Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).

vendredi 19 octobre 2012

La chronique économique : Un Nobel pour une science non-exacte

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 17 octobre 2012
Akram Belkaïd, Paris

Les deux américains Lloyd Shapley et Alvin E. Roth viennent donc de recevoir le Prix Nobel d’économie pour leurs travaux de modernisation de la Théorie des Jeux. Il s’agit d’un concept très large qui date du début du XXème siècle et qui, pour simplifier, fonde sa réflexion sur les systèmes de concurrence, de confrontation entre l’offre et la demande et, pour finir, de formation des prix. C’est là un domaine des plus classiques sur lequel ont travaillé des milliers d’économistes depuis les premiers écrits d’Adam Smith.

Usage intensif des mathématiques

On le sait, le thème de l’offre et de la demande, ou bien encore de l’évolution du marché, est fondamental en économie et Lloyd Shapley et Alvin E. Roth ont été récompensés pour avoir étendus leurs travaux aux domaines non-marchands, c’est-à-dire là où l’approche classique offre-demande doit prendre en compte d’autres facteurs tels que la gratuité, le bénévolat, l’intervention de l’Etat via des subventions sociales. En clair, les recherches de ces deux savants sont aussi une tentative de réponse aux nombreuses critiques qui mettent en cause les limites de l’économie moderne et son incapacité à décrire plusieurs sphères d’activités n’ayant rien à voir avec le secteur marchand habituel (là où le prix est censé être le résultat d’un ajustement parfait entre l’offre et la demande).

Comme nombre de leurs homologues, les deux économistes qui viennent d’être nobélisés basent leurs travaux sur les mathématiques. L’objectif est de modéliser l’activité économique et d’en déduire un système d’équations et de lois suffisamment exhaustif pour décrire l’évolution et le comportement de cette même activité et des différents agents qui l’accomplissent. Et c’est là qu’apparaît l’une des finalités les moins connues  du Prix Nobel d’économie. Trop souvent, ce dernier consacre des travaux et des réflexions basées sur une « mathématisation » à outrance de la discipline économique ce qui, par conséquent, a pour but de prouver qu’elle  est une science exacte. Ce qu’en réalité elle n’est pas et ce qu’elle ne sera jamais au grand dam de nombre d’économistes qui cultivent un complexe d’infériorité vis-à-vis des mathématiques voire de la physique (laquelle est une science expérimentale mais dont les théories sont bien plus proches de l’exactitude que l’économie).

On connaît la fameuse boutade : un économiste est quelqu’un qui pourra peut-être vous expliquer demain pourquoi il s’est trompé hier… Au-delà de l’ironie, il s’agit de rappeler que malgré toutes les équations et formules mathématiques dont elle se pare aujourd’hui, l’économie reste une science imparfaite, incapable de tout décrypter et, surtout de tout prévoir. Ainsi, l’usage intensif des mathématiques dans les travaux des vingt dernières années n’a pas permis de voir venir (et d’éviter) les grandes crises financières et économiques à commencer par celle qui pénalise actuellement les Etats-Unis et l’Europe. Nombre de recherches publiées en 2007 et en 2008, notamment par les économistes travaillant dans de grandes banques d’affaires, sont même aujourd’hui de véritable sujet de plaisanterie puisqu’elles affirmaient que le retour à une croissance forte était imminent.

Modifier l'enseignement de l'économie

Bien entendu, il ne s’agit pas de déconsidérer l’économie ou de lui interdire l’usage des mathématiques. Mais, l’enjeu pour elle est de reconnaître ses limites ; d’accepter l’idée que, tout comme l’histoire qui éclaire le passé, l’économie peut rarement jouer le rôle de sciences prédictive et que, surtout, l’usage immodéré de mathématiques présentées comme caution en matière d’impartialité ne peut faire oublier que cette science est directement influencée par des idéologies aussi différentes que contradictoires. C’est pourquoi, il existe aujourd’hui de nombreux économistes qui, en Europe comme aux Etats-Unis, réclament une remise en cause de l’enseignement de cette discipline avec une réduction de l’usage des mathématiques et, in fine, une acceptation de son statut de science humaine.
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jeudi 18 octobre 2012

Entretien accordé à l'Express.fr : 17 octobre 1961: "un geste vis à vis des Français d'origine algérienne" + Un article publié il y a un an sur SlateAfrique : 11 octobre 1961, un massacre d'Etat

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Propos recueillis par , publié le 
En reconnaissant mercredi le massacre d'Algériens lors de la manifestation pacifiste du 17 octobre 1961, François Hollande a d'abord voulu s'adresser aux enfants des manifestants, estime Akram Belkaïd. Mais son geste est aussi un message politique à l'Algérie. 
17 octobre 1961: "un geste vis à vis des Français d'origine algérienne"
GUERRE D'ALGERIE - 1500 Algériens arrêtés lors de la manifestation pacifique organisée à Paris le 17 octobre 1961 furent expulsés dans les 48 heures depuis l'aéroport d'Orly vers l'Algérie. Les quelques 20 000 manifestants furent victimes d'une répression violente qui fit de nombreux morts.
AFP

Journaliste, écrivain, auteur de plusieurs ouvrages sur l'Algérie (1), Akram Belkaïd réagit à l'hommage rendu par François Hollandeaux victimes de la répression de la manifestation du 17 octobre 1961 à Paris au cours de laquelle des indépendantistes algériens avaient été tués par la police, dirigée à l'époque par le préfetMaurice Papon. 
Cette reconnaissance du massacre du 17 octobre 1961 était-elle une revendication des Algériens?
Certainement chez les Algériens de France. Le souvenir du 17 octobre reste profondément ancré dans l'imaginaire collectif de cette communauté, les enfants en ont entendu parler par leurs parents. C'est un peu plus compliqué du l'autre côté de la Méditerranée. Cela sera bien sûr considéré comme un geste positif mais en réalité on ne peut pas parler d'une revendication récurrente. L'événement a d'ailleurs longtemps été passé sous silence par l'historiographie officielle algérienne. La manifestation était organisée par la fédération du France du FLN. Considérée à l'époque comme la 7ème willaya (préfecture ndlr) de l'Algérie combattante, elle a ensuite été tenue à distance par les autorités qui ne tenaient pas vraiment à rappeler le rôle qui avait été le sien pendant la guerre. 
Que sait-on de ce qui s'est réellement passé?
Longtemps, la tragédie a été occultée en France. En réalité ce n'est qu'après la publication des travaux de Jean-Luc Einaudi (2), qui font état de près de 400 morts, que le 17 octobre 1961 a ressurgi, y compris dans l'imaginaire français. Ce n'est qu'à ce moment que l'on a appris, ou réappris, ce qui s'était passé, et que beaucoup de Français ont cessé de confondre ce massacre avec celui du métro Charonne au début de 1962. 
François Hollande a opté pour une reconnaissance sans repentance. Aurait-il dû aller plus loin ?
Certains s'en contenteront, d'autres pas. Je me méfie un peu pour ma part du discours sur la repentance. On en parle beaucoup plus en France qu'en Algérie. Et elle n'est pas à mon sens une revendication réelle des Algériens. Tout est parti de cette loi française de 2005 (abrogée depuis ndlr) qui reconnaissait le "rôle positif " de la colonisation. C'est ce texte qui a déclenché la polémique, alors que personne ne demandait rien. Ensuite, certains groupes algériens, notamment l'aile la plus conservatrice du FLN, s'en sont saisis. 
Quant à l'acte de reconnaissance de François Hollande, il s'inscrit d'abord à mon sens dans un contexte franco-français. Il s'agit un geste de réconciliation qui s'adresse aux Français d'origine algérienne. Car les enfants des manifestants de 1961 sont des citoyens français. Le président a voulu apaiser les choses. D'autant que depuis plusieurs années il y avait autour du massacre du 17 octobre et de sa non-reconnaissance une certaine crispation en France chez les jeunes gens issus de l'immigration. 
N'est-ce pas aussi un geste politique vis à vis de l'Algérie officielle et du président Abdelaziz Bouteflika auquel François Hollande a prévu de rendre visiste prochainement ?
Si bien sûr, c'est aussi cela. Hollande veut indiquer à travers ce message à l'Algérie officielle qu'il est moins crispé que Nicolas Sarkozy sur ces questionslà. 
Est-ce qu'il faut aller plus loin? Ouvrir, par exemple, les archives du ministère de l'intérieur?
Ouvrir les archives, certainement. C'est indispensable. Il faut que les historiens puissent travailler sur cette période. Qui a donné l'ordre de tirer? Quel a été le rôle réel de Maurice Papon? Celui deMichel Debré, Premier ministre? Et celui de De Gaulle? Il y a beaucoup de zones d'ombres qui méritent d'être éclaircies. 
(1) Dernier ouvrage publié : La France vue par un blédard, janvier 2012, aux Editions du Cygne 
(2) La bataille de Paris-17 octobre 1961, publié en 1991 aux éditions du Seuil.

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17 octobre 1961: un massacre d'Etat

Un triste anniversaire pour la république française. Le 17 octobre 1961, la France a laissé ses valeurs au placard. Cinquante ans et un an plus tard, elle refuse toujours de faire son travail de mémoire.

Des manifestants algériens sont arrêtés à Puteaux le 17 octobre 1961. AFP/Fernand Parizot
L'AUTEUR
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C’est l’histoire d’un massacre colonial dont la France officielle continue de refuser d’admettre l’existence et d’en assumer donc la responsabilité.
Ce massacre ne s’est pas déroulé en Algérie, au Cameroun ou à Madagascar mais à Paris, ville-lumière, ville des Lumières...
Le 17 octobre 1961, des dizaines d’Algériens et d’Algériennes ont été tués, certains en étant jetés à la Seine, alors qu’ils ne savaient pas nager, pour avoir osé braver le couvre-feu qui leur était imposé par les autorités.
D’autres ont été battus à mort dans la cour de la Préfecture de police ou dans ses annexes, cette même préfecture où, aujourd’hui les uns vont retirer leurs permis de conduire, d’autres leurs cartes de séjours sans oublier celles et ceux qui y célèbrent leur naturalisation.
C’est l’histoire d’un massacre que les mémoires algériennes et françaises ont longtemps occulté. Aujourd’hui encore, nombreux sont ceux qui confondent ces ratonnades, car comment les désigner autrement, avec ce qui s’est passé quelques mois plus tard au métro Charonne, quand des militants communistes sont morts piétinés ou écrasés par la foule affolée par la violence policière.
Le 17 octobre 1961, «paroxysme de la violence et de l’arbitraire», selon l’historien Gilles Manceron, ce fut des êtres humains bastonnés, frappés jusqu’à l’explosion de leur os, de leurs boîtes crâniennes, puis jetés dans les eaux noires du fleuve.
Ce furent des blessés privés de soins. Ce furent des arrestations en masse et d’horribles sévices. Ce furent des rafles, là-aussi c’est le mot qu’il convient d’employer, et des détentions arbitraires dans des stades ou des salles de sport.
Le 17 octobre 1961, n’est rien d’autre qu’une date d’infamie pour la République française, pour le Général De Gaulle, pour son Premier ministre Michel Debré, pour le ministre de l’intérieur Roger Frey et, surtout, pour Maurice Papon, alors préfet de police de la Seine, après avoir joué le rôle que l’on sait durant l’occupation nazie.
Il n’y a eu aucune enquête officielle, aucune inculpation ou mise en cause. A la différence de ce qui s’est passé pour Charonne, la gauche elle-même n’a jamais cherché à connaître la vérité ou à demander des comptes aux autorités.
Quant à la presse de l’époque, elle a certes rendu compte des violences mais est très vite passée à autre chose exception faite de quelques titres courageux dont Témoignage Chrétien.

Le réveil tardif de la gauche française

Le 17 octobre 1961 nous apprend beaucoup de choses. Il nous rappelle par exemple le rôle ambigu de la gauche française pendant la guerre d’Algérie. Cette gauche symbolisée par la SFIO(Section française de l'internationale ouvrière) qui a voté les pouvoirs spéciaux au gouvernement de Guy Mollet en 1956 et qui a attendu janvier 1962, c'est-à-dire six mois avant l’indépendance, pour organiser la première grande manifestation pour la paix en Algérie.
Une manière habile de ne pas se prononcer pour l’indépendance, et pour dénoncer les attentats de l’OAS (Organisation armée secrète).
C’était cela la gauche française, elle dont l’un des futurs grands leaders, en l’occurrence François Mitterrand n’a guère cillé quand il s’agissait d’envoyer des militants nationalistes à la guillotine.
Alors, il faut rendre hommage au PSU qui a clairement défendu la cause algérienne. Hommage aussi à l’Unef pour son engagement pour les Algériens, hommage au romancier Didier Daeninckx,auteur du roman Meurtres pour mémoire qui a abordé cette question et, hommage et mention spéciale, à l’historien Jean-Luc Einaudi dont l’ouvrage La Bataille de Paris, en 1990 a réveillé les mémoires.
Le 17 octobre 1961 nous apprend aussi que la France officielle a toujours aussi mal à sa mémoire coloniale.
Cette France qui s’en va donner des leçons mémorielles à la planète entière, qui entend dire le bien et s’attaquer au mal au nom des principes de sa Révolution, elle ne veut pas, cette France officielle, admettre qu’elle a gravement fauté.
Quand on évoque devant elle Octobre 1961, elle s’impatiente, s’irrite et explique qu’il faut tourner la page et regarder vers le futur. Topons-là et oublions, semble-t-elle dire à celles et ceux qui refusent une telle légèreté.
En cela, elle ressemble à un prêcheur en probité qui serait rattrapé par son passé et qui refuserait de l’assumer. Est-ce que cela affaiblirait la France que de reconnaître que son Etat a commis des crimes pendant la période coloniale, notamment en ce 17 octobre 1961?
Ce serait plutôt le contraire. Cela apaiserait les consciences, cela redonnerait confiance en ce pays à nombre de ses enfants qui sentent bien que les cadavres flottant de la Seine hantent la mémoire hexagonale.

«L'idéologie raciale et coloniale perdure»

Le problème, le vrai, celui qui n’est jamais abordé de manière frontale, c’est qu’il demeure des gens, parfois haut-placés, à droite comme à gauche mais surtout à droite, qui estiment que les manifestants algériens n’ont eu ce jour-là que ce qu’ils méritaient.
Ainsi, ce refus de voir le passé colonial apparaît sous un autre jour. Il n’y a pas simplement la volonté de cacher un acte dont on a honte et que l’on veut très vite oublier. Il y a aussi le fait que, finalement, l’idéologie raciste et coloniale perdure à ce jour.
C’est cela qu’ont compris nombre d’organisations qui ont manifesté le 17 octobre 2011 pour réclamer une reconnaissance officielle de ce massacre, rejoignant en cela l’appel du site Mediapart.
Tant que l’Etat français se taira sur ce sujet, il restera complice de ceux qui ont «cassé du bougnoule» pour le plaisir de le faire, pour dire qu’ils refusaient l’Algérie indépendante et que, pour eux, ceux que l’on appelait alors «les indigènes» resteraient à jamais des sous-hommes.

Une question mémorielle

Enfin, le 17 octobre 1961 nous dit beaucoup de choses sur les dirigeants d’Algériens d’hier et d’aujourd’hui. A l’indépendance, il n’était pas question de glorifier ces manifestants anonymes qui ont montré leur attachement à la cause de l’indépendance.
«Un seul héros le peuple», à condition qu’aucune tête ne dépasse. Et puis, pour le pouvoir installé à Alger dès 1962, il ne fallait pas accorder la moindre parcelle de gloire à la Fédération de France du FLN (Front de libération nationale). Alors l’oubli a fait le reste. D’autres événements sanglants ont recouvert les souvenirs du 17 octobre 1961.
Aujourd’hui, dans un pays où les trois-quarts de la population sont nés après l’indépendance, cette histoire ne veut pas dire grand-chose. Le pouvoir en place va bien essayer d’exploiter cette date pour remobiliser les foules grâce à l’habituel levier anti-français. Mais cela ne fonctionnera guère.
En revanche, il y a bien une question mémorielle que ce pouvoir préférera éviter. Lui qui n’a que faire de la vie des Algériennes et des Algériens, verrait d’un mauvais œil que la question de la responsabilité du FLN dans ces massacres du 17 octobre 1961 soit posée.
Il faudrait peut-être que les dirigeants de l’époque, du moins ceux qui sont encore en vie, s’expliquent. Pourquoi une telle prise de risque sachant que la police française était remontée et prête à tous les excès contre ceux que l’on n’appelait pas encore les Algériens?
Pourquoi une telle manifestation qui ne pouvait que déboucher dans le sang? En un mot, est-ce que cela en valait la peine à l’heure où les négociations entre De Gaulle et le FLN se poursuivaient en Suisse? Débat d’historiens, diront certains. Pas si sûr, car là aussi, il est question du prix que l’on accorde, ou pas, à une vie humaine.

Akram Belkaïd
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mercredi 17 octobre 2012

Espagne 1 France 1

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    Ce matin, la France est persuadée qu'elle va gagner la Coupe du monde de foot... Faire nul avec l'Espagne est certes un exploit mais quelques remarques s'imposent :
    - Oui, le but de Menez était valable
    - Mais le but de Giroud était hors jeu au départ (hors-jeu de Ribery)
    - Manquaient à l'appel chez les Espagnols : Puyol, Piqué, Villa, sans compter la blessure de Silva.
    Donc, on se calme un peu et on attend mars prochain pour le retour..
    Cela étant dit, une bonne nouvelle fait du bien dans un contexte hexagonal bien déprimant...
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lundi 15 octobre 2012

5$ pour Barack

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Akram, this race is tied.

What we do over the next 22 days will determine not just the next four years, but what this country looks like for decades to come.

That's what I'll be fighting for up on that stage tomorrow night -- but I can't do it alone.

This campaign's final and most critical FEC deadline is coming up on Wednesday. It's an important test of our strength at a time when the other side is plotting a big surge in negative ads.

This grassroots organization has never been beat -- but we're at the stage of an election where everyone needs to step up and chip in. So please, don't wait any longer. Donate $5 or more right now:

https://donate.barackobama.com/Last-FEC-Deadline

Thanks for standing with me.

Barack
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La chronique du blédard : Des élections, de la démocratie représentative et du tirage au sort

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 11 octobre 2012
Akram Belkaïd, Paris

Le 6 novembre prochain, les citoyens étasuniens vont se rendre aux urnes pour reconduire ou signifier son congé à Barack Obama (certains électeurs ont commencé à voter depuis déjà plusieurs semaines). Ce scrutin qui s’annonce serré, du moins selon les sondages, est l’occasion de se pencher sur l’état de la démocratie américaine. Et il ne fait nul doute que le constat est des plus mitigés car jamais l’argent n’aura autant compté que durant cette bataille électorale. Au final, la compétition entre le président sortant et Mitt Romney, son challenger républicain, cela sans oublier les autres candidats (toujours en course ou ayant jeté l’éponge), devrait coûter au moins six milliards de dollars. Un record ! Depuis plus d’un an, les deux rivaux ne cessent de lever des fonds directement ou indirectement via notamment les « Super Political Action Committees » (Super PAC). Il s’agit d’instances partisanes, soit disant indépendantes des candidats, mais qui, dans la réalité, permettent à de gros contributeurs de déverser des millions de dollars dans la campagne. En toute légalité et en contournant la loi qui fixe les dons directs à 2.500 dollars.
 
Peut-on encore parler de démocratie quand l’argent est aussi prépondérant ? Où est le choix du peuple quand ce dernier est influencé par des milliers de spots publicitaires payés par des groupes de pression, souvent au service de multinationales ou de milliardaires en mal d’audience politique ? Et que dire de ces messages en rafale, à la radio ou à la télévision, qui ne s’embarrassent guère de respecter la vérité… C’est-là l’un des paradoxes des Etats-Unis puisque tout ce qui a trait aux campagnes électorales y est considéré comme relevant de la sacro-sainte liberté d’expression.

Ce n’est pas verser dans l’antiaméricanisme primaire que de dire que la démocratie étasunienne est malade. Mais, elle n’est pas la seule. L’Europe nous montre elle aussi que la démocratie dite représentative a du plomb dans l’aile. Les exemples sont nombreux. Des « technocrates » placés à la tête de gouvernements pour faire plaisir aux marchés financiers, des Parlements nationaux qui se contentent de voter les lois, laissant à d’autres (gouvernements et « experts ») le soin de les rédiger dans des conditions peu transparentes, un Parlement européen qui ne contrôle pas grand-chose à commencer par une Banque centrale européenne (BCE) omnipuissante, et des députés qui, à peine élus, s’empressent d’oublier le choix populaire comme l’a montré l’inutilité du non français lors du référendum de 2005 pour l’approbation de la Constitution européenne.

En Europe, comme aux Etats-Unis, les réflexions critiques à l’encontre de la démocratie représentative se multiplient. Élire des représentants qui, par la suite, ne rendent aucun compte et déploient leurs talents pour se faire réélire, voire pour cumuler les mandats et se sentir intouchables, est devenu chose intolérable pour nombre de citoyens. Reste que l’alternative n’est pas évidente. On connaît d’ailleurs la formule : « la démocratie est la moins mauvaise des solutions… ». Mais, le fait est qu’elle n’est plus satisfaisante dans les pays où elle se pratique réellement ou, du moins, dans l’intention. Aujourd’hui, d’autres pistes se dessinent pour assurer aux peuples le respect de l’essentiel, c'est-à-dire la mise en place d’un système politique capable de leur garantir le droit aux droits fondamentaux.

Parmi ces pistes, figure le tirage au sort en lieu et place des élections. Non, ne riez pas ; ne balayez pas cette idée en haussant les épaules. Oubliez le conditionnement mental dans lequel nous baignons depuis plusieurs siècles et qui veut que démocratie signifie forcément élections. Lisons ce qu’écrit à ce sujet Etienne Chouard, enseignant et blogueur influent inspiré notamment par les idées du politologue Bernard Manin (*). « Les citoyens ont été réduits au rang d’électeurs, sans avoir été consultés, sans conserver aucun pouvoir entre deux scrutins », relève-t-il en estimant que le suffrage universel n’a pas tenu ses promesses puisque « le choix restreint à un petit cercle de candidats induit une aristocratie fermée, avec son cortège de malhonnêtetés et d’abus de pouvoir ».

Le tirage au sort, qui existait durant l’Antiquité et que certains ordres religieux ont utilisé au cours des siècles, permettrait d’éviter les dérives de la démocratie représentative grâce au respect de trois principes. Celui de « liberté individuelle » (chacun peut être tour à tour gouvernant et gouverné), celui de « rotation des charges » (éviter la formation de castes politiciennes) et le « principe protecteur majeur » (la perspective de redevenir un citoyen ordinaire oblige le gouvernant à plus de rigueur) cela sans oublier le fait que « le tirage au sort est la seule procédure qui permette une répartition des charges sans l’intervention d’aucune volonté particulière ».

Bien entendu, les préventions à l’égard d’un tel mode de désignation sont nombreuses. Comment être sûr de ne pas mettre au pouvoir un charlatan ? Comment accepter l’idée de s’en remettre au hasard ? Pour Etienne Chouard, le tirage au sort est pourtant « un arbitre idéal, impartial et incorruptible, qui protège la liberté de parole et d’action de chacun. » Pour lui, « l’impossibilité de tricher dissuade les parties d’être malhonnêtes au lieu de les pousser au mensonge comme le fait l’élection, qui bénéficie toujours au meilleur menteur (sic). » Et d’enfoncer le clou : « on reproche au tirage au sort de risquer de porter au pouvoir un incompétent ou un escroc, or il ne désigne pas un chef mais des porte-parole, ce qui est très différent ». Des porte-parole « tenus de traduire fidèlement ce que choisissent les citoyens », travaillant « sous leur contrôle constant » et, surtout, devant « rendre des comptes en fin de mandat ».

D’autres voies, souvent complémentaires avec le tirage au sort, existent. C’est le cas de l’élection sans candidats déclarés (les candidatures sont proposées par tous les électeurs). Là aussi, il s’agit de revisiter la démocratie représentative puisque les qualités nécessaires pour être élu ne sont pas forcément celles qui font le bon représentant du peuple. Tirage au sort, élection sans candidats, recours plus fréquent au référendum : dans une planète en crise profonde, y compris de gouvernance, ces idées émergentes peuvent être qualifiées d’utopiques. 

Mais il ne faut pas s’y tromper : c’est via ce type de réflexion novatrice que se dessine le monde de demain. Cela ne peut qu’interpeller les pays et les peuples qui sont encore loin d’être sorti de la dictature ou de l’autoritarisme. Le fait que la démocratie représentative soit désormais un horizon que l’on peut dépasser doit obliger ceux qui en rêvent à repenser, et à renouveler, leurs réflexions et stratégies politiques. Faute de quoi, ils risquent une nouvelle fois d’être en retard d’une bataille car c’est bien dans le développement de pensées alternatives que l’Occident est en train de reprendre de l’avance sur le reste du monde.

(*) Pile dans l’urne ou face au sort, revue Kaizen, numéro de septembre-octobre 2012. De Bernard Manin, on peut lire notamment  Principes du gouvernement représentatif, Flammarion, 1995.

samedi 13 octobre 2012

La chronique économique : Le monde en crise, les dérives de la finance

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 10 octobre 2012
Akram Belkaïd, Paris



Il n’est nul besoin de rappeler que le mot «crise» est l’un des plus employés en ce moment par les médias du monde entier, notamment ceux d’Europe et des Etats-Unis, les deux régions les plus touchées par le ralentissement économique. Mais si ce terme est omniprésent, la compréhension du phénomène est de plus en plus difficile d’autant que cette crise est polymorphe. Elle détraque les économies réelles, creuse les finances publiques et affecte la solvabilité des secteurs bancaire et financier tout en limitant l’investissement mondial à long terme.

UNE CRISE VENUE DE LOIN
Il est donc utile de revenir aux sources de cette crise et d’en comprendre les développements successifs. C’est ce que permet l’ouvrage très détaillé de l’expert international Mustapha Bensahli qui vient d’être publié aux éditions Casbah (*). Spécialiste de finance et de fiscalité, l’auteur décrypte d’abord les «mécanismes déclencheurs de la crise financière», ces derniers résidant essentiellement dans l’éclatement de la bulle immobilière aux Etats-Unis puis en Europe. Mais, on le sait, ce catalyseur que fut l’immobilier n’a pas été la cause structurelle d’une crise qui est loin d’être achevée. Et c’est vers les incroyables dérives de la finance internationale que nous invite à regarder Mustapha Bensahli. Spéculation, obsession du court-terme, sophistication poussée à l’extrême (comme l’a montré le développement spectaculaire de la titrisation et des produits dérivés, à l’image des désormais fameux «Credit Default Swaps» ou CDS) ont miné et la finance mondiale et corrompu l’économie réelle.

Bien entendu, tout cela n’aurait pas été possible sans une dérégulation à tout va, symbolisée par l’abrogation aux Etats-Unis du Glass-Steagall Act, cette loi instaurée après la crise de 1929 pour cloisonner banques d’affaires et banques de détail. Initiée par le duo Reagan-Thatcher, assumée par des gouvernements dits de gauche comme celui de Bill Clinton aux Etats-Unis, de Lionel Jospin en France ou de Tony Blair en Grande-Bretagne, la déréglementation a vu ses effets pervers démultipliés par le contournement des lois restées en vigueur. L’un des meilleurs exemples en la matière a été «l’ingéniosité» des banques à habiller leurs bilans et à passer à travers les mailles du filet des normes comptables internationales. L’auteur détaille aussi les mécanismes de contagion qui ont permis le passage de la crise financière vers l’économie réelle.

Il explique comment cette crise a exigé la mobilisation de capitaux importants, notamment pour se porter au secours des banques, ce qui, au final, a généré une débâcle quasi généralisée des finances publiques européennes mais aussi étasuniennes et japonaises. L’un des chapitres de l’ouvrage dresse, par ailleurs, un panorama détaillé des solutions mises en place pour sortir de la crise ainsi que de leurs conséquences immédiates, à l’image de l’impressionnante série de dégradation des ratings souverains par les agences de notation. Mustapha Bensahli relève aussi le fait que le recours à des dévaluations plus ou moins officielles a été l’un des moyens d’atténuer la crise, ce qui a débouché sur une guerre des grandes monnaies mondiales.

DES SOLUTIONS
L’auteur décrit enfin les différents scénarios de sortie de crise, qu’ils soient conçus par les tenants d’une économie libérale ou par ceux qui défendent un retour en force de l’Etat, non pas comme acteur économique, mais comme force régalienne. Un troisième scénario, plus neutre, est aussi présenté avec, tout de même, ce jugement selon lequel il ne peut y avoir de solution à la crise sans remise en cause ou ajustement en profondeur du dogme du «laisser-faire».
Voilà un ouvrage qui est à la fois didactique et exhaustif et qui a le mérite d’expliciter les mécanismes de ce qui est d’ores et déjà considéré comme étant la grande crise du début du XXIe siècle.

(*) Le monde en crise. Les dérives de la finance. Préface du professeur Hocine Benissad. Casbah Editions.378 pages, 750 dinars (prix indicatif).
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mercredi 10 octobre 2012

L'Afrique se cherche son Hugo Chávez

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SlateAfrique, 10 octobre 2012

Pourquoi il n'y a pas de Chávez africain? La réponse est simple. Il n’existe pas l'équivalent du président vénézuélien sur le continent.

Supportrice d'Hugo Chavez le 8 octobre 2012 lors de sa réelection. Reuters/Jorge Silva
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L’épisode a été oublié depuis, mais il mérite d’être rappelé.
En 2005, le président Hugo Chávez décide le transfert de deux tiers des réserves de change vénézuéliennes, soit un pactole de pas moins de 20 milliards de dollars, des banques américaines où elles étaient placées vers des comptes suisses en euros.
C’est là, parmi tant d’autres, un acte concret d’el Presidenteresté en travers de l’administration américaine —un autre grief de cette dernière étant l’emploi d’une partie de ces fonds pour la création, toujours en projet, d’une banque régionale d’Amérique latine.

L'homme qui ose défier l'Oncle Sam

La question est simple: quel chef d’Etat africain serait capable de défier ainsi l’«empire»?
Même Mouammar Kadhafi, au plus fort de son isolement et de ses diatribes anti-américaines n’a jamais osé ainsi heurter de front l’Oncle Sam en s’attaquant à la prépondérance du dollar américain.
Qu’on l’aime ou qu’on le déteste, qu’on l’assimile à un digne successeur de Simon Bolivar, le père des indépendances sud-américaines, ou qu’on le qualifie de dictateur populiste, il est évident que Chávez s’inscrit dans la lignée de ces dirigeants dont l’histoire retiendra le nom.
Ancien putschiste (comme nombre de potentats africains), devenu ensuite président de son pays par la voie légale des élections, ce dirigeant a le mérite d’avoir fait bouger les lignes de front dans son pays et sur son continent.
Partisan d’une ligne dure à l’égard des Etats-Unis, il a permis à ses homologues sud-américains, notamment ceux du Brésil et d’Argentine, de gagner plus d’autonomie vis-à-vis de Washington et de tirer profit de l’hostilité de la Maison-Blanche vis-à-vis du leader bolivariste.
Un leader dont on a trop souvent dit que son atout premier était l’argent du pétrole mais dont on vient de réaliser, à la faveur de sa réélection, qu’il jouissait aussi d’un important soutien populaire.
Qu’on en juge: avec 55% des suffrages sur près de 80% de participation au scrutin, rares sont les présidents élus —hors trucage— qui peuvent se targuer d’un tel score.

Le Chávez africain n'existe pas

Et l’on repose donc la même question. Mais où est donc le Chávez africain? La réponse est simple. Il n’existe pas. Du moins, pas encore. Et les raisons expliquant cela sont nombreuses.
Bien sûr, il est aventureux de comparer les contextes africain et sud-américain, mais il n’empêche.
Rares sont les dirigeants africains ayant une telle conscience de classe que le président vénézuélien.
Dans un monde où, faute d’épouvantail soviétique, les riches et les prépondérants n’ont plus peur de rien, Hugo Chávez a toujours pris soin d’apparaître comme le défenseur des plus pauvres et des plus démunis, quitte à s’aliéner une partie des classes moyennes.
En Afrique, c’est le régionalisme pour ne pas dire le confessionnalisme qui influe sur les stratégies politiques et cela y compris en Afrique du Sud, où Jacob Zuma a tenté, en vain, de se glisser dans les habits d’un Chávez africain.
D’ailleurs, l’Afrique est peut-être le continent où l’idéologie n’a plus droit de cité et où la lutte contre la pauvreté est ramenée à un problème de pure technique économique.
Or, qu’on le veuille ou non, l’action en faveur des plus démunis est aussi affaire d’idéologie et de parti-pris.
Une chose impensable en Afrique où nombre de dirigeants n’ont de cesse de faire croire qu’ils sont en phase avec l’enseignement de Harvard quand ils ne sont pas occupés à piller les caisses de leur pays.

Toujours des mots, les mêmes mots...

L’Afrique est aussi le continent où le bras de fer proclamé avec les puissances étrangères, notamment pour une meilleure valorisation des matières premières, relève plus du discours incantatoire que des faits.
Au milieu des années 2000, enfilant ses habits de pèlerin, c’est Hugo Chávez qui a convaincu ses pairs africains producteurs de pétrole, l’Algérie d'Abdelaziz Bouteflika en tête, du danger à libéraliser le secteur des hydrocarbures et à affaiblir, comme le souhaitaient les Etats-Unis et l’Union européenne (UE), l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep).
C’est lui aussi qui encourage ses pairs sud-américains à favoriser la naissance d’une banque régionale capable de financer les grands projets d’infrastructure sans avoir à demander leur autorisation au Fonds monétaire international (FMI) et à la Banque mondiale, tous deux jugés trop inféodés à Washington.
L’Afrique, quant à elle, du moins pour partie, en est encore, à accepter que sa souveraineté monétaire soit gérée par des fonctionnaires du Trésor français.
Bien entendu, le Venezuela de Chávez est loin d’être ce pays idéal que les nostalgiques du Che(Che Guevara) aiment tant à louer.
Polarisant et trop souvent excluant, brouillon sur le plan économique, toujours tenté par l’autoritarisme contre une opposition souvent perméable à l’influence étasunienne, le «chavisme»crée trop de germes de violence dans la société vénézuélienne et prépare certainement des lendemains difficiles y compris pour ceux qui y adhèrent le plus.
Pour autant, il est l’illustration concrète que le technocratisme mondialisé n’est pas l’unique solution pour favoriser le développement d’une nation et qu’il est plutôt sain d’avoir des idées politiques bien arrêtées.

Akram Belkaïd
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mardi 9 octobre 2012

La chronique du blédard : Le retour (à Paris...)

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 4 octobre 2012
Akram Belkaïd, Paris

C’est une règle immuable ou presque. Le retour de voyage, comme de reportage, équivaut à un atterrissage par vent de travers dans un aéroport bondé où les contrôleurs aériens sont en grève, où les douaniers font du zèle et où bagagistes, chariots et chauffeurs de taxi sont aux abonnés absents. A peine rentré chez soi, vite passés les retrouvailles, les embrassades et quelques récits et anecdotes, vient le temps où le réel et les cavalcades reprennent leurs droits. Pas de sas de compression et de mise en stress progressive, pas de chambre de préparation ; il faut tout de suite faire face car tel est le prix de l’absence et de l’éloignement, furent-ils en terres difficiles. Factures, problèmes en suspens, articles à livrer qui étaient déjà en retard avant le départ et qui sont devenus des urgences, appels insistants de fâcheux en tous genres, pile de journaux à découper déjà haute de plusieurs mètres et ayant encore pris quelques bons pouces : on se prend soudain à rêver de départ immédiat.

Tout va mal, surtout la France ; fuyez et ne revenez pas semblent d’ailleurs inciter les médias, leurs commentateurs appointés et leurs éditorialistes encore bronzés. François Hollande et ses reniements de faux-derche à propos de l’Europe et de l’austérité, les plans sociaux par dizaines et leurs licenciements par centaines pour ne pas dire par milliers, les agressions mortelles et les incivilités ici et là, l’argent des paris qui souille la renommée d’un sport que l’on croyait à l’abri des margoulins et, bien sûr, la crise économique toujours et, nous dit-on, pour longtemps : soudain, Alger, sa saleté, ses embouteillages infernaux, ses nouveaux habitants vulgaires et mal dégrossis, paraissent bien anodins, presque sympathiques ; en tous les cas bien moins toxiques.

Et il faut aussi se colleter avec les inévitables postures bruyantes des intellectuels omniprésents. Car si le voyage permet de distinguer l’essentiel de l’accessoire, le vrai du feint, il rend surtout insupportable l’agitation égotique soit disant dédiée à de grandes causes mais qui vise surtout à faire augmenter, à si peu de frais et de dangers, les ventes en kiosque et les droits d’auteur. Revenir d’un pays où des caricaturistes ploient sous les (vraies) menaces et les poursuites (au pénal !), permet ainsi de relativiser les diatribes enflammées à propos de la liberté d’expression. Ah, que l’islam et les musulmans ont bon dos ! Ah, qu’ils sont utiles et nécessaires pour se donner bonne conscience et pour renforcer les sentiments de supériorité à l’égard des gens du Sud. Sans l’islam et les musulmans, que deviendraient celles et ceux qui tentent de se glisser par effraction dans les habits, trop grands pour eux, d’un Zola, d’un Malraux voire d’un Sartre ou d’un Camus ? Ces polémistes, moralisateurs à deux sordis, sont une maladie de la France et contribuent par leur vacarme à occulter les vrais enjeux.

Un rapport rend public la dangerosité des OGM, un autre s’inquiète des défaillances de certaines centrales nucléaires, des associations mettent en garde contre les dégâts que risque de provoquer le prochain hiver parmi la population des sans-domiciles (et ne parlons même pas des grands dossiers internationaux), mais, sous la conduite d’animateurs-journalistes (ou l’inverse), on préfère soliloquer en groupes télévisuels à propos de l’existence d’un racisme anti-blanc ou de l’urgence ou pas à interdire la construction de nouvelles mosquées. Prenons les paris : dans les semaines qui viennent, nous auront de nouveau des débats fracassants sur le halal à l’école, le voile, le sacrifice rituel du mouton, la circoncision, le nombre de ressortissants français qui effectuent le pèlerinage à La Mecque…

Le voyage est silence (y compris dans un pays où tout le monde braille pour un oui, pour un non ou pour rien du tout). Il est intériorité, lenteur et réminiscences. Le retour est bruit, confrontations futiles, vitesse et craintes exagérées. C’est dans ces moments que se (re) forge la conviction que la comédie médiatique hexagonale est un affront aux intelligences et une insulte aux consciences. Alors, oui, la tentation est grande de rompre le combat. De s’éloigner de cette scène en toc en se bouchant les oreilles et en fermant les yeux. D’abandonner la place aux bateleurs et aux naïfs qui ne cessent de leur prêter attention. Et, soudain, l’on comprend pourquoi tel ou tel voisin, ami, parent, n’écoute plus la radio, ne lit plus la presse, ne regarde plus le journal télévisé. Ce n’est pas un manque de curiosité ou d’implication citoyenne mais juste une réaction d’autodéfense.

Mais tout cela ne dure pas longtemps. Une semaine, dix jours et voilà la réadaptation achevée. On se remet au découpage des journaux, on lit, on peste et on écrit. En un mot, on retrousse les manches et on réagit, quitte à se battre contre d’insaisissables moulins à vent. Oui, le retour est dur, parfois même insupportable mais c’est en l’appréhendant autrement qu’on arrive à y faire face. Tout ce bruit, toute cette mauvaise foi, ces crispations identitaires dans un pays qui cherche sa voie, tout cela signifie que le retour n’est rien d’autre que la continuation du seul voyage qui compte, celui des batailles au quotidien.
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samedi 6 octobre 2012

Chadli Bendjedid

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Il semble donc que la nouvelle, qui courrait depuis plusieurs jours, est confirmée. L'ancien président Chadli Bendjedid (1979-1992) n'est plus. Quand un grand homme s'en va, il a droit à des éloges méritées. Si ce n'est pas le cas, on se contente de dire "Allah Yarahmou". 
Rien d'autre. 
Et vraiment rien d'autre. 
Il sera toujours temps de reparler de ce que furent les années Chadli, une période que l'on peut comparer à une rampe de lancement accélératrice pour la Guerre civile, la déroute d'un pays et l'effondrement de l'Etat algérien.
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vendredi 5 octobre 2012

Hommage à Pierre Chaulet

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SlateAfrique,  5 octobre 2012

L'Auteur


Topics

 
 
Lorsqu’on évoque l’histoire de l’Algérie coloniale et de la Guerre d’indépendance (ou Guerre d’Algérie) il est une catégorie d’hommes et de femmes dont on parle trop peu souvent que cela soit en Algérie ou en France. Il s’agit de ces enfants nés dans des familles issus de la colonisation européenne de l’Algérie et qui se sont engagés dans le combat pour l’indépendance de ce pays. Pierre Chaulet en faisait partie. Né en 1930 dans une famille imprégnée de valeurs catholiques et sociales, son père Alexandre a été un grand syndicaliste qui a notamment bataillé pour que les lois sociales françaises s’appliquent aussi dans l’Algérie coloniale, cette grande figure de l’engagement « pied-noir » au sein du FLN vient de mourir parmi les siens le vendredi 5 octobre 2012 des suites d’une longue maladie.



Contrairement à nombre de membres de sa communauté, Pierre Chaulet a rapidement pris conscience de la sordide condition des indigènes, ces « Français de souche musulmane », parqués pour leur grande majorité au seuil des lois et des bienfaits de la République française. Dès novembre 1954, Pierre Chaulet, qui termine alors ses études de médecine, s’est donc engagé aux côtés du FLN, estimant que la seule solution à la guerre qui débute alors est l’indépendance de l’Algérie. Côtoyant des hommes illustres comme Frantz Fanon, Salah Louanchi (lequel a été son beau-frère), Abdelhamid Mehri, Réda Malek ou Abbane Ramdane, Pierre Chaulet n’a pas louvoyé ou tergiversé quant à la nécessité de faire don de soi à la Révolution algérienne et cela quelque soit les excès et les errements de cette dernière. L’Algérie et les Algériens devaient être indépendants, c’était là le crédo de cet humaniste très vite repéré et persécuté par l’administration coloniale. Huit années plus tard, après avoir rejoint, en compagnie de son épouse Claudine Guillot, le FLN à Tunis et participé à la rédaction de plusieurs numéros d’El-Moudjahid, il rentre à Alger et devient citoyen algérien. Dans les années qui suivent, il se consacra à l’édification du système de santé algérien, luttant sans relâche contre ce fléau qu’était la tuberculose mais aussi en alertant contre les choix erratiques en matière de politique de santé publique.

Son itinéraire et son engagement, ainsi que celui de son épouse Claudine, sont décrits dans un récent ouvrage publié en Algérie : «Le Choix de l’Algérie, deux voix, une mémoire (Barzakh Editions)». Il faut absolument lire ce livre. C’est un document riche, dense, qui restitue ce qu’a été la vie d’un pied-noir, de son enfance à sa participation à la Guerre d’Algérie jusqu’à ces dernières années marquées par une Guerre civile qui a failli emporter ce pays. Pierre Chaulet est de ceux qui ont contribué à l’indépendance de l’Algérie et à son édification en tant qu’Etat moderne. Il est le symbole de l’engagement, du courage de celui qui va à l’encontre de sa communauté au nom de la justice et de la fraternité. En cela, l’Algérie et les Algériens lui doivent beaucoup et son parcours mérite d’être cité en exemple aux jeunes générations qui, trop souvent, ignorent tout de ce que fut son engagement et celui d’autres pieds-noirs ayant pris le parti de l’indépendance.

Vendredi 5 octobre 2012, l’Algérie a perdu un Grand Homme. Il faut espérer que l’hommage qui lui sera rendu dans les prochains jours à Alger sera à la hauteur de son parcours.

Akram Belkaïd


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En Algérie, la chasse au commerce informel a commencé

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SlateAfrique, vendredi 5 octobre 2012

Malgré les risques que cela comporte en ces temps de printemps arabe, les autorités algériennes ont décidé de débarrasser les rues des vendeurs à la sauvette.

Vendeurs à la sauvette, Alger 2000 © AFP
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Août 2012. La place Kennedy, à el-Biar, sur les hauteurs d’Alger, est noire de monde et de crasse.
Comme tant d’autres endroits du pays, elle est envahie par les camelots et les vendeurs à la sauvette qui étalent partout leur marchandise.
Fruits, légumes, DVD piratés, colifichets, pain traditionnel, épices, bateaux pneumatiques, ustensiles de cuisine… C’est un bazar multicolore, envahissant et souvent malodorant qui mange et défigure perrons, trottoirs et de grands morceaux de rue.

Marcher devient difficile. Il faut slalomer, faire attention à ne pas glisser sur les emballages jetés au sol, les épluchures de figues de Barbarie ou les restes de fruits avariés.
Dans leurs boutiques désormais difficiles d’accès, les commerçants font grise mine face à cette concurrence déloyale qui ne paie pas d’impôt, qui pratique les prix qu’elle veut et qui n’a ni patente ni registre.

C’est le règne de ce que les Algériens appellent l’informel. Des dizaines de milliers de jeunes qui gagnent, dit-on, des fortunes. Des dinars à la pelle, qui ne passeront jamais par les circuits bancaires et dont l’administration fiscale ne verra jamais la couleur.

Le diktat des gardiens de parking

A quelques mètres de là, derrière l’ancienne église transformée en centre social et culturel, les «gardiens de parking» veillent. Impossible de se garer sans leur verser la (grosse) pièce. Ne pas le faire, c’est prendre le risque de se faire bastonner, de voir ses pneus crevés ou son pare-brise éclaté.
Du matin jusqu’au soir, en équipe de deux, ils aident à la manœuvre et encaissent. Parfois, une bagarre éclate entre eux. A qui appartient telle impasse, tel tronçon sans goudron, défiguré par maintes tranchées creusées, bouchées, creusées de nouveau et rebouchées à la hâte? Les poings, puis de longues palabres finissent par régler le différend.
En ces temps de printemps arabe, la police regarde ailleurs. Quand le gardien de parking réclame son dû, même si c’est avec véhémence, l’uniforme qui patrouille détourne la tête. A-t-il peur? Lui a-t-on ordonné de rester en retrait et de ne pas provoquer d’émeute? Exige-t-il sa part?
Tout est possible et les Algérois, comme les Oranais, les Constantinois ou les habitants de la plus petite bourgade, n’en peuvent plus. Dans leur bouche, une seule et simple question: mais où est  donc l'Etat ?

Le règne du bazar

Septembre 2012. Les choses ont changé. Cet Etat algérien, longtemps aux abonnés absents, veut montrer qu’il s’est réveillé.
A el-Biar, comme ailleurs, les étals ont disparu. Les trottoirs ne sont plus encombrés et les commerçants, débarrassés de leurs concurrents, en ont profité pour réajuster leurs prix à la hausse.
La chasse à l’informel a commencé. Amendes, marchandises saisies voire détruites, arrestations.
La présence policière est bien visible et entend dissuader les mis en cause de reprendre leurs mauvaises habitudes. Ici et là, il y a eu des émeutes. Mais rien de nouveau sous le ciel d’un pays qui en compte des dizaines par jour, sans qu’elles n’aboutissent à un mouvement de protestation nationale.

Les Algériens, les «citoyens», dit la presse locale, respirent et applaudissent. Terminé le temps où il fallait s’excuser en enjambant un tas de pastèques pour pouvoir rentrer chez soi.
Bien sûr, il reste encore la saleté. Car, des mois, des années, de présence du bazar ont laissé des traces gluantes et sombres. Mais les Assemblées populaires communales (APC, l’équivalent de la mairie) promettent qu’eau, savon et karcher en viendront à bout.
De son côté, le nouveau gouvernement n’entend pas s’arrêter là. Les «gardiens de parking» sont avertis. Le bon temps est terminé. Ils n’ont plus le droit de racketter les automobilistes. Là aussi, les «citoyens» sont satisfaits mais demandent tout de même à voir.
Qu’en sera-t-il dans une semaine, dans un mois? Combien de fois de telles campagnes se sont-elles terminées en queue de poisson, le bazar reprenant tranquillement ses droits?

Souvenirs des années 1970

Une «campagne d’assainissement » décidée par le président Houari Boumediene (président de 1965 à 1978). Là aussi, chasse aux étals sauvages. Interdiction d’étendre le linge au balcon ou de traverser en dehors des clous.
Quelques arrestations, quelques blagues vite inventées par le bon sens populaire («enlève la culotte», aurait dit un policier, à travers la porte, à une vieille femme à propos d’un dessous séchant au balcon).
Mais, très vite, le feu de paille. Retour à l’état initial. Pénuries et contrebande. Pas cette fois, promet le gouvernement d'Abdelmalek Sellal récemment installé.
Le message est claironné à longueur de journaux écrits et télévisés: l’informel, c’est l’ennemi de l’économie, l’Etat algérien va frapper dur. Les «citoyens» comptent les points et attendent les résultats.

Au fond d’eux-mêmes, ils savent que rien ne changera vraiment tant que les autorités ne s’attaqueront pas aux grands importateurs qui inondent le pays de produits fabriqués aux quatre coins de la planète.
Des importateurs dont l’unité de compte de base est le million de dinars (dix mille euros) et qui ne se laisseront pas faire. Ce sont eux, grâce à leurs complicités à très haut niveau, qui ont transformé l’Algérie en gigantesque bazar. Ce sont eux qui ont profité des années de terrorisme où des centaines d’usines locales ont brûlé, ce qui a ouvert une voie royale à leurs importations.
Pointé du doigt, le jeune vendeur au coin de la rue n’était en réalité que la face apparente d’une immense déstructuration de l’économie algérienne.

Et reste cette interrogation que tout le monde a en tête. Que vont devenir tous ces jeunes, ces vendeurs à la sauvette, ces gardiens de parking? Sans revenus, sans activité fixe, que vont-ils faire? Opter pour la délinquance (dont l’augmentation ne cesse d’inquiéter les Algériens)? Succomber aux sirènes des groupes armés?
La réponse du gouvernement algérien est simple: ils pourront continuer à exercer une activité commerciale, mais dans des endroits précis et après s’être enregistrés auprès de l’administration.
Marchés en dur où tournant à la manière des villes françaises, toutes les solutions sont examinées, affirme-t-on à Alger. Reste que le temps passe et que la jeunesse concernée est désormais oisive et sans ressources.
De quoi inquiéter celles et ceux qui savent que l’onde de choc du Printemps arabe est loin d’être dissipée…

Akram Belkaïd
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