord s’en prendre à une école juive de Montrouge. Je sais que ça agace tout le monde qu’on parle de cette peur. Oui, ça agace les gens surtout vous, les Maghrébins. Il faut se dire les choses franchement, non ? J’ai des clients maghrébins, des gens de Tunisie, comme moi. On se parle droit dans les yeux, c’est comme ça qu’on se respecte. Ils me disent qu’on en fait trop. Ça veut dire quoi trop en faire quand des gars tuent délibérément des personnes de sa propre communauté ? Moi, j’ai peur et ça me met en colère de savoir qu’on pense qu’on joue la comédie. J’ai peur de voir un gars débarquer dans mon magasin et d’ouvrir le feu. A chaque fois qu’un client que je ne connais pas rentre dans le magasin, j’ai mon ventre qui se serre. Comme on n’est pas loin du périphérique, je me dis que je suis une cible facile, qu’on peut s’en prendre à moi parce que les possibilités de s’échapper sont plus nombreuses qu’au centre-ville. J’ai peur pour ma famille, j’ai peur pour mes enfants. Je ne veux pas qu’on me parle de Netanyahou ou de Gaza. Je veux juste qu’on comprenne que la peur, ma peur, est réelle. On ne joue pas la comédie. On ne fait pas ça pour que les gens s’apitoient. Il y a des familles qui sont terrorisées. Qui se disent qu’il faut quitter ce pays. Je sais, oui, il y a aussi des musulmans qui ont peur. Et alors ? On va tous partir ? Ou alors on va tous se balader avec une arme ? C’est ça qui risque d’arriver parce que la peur, ça fait dire et faire beaucoup de bêtises. J’aimerais juste qu’on me rassure. C’est tout. Oui monsieur, je suis juif et j’ai peur.
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samedi 17 janvier 2015

Nos mains tendues : Un dialogue en fraternité entre Jean-Claude Guillebaud et Akram Belkaïd

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Jean-Claude Guillebaud, journaliste, essayiste et écrivain m'a accueilli dans la chronique qu'il publie chaque semaine dans Sud-Ouest dimanche. Ce texte a été bouclé le vendredi 9 janvier 2015, deux jours après l'attaque sanglante contre la rédaction de l'hebdomadaire Charlie Hebdo mais avant l'autre attentat, celui contre une épicerie casher de l'est parisien.
Voici notre dialogue en Fraternité.


Sud-Ouest Dimanche,
Dimanche 11 janvier 2015


Nos mains tendues

Mon cher Akram,

Après la tuerie de mercredi dernier, il m’a semblé que nous devions partager cette chronique. Comme on se rapproche dans les pires moments. Nous sommes amis depuis quinze ans. Nous sommes tous les deux algérois, croyants et pratiquants : toi musulman, moi chrétien. Tu as quitté l’Algérie en 1995, pendant les « années noires », et moi en 1947, quand mon père a regagné la Charente. J’ai été ton éditeur au Seuil et depuis lors notre amitié s’est approfondie. Tu m’as aidé à comprendre ce que pouvaient ressentir, au plus profond d’eux-mêmes, les Français musulmans. Nos concitoyens.

Nous sommes retournés ensemble dans cette Algérie où je n’étais plus allé depuis l’âge de 3 ans. Tu m’as aidé à retrouver mon pays natal, et les Algériens m’ont fait fête. Nous avons longuement discuté d’Albert Camus en cheminant dans les ruines lumineuses de Tipasa, qu’il aimait tant. Nous sommes allés nous recueillir sur la tombe de Pierre Claverie, l’évêque d’Oran, assassiné en août 1996 par les islamistes, puis sur celles des sept moines de Tibhirine, enlevés et tués la même année.

Je n’oublierai jamais ces moments, Akram. Tu priais dans ta foi et moi dans la mienne mais nous étions plus fraternellement réunis que jamais. Par la suite, nous avons discuté cent fois de ces germes d’intolérance qui, à tout moment, pouvaient ressurgir chez les tiens comme chez les miens. Nous nous promettions de nous mettre toujours en travers de ces dérives meurtrières ou de ces amalgames islamophobes. Il s’agirait, dans ces moments-là, d’être unis, réunis, alliés, amis et inflexibles dans le respect de l’autre. Nous y sommes.

C’est pourquoi je t’ai proposé cette signature commune. Je te remercie d’en avoir immédiatement compris l’intention. Vient un moment où échanger des idées ne suffit plus. Il faut un geste personnel, simple et clair. Existe-t-il quelque chose de plus clair et de plus simple que deux mains tendues ?

Restons ensemble, Akram.

 
Mon Cher Jean-Claude,

Je profite de l’occasion pour te dire, en prenant à témoin tes lecteurs habituels, combien notre amitié et nos discussions régulières, toi le catholique et moi le musulman, me sont encore plus précieuses aujourd’hui. La France ne va pas bien et elle souffre d’autant plus qu’elle est menacée par des forces de destruction qui ont déjà mis à mal cet autre pays qui nous unit : l’Algérie où tu es né. Nous sommes tous les deux croyants et, pour l’essentiel, nous partageons les mêmes valeurs. J’ai appris de toi la nécessité de toujours faire une place à l’espérance. Mais je t’avoue mon inquiétude.

J’ai souvent vu des unions nationales nées de circonstances tragiques voler en éclat au bout de quelques jours en raison de chamailleries politiques ou de vieux ressentiments mal soignés. Tu le sais, nous en avons souvent parlé, les Français musulmans sont un ensemble hétéroclite. Certains sont de vrais dévots, d’autres sont des « muslim light » qui ne mettent jamais les pieds dans une mosquée et dont la pratique se limite au jeûne du ramadan. Mais une chose est sûre : dans leur très grande majorité les uns  et les autres sont horrifiés par le carnage dont vient d’être victime « Charlie Hebdo ». Ce dégoût, ils l’éprouvent d’abord en tant qu’êtres humains et comme citoyens français.

Comme eux, j’entends des gens nous demander de condamner ce hideux terrorisme en tant que musulmans, comme si cette condamnation ne tombait pas sous le sens ? Serions-nous vus comme des êtres différents, incapables d’éprouver l’humanité et la compassion que partagent les Français ? Tu te souviens sans doute de ce prêtre du monastère de Tibhirine qui avait encouragé ses paroissiens occasionnels (le groupe de chrétiens que nous guidions) à aller vers les musulmans. Aujourd’hui, l’urgence est la même : appeler sans relâche nos coreligionnaires respectifs — chrétiens et musulmans — à aller les uns vers les autre, à se rencontrer et à se parler. Dans le respect et la fraternité.
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Passage sur Les Matins de France Culture, jeudi 15 janvier 2015

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Alors que l’Observatoire syrien des droits de l’homme a annoncé le 1er janvier qu’en 2014 plus de 76 000 personnes ont trouvé la mort en Syrie, cette guerre sera-t-elle sans fin ? Quels sont les rapports de force sur le terrain entre les acteurs du conflit ? Les attentats en France vont-ils faire changer la stratégie militaire de la communauté internationale en Syrie ? Et le combat international contre l’Etat Islamique va-t-il profiter à Bachar-El-Assad ?
Bassma Kodmani et Akram Belkaïd Maïwenn Guiziou © Radio France
A ces questions, nos trois invités vont tenter de trouver des réponses. Nous recevons aujourd’hui Bassma Kodmani, politologue, directrice de l'Initiative Arabe de Réforme et membre fondatrice du Conseil national syrien qu’elle a quitté en août 2012. Elle a écrit plusieurs ouvrages sur le monde arabe comme Abattre les murs. Les Arabes et leurs craintes aux Éditions Liana Lévi en 2008 ou encore dirigé Les Etats arabes face à la contestation islamiste, ouvrage qui est sorti en 1997 chez Armand Colin. Est également présente Valérie Crova, reporter au service étranger de la rédaction de France Culture. Elle revient d’Alep en Syrie. Ainsi que Akram Belkaid, journaliste et essayiste. Il est aussi l’auteur de plusieurs ouvrages dont Etre arabe aujourd'hui publié chez Carnets Nord en 2011 et plus récemment Retours en Algérie : des retrouvailles émouvantes avec l'Algérie d'aujourd'hui paru en 2013 chez le même éditeur.

Pour écouter l'émission :

http://www.franceculture.fr/emission-les-matins-a-l%E2%80%99occasion-du-premier-forum-international-organise-par-l%E2%80%99institut-du-monde-ara

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