Lignes quotidiennes

Lignes quotidiennes
Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).

lundi 24 août 2015

Aux origines climatiques des conflits

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Dans un article (*) publié par Le Monde Diplomatique du mois d'août, la journaliste Agnès Sinaï, rappelle que le dérèglement climatique est aussi une cause de conflits. Ainsi, est avancée l'idée que le réchauffement climatique a influé sur les événements du Printemps arabe de 2011.
Extraits :

- “Entre 2006 et 2011, la Syrie a connu la plus longue sécheresse et la plus importante perte de récoltes jamais enregistrées depuis les premières civilisations du Croissant fertile.” (...)
 
- “L’effondrement du système agricole syrien résulte d’un jeu complexe de facteurs dont le changement climatique, une mauvaise gestion des ressources naturelles et la dynamique démographique. Cette ‘combinaison de changements économiques, sociaux, climatiques et environnementaux a érodé le contrat social entre le gouvernement, catalysé les mouvements d’opposition et irréversiblement dégradé la légitimité du pouvoir d’Assad’, estiment Francesco Femia et Caitlin Werrell, du Centre pour le climat et la sécurité. Selon eux, l’émergence de l’Organisation de l’Etat islamique et son expansion en Syrie et en Irak résultent en partie de la sécheresse. Et celle-ci ne relève pas seulement de la variabilité naturelle du climat”.

- Concernant les conséquences de la sécheresse et des tempêtes de sable de 2010-2011 en Chine, l'article note que, “la perte de récolte a en effet contraint Pékin à acheter du blé sur le marché international. La flambée du cours mondial qui s’est ensuivie a alimenté le mécontentement populaire en Egypte, premier importateur mondial de blé, où les ménages consacrent couramment plus du tiers de leurs ressources à la nourriture. Le doublement du prix de la tonne de blé, passé de 157 dollars en juin 2010 à 326 dollars en février 2011, a été fortement ressenti dans ce pays très dépendant des importations. Le prix du pain a triplé, ce qui a accru le mécontentement populaire contre le régime autoritaire du président Hosni Moubarak”. (Référence : The Arab Spring and Climate Change, The Center for Climate and Security, Washington, DC, Février 2013)

(*) Aux origines climatiques des conflits, Agnès Sinaï, Le Monde Diplomatique, août 2015._


 
 
 

dimanche 23 août 2015

Extrait de « Boutros Boutros Ghali, une histoire égyptienne » d’Alain Dejammet

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"Fin septembre 1973, les attachés militaires étrangers en poste au Caire sont invités à suivre un exercice de défense passive dans une caserne de la ville. Les sirènes hurlent, les fourgons des pompiers, les ambulances se ruent en désordre, se télescopent ; de fausses victimes qui gisaient à terre suite à un simulacre de bombardement, deviennent de vrais blessés, clamant au secours tandis que l...e tumulte et la cacophonie envahissent la scène et déchaînent l’hilarité des témoins diplomates. Retour dans leurs ambassades, ceux-ci se libèrent en récits sarcastiques sur l’indescriptible état d’impréparation de l’armée égyptienne. Les Israéliens peuvent dormir tranquilles.
Quelques jours plus tard, début octobre, cette même armée égyptienne, objet de tous les quolibets, franchit le canal, perce la ligne Bar Lev, bouscule les défenses israéliennes (le chef de l’aviation, Hosni Moubarak, se distingue). A New York, le Conseil de Sécurité se réunit avec, comme de coutume, l’objectif immédiat d’un cessez-le-feu. Israël sur le recul ne dit pas non. C’est paradoxalement l’Egypte qui manœuvre, avec l’appui des Russes, pour faire traîner le débat dans l’espoir que son offensive se développe. Assez vite cependant les Israéliens, rééquipés en force par un pont aérien voulu par Kissinger, font valoir que le temps – celui d’amorcer une contre-offensive – travaille désormais pour eux."


(*) Erik Bonnier Editions, 469 pages, 23 euros.
Pour en savoir plus : http://orientxxi.info/…/boutros-boutros-ghali-une-histoire-…

samedi 22 août 2015

La chronique du blédard : Monologue de celui qui a regardé un film de dauphins

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 20 août 2015
Akram Belkaïd, Paris

Bon, ils m’ont demandé de rester pour regarder un film avec eux et leurs enfants. Au début, j’ai dit non. Un film en famille, ce n’est plus possible. La honte, khô… Maintenant, même dans les dessins animés, il y a des « scènes ». Les gamins, ils savent tout du khichibichi à dix ans ! Ils ont insisté en me disant que ce serait une histoire de dauphins et là, j’ai tout de suite dit oui. Les films de dauphin, c’est un truc spécial. Ça me parle. A toi aussi, non ? On a tous grandi avec Flipper. Tu te souviens ? Ha ha ! Sandy, Bud et ses tâches de rousseurs, le ponton, les espadrilles, les cordes et puis leur père qui passait son temps dans sa vedette avec sa radio et son uniforme bien repassé. J’ai entendu parler de Coral Key avant même de savoir ce qu’était la Floride ! Flipper, khô ! A la plage, on imitait tous sa marche arrière et son drôle de cri. Creep-Creep-Creep !
 
Bon, donc le film commence. L’histoire d’un endroit à la fois parc et hôpital pour animaux marins. Au début, ils te montrent un grand bassin avec deux dauphins à l’intérieur. L’un d’eux n’a pas de queue. Efface ce sourire s’il te plaît ! Il est handicapé, alors ils lui mettent une prothèse. Des fois, il y a le public qui vient et donc le dauphin nage avec deux ados et une athlète handicapée. Une superbe femme à qui il manque un bras. Du coup, je commence à me dire que l’affaire va tourner autour d’elle et du patron du parc. Rien du tout… Sur ce, tu as un cormoran fou qui commence à faire des siennes. Là, je pense que c’est un clin d’œil à Hitchcock, peut-être que les oiseaux vont attaquer et que les dauphins vont sauver l’humanité. Bref, une qar3a, un navet habituel, mais un gentil navet. Tu parles…
 
Tout de suite après, le dauphin qui n’a pas de queue commence à se comporter bizarrement. Il manque même de blesser  l’un des ados qui plonge avec lui et qui a l’air d’être encore plus sérieux qu’un comptable suisse. Là, tu as le choix. Tu te dis que le gamin va avoir des problèmes. Qu’en fait, c’est un délinquant qui fait plein de bêtises dans le parc et que le dauphin l’a compris. Ou alors, tu espères que l’animal est nerveux parce qu’une une grosse catastrophe menace. Un tremblement de terre ou alors, mieux, comme dans Flipper, un ouragan avec un superbe raz-de-marée. Grâce au dauphin, tout le monde est sauvé, même cet abruti de cormoran qui vole leurs doudous aux enfants et qui veut ensuite manger une tortue marine qui fait dix fois son poids ! Et bien, walou…
 
En fait, il faut attendre vingt bonnes minutes pour avoir le premier choc du film. L’un des deux dauphins, pas celui qui n’a pas de queue, meurt en restant au fond du bassin alors que le public est présent. Terrible… Evacuation générale… Instants dramatiques… Tu penses… Même les figurants n’ont pas l’air d’y croire. Tiens, ça me rappelle une histoire. Tu savais que pour Flipper, on n’utilisait que des dauphins femelles parce qu’elles sont plus calmes ? Si, si... Et donc, l’une d’elles, n’a pas supporté de ne plus tourner après la fin de la série. Elle a déprimé et elle s’est suicidée. En décidant de ne plus respirer et en allant, elle aussi, au fond du bassin…
 
Bon, je reprends. Donc, l’un des deux dauphins meurt et l’autre se met à faire un peu n’importe quoi. Il cogne, il fait la tête, il déprime. Et là, tu te dis qu’en fait c’est lié à un poison quelconque. Qu’on va découvrir qu’un méchant veut torpiller le parc ou alors que c’est le patron – qui a une tête de pervers – qui est derrière tout ça alors que sa fille adore les animaux et qu’elle a le béguin pour celui qui plonge avec les dauphins. Tu me suis ? A un moment, t’as un inspecteur envoyé par le ministère de l’agriculture pour vérifier le parc. Là, tu te dis, waow, c’est ça un pays développé… Un inspecteur pour les dauphins… Donc, le type n’est pas content parce qu’il y a un peu peinture qui s’écaille au bord du bassin. Impossible de ne pas se dire que l’intrigue, c’est ça. Une peinture toxique, le directeur du parc qui a rogné sur les dépenses et qui veut masquer l’affaire, sa fille qui va s’en apercevoir et le dénoncer pour épouser le premier prix d’allemand. Niet…
 
En fait, un autre dauphin est soigné et il faut le relâcher alors que sa compagnie aurait pu faire du bien à son pote déprimé. C’est le dilemme tragique… La remise à l’eau, c’est un truc façon grande opération logistique. Des dizaines de gens et des talkies-walkies, en pagaille. A peine lâché, le dauphin part vers le large. Mais là, il y a un écho sur le radar d’une vedette censée le suivre. J’ai pensé, ça y est ! Les requins attaquent. Un truc à la Sharknado. Comment, tu connais pas ? Za3ma journaliste… Sharknado, un, deux, trois et il paraît qu’ils préparent le quatre. T’as un ouragan et une immense tornade au large du Mexique. Ils aspirent les requins de l’océan qui retombent ensuite sur Los Angeles. Imagine la scène : il pleut, t’es sur le perron de ta maison, tu hésites à aller plus loin quand un requin tombe du ciel, t’avale un bras et disparaît dans les égouts… C’est avec un ancien acteur de Beverley Hills. C’est pas vrai, je ne te crois pas, tout le monde regardait ça pour mater Brenda ! Enfin, Sharknado, c’est vraiment pas mal. La preuve, Mia Farrow et Philip Roth sont fans. Si, si, je te jure que c’est vrai. Ils l’ont même tweeté. Philip Roth…
 
Bref. C’était pas des requins mais d’autres dauphins venus faire la fête à leur copain. Et là, on approche de la fin du film. Un nouveau venu, tout petit, est mis avec le déprimé. Ça commence bien, il y a du suspense, on se dit que le grand va cogner l’autre. Le manger. Bah non, sauf que le petit se rend compte que l’autre est handicapé et il se met soudain à tourner comme un fou dans le parc en poussant des hurlements. Là, Mandela qui est présent fait une moue du style ce n’est pas normal. Oui, Mandela, enfin, l’acteur qui joue son rôle. Ne me demande pas ce qu’il fait dans le film. Il est là avec un nœud-pap et son chapeau et il dit des phrases bizarres qui te font toujours croire qu’il se passe quelque chose de grave alors que nada. Finalement, le petit dauphin s’habitue à celui qui n’a pas de queue. Le patron du parc sourit et a l’air moins bizarre. Mandela est content et l’ado trop sérieux s’en va faire des études alors que sa copine lui fait plein de signes pour lui avouer qu’elle l’aime. Et même le cormoran refait son apparition alors qu’on pensait que les figurants l’avaient mangé.
 
Et tu sais quoi ? Je suis allé sur internet le soir même parce que c’est censé être une histoire vraie. Mais tout ça, c’est du festi. La prothèse fait mal au dauphin et lui a déformé la colonne vertébrale. Le petit qui lui tient compagnie n’a jamais eu peur de lui et l’état des bassins est dégueulasse et ce n’est pas que des éclats de peinture qui le salissent. Tu vois… Non seulement c’était un navet mais c’était aussi de la propagande pour faire croire que les parcs marins de Floride traitent bien les dauphins et qu’ils les relâchent alors qu’ils les exploitent pour du flouss. Quoi ? Non, j’ai rien trouvé sur le cormoran. Pourquoi ça t’intéresse ? Je peux regarder si tu veux.…
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samedi 15 août 2015

Opinion et réalité

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Texte d’Idries Shah in « Contes initiatiques des soufis »

 

Un groupe de « chercheurs » était venu rendre visite à un grand maître qui connaissait la voie de la sagesse. Il trouvèrent le maître dans la cour, festoyant avec les disciples.
« C’est odieux ! s’indignèrent les uns. Ce n’est pas une façon de se conduire, quel que soit le prétexte ! »
Les autres, au contraire, d’approuver :
« Rien à redire à cela ! Ce type d’enseignement nous plaît, nous voulons y participer. »
D’autres avouaient leur perplexité :
« Nous ne savons pas trop qu’en penser, nous aimerions bien pouvoir éclaircir ce mystère. »
D’autres encore s’interrogeaient :
« Sans doute y a-t-il là-dessous quelques sagesse cachée… Devons-nous chercher à savoir ce qu’il en est ? Ou faut-il en rester-là ? »
Le maître les congédia tous. Ces gens répandirent leurs opinions, en paroles et par écrit, concernant les festivités dont ils avaient été témoins. Même ceux qui ne firent pas directement allusion à leur expérience en furent marqués à un degré ou un autre, et les impressions qu’elle leur avait laissée se reflétèrent dans leurs propos et même dans leurs actes.
Quelques temps après, certains membres de ce groupe, se trouvant à proximité de la maison du maître, lui rendirent de nouveau visite. Ils se tinrent un moment à l’entrée. Le maître et élèves étaient assis dans la cour intérieure, hiératiques, abimés dans la contemplation.
« Voilà qui est mieux ! dirent les uns : il a manifestement tenu compte de nos protestations.
- C’est parfait ! dirent les autres : la dernière fois, il voulait nous mettre à l’épreuve, voilà tout !
- C’est sinistre ! estimèrent d’autres, des tristes mines, on peut en voir partout. »
D’autres encore avaient d’autres opinions, qu’ils exprimèrent ou non.
Le grand sage les renvoya tous.
Longtemps après, quelques-uns de ces « chercheurs », désireux de savoir ce que le maître pensait de leurs réactions et réflexions revinrent pour la troisième fois. Ils se présentèrent à l’entrée, jetèrent un coup d’œil dans la cour. Le maître était là : il ne festoyait pas, ne méditait pas, ses élèves avaient disparu.
« Je peux maintenant vous dire ce qu’il en est, leur dit-il, car j’ai pu renvoyer mes disciples : le travail est achevé.
« La première fois que vous êtes venus ici, les disciples prenaient les choses trop au sérieux. J’étais en train d’appliquer le correctif.
« La deuxième fois que vous êtes venus, ils s’étaient montrés trop désinvoltes, j’appliquais le correctif.
« Quand un homme travaille, il n’a pas toujours le temps, ni le désir, de s’expliquer devant des visiteurs de passage, si intéressés ceux-ci pensent-ils être. Quand une action est en cours, ce qui compte, c’est son déroulement correct. L’appréciation des observateurs extérieurs est en l’occurrence une affaire secondaire. Ce que les gens peuvent penser d’une situation nous en apprend davantage sur eux que sur la situation considérée. »
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vendredi 14 août 2015

La chronique du blédard : Nos plages et les digoulasses

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 13 août 2015
Akram Belkaïd, Paris

Une plage, au nord de Tunis (disons-le tout de suite, la scène pourrait très bien se passer non loin d’Alger, de Béjaïa ou d’Oran). Le ramadan est terminé, les jours bénis de l’aïd sont passés et avec eux la tranquille solitude sur fond de sable blanc. La scène se passe en fin de matinée. Il y a déjà du monde avec ses couffins, ses glacières, ses cornets d’arachides ou de graines séchées et ses étoffes délavées destinées à transformer les parasols en tentes médiévales mais le gros de la foule n’a pas encore débarqué. Une heure auparavant, l’endroit était encore propre. Ou presque. Dans la nuit, un tracteur a tracé ses sillons. Très tôt, des balayeurs ont nettoyé la rue et le trottoir avoisinant. Tout cela pour rien. Maintenant, c’est un dépotoir. Des bouteilles en plastique, des sachets multicolores, des emballages de yaourts ou de jus, des mégots jaunis par le soleil, des briquets usagés et, bien sûr, les incontournables quartiers de pastèques et de melons dûment grignotés. Un homme, la quarantaine, ventre de buveur de bière et grosse montre de plongée au poignet, jette la couche-culotte de son bébé dans l’eau. On lui demande les raisons de ce geste alors qu’une poubelle, vide, se trouve à dix mètres de lui. « De quoi tu te mêles, la plage t’appartient ? » telle est la réponse belliqueuse du phoque.
 
Dès lors, on se trouve confronté à plusieurs types de réaction possible. La scandinave (ou la suisse) qui consisterait à ne rien dire et à aller repêcher le détritus pour le jeter soi-même. Autrement dit le civisme et l’éducation, ou plutôt la rééducation, par l’exemple silencieux. Si l’on est de nature optimiste et tenace, on peut y croire. On peut se dire, qu’à terme cela peut payer. Autre possibilité, la méthode Stasi, c’est à dire se mettre en quête d’un représentant de l’ordre pour l’informer et l’amener à infliger une amende au pollueur indélicat. Autant l’avouer, cette solution n’est pas la plus simple. La guérite de police est très éloignée et on imagine la surprise du boulici face à une telle démarche. Reste donc l’option algérienne qui consiste à répondre en choisissant parmi l’une de ces variantes : « non, effectivement cette plage ne m’appartient pas et je sais bien que c’est celle de ta mère » ou bien « non, ce n’est pas ma plage. C’est celle de la femme que tu crois être ta mère » ou encore, en se mettant avant cela bien sur ses appuis, le mât du parasol prêt à être utilisé pour percer la bedaine : « cette plage que tu salis n’est pas la mienne mais celle de tous les types qui pourraient être ton père »…
 
Venu aux nouvelles, le jeune gérant de la petite plage privée attenante se charge de la sale besogne et empêche donc toute debza-demissile (bagarre – sang qui coule). Il hoche la tête d’un air dégouté et raconte que ses clients font la même chose sinon pire. Il dit remplir six sacs géants par jour. Qu’il a renoncé à convaincre les gens d’utiliser les poubelles et de cesser de prendre la mer et le sable pour des décharges. « Ils s’en moquent. Mais ce que je ne comprends pas, c’est qu’ils reviennent le lendemain malgré tout ce qu’ils ont jeté » conclut-il en se dirigeant vers d’autres détritus. On réalise alors que ce qu’il vient de relever n’est pas inintéressant. Car, de deux choses l’une. Soit, ces digoulasses, ces khamdjines qui souillent les plages de Tunisie mais aussi d’Algérie – signalons que le Maroc est bien moins touché ( !) – sont convaincus que la Méditerranée possède un puissant pouvoir de régénération et que, ma foi, la nature est donc suffisamment forte pour éliminer en une nuit plastique, mégots, étrons et autres restes. Ou bien alors la vérité dérangeante oblige à dire que ces gens n’ont pas d’éducation et absolument aucune hygiène (la seule utilité qu’on pourrait leur trouver serait alors de les envoyer à Paris pour « ambiancer » Tel-Aviv sur Seine…).
 
Il y a quelques semaines l’Algérie a connu un profond engouement wanetoutriste à propos d’une émission diffusée par l’émission Thalassa avec pour thème le littoral de notre pays. Il est vrai que ce dernier, tout comme celui de la Tunisie, recèle de merveilles extraordinaires, parfois peu connues (et heureusement d’ailleurs). Certes, de rares voix discordantes ont vu dans ce documentaire une sorte de publi-reportage passant sous silence une réalité plus sordide comme cette pollution qui, courants marins portants, touche les Baléares. Mais elles ont vite été rappelées à l’ordre. Pourtant, la saleté des plages et, de façon générale, celle, insupportable, de l’espace public mériterait une vraie médiatisation. Des campagnes de presse permanentes, des mises en garde, des discours publics appelant au civisme et faisant honte aux pollueurs. Au lieu de cela, la règle consiste à éluder la réalité, à balayer le sujet d’un geste gêné ou irrité comme si le fait d’en parler attentait aux dignités et fiertés nationales.
 
En Algérie comme en Tunisie on retrouve donc la même situation. Hors des zones particulières (celles réservées à la nomenklatura ou les hôtels pour touristes étrangers), de plus en plus de plages publiques sont dévastées par la saleté née de l’incivilité. A cela s’ajoute le spectacle de ces habits hétéroclites portés au nom d’une bigoterie qui stupéfierait quelqu’un qui débarquerait directement des années 1970 ou 1980. Se baigner complètement habillé, souvent avec des vêtements amples, n’est pas simplement disgracieux – je conviens qu’il ne s’agit pas d’un argument recevable – c’est surtout peu hygiénique (rien de mieux pour collecter tous les microbes qui traînent) et dangereux (cela augmente les risques de noyade y compris au bord de l’eau) cela d’autant que la couleur la plus fréquente, autrement dit le noir, est la moins adaptée pour résister au soleil qui cogne.
 
On dira que tout ceci est bien secondaire. Que l’été ne dure que deux mois et qu’il y a d’autres soucis bien plus importants. Cela est certainement vrai. Mais, sans tomber dans des analyses de bas étage, on ne peut s’empêcher de penser que l’état de ces plages en dit bien plus qu’on ne le croit sur l’état de nos sociétés.
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dimanche 9 août 2015

La chronique du blédard : Darja ou pas et, d’abord, quelle darja ?

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 6 août 2015
Akram Belkaïd, Paris
 
Faut-il ou non utiliser la darja, autrement dit l’arabe dialectal, ou mieux encore l’arabe algérien, à l’école ? Faut-il l’enseigner ou doit-on même penser à en faire la langue d’enseignement d’autres matières y compris l’arabe classique ou littéraire ? Depuis quelques jours, ces interrogations ont engendré un vif débat national et diverses passions sur les réseaux sociaux. Il faut dire que la question n’est pas neutre car elle renvoie à l’histoire de l’Algérie, à sa quête identitaire tourmentée ainsi qu’à des considérations d’ordre politique qu’il ne faut pas éluder.
 
Mais commençons par insister sur le point suivant. Ce n’est pas la langue qui fait la bonne qualité d’une pédagogie. Autrement dit, ce n’est pas en ayant recours à la darja que des programmes archaïques vont soudain se métamorphoser et permettre au pays de repêcher un système éducatif en faillite.  Cela fait des années que le constat est connu. L’Algérie a du mal à moderniser son école et à cesser de produire des légions de diplômes et de cursus qui ne servent à rien et qui, au contraire, sont le gage d’une régression permanente. Une régression qui se traduit, entre autres, par la mise à mal de la rationalité et par la diabolisation de l’esprit critique dans un contexte de bigoterie endémique. Alors oui, le secteur éducatif mérite un débat et donc d’inévitables polémiques, mais il y a certainement plus urgent que de s’écharper à propos du dialectal.
 
Ceci étant précisé, il est évident que l’Algérie est l’un des rares pays à avoir un vrai problème avec une langue qui est pourtant parlée par la majorité de sa population. La darja, comme d’ailleurs la langue berbère, a souffert de nombreux bannissements. Il fut un temps, c’est moins le cas désormais, où elle était interdite d’antenne, à la radio et surtout à la télévision. Interdite aussi d’emploi à l’école où des professeurs de langue arabe à la pédagogie plus qu’approximative prenaient un malin plaisir à humilier les élèves qui l’employaient dans leurs rédactions. Avec le temps, une moindre crispation politique vis-à-vis des questions linguistiques et l’essor des nouveaux médias ont changé la donne. C’est le cas notamment avec internet qui permet la diffusion de vidéos en darja et qui a aussi favorisé l’émergence de l’arabezi - ou arabizi - c’est à dire la langue arabe, qu’elle soit dialectale ou classique, écrite avec des caractères latins et des chiffres comme par exemple le terme 3arbiya.
 
La langue que nous parlons tous les jours est tout sauf menacée. Elle n’a nul besoin d’Académie, elle n’appartient à personne, elle a sa vigueur, elle capture et refaçonne tout ce qui l’intéresse puisqu’aucune règle ne semble la contraindre. Dans le fond, l’idée qu’elle fasse son entrée à l’école en tant qu’outil ou vecteur pédagogique n’est pas idiote. Mais faut-il aussi l’enseigner ? Une première réponse immédiate est de demander pourquoi faire puisqu’elle s’apprend partout, dans la rue comme dans les familles. La question qui suit est quant à elle plus essentielle. Enseigner la darja ? D’accord, mais laquelle ? Celle de la rue qui tend à dériver de ce néo-algérois aux accents emphatiques et, trop souvent, d’une insupportable vulgarité ? Ou alors celle que l’on pourrait adapter de l’arabish, cette langue arabe globalisée (celle des médias satellitaires) que l’on appelle aussi arabe médian ? Ou enfin cette « vraie » darja, du moins la plus ancienne, c’est à dire celle qui a porté la culture populaire algérienne de la fin du dix-neuvième siècle aux premiers temps de l’indépendance ? La darja des contes, de la boqala, du chaabi, du hawzi ou même du vieux raï ?
 
Si c’est de cette dernière qu’il s’agit, alors il faut admettre que l’on devra ressusciter une langue perdue, peu à peu oubliée. Avant d’émettre tel ou tel avis définitif, il faudrait ainsi faire preuve d’un peu de curiosité en lisant un vieux manuel d’arabe algérien – élaboré pendant la période coloniale - ou en parcourant un dictionnaire d’arabe algérien rédigé par quelques anciens fonctionnaires des bureaux arabes. On s’apercevra alors que nombre de termes mentionnés ne sont plus employés aujourd’hui ayant été notamment remplacés par des mots français. On peut aussi prendre la peine de lire dans le texte les proverbes maghrébins recueillis par Mohamed Bencheneb (1869-1929). La darja qui y est employée n’est plus de mise aujourd’hui sauf dans certains cercles restreints de lettrés ou d’artistes.
 
Plus important encore, en redécouvrant cette darja, l’on se rendra compte, contrairement aux élucubrations que l’on peut lire et entendre actuellement, que cette dernière ne renie en rien son lien de parenté avec la langue arabe classique. L’auteur de ces lignes – qui espère que le distingué linguiste de Ténès ne froncera pas les sourcils en lisant ce texte - peut en témoigner. Les proverbes recueillis par Bencheneb sont compris de Casablanca à Mascate en passant par le Caire ou Amman. Nul besoin de les traduire en langue littéraire sauf quand ils contiennent un mot turc ou berbère. Voilà qui risque de déplaire à celles et ceux qui, à l’image de l’administration coloniale jadis, pensent que la promotion de la darja permet de couper les ponts avec le reste du monde arabe. En réalité, c’est bien au résultat inverse que l’on risque d’aboutir.
 
Par ailleurs, il serait peut-être temps de cesser de s’en prendre systématiquement à l’arabe classique au nom du refus d’appartenir au monde arabe. Dans une affirmation outrancière d’une identité qu’elles définissent avant tout par ce qu’elles ne sont pas, ou ce qu’elles ne veulent pas être, certaines élites francophones nous expliquent que cet arabe classique est une langue morte (ou bien alors qu’elle alimente le terrorisme…). Outre le fait qu’elle nie l’existence de millions d’Algériens qui maîtrisent cette langue (et cela malgré les aléas d’une arabisation catastrophique du système éducatif), cette déclaration traduit un abyssal manque de culture. Morte la langue de Fayrouz, de Mahmoud Darwich, de Taha Hussein ou de Nizar Qabbani ? Soyons sérieux… On a le droit de plaider pour une singularité maghrébine voire méditerranéenne. On a même le droit, dans ce qui serait une sorte d’étrange revirement postcolonial, de se dire plus proche du monde occidental que du reste du monde arabe. Mais ce n’est pas en s’en prenant à la langue arabe classique que l’on trouvera la bonne justification pour cela.
 
En attendant, habbite nqoulelkoum belli ellougha hadja sérieuse, machi tmasskhire. Lazem 3aliha tekhmima sans pitié, dial les scientifiques ya chriki ! Rakoum dakkor, yakhi ?
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vendredi 31 juillet 2015

Alexandre Dumas, les criminels, la science et l'athéisme

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"Il avait commencé, comme c'est l'usage en particulier et en politique, par corrompre les idées de la marquise et la détourner de la religion, pour la disposer au crime. Le marquis était un de ces libertins si rares dans ce temps, moins malheureux qu'on n'a dit, qui avaient le dernier mot de la science en fait d'athéisme. Il est à remarquer que les grands criminels de cette époque, Sainte-Croix par exemple, et Exili, le sombre empoisonneur, ont été précisément les premiers incrédules, et qu'ils ont devancé les savants du siècle suivant dans la philosophie aussi bien que dans l'étude exclusive des sciences physiques, auxquelles ils demandèrent d'abord des poisons. La passion, l'intérêt, la haine combattirent pour le marquis dans le coeur de Mme de Bouillé ; elle donna les mains à tout ce que M. de Saint-Maixent voulut".

in, La Comtesse de Saint-Géran
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La chronique du blédard : Les dérives d’Erdogan

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 30 juillet 2015
Akram Belkaïd, Paris
 
En 2002, la victoire électorale du Parti de la justice et du développement (AKP ou, Adalet ve Kalkinma Partisi) a ouvert un nouveau chapitre dans l’histoire moderne de la Turquie. Dans un contexte économique et financier difficile, les réformes mises en place par la formation islamiste, ou islamo-conservatrice, ont contribué à doper la croissance et à améliorer le niveau de vie général au point qu’elles sont devenues une référence à suivre pour d’autres pays émergents. Dans le même temps, cette prospérité a été accompagnée par d’importants changements, l’un d’entre eux étant le retrait progressif de l’armée du champ politique. Les dirigeants de l’AKP ont ainsi tiré profit des négociations, certes difficiles et incertaines, en vue de l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne (UE) pour moderniser une partie des structures politiques et économiques de leur pays. Enfin, forte d’un prestige retrouvé, Ankara renouait de manière spectaculaire avec le monde arabe, Recep Tayyip Erdogan, alors Premier ministre, évoquant alors un retour de « l’Histoire à son cours normal ».
 
Treize ans plus tard, la donne a complètement changé. Le « modèle turc » - peut-être trop vite consacré comme source d’inspiration possible pour les pays arabo-musulmans – est en train de battre de l’aile miné par un autoritarisme de plus en plus inquiétant. En décidant de mettre fin au processus de paix avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK ou Partiya Karkerên Kurdistan) et en étendant aussi la répression contre de multiples forces politiques turques, pourtant légales, le président Recep Erdogan vient de démontrer qu’il ne reculera devant rien pour renforcer son pouvoir personnel. En effet, la principale grille de lecture des récents événements en Turquie concerne avant tout la politique intérieure de ce pays. Pour mémoire, le 7 juin dernier, l’AKP, bien que vainqueur du scrutin législatif, n’a pu obtenir la majorité absolue à la Grande Assemblée nationale de Turquie. Un revers de taille pour Erdogan dont l’un des objectifs est d’étendre ses prérogatives en tant que président de la république. Un changement qui passe par une révision constitutionnelle que l’AKP ne peut mettre en place qu’en disposant du contrôle des deux tiers du Parlement.
 
Le 7 juin, l’ambition ultra-présidentielle d’Erdogan a été contrée par deux faits majeurs. Le premier est la montée en puissance du parti d’action nationaliste (MHP ou Milliyetçi Hareket Partisi) fondamentalement opposé au processus de paix entamé en 2012 entre Ankara et le PKK via des négociations avec le leader kurde emprisonné Abdullah Öcalan. Le second est l’émergence du Parti démocratique des peuples (HDP ou Halkların Demokratik Partisi) qui a fait son entrée pour la première fois au Parlement. A l’origine pro-kurde, cette formation progressiste, très populaire au sein de la jeunesse turque, entend représenter toute la société y compris ses minorités qu’elles soient ethniques, religieuses voire sexuelles. S’inscrivant dans la foulée du mouvement protestataire de l’été 2013, cette coalition de plusieurs partis et association de gauche est souvent qualifiée de « Syriza turque ».
 
En s’en prenant au PKK mais aussi au HDP, Reccep Erdogan entend donc faire coup double. D’abord, il envoie un message de séduction aux nationalistes en leur assurant qu’il n’y aura jamais d’Etat kurde et que même une autonomie du sud-est du pays dans le cadre d’une décentralisation telle que souhaitée par le PKK n’aura pas lieu.  Ensuite, il se débarrasse d’une formation politique, en l’occurrence le HDP, qui lui a coûté de précieuses voix.  Car le scénario qui est en train de se dérouler est clair comme de l’eau de roche. Assuré de l’inertie complice de ses alliés occidentaux – lesquels ont besoin de la Turquie dans la lutte contre l’Organisation de l’Etat islamique (EI) et contre le régime de Bachar al-Assad -, Erdogan entend faire interdire le HDP et ses composantes et les empêcher ainsi de se présenter aux législatives anticipées qui vont certainement avoir lieu à l’automne prochain. Des législatives qui, si elles donnent la majorité absolue à l’AKP, ouvriront donc la voie à la mise en place d’un régime présidentiel… Selahettin Demirtas, président du HDP ne s’y est d’ailleurs pas trompé en déclarant  que le seul délit de son parti « c’est d’avoir fait 13% [des suffrages] aux dernières élections ».
 
La répression, car c’en est une, contre le HDP s’explique aussi par le fait que ce parti représente tout ce qu’Erdogan déteste en terme de valeurs et d’orientations politiques. Idées de gauche, engagement écologique (comme lors de la défense du Parc Gazi à Istanbul en 2013), défense des minorités, et opposition à l’alliance avec l’Organisation du Traité atlantique (Otan) et les Etats-Unis : tout cela ne correspond pas à la vision conservatrice et religieuse d’Erdogan. Pendant longtemps, le leader de l’AKP a donné l’impression d’être partisan du pluralisme et de la démocratie même si, à propos de cette dernière, il a déclaré un jour qu’elle était « comparable à un bus qui finit toujours par s’arrêter quelque part ». Aujourd’hui, il reste tout de même à savoir si cette dérive autoritariste est soutenue par les membres de l’AKP ou si elle est le résultat d’une ambition personnelle dévorante.
 
Cette mise en perspective en matière de politique interne turque permet donc de mieux appréhender l’autre « virage » récent de la Turquie autrement dit sa décision de s’attaquer (enfin) à l’organisation de l’Etat islamique. Bombardements aériens et création annoncée d’une « zone protégée » avec le concours des Etats-Unis ont donné à penser qu’Ankara considère désormais que la priorité n’est plus la chute du régime d’Assad mais bien la lutte contre l’EI. Autant le dire, la réalité de ce recentrage reste à prouver. Jusqu’à présent, la stratégie turque a surtout consisté à empêcher que les Kurdes de Syrie, alliés au PKK, ne contrôlent de trop grands territoires cela quitte à « ménager » l’EI jugé, il y a encore quelques jours, comme indispensable pour l’affaiblissement d’Assad. Officiellement, c’est l’attentat suicide dans la ville de Suruç qui, le 20 juillet dernier, a coûté la vie à 32 personnes (dont de nombreux jeunes de gauche engagés dans un mouvement de solidarité avec la population de Kobané ou Ayn el-Arab), a changé la donne et mis fin à l’indulgence (coupable) de la Turquie à l’égard de l’EI. Mais seul le temps confirmera ce changement. En attendant, la Turquie s’en retourne à pas rapide vers les périodes de fer, celles où la gauche et les mouvements kurdes étaient impitoyablement persécutés.
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jeudi 23 juillet 2015

Wanetoutrisme : essai de définition

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Wanetoutrisme : terme désignant le chauvinisme nationaliste exacerbé des Algériens. Chauvinisme qui s'exprime notamment dans les stades lors des matchs de football par le fameux slogan "one-two-three, viva l'Algérie".
Le wanetoutrisme n'admet aucune critique à l'encontre de l'Algérie et considère que ce pays est le meilleur du monde dans tout (et que s'il ne l'est pas, c'est la faute aux complots étrangers).
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La chronique du blédard : Alerte, revla l’Sarko !

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 23 juillet 2015
Akram Belkaïd, Paris
 
Pétard et sidération : il est de retour… Certes, on ne l’a jamais oublié depuis sa fessée électorale lors de la présidentielle française de mai 2012. De manière régulière, au fil de meetings et de déclarations intempestives au sujet de tout et, surtout, de n’importe quoi, il s’est rappelé à notre bon souvenir, avec sa syntaxe approximative, son parler plus « vulgos » que populo et ses multiples déboires judiciaires dont on peine désormais à établir le nombre exact. Il y a quelques jours, lors d’une visite au ton très paternaliste en Tunisie, Nicolas Sarkozy époux Bruni s’est donc permis quelques digressions à propos de l’Algérie et de son avenir. Un « sujet » de préoccupation, selon lui, notamment pour la stabilité de la Tunisie.
 
Comme l’a noté le journaliste Mohamed Saadoune dans un billet au vitriol, il est évident que ce genre de propos relève de plusieurs  motivations (*). D’abord, l’envie de faire plaisir aux Tunisiens – notamment aux reliques de l’ancien régime qui, hélas, mille fois hélas, se sentent pousser des ailes en ce moment - en disant du mal de l’Algérie. Un calcul – stupide voire naïf – destiné aussi à glaner quelques sympathies chez les binationaux franco-tunisiens. Ensuite, filer un coup de main électoraliste à Christian Estrosi, son pote bac moins quinze qui peine à convaincre certains électeurs en région Provence Alpes Côtes d’Azur (PACA) de ne pas voter Front National aux prochaines régionales. Et, cerise sur le gâteau, se faire plaisir en se défoulant sur un pays que Sarkozy n’a jamais porté dans son cœur.
 
Cette péripétie est un avant-goût ce qu’il va falloir subir au cours des prochaines semaines et des prochains mois. L’oscillant de l’épaule va s’emparer du micro, des caméras, des écrans et des colonnes. Ministre du verbe et de l’interjection, il va monopoliser la parole et nous infliger des « ben moi, j’veux vous dire que moi je pense que » à la pelle. Il y aura des sorties qui, à chaque fois, seront destinées à cliver, à provoquer, non pas le débat, mais le buzz, ce fracas insupportable qui empêche tout recul et toute réflexion. Cela avec la complicité de ces journalistes dits politiques, toujours prompts à traquer la petite phrase plutôt qu’à se plier à la vérification systématique des discours pour débusquer les élucubrations et les mensonges électoraux. Nous allons donc subir les propos les plus invraisemblables, les clichés les plus éculés et gageons qu’il fera encore mieux que son tristement célèbre discours de Dakar sur l’homme africain qui ne serait pas entré dans l’Histoire (discours pestilentiel qui n’avait pas empêché son élection en 2007). En un mot, la campagne électorale pour 2017 est lancée et elle ne sera pas ragoutante.
 
Le pire dans l’affaire, c’est que l’ancien copain de Kadhafi – ah, cette tente plantée en plein huitième arrondissement de Paris – risque bien de l’emporter. En effet, François Hollande qui ne pense qu’à une seule chose, sa réélection, va certainement payer sa socialo-traîtrise, son lâchage de la Grèce mais aussi ses sympathies néoconservatrices et son soutien appuyé aux bombardements israéliens de Gaza en juillet 2014. Autant de manquements impardonnables qui pousseront, en cas de deuxième tour Sarkozy-Hollande, nombre d’électeurs de gauche à préférer la pêche ou l’émission de Drucker à un passage par l’isoloir. Faudra-t-il se résoudre à voter Hollande pour empêcher le retour du prétendu lecteur de Roland Barthes (prononcer comme lui Barthesss) ? En ce qui concerne le présent chroniqueur la réponse est évidemment non mais c’est une autre histoire.
 
En tous les cas, pauvre France et pauvre droite. En arriver là… Mais revenons à l’Algérie. Ce serait mentir que de ne pas reconnaître que l’Algérie est bien un sujet de préoccupation. Certes, Sarkozy ferait mieux de s’occuper de ses propres histoires et personne ne peut nier qu’il a manqué à la plus élémentaire des corrections et des pratiques diplomatiques en évoquant de la sorte un pays dont la Tunisie a grand besoin en ce moment… Mais les choses seraient bien plus simples si l’Algérie ne prêtait pas tant à la critique et à l’inquiétude, à commencer par celle de ses enfants qu’ils y vivent ou non. La mort récente de plusieurs jeunes conscrits du service militaire lors d’une énième attaque du « terrorisme résiduel » a provoqué un immense choc au sein de la société mais aussi de la consternation et de la colère face à l’attitude désinvolte des autorités et des médias officiels face à cette tragédie.
 
Cela fait des années que la sonnette d’alarme est tirée. Malgré les déclarations officielles, malgré les ravages profonds du « wantoutrisme » (**) prompt à faire croire que le monde entier comploterait contre l’Algérie (on se demande bien pourquoi…), la vraie menace est interne. Elle réside dans l’absence de prise de conscience quant à l’importance des défis actuels. Réforme en profondeur du système éducatif, rénovation urgente de celui de la santé, changement du modèle économique avec une sortie du tout-hydrocarbures, retour de l’Etat mais aussi décentralisation voire régionalisation, prise en compte des dégâts subis par l’environnement et, enfin, libéralisation de la vie politique : dans tous ces domaines, les progrès, quand ils existent, sont insignifiants. Oui, l’Algérie est bien un sujet de préoccupation et il est dommage qu’un fâcheux comme Sarkozy puisse se permettre de nous le rappeler avec tant de dédain.
 
Et il aura certainement l’occasion de le refaire à l’automne prochain puisqu’il a l’intention de se rendre à Alger. Gageons qu’il sera alors accueilli à bras ouverts, verre de lait, dattes, couscous au miel et « vous serez toujours ‘la’ bienvenue » en prime. Car, là aussi, l’Algérie ne semble guère avoir progressé. Le complexe du colonisé y fait toujours autant de ravages…
 
(*) Le p'tit Sarko, si vulgaire et si peu instruit,s'inquiète de l'avenir de l'Algérie, Al Huffington Post, Maghreb-Algérie, 21 juillet 2015 (un texte où Sarkozy est qualifié de « Danube de l’Esbrouffe » ce que les revues de presse françaises ont évité de mentionner…).
(**) Wanetoutrisme : terme désignant le chauvinisme nationaliste exacerbé des Algériens. Chauvinisme qui s'exprime notamment dans les stades lors des matchs de football par le fameux slogan "one-two-three, viva l'Algérie". Le wanetoutrisme n'admet aucune critique à l'encontre de l'Algérie et considère que ce pays est le meilleur du monde dans tout (et que s'il ne l'est pas, c'est la faute aux complots étrangers).
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jeudi 16 juillet 2015

La chronique du blédard : La Grèce sous tutelle euro-allemande

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 16 juillet 2015
Akram Belkaïd, Paris
 
Il est à craindre que la date du 13 juillet 2015 demeure dans les annales de l’histoire européenne comme celle d’un jour de honte et d’infamie. Un jour de vérité aussi où l’Union européenne, ou plus encore, l’Union monétaire européenne, sont apparues sous un même et seul visage, celui du diktat néolibéral et de la haine de la démocratie. Car comment qualifier autrement cet accord que le Premier ministre grec Alexis Tsipras a signé avec un Luger Parabellum collé à sa tempe ? Un accord imposé à la Grèce quelques jours à peine après que son peuple a dit non par voie référendaire à l’austérité…
 
Pour ne pas être exclue de la zone euro et pour bénéficier d’un plan « d’aide » de trois ans, le gouvernement grec s’est vu imposer une longue liste de conditions drastiques. Certaines sont classiques et ressemblent à s’y méprendre aux mesures qui accompagnent habituellement tout plan d’ajustement structurel concocté par le Fonds monétaire international (FMI). Limitation des dépenses publiques, hausse de la TVA, réforme fiscale, allongement de l’âge de la retraite et baisse des pensions : la potion, amère, va continuer de faire des dégâts dans la population grecque mais, de cela, les dirigeants européens, notamment allemands, n’en ont cure.
 
« Une liste d’horreurs », c’est ainsi que de nombreux médias occidentaux, pourtant peu suspects de sympathie pour les idées de gauche du parti Syriza, ont qualifié l’accord du 13 juillet destiné donc à prévenir un « Grexit », autrement dit une sortie de la Grèce de la zone euro. Une liste d’horreurs et, surtout, une sorte de Traité de Versailles où ce pays a été traité comme s’il venait de capituler et qu’il convenait de le punir de la manière la plus dure qui soit pour qu’il ne recommence plus. Recommencer quoi ? Certains diront que ce sont les errements de la Grèce qui méritent punition, notamment le fait d’avoir vécu au-dessus de ses moyens ou d’avoir maquillé ses chiffres afin d’entrer, puis de rester, dans la zone euro (des dérives réelles mais pour lesquelles le parti Syriza n’est pas responsable).
 
Mais, en vérité, ce qui est en jeu dans l’affaire c’est de punir un peuple parce qu’il a « mal » voté. D’abord, en portant au pouvoir Syriza en janvier dernier puis en se prononçant majoritairement contre l’austérité prônée par l’axe Berlin-Bruxelles. Le message est clair. Ce qui arrive à la Grèce aujourd’hui est aussi une mise en garde à l’encontre des Italiens, des Espagnols ou des Portugais, des pays où la colère contre les politiques d’austérité ne cessent de monter. Et ce qui a été signifié à Tsipras durant de longues et éprouvantes négociations c’est qu’il est le Premier ministre d’un pays qui n’est plus souverain. Un pays qui devra privatiser pour 50 milliards d’euros d’actifs non pas pour se développer ou se doter d’infrastructures mais pour rembourser ses créanciers et restructurer ses banques. Le quotidien Bild qui réclamait des Grecs qu’ils vendent leurs îles (à des tour-opérateurs allemands ?) peut enfin pavoiser…
 
Plus grave encore, l’accord prévoit qu’Athènes devra soumettre tout projet de loi relatif à l’économie ou aux finances à ses créanciers avant de le proposer au vote du Parlement (*). Voilà qui permet de mieux nommer les choses. Cela s’appelle une mise sous tutelle ou encore une mise sous protectorat. Cela rappelle l’Egypte ou la Tunisie du dix-neuvième siècle, toutes deux étranglées par la dette avant de perdre leur indépendance. Les temps changent mais les idées réactionnaires perdurent affirmant notamment que certains peuples ne seraient pas dignes d’exercer leur libre-choix. Comment oublier ces articles et ces déclarations racistes – le qualificatif n’est pas trop fort – à l’égard des Grecs tout au long de ces dernières semaines ?
 
Le pire dans l’affaire, c’est que tout le monde sait que ce plan triennal ne servira à rien. La Grèce est dans une situation économique et financière dramatique – avec notamment une dette de 310 milliards de dollars soit 177% de son Produit intérieur brut – qui va mécaniquement gonfler en raison des intérêts. La solution idéale serait une remise des compteurs à zéro, c’est-à-dire un effacement de la plus grande partie de cette dette combinée à des mesures de relance mais aussi de réformes menées par le gouvernement  Tsipras. Ce n’est pas ce qui est envisagé, loin de là, des dirigeants européens comme Wolfgang Schäuble continuant même à plaider pour le Grexit, autrement dit pour que la Grèce soit abandonnée à son sort.
 
Parmi les enseignements de cette grave crise, on peut aussi relever que l’Union européenne ressemble de plus en plus à une chimère. Ses idéaux de fraternité et de solidarité rabâchés à l’envi ne veulent plus rien dire à l’aune de l’humiliation subie par la Grèce. On relèvera aussi que la France, et c’est devenu une habitude, s’est distinguée par d’inutiles gesticulations dilatoires avant de rentrer dans le rang (à l’image de ce qui s’est passé d’ailleurs durant les négociations sur le dossier du nucléaire iranien). In fine, la vraie conclusion de toute cette tragédie, c’est que le vrai patron de l’Europe et de la zone euro -  l’unique patron - c’est l’Allemagne. C’est elle qui décide, impulse et définit les lignes rouges à ne pas franchir. Ce pays qui, en 1953, a bénéficié d’un effacement presque total de sa dette de guerre – y compris celle contractée à l’égard de la Grèce – impose désormais sa loi et sa manière de voir les choses (on relèvera que la gauche allemande n’a guère pris ses distances avec Angela Merkel et Wolfgang Schäuble). Et, en prenant toutes les précautions oratoires qui s’imposent pour prévenir toute accusation de germanophobie, il est impossible de ne pas se dire qu’une Allemagne devenue ivre de sa puissance (économique et politique) est une très mauvaise nouvelle pour l’avenir de l’Europe.
 
(*) Cette chronique a été rédigée quelques heures avant la décision du Parlement grec d’adopter l’accord du 13 juillet 2015.
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dimanche 12 juillet 2015

Keigo Higashino : Le dévouement du suspect X

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C'est une histoire d'amour impossible. De meurtre aussi (pas de meurtre pas de polar...), d'alibi d'une précision mathématique, d'un duel entre deux scientifiques.
Justement, il est aussi question de mathématiques, de problèmes qui ont la forme qu'ils ne devraient pas avoir et cette question essentielle que l'un des protagonistes pose à un autre : "Qu'est-ce qui est le plus difficile : élaborer un problème que personne ne peut résoudre, ou résoudre ce problème ?"
Autre question : la rigueur mathématique permet-elle de réaliser le crime parfait ?
A lire, donc...

samedi 11 juillet 2015

La chronique du blédard : Un TGV nommé arnaque

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 9 juillet 2015
Akram Belkaïd, Paris
 
Il est seize heures à Paris. Le hall Méditerranée de la gare de Lyon est envahi par la fournaise et, sur le panneau d’affichage, le quai du train à grande vitesse pour Nice via Marseille n’est toujours pas indiqué. Le TGV 2935 est pourtant censé partir dans quinze minutes mais aucune information n’est donnée. Ce n’est qu’au moment de ce qui aurait dû être le départ prévu qu’une annonce précise enfin aux voyageurs que « rapport à des problèmes dans le nettoyage » (sic) le dit attelage aura un peu de retard. Combien ? Ce n’est pas dit. Il faut attendre en râlant ouvertement ou en rongeant son frein, debout et poisseux dans la chaleur moite. « Avec TGV, ça sent déjà la fête » proclame un panneau de réclame…
 
Une heure et demie plus tard, motrice et voitures démarrent enfin. Dans la voiture numéro 11, on assiste à l’inévitable dispute au sujet des places attribuées. Une jeune femme, la trentaine, s’est installée dans ce que la compagnie appelle un « duo côte à côte», comprendre deux sièges contigus. « J’aimerais voyager avec mon ami » explique-t-elle en minaudant au détenteur de la place, un homme du même âge, en bermuda et tongs. Celui-ci sourit et demande où il doit donc s’installer. « Ma place est juste derrière », répond-elle. Et là, l’autre fait la mine car « derrière » désigne cet espace cauchemardesque de quatre sièges en carré où l’on ne peut bouger ses jambes de quelques millimètres sans toucher son vis-à-vis.  « Désolé, mais non, je préfère garder ma place » dit-il avec fermeté. La jeunette se lève de mauvaise grâce et laisse échapper un « pfff, les abrutis sont vraiment partout… ». Là, on se dit que cela va chauffer (et que l’on tient un sujet de chronique), mais non. Monsieur Bermuda a fait semblant de ne rien entendre. Il s’installe, sort de son sac à dos un ordinateur, un gros casque onéreux et le voici qui regarde le premier épisode de la cinquième saison de Game of Thrones. Attentif, on note que l’ami de la dame grossière est resté silencieux (il finira par se lever et la rejoindre au « carré famille »).
 
Le train file maintenant à grande vitesse, le calme s’est installé dans la voiture, troublé de temps à autre par celles ou ceux, et ils sont nombreux, qui estiment que parler au téléphone – et partager sa vie avec le reste des voyageurs – n’est certainement pas une incivilité. Mais d’autres considérations viennent à l’esprit du présent chroniqueur quand il entend le message suivant : « Bonjour, je suis Claudine votre barista et je vous attends à notre voiture bar où j’aurais le plaisir de vous servir une variété de plats, etc… ». On pense alors au dernier livre de l’écrivain Benoît Duteurtre sur ce qu’est devenu le voyage en train (1). Terminé le temps de la voiture-restaurant, des buffets de gare, de la magie des trains de nuit, de l’ambiance unique de ces lieux auxquels le cinéma et la littérature ont tant aimé rendre hommage (2). Aujourd’hui, les gares, raconte Duteurtre, ressemblent à des centres commerciaux et la SNCF se prend pour une compagnie aérienne comme en témoigne l’élément de langage suivant : ses personnels ne disent plus « ‘la’ SNCF vous souhaite un bon voyage » mais « SNCF vous souhaite… ». Et ses employées de la voiture-bar - qui servent des plats réchauffés (au quinoa !) et d’infâmes breuvages – ont le culot de se présenter comme « baristas », autrement dit de grands spécialistes du café…
 
Le train a dépassé Avignon depuis longtemps quand une annonce provoque un peu d’agitation. « Madame, Monsieur, pour rattraper notre retard et pour arriver dans les temps à Nice, nous vous informons que les passagers à destination de Marseille devront descendre à la gare d’Aix-en-Provence. Ils pourront prendre un autre TGV qui nous suit. Nous vous remercions pour votre compréhension ». Unanimes, les commentaires moquent cette volonté de « SNCF » de tout faire pour ne pas avoir à dédommager les passagers à destination de Nice en raison du retard supérieur à une heure. Un contrôleur passe. A celles et ceux qui lui demandent si le délai d’attente ne va pas être trop long à Aix, il répète que le train qui suit est « juste derrière ». On se lève, on se prépare. On réalise à la dernière minute ou presque qu’un groupe de voyageurs chinois à destination de Marseille n’a rien compris à l’annonce. On leur explique, on leur dit qu’il faut qu’ils descendent absolument à Aix. Ils sont méfiants, semblent peu convaincus – « no Aix, massay, no Aix » répondent-ils aux âmes charitables - mais le contrôleur qui repasse leur confirme la chose. « You go out in Aix to go to Marseille. Take next train, ok ? »
 
On se retrouve donc sur le quai d’Aix-TGV. Le train que l’on vient de quitter n’est pas encore parti. On demande aux employés sur le quai de confirmer qu’un second va bientôt récupérer cette grosse troupe vaguement solidaire et quelque peu remontée. La réponse est positive (soulagement) mais une précision goguenarde provoque un tollé général : le fameux TGV qui suit n’arrive que dans une heure trente… Ça crie, ça se met en colère, ça insulte. En somme, la hachwa en beauté. Alors que le 2935 démarre, l’un des arnaqués tente de s’accrocher à la porte pour le retenir. On le convainc que cela ne sert à rien et qu’il risque juste de se tuer. Les Chinois, eux, ne sont pas très contents, persuadés qu’ils viennent de se faire arnaquer par d’indélicats compagnons de voyage… L’auteur de ces lignes préfère quant à lui profiter du paysage. Au loin, la Sainte-Victoire baigne dans une magnifique lumière orangée et cela suffit à oublier le reste, cet esprit mesquin et cette inclinaison à l’arnaque qui caractérise désormais nombre de pseudo services publics.
 
Nous voici enfin dans le train qui suivait « juste derrière ». Nombre de naufragés se retrouvent dans la voiture-bar où le baristo, barista, baristoto ou baristota – allez savoir comment on dit - termine de nettoyer la cage à poules qui lui sert de kitchenette. Un voyageur lui demande s’il n’y a rien de prévu pour ceux qui viennent de monter et qui viennent de subir un retard de trois heures. Un verre d’eau, une consommation gratuite, juste quelque chose pour montrer que « SNCF » est bien désolée de ce qui nous arrive. L’autre hausse les épaules, dit qu’il n’est pas au courant, qu’il n’a rien à offrir, que « son » train est à l’heure, que du reste, il n’a que faire et que, de toutes les façons, le bar est fermé. En somme, une démonstration en direct de ce qu’est la réalité du service –client dans une compagnie qui, finalement, se prend pour ce qu’elle n’est pas et qui, libéralisation et marchandisation obligent, a oublié ce qu’elle fut.
 
(1) La nostalgie des buffets de gare, Payot.
(2) On peut profiter de l’été pour retrouver cette ambiance en lisant La Maldonne des sleepings de Tonino Benacquista.
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mardi 7 juillet 2015

La chronique du blédard : Grèce, Tunisie : le FMI, ce pyromane

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 2 juillet 2015
Akram Belkaïd, Paris

On le donnait pour mort, privé de la plupart de ses moyens de pression, décrédibilisé par son incapacité à prévenir les récentes crises financières. Mais non seulement le cadavre bouge encore mais il semble avoir retrouvé une nouvelle vie et sa forme des années 1980. Il s’agit, bien entendu, du Fonds monétaire international (FMI) lequel est au centre de l’actualité en raison de la crise grecque. Il faut se souvenir que, dans les années 2000, nombreux sont ceux qui se demandaient à quoi allait bien pouvoir servir cette institution tant décriée par les pays en développement.
 
C’était l’époque où de nombreux pays, dont l’Algérie, avaient remboursé – parfois de manière anticipée – leur dette contractée auprès du « grand argentier », expression consacrée et politiquement correcte préférée à celle de « prêteur sur gages » or, en réalité, c’est bien cela qu’est le FMI. Le panorama était alors pour lui déprimant. Aucune crise financière majeure à gérer, des pays jadis fauchés devenus moins demandeurs de capitaux grâce à la forte hausse de la majorité des matières premières, notamment le pétrole, le métaux et les denrées agricoles : le « banquier global » (autre appellation) frisait le chômage technique.
 
Et c’était d’autant plus vrai qu’il faisait aussi face à la concurrence de la Chine en Afrique. Pour mémoire, Pékin a accordé de nombreux prêts à des pays du Continent sans imposer les mêmes exigences en matière de réformes structurelles que l’institution de Washington. Cette dernière a bien protesté, essayé de convaincre les Etats-Unis et l’Europe de faire pression à la fois sur le prêteur et les emprunteurs mais en vain. En Afrique comme en Asie, le FMI avait perdu son monopole. Cela ne veut pas dire que la Chine, et d’autres pays émergents prêteurs comme le Brésil, n’avaient pas d’arrière-pensées (comme la sécurisation des gisements miniers) mais, au moins, n’exigeaient-ils aucune réforme douloureuse de leurs partenaires.
 
Aujourd’hui, la situation a changé. Comme le montre la crise grecque, le FMI s’est trouvé une nouvelle jeunesse et renoué avec ses comportements d’antan : inflexible, arrogant, donnant, sans honte, des leçons au peuple grec en matière de fiscalité – alors que les cadres dirigeants du Fonds ne paient pas d’impôts… - et acculant la Grèce dans les cordes au risque de la faire sortir de la zone euro et de provoquer une réaction en chaine que personne n’est capable de prévoir aujourd’hui. Au passage, on ne peut que déplorer le fait que les Européens ont commis une erreur magistrale en permettant au FMI de participer au premier sauvetage de la Grèce durant la période 2009-2010. C’était faire entrer le loup dans la bergerie alors que les Européens, ou du moins les membres de la zone euro, auraient dû régler cette affaire entre eux. A moins que certaines capitales, dont Berlin, aient voulu qu’un père fouettard extérieur fasse un exemple au sein de la « famille » de la monnaie unique…
 
Les partisans de l’attitude du FMI à l’égard d’Athènes mettent en avant la nécessaire orthodoxie financière. La nécessité pour celui qui s’endette de payer ce qu’il doit et la nécessité pour le Fonds de s’assurer qu’il aura les moyens de le faire (quitte à sabrer dans les budgets de la santé et de l’éducation…). D’autres thuriféraires de « l’institution de Bretton Woods » (appellation fréquente) mettent en avant que le FMI ne peut pas accorder un traitement privilégié à la Grèce sans provoquer la colère d’autres pays qui ont eu affaire à lui. En clair, Christine Lagarde, sa directrice générale, et ses équipes doivent cogner parce qu’elles ont cogné ici et là. Ce ne serait donc pas pour complaire à l’Allemagne que « l’encaisseur global » reste ferme face au gouvernement Tsipras mais pour ne pas provoquer l’ire de l’Argentine ou de l’Indonésie. Qui peut croire à ce genre de fadaise (démentie d’ailleurs par l’ambassadrice d’Argentine en France) ?
 
Soyons clairs, ce qui fonde l’action du FMI, c’est l’idéologie. Et ce qui se joue dépasse de loin la simple équation financière et budgétaire d’un pays qui a longtemps vécu au-dessus de ses moyens et à qui les banques ont prêté sans vraiment réfléchir à ce qu’elles faisaient. Dans ce qui se trame autour de la Grèce, c’est la nécessité de punir un gouvernement de gauche jugé hermétique ou hostile aux thèses néolibérales. C’est jouer le pourrissement pour que, de guerre lasse, le peuple retire sa confiance à ceux qu’il a élu. C’est jouer l’instabilité et, en passant, adresser un message explicite à d’autres peuples européens qui pourraient avoir la mauvaise idée de voter de la même manière. Et l’on sait comment tout cela peut se terminer. Par une grave crise politique voire par une victoire future de l’extrême-droite.
 
Le FMI joue aussi avec le feu en Tunisie. Voilà un pays qui chancelle, où le manque d’amélioration économique renforce la désespérance des jeunes ce qui ne peut qu’alimenter le terrorisme. On le sait, la Tunisie a besoin d’une aide multiforme à commencer par plusieurs milliards de dollars – au moins une dizaine – pour équilibrer les comptes, investir dans les infrastructures et relancer la machine économique. Au lien de cela, le FMI chicane et pérore. Son message est simple : point de réformes structurelles – autrement dit de nouveaux sacrifices pour la population – point d’argent (si peu d’argent, d’ailleurs…). Jusqu’à quand ? Jusqu’à ce que ce pays soit submergé et qu’un régime théocratique s’y installe ? Il est vrai que l’islamisme politique s’accommode fort bien des dogmes néolibéraux…
 
Au milieu des années 1990, le FMI a voué aux gémonies la Malaisie parce que son gouvernement a décidé le contrôle des changes pendant la crise asiatique. Le Fonds s’en est pris ensuite aux politiques économiques de l’Argentine. Deux décennies plus tard, des études pondues discrètement par les économistes de l’institution reconnaissent que cette dernière s’est lourdement trompée. Idem pour l’austérité prônée en Europe de l’Ouest après le choc de 2008 et que le Fonds juge désormais trop radicale. Prenons le pari : dans quelques années, l’un de ses inutiles fonctionnaires viendra nous expliquer que le FMI a manqué de perspicacité dans les dossiers grec et tunisien. Mais il sera peut être trop tard pour la démocratie…
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