Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : L'Algérie en 100 questions. Un pays empêché (Tallandier, 2019)

jeudi 28 janvier 2021

La chronique économique : Les riches vont (très) bien, merci pour eux

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 27 janvier 2021

Akram Belkaïd, Paris

 

 

Les débuts d’année se suivent mais ne se ressemblent pas toujours. Il y a un an, le Forum économique mondial de Davos (Suisse) se distinguait par une présence massive d’hommes d’affaires et de responsables politiques (1 500 jets privés avaient permis aux happy few de rejoindre la célèbre station des Grisons) tous préoccupés par les tensions géopolitiques, les bisbilles commerciales entre la Chine et les Etats-Unis ainsi que par les tours de vis en cours dans certains pays autoritaristes. De la mystérieuse épidémie qui sévissait en Chine, il n’en fut point question ou presque.

 

 

Une bonne année pour les milliardaires

 

Un an plus tard, pandémie de Covid-19 oblige, le Forum se tient de manière virtuelle jusqu’à la fin de la semaine. Il y est beaucoup question de l’état de l’économie mondiale, des conséquences des confinements à répétition et aussi, accessoirement, de politiques de santé. Gageons qu’aucun regret majeur ne sera exprimé à propos de celles qui ont été menées depuis trente ans et dont on admire aujourd’hui le résultat. Partout, les hôpitaux sont débordés, le personnel soignant, les matériaux et les médicaments manquent mais vive le libéralisme…

 

Comme chaque année, les e-participants au Forum seront amenés à prendre connaissance des conclusions de l’étude d’Oxfam sur les inégalités dans le monde. Selon l’organisation non-gouvernementale, la pandémie n’aura guère eu d’impact sur les plus riches de ce monde. Mieux, ces derniers se sont même enrichis puisque les 1 000 premiers milliardaires de la planète ont vu leurs avoirs augmenter d’un total de 3 900 milliards de dollars. Oxfam, rappelle qu’il avait fallu cinq ans pour que les plus riches digèrent la crise financière de 2008. Cette fois, ils ont engrangé les revenus. A l’inverse, pour les plus démunis, il faudra au moins dix ans, affirme Oxfam, pour qu’ils retrouvent leur niveau financier d’avant pandémie. Etats-Unis, Chine et France sont les pays où les milliardaires sont le plus à la fête. Pour la France, la richesse supplémentaire des milliardaires atteint 175 milliards d’euros soit deux fois le budget de la santé. 

 

Les plus riches se portent donc très bien, merci pour eux. Les raisons ? Aux baisses d’impôts pratiquées par plusieurs gouvernements, dont ceux des Etats-Unis et de la France, s’ajoute l’euphorie boursière de ces derniers mois. En rachetant à tout va des actifs sur le marché et en pratiquant des taux très bas, les banques centrales inondent les places financières de liquidité ce qui, en retour, engendre des hausses des cours boursiers. Pour se consoler, on pourra donc dire que la hausse de la fortune des plus riches est théoriquement virtuelle puisqu’elle repose sur l’évolution des cours de Bourse et la valorisation de leur capital. Il n’en demeure pas moins que les niveaux actuels de fortunes sont indécents en comparaison de ce que vit la majorité.

 

La fiscalité en question

 

Il sera donc intéressant au cours des prochains mois de suivre les débats à propos de la hausse de la fiscalité des plus riches. Pour l’heure, la tendance est à l’inverse au nom de le fumeuse théorie du ruissellement (plus il gagne, plus le riche en fait « profiter » le reste de la société). L’exemple de la France est ainsi éloquent : en 2018, le président Emmanuel Macron a supprimé l’impôt sur la fortune arguant que cela aiderait à relancer l’économie et à lutter contre le chômage. Il n’en a rien été. Dans un contexte où les États s’endettent lourdement pour faire face à la pandémie, on se demande bien où ils comptent trouver l’argent pour faire face à l’explosion des dépenses.

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