Lignes quotidiennes

Lignes quotidiennes
Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).

dimanche 31 juillet 2011

A propos de la "Beurgeoisie"

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Vu hier sur la chaîne Public Sénat, un documentaire à propos de la "beurgeoisie" (je sais, il y meilleure manière de passer son samedi soir...). La réalisatrice Sonia Kichah a mené de nombreux entretiens avec des Beurs qui ont réussi leur vie professionnelle et dont on peut penser qu'ils constituent désormais une catégorie sociale bien à part. Il m'est déjà arrivé de traiter ce thème à travers plusieurs chroniques (lire ci-dessous) mais il est évident qu'il faut rester prudent face à la généralisation de l'emploi de ce terme de "beurgeoisie". En clair, il ne faut pas croire que quelques arbres (arabes) cachent la forêt des discriminations et autres inégalités dues à l'origine des gens.

Dans le documentaire, j'ai particulièrement été attentif aux propos tenus au sujet de l'éducation. Il s'agit, en effet, de réaliser une savante alchimie entre la nécessité d'élever ses enfants en faisant en sorte qu'ils se sentent à 100% Français et qu'ils n'aient aucun doute quant à leur appartenance au peuple de France. Dans cette affaire, le but est de ne pas répéter les erreurs d'une génération précédente dont l'éducation a reposé sur le mythe du retour au pays d'origine et donc, sur l'affirmation d'une altérité qui, au final, constitue un grand obstacle pour l'intégration.

Mais dans le même temps, comme l'a si bien mentionné un cardiologue interrogé dans le documentaire, il ne faut pas que ces enfants perdent la "niaque" qui a tant servi à leurs parents devenus "beurgeois". Cela signifie qu'il ne faut pas mentir à ces enfants, qu'il faut, petit à petit, les informer de la réalité du pays dans lequel ils vivent et de leur expliquer que, souvent, les choses seront plus difficiles pour eux que pour leurs petits camarades (sachant que les évènements se chargeront de leur faire prendre conscience de la réalité discriminatoire de leur pays). Et cela, encore une fois, sans jamais tomber dans la diabolisation ou le dénigrement de la France. Un vaste programme en ces temps troublés.


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La chronique du blédard : La solitude du beurgeois
Le Quotidien d'Oran, 5 mai 2005
Akram Belkaïd


Rami est un jeune beur qui a réussi. Ce n’est pas moi qui l’affirme, c’est lui même qui le reconnaît. Il le fait du bout des lèvres… et passe rapidement à un autre sujet tandis qu’un léger sourire décrispe son visage. Célibataire à trente-cinq ans, il habite dans le très branché onzième arrondissement de Paris et sa situation professionnelle est effectivement très enviable puisqu’il est responsable export dans un grand groupe d’électronique. Il sillonne le monde en classe affaires et parle incidemment d’escales à Dubaï, de repas pantagruéliques à Shenzhen ou de films qu’il a vu au dessus de l’Atlantique.

Comme nombre d’enfants d’immigrés maghrébins, son parcours force l’admiration. Il est né à Nanterre dans ce qui fut un misérable et honteux bidonville. Mais, grâce, selon lui, à un « père sévère », une « mère opiniâtre » et deux sœurs et trois frères aînés « vigilants », il a pu aller jusqu’à « bac plus six ». Il est d’ailleurs le seul dans sa famille à avoir fait des études supérieures et à n’avoir jamais pointé au chômage.

Quand je demande à Rami ce que les siens pensent de sa bonne fortune, il réfléchit un instant avant de me répondre en toute logique qu’ils sont fiers. Très fiers. Je connais un peu ses proches et la fierté qu’ils ressentent à son égard est une évidence qui saute aux yeux. Mais il n’est nul besoin d’être sorcier pour deviner de temps à autre, au détour d’une réflexion ou d’un petit silence, un peu de tension. Ou du moins une certaine incompréhension engendrée par le fait que le regard de Rami embrasse désormais des horizons que les siens ignorent ou, c’est plus fréquent, dont ils ne voient pas l’utilité.

Pour la famille de Rami, sa réussite est un succès collectif fait notamment de sacrifices financiers, d’encouragements permanents et même d’une ziara à un wali dans l’ouest algérien. Lui même se sent totalement redevables aux siens et participe bien sûr au financement des études de ses neveux et nièces. Mais, m’explique-t-il, ce qui le dérange c’est que parfois ses aînés dénigrent ou moquent sa manière de vivre ce qui l’oblige à mentir quand il s’agit par exemple de ses loisirs ou de ses projets de vacances. Il a mis ainsi plusieurs mois à se décider à quitter Courbevoie et aujourd’hui encore, malgré un emploi du temps démentiel, il se sent obligé, à l’image des grandes stars beurs, d’y refaire un tour de manière régulière pour voir les siens et ses anciens camarades de quartier.

« Quand j’ai annoncé que je m’installais dans Paris intra-muros, me raconte-t-il, l’une des mes sœurs m’a dit : ‘ça y est, tu es devenu un vrai beurgeois’. J’ai l’ai très mal pris. Ils n’arrivent pas à comprendre que ce mot me blesse ». Étrange irritation. En présence de non-maghrébins ou, tout simplement en dehors de sa famille, Rami se laisse aller parfois à insister sur son statut social. Peut-être pense-t-il qu’être cadre supérieur lui permet d’effacer son origine et la fréquente stigmatisation qui l’accompagne. En fait, je suis sûr qu’il préférerait que ses proches le traitent de bourgeois – ce qu’il revendique ou plutôt ce qu’il assume. A l’inverse, il considère le mot de beurgeois comme une insulte. Pour lui, c’est une manière ironique voire méchante de lui signifier qu’il n’est qu’un « sous-bourgeois » et que ses moyens financiers ne sauraient faire oublier son appartenance à la communauté et gommer son faciès.
Il était beur, le voici certes beurgeois mais il lui faudra peut-être attendre un peu avant de devenir un bourgeois…

Mais je comprends l’agacement de Rami. Je n’aime pas le terme de « beur » et je supporte encore moins celui de « beurgeois ». C’est pourtant un mot à la mode qui permet de désigner sans trop d’efforts ni de périphrases, le beur qui a réussi ou du moins celui qui s’est intégré et dont le quotidien est peu différent du reste de la population bleu-blanc-rouge (BBR). Toujours prompts à classifier, les médias de l’Hexagone ont souvent recours à ce terme par opposition aux « autres », à tous les beurs des cités, ceux qui sont engoncés dans leur galère ou qui menacent « l’ordre républicain » par leur comportement.

Ce qui me gêne aussi, c’est que ce terme est porteur, chez les beurs, d’une accusation implicite de rupture avec la communauté d’origine comme le montre la réflexion de la sœur de Rami. Le beurgeois, c’est une fierté mais c’est aussi celui qui s’en va, celui qui quitte la cité et dont on se demande ce qu’il fait pour les siens maintenant qu’il a réussi. Et s’il assure en faire, on se demande avec circonspection si c’est assez. Et de toutes les façons, ce n’est jamais assez… Certes, beurgeois ne signifie pas « m’tourni » ou traître aux siens mais on n’en est pas loin. En un mot, la réussite sociale est suspecte lorsqu’elle ouvre la voie à une plus grande intégration dans la société française.

Par la force des choses, devenir beurgeois, c’est changer en « vivant comme les autres », comprendre les BBR. Est-ce un tort ? On touche-là à la fréquente schizophrénie qui affecte la communauté maghrébine de France. On pleure parce que l’on n’arrive pas à s’échapper du ghetto mais lorsqu’un heureux élu se hisse un peu plus haut, les index se pointent en tremblant.
Mais la critique vaut aussi pour la perception qu’a la société française des beurs qui tentent de s’en sortir. Selon une règle non écrite mais que l’on retrouve dans nombre de discours, le beur ne peut réussir qu’en s’affranchissant – y compris de manière brutale - de son milieu d’origine. Les critiques dithyrambiques qui ont salué le livre de Razika Zitouni le prouvent (1).

Pour la majorité hexagonale, la marche vers la beurgeoisie est une succession de batailles non pas contre l’ordre établi – l’ordre ségrégationniste – mais contre l’entourage, la culture d’origine voire les parents. Voilà donc la double définition du beur qui a réussi. Pour les uns, il a changé – nécessairement en mal - parce qu’il est devenu un beurgeois et pour les autres il n’a pu devenir beurgeois que parce qu’il a rompu avec ce qui constituait ses racines.
En attendant, Rami se sent parfois seul. Dans sa vie, il y a des joies et des satisfactions qu’il ne peut partager avec personne. Je lui ai conseillé un jour de se marier, de façonner son propre univers et d’effacer ses peines et frustrations en élevant ses enfants de façon à ce que jamais personne ne puisse les traiter un jour de beurgeois. Il y pense mais hésite à présenter son amie bretonne aux siens. Mais ceci est déjà une autre histoire…


(1) Comment je suis devenue une beurgeoise. Hachette littératures.

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samedi 30 juillet 2011

Le métro d'Alger, symbole du gâchis algérien

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Youyous, l'ben bien frais pour tout le monde et champagne pour les autres ! Cette fois c'est (presque) sûr, le métro d'Alger entrera officiellement en service le 31 octobre prochain, veille de la célébration du 1er novembre (déclenchement de la révolution pour nous, évènements de la Toussaint en outre-Méditerranée). Jeudi 28 juillet, la station du jardin d'essai a ainsi été ouverte au public comme le rapporte le site Algérie 360°.

"Le fonctionnement du métro d’Alger est prévu sept jours sur sept de 5h00 du matin à 23h00", rapporte le site qui cite les propos de Pascal Garret, directeur général de la RATP El-Djazaïr. Selon lui, ce métro "sera utilisé au maximum de ses capacités durant les heures de pointe et transportera une moyenne jusqu’à 22.000 voyageurs par heure".

"D’une longueur initiale de 9,5 km, précise encore Algérie360°, le métro d’Alger devra desservir dans une première phase sur dix stations, les communes de Bachdjarah, El Magharia, Hussein Dey, Sidi M’hamed et Alger-centre." Merci la RATP !

Alhamdoullah ! Enfin ! Yes ! Atss-iwa-iwa-iwa ! A-t-on envie de crier. Trois décennies d'attente ! Plus de trente ans de travaux plus ou moins continus, de reports, d'arrêts, de mise en sommeil, de disparition médiatique, de réapparition à la faveur d'un volontarisme ministériel aussi soudain que bref. Le métro d'Alger, a été l'un des serpent de mer des grands travaux d'infrastructures algériens. Ce fut le cas aussi du nouvel aéroport international dont la carcasse inutile s'est longtemps dressée aux environs de Dar-el-Beïda (DEB pour les locaux). Mais cet aéroport fonctionne désormais (je n'oublie pas la fameuse usine Fiat de Saïda qui, elle, semble avoir définitivement été remisée dans les cartons du "velléitarisme" algérien).

Le métro, on l'a attendu. On l'a espéré. Sans voiture, taxi trop chers ou trop capricieux, bus bondés et brinquebalants. Que d'énergie perdue, marche obligatoire, qu'il pleuve ou qu'il cagne dur. Aller d'El-Harrach à la Place des Martyrs à pied. Je l'ai fait. Aller à pied de Bal-el-Oued à la place Audin, je l'ai fait aussi. Métro, où étais-tu ?

L'histoire du métro algérois résume à elle seule le gâchis algérien. Argent dépensé sans compter. Incapacité à achever les travaux lancés. Incapacité à se doter d'infrastructures modernes. Mépris du peuple aussi. "Le métro, une urgence ? Mais non, le peuple n'a qu'à marcher et se taire". Et ainsi est allée la vie. Le Caire, ville bordélique et sale a son métro depuis longtemps. Alger va enfin avoir le sien. Il était plus que temps...
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vendredi 29 juillet 2011

Tunis : l'air de la liberté

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On dira ce que l'on voudra des incertitudes concernant la Tunisie mais quel plaisir que d'entrer dans une librairie et de tomber sur une couverture barrée du titre suivant : "Ben Ali, le pourri". On peut effectivement s'inquiéter de la montée en puissance des islamistes d'Ennahda et des menaces proférées par divers groupuscules salafistes à l'encontre des femmes, mais quel plaisir que de voir des jeunes gens, filles et garçons, faire du porte-à-porte pour inciter les gens à s'inscrire sur les listes électorales et à prendre au sérieux les élections d'octobre prochain. On peut, bien sûr, s'angoisser en sachant que les sbires de l'ancien régime tiennent encore le pays, notamment la justice, mais la Tunisie vit et pulse comme elle ne l'a jamais fait depuis des décennies. L'étranger, le cousin, le frère de passage à Tunis a envie de dire aux Tunisiens, ne lâchez-rien, ne vous laissez pas envahir par le découragement. Be strong and Hang on !
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jeudi 28 juillet 2011

La chronique du blédard : L'augure norvégien

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 28 juillet 2011


Disons-le sans aucune autre forme de préalable: Anders Behring Breivik, auteur de la double tuerie d'Utøya et d'Oslo, est un abject terroriste. Contrairement à ce qui a été écrit ou répété à l'envi, dans nombre de médias occidentaux, ce n'est pas qu'un simple « extrémiste » et encore moins un « fondamentaliste chrétien », définition fallacieuse dont on peut se demander si elle n'a pas été sur-employée pour accréditer l'idée qu'une religion peut en remplacer une autre, en matière d'acte barbare commis en son nom. Je ne crois pas non plus qu'il soit dément comme le prétend son avocat qui n'a peut-être trouvé que cette stratégie pour le défendre. En réalité, Breivik est d'abord et tout à la fois un islamophobe, un ultranationaliste d'extrême droite, un antimarxiste, un contempteur du multiculturalisme, un misogyne et un partisan d'Israël.

Ce n'est pas à la légère ou par émotivité que je qualifie ainsi ce salopard. Dès dimanche, alors que l'on commençait à en savoir plus sur celui qui a voulu éradiquer la jeune génération du Parti travailliste norvégien, je me suis attelé à lire le document de près de 1.500 pages qu'il a signé du nom d'Andrew Berwick et dont il faut craindre qu'il ne devienne le livre de référence de tous ceux qui rêvent de semer la mort et la dévastation, à coup d'explosifs et de balles à fragmentation, au nom de la lutte contre une prétendue islamisation de l'Europe. Rédigé en très bon anglais et intitulé « 2083, déclaration européenne d'indépendance », cet écrit est tout sauf un délire comme l'ont trop vite décidé plusieurs médias internationaux dont le quotidien français Le Monde. Et c'est bien cela qui est inquiétant.

Structuré, truffé de nombreuses références bibliographiques, cohérent dans sa forme et sa progression, ce véritable manifeste est une parfaite synthèse des écrits islamophobes européens mais aussi étasuniens. Pour Breivik, l'ennemi, c'est donc l'Islam. Et pour le combattre, tous les moyens seraient bons y compris le recours à la « stratégie du choc » telle que l'a si bien décrite Naomi Klein. En le lisant, j'ai retrouvé tous les arguments et raisonnements que charrie habituellement la blogosphère de cette nouvelle extrême droite européenne pour qui le danger n'est plus comme hier le Juif mais bien l'immigré ou le citoyen musulman.

Cela fait plusieurs années que l'émergence d'une extrême droite européenne, farouchement antimusulmane, m'inquiète car, le phénomène est tout sauf anecdotique. Année après année, son discours s'est diffusé dans toute la classe politique au point que certains partis de droite, comme de gauche, se sont sentis obligés de chasser sur ses terres nauséabondes cela sans oublier des intellectuels et des journalistes de renom. Certes, Anders Breivik n'est pas Marine Le Pen ni Geert Wilder, du moins dans les faits. Ces deux dirigeants politiques dont le fonds de commerce est la dénonciation du péril musulman en Europe ont condamné les deux attentats qu'ils ont attribués à un « déséquilibré solitaire ». Belle hypocrisie quand on sait que leurs propos sont à bien des égards identiques à ceux du tueur norvégien.

A force de pointer du doigt « l'islamisation rampante » de l'Occident, à force de dénoncer les « ravages du politiquement correct » (comprendre les législations antiracistes), à force de hurler contre « l'engourdissement suicidaire » de l'Europe face à l'Islam, « principale idéologie génocidaire » selon Breivik, l'extrême droite new-look a préparé et encouragé le passage à l'acte du terroriste. Et comment ne pas s'inquiéter quand on réalise, en lisant les réactions de la blogosphère identitaire, que nombreux sont ceux qui rêvent d'imiter le Norvégien mais cette fois en commettant un carnage dans une mosquée ou dans tout autre lieu à forte densité musulmane ? Comment ne pas s'indigner quand des cadres du Front national français estiment que l'immigration est la seule raison des drames d'Utøya et d'Oslo ?

Les Occidentaux ont souvent reproché aux élites des pays musulmans leurs positions ambiguës vis-à-vis du terrorisme. On se rend compte que le reproche vaut aussi pour toutes celles et tous ceux qui, au nom de la défense du peuple, prétendent comprendre les motivations diverses des islamophobes et des sympathisants et membres de l'extrême droite. Soudain, voilà que ces contempteurs du double discours des musulmans se mettent à revendiquer le droit à la nuance et la nécessité de comprendre les mécanismes ayant conduit aux deux tueries. Les voici donc qui nous disent que « comprendre n'est pas excuser » en oubliant allégrement que cette même phrase leur a permis de disqualifier nombre d'intellectuels musulmans ayant abordé la question du terrorisme islamiste…

dimanche 17 juillet 2011

La chronique du blédard : Boniface, BHL, les faussaires et les pérégrinations de Mqideche à Bahreïn

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 14 juillet 2011
Akram Belkaïd, Paris



Quatorze éditeurs français ont refusé le livre dont il est question dans cette chronique (1). Il n'y a rien d'étonnant à cela. Son auteur, Pascal Boniface, directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), s'y attaque avec un grand courage à des poids lourds de la vie médiatique et éditoriale française. Notez bien que je n'ai pas employé l'expression de « vie intellectuelle » car les personnes que ce chercheur met en cause sont tout sauf de véritables intellectuels.

Néanmoins, qu'il s'agisse de Bernard Henri-Levy, de Caroline Fourest ou de Philippe Val, toutes les personnes dont sont décrites les impostures ont une influence certaine dans le Paris qui compte. S'attaquer ouvertement à ces prépondérants, c'est prendre le risque de grosses représailles et de mise à l'index de la part de la majeure partie des médias qui font et défont les ventes d'ouvrages et les réputations d'auteur.

De quoi s'agit-il ? Comme il l'explique lui-même, Pascal Boniface ne s'attaque pas à des gens « qui se trompent » ou avec lesquels il ne serait pas d'accord mais bien à des experts, ou supposés tels, qui « trompent » leur auditoire de manière délibérée en ayant recours « à des arguments auxquels ils ne croient pas eux-mêmes pour mieux convaincre téléspectateurs, auditeurs ou lecteurs ». Et de préciser que ces « faussaires » peuvent croire à une cause mais emploient des méthodes malhonnêtes pour la défendre » et « fabriquent de la fausse monnaie intellectuelle pour assurer leur triomphe sur le marché de la conviction. »

A tout seigneur, tout honneur, commençons par BHL, qualifié par Boniface de « maître des 'faussaires' ». Il y a bien longtemps que l'on sait que ce philosophe « froufrouttant », pour reprendre l'expression de l'éditorialiste K. Selim est une imposture intellectuelle. On se souvient de ses papiers biaisés à propos de l'Algérie au milieu des années 1990 ou de ses prises de positions partiales à chaque fois qu'il s'agit d'Israël. Boniface, lui, rappelle que l'homme à la chemise blanche « a bâti sa carrière en maniant sans vergogne le mensonge » profitant en cela d'une exposition médiatique, mais aussi d'une grande fortune et d'une proximité avec les puissants « pour tenter, non pas de contredire, ce qui serait son droit, mais de faire taire, ce qui devient un abus, ceux dont les opinions ne lui plaisent pas. »

Ainsi, un nombre incroyable de mensonges jalonnent le parcours du « philosophe » de Saint-Germain des Près capable, par exemple, de confondre l'animateur Frédéric Taddeï avec le joueur de football italien Rodrigo Taddeï et de s'élever par écrit contre la prorogation de contrat du second en pensant qu'il s'agissait du premier… Rappelons aussi l'affaire « Botul » où, pour régler son compte à Kant (rien que ça !), BHL en appelle dans l'un de ses derniers livres aux « conférences aux néokantiens du Paraguay » ( !) d'un certain Jean-Baptiste Botul, ce dernier n'étant en réalité qu'un canular inventé par Frédéric Pagès, journaliste au Canard Enchaîné. Dans un pays normal, avec des contre-pouvoirs et une vraie éthique au sein des élites intellectuelles, une affaire comme celle de « Botul » aurait du discréditer à jamais BHL. Il n'en a rien été et l'homme continue de sévir, cherchant à faire taire tous ceux qui ne partagent pas son avis. « Dans la période récente, nul n'aura, à mon sens, autant desservi la vie intellectuelle et le débat démocratique que BHL, note Pascal Boniface. Et d'indiquer que, pour lui, BHL est « un peu le Ben Ali du monde médiatique. »

Comme indiqué au début de ce texte, d'autres personnalités très médiatiques sont éreintées par le livre. En Algérie, on comprendra aisément qu'il n'est nul besoin de trop s'attarder sur les pages consacrées à Mohamed Sifaoui, « pourfendeur utile de l'islamisme », et, peut-être, le seul Algérien au monde à avoir applaudi à l'intervention israélienne à Gaza en janvier 2009…

On lira avec attention les chapitres consacrés à Alexandre Adler et à Frédéric Encel, deux personnalités omniprésentes dans les médias (plus pour le premier que le second) et dont le propos pseudo-objectif (pour les deux) et sous couvert de références académiques un peu exagérées (pour le second) ne sert en réalité qu'à défendre les intérêts d'Israël.

Un autre chapitre concerne Caroline Fourest, qualifiée par l'auteur de « sérial-menteuse ». Concernant cette grande pourfendeuse de l'islamisme, le livre montre bien ce mécanisme utilisé par nombre de ses pairs qui consiste à se faire un nom et une réputation en surfant sur l'air du temps (islamophobie, peur de l'islam, etc…) et en s'attaquant à quelqu'un qui aura du mal à répondre et à se faire entendre. C'est fut le cas par exemple avec Tariq Ramadan.

« En s'attaquant à 'Frère Tariq', note Pascal Boniface, Caroline Fourest sait pertinemment qu'elle va s'attirer les bonnes grâces d'une partie des élites politico-médiatiques, et notamment celles de Bernard-Henri Levy, premier pourfendeur de Ramadan ». Et d'ajouter que « Tariq Ramadan possède l'avantage d'être extrêmement visible et de n'avoir pas beaucoup d'appuis et de soutiens dans les médias. L'accusation pesant sur lui d'antisémitisme lui ferme la plupart des portes. Il ne pourra pas rétorquer. Ou si peu. »

A ce niveau, et avant de terminer, le présent chroniqueur se doit de signaler qu'il ne connaît pas Pascal Boniface (ni Tariq Ramadan d'ailleurs) et que seule lui importe la nécessité de parler d'un ouvrage qu'il incite à lire pour ne plus se faire berner par des discours aussi omniprésents que malhonnêtes sur le plan intellectuel.

Terminons cette chronique par un autre sujet qui n'a pas grand-chose à voir (quoique...). J'ai lu avec consternation le « reportage » de Yasmina Khadra à Bahreïn (2) où ce dernier dédouane allégrement la monarchie absolue des al-Khalifa. Si des gens n'étaient pas morts Place de la Perle à Manama. Si d'autres n'étaient pas en prison. Si certains de mes amis bahreïnis, chiites de confession mais opposants laïcs au régime ne vivaient pas dans la hantise d'être arrêtés à tout instant-quand d'autres se sont déjà exilés à Dubaï -, j'aurais pu rire aux éclats devant ces pérégrinations digne d'un Mqidèche à Manama. Quand une telle inconsistance le dispute à autant de légèreté et d'obséquiosité, il n'y a rien d'autre à faire que plaindre l'intéressé, fut-il un écrivain au talent plus ou moins reconnu, et d'assurer à ses propres amis bahreïnis qui vivent dans la terreur depuis mars dernier, qu'il est des Algériennes et des Algériens solidaires de leur lutte contre une dictature qui tue, torture et persécute nombre de ses opposants qu'ils soient chiites ou non.

(1) Les intellectuels faussaires. Le triomphe médiatique des experts en mensonge, Pascal Boniface, Jean-Claude Gawsevitch, 247 pages, 19,90 euros.

(2) BAHREIN: Ce que le mirage doit à l'oasis, L'Expression, 12 juillet 2011.

dimanche 10 juillet 2011

Alger, La Motte-Piquet-instantané (L’Autre Journal, Janvier 1991)

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Un vieux texte qui remonte à janvier 1991.


Pas vu Paris depuis longtemps. A peine arrivé du soleil, déjà le froid, le stress et le métro. Toujours les mêmes odeurs, les petites boutiques, les musiciens, les mendiants. Chômeurs, handicapés, aveugles, cas sociaux. Assis par terre. « Un peu d’argent s’il vous plaît, j’ai faim. Un franc pour manger. » Du nouveau tout de même. Un autre style. Dans les rames. « Bonjour, je m’excuse de vous déranger. J’ai cinquante – trente ou vingt ans – Je suis gitan, fils de Gitan et de Française. Donnez-moi un sourire, un regard et modeste chèque-restaurant. » Un chèque-restaurant ! Ahuri, je regarde autour de moi. Personne ne bouge, ne lève la tête. Habitués, déjà blasés. La Motte-Piquet. Une tsigane. Un enfant dans ses bras. Biberon et guenilles. « Mèèè-ssieurs, dames ! Je ne vous demande pas beaucoup et si je fais la manche c’est pour lui. » Automatique, le gosse tend la main. Tragique ? Comique ? C’était donc vrai ? Le quart-monde à Paris. Calcutta, Le Caire, tout m’a précédé. Et si je me levais aussi, parlant fort comme on aime le faire chez nous. « Essalam Allaïkoum. Arabe, je suis entré en France sans visa et sans argent. Je vous demande un emploi, un piston, une carte de séjour ou une femme pour un mariage blanc. » Un autre se lèverait alors : « Je viens de Beyrouth ou bien de Bagdad, N’Djamena, Colombo… Plus rien à faire là-bas. S’il vous plaît, un peu d’argent pour les obus, une grenade, un pain de plastic ou une prise d’otages. » Tous les clandos, les fous, les chômeurs, mendiants et autres se lèveraient pour parler. Mais calmons-nous. Dieu merci, je repars pour là où la misère, qu’elle soit vraie ou factice, est normale, habituelle. Familière.

Propos volés par Akram Belkaïd
L'Autre Journal, janvier 1991
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vendredi 24 juin 2011

Ben Ali contre Ben Laden (L'Express, semaine du 8 au 14 novembre 2001)

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Note 1 : Cet éditorial a été rédigé par le journaliste Denis Jeambar près de deux mois après les attentats du 11 septembre 2001. Il résume assez bien la conviction d'une partie des élites françaises pour qui le terrorisme islamiste imposait une plus grande indulgence à l'égard des régimes arabes autoritaires, pour ne pas dire dictatoriaux.


" Depuis le 11 septembre, bien des idées reçues sur le monde d'aujourd'hui se troublent. Les nouvelles lunettes que nous impose le terrorisme islamiste modifient, en effet, notre regard démocratique. Nos jugements, jusque-là, étaient profondément marqués par la défense de nos intérêts économiques et par le respect des différences culturelles. Cette conjugaison cynique d'un calcul et d'un alibi permettait de pactiser sans états d'âme avec la plupart des dictatures pétrolières et des régimes clefs pour notre géopolitique tricolore. Peu nous importait, par exemple, que des femmes soient lapidées et, en permanence, humiliées! Nous respections ce «différencialisme», assimilé à de l'exotisme, de pays encore barbares et nous préférions fustiger des Etats, au fond, beaucoup plus proches de nous car déjà entrés dans les premiers faubourgs de la démocratie. Ainsi, depuis quelques années, nous sommes-nous acharnés sur la Tunisie, alors que ce pays est le plus avancé du monde arabe sur le terrain des libertés civiles. Les femmes y disposent d'un statut à nul autre pareil dans l'univers arabo-musulman (la polygamie et la répudiation y sont interdites, le divorce autorisé, les emplois ouverts), le politique y est séparé du religieux, le taux de scolarisation y est celui des pays occidentaux et l'économie y galope autour de 5% de croissance. Certes, les libertés politiques n'ont pas eu le temps d'y naître et l'intégrisme y est très sévèrement réprimé, mais le régime autoritaire de Ben Ali a besoin de la durée pour créer une véritable assise démocratique, à travers notamment l'éducation. Il ne s'agit pas d'être complaisant mais simplement lucide: la démocratie ne naît pas en un seul jour, notre pays a, lui-même, traîné en chemin. Depuis les attentats contre les Twin Towers, il est devenu, en tout cas, évident qu'il faut opposer Ben Ali à Ben Laden."


Note 2 : voici quelle fut ma réponse publiée dans le courrier des lecteurs de l'Express, le 13 décembre 2001.


" J'ai lu avec consternation votre éditorial consacré au régime tunisien. C'est un texte qui fleure bon le néocolonialisme paternaliste et qui repose sur un étrange postulat: à vous lire, il y aurait donc des peuples moins mûrs que d'autres pour la démocratie! Défendre le régime de Ben Ali, c'est insulter tous ceux qui, en Tunisie, souffrent dans leur chair du fait de leur engagement pour la démocratie. C'est parce que le monde arabo-musulman est sous la dure férule de dictateurs que des Ben Laden naissent et sévissent: régimes policiers et extrémistes religieux sont deux faces d'une même pièce. Quant aux femmes tunisiennes, elles ont, certes, plus de droits que dans les autres pays musulmans, mais c'est à feu Habib Bourguiba qu'elles le doivent. Le régime actuel a bien compris l'intérêt de maintenir leurs acquis, car c'est la meilleure manière d'obtenir l'indulgence de l'Occident. Un Occident qui feint d'ailleurs de ne pas voir que les droits de la femme tunisienne sont uniquement sociaux et absolument pas politiques. (...) Avec vos propos, les dictatures musulmanes savent comment se maintenir en place: un peu de liberté pour les femmes, la chasse aux sympathisants de Ben Laden et tant pis pour la démocratie."

A. Belkaid-Ellyas, Paris.


Note 3 : Autre réaction négative d'un lecteur (13/12/01)

"Votre plaidoyer en faveur de Ben Ali m'a rappelé avec effroi les arguments de Georges Marchais et de ses amis lorsqu'ils s'adonnaient aux joyeusetés de leur dialectique. Ainsi il y aurait des degrés d'aptitude à la démocratie. Peut-être êtes-vous d'accord avec Elie Barnavi lorsqu'il prétend que «qui critique Israël est antisémite». Après tout, Staline a inventé le fameux «qui n'est pas avec moi est contre moi». (...) Vous prouvez par vos analyses que vous êtes plus fin que ce plaidoyer gros sabots en faveur d'un régime qui, au nom du combat anti-Ben Laden, met en prison tout ce qui bouge. Le bon démocrate fera réviser la Constitution pour être président à vie... avec un brevet de bonne conduite décerné par L'Express."

J. Kéhayan, Marseille.


Note 4 : autre réaction négative d'un lecteur tunisien

"Moi, le jeune Tunisien assoiffé de bonne presse, dans un pays où la presse est depuis belle lurette ligotée ou aux ordres du «pouvoir autoritaire» du général Ben Ali, je suis sidéré et indigné par votre éditorial... Y faites-vous l'éloge d'un régime que de nombreux Tunisiens amoureux de liberté et de démocratie s'appliquent à combattre depuis des années? Vous donnez à ce régime dur la chance de se dédouaner auprès d'une opinion intérieure lasse des louanges gratuites adressées au chef qu'elle lit dans ses quotidiens. Pourquoi cette perche? Que la propagande a su saisir, surtout ces jours-ci, alors que le général Ben Ali et ses acolytes s'apprêtent à changer la Constitution, qui rétrécit telle une peau de chagrin, d'année en année, au gré des caprices de monsieur le Général, qui ne veut pas quitter le pouvoir. (...) En Tunisie, mon pays, on utilise tout pour légitimer un pouvoir de plus en plus autoritaire, méchant et sanguinaire. Et, en attendant «une véritable assise démocratique», pleure, ô mon pays bien-aimé..."

I. Tounsi (courriel).


Note 5 : Une réaction positive d'un lecteur tunisien dont il serait intéressant de connaître l'avis aujourd'hui...


"Je voudrais vous dire un grand bravo. En faisant amende honorable, vous reconnaissez les torts qui ont pu être faits à la Tunisie - objet depuis plusieurs années de critiques acerbes - quant à son modèle politique. Les railleries émises par la presse ont fini par donner de la Tunisie une image de bagne et de purgatoire. Les journaux, ainsi que certains commentateurs politiques, même s'ils concèdent quelques épithètes flatteuses sur sa réussite économique, n'ont pas hésité à disserter sur les manquements graves et répétés aux droits de l'homme et à la démocratie qu'ils ont pu «observer» en Tunisie. (...) Je suis persuadé que la Tunisie souffre d'un déficit d'image, qu'il convient de redresser au plus vite, et je prétends que le pays du Jasmin, bien que gouverné par un président qui ne fait aucune concession aux intégristes, n'en est pas moins un pays démocratique dans les faits. Je ne doute pas qu'à la faveur des événements tragiques du 11 septembre dernier beaucoup de censeurs soient en train de changer d'avis sur la Tunisie, et ce pays qu'on se plaît à leur présenter comme «liberticide» est en réalité un pays qui construit à son rythme une démocratie à l'abri des soubresauts. Certes, en matière de démocratie, il reste toujours des choses à faire. La démocratie est, par définition, un exercice inachevé, difficile et de longue haleine. A vouloir aller trop vite, on finit par aboutir à l'effet inverse du but escompté; les exemples des pays limitrophes de la Tunisie et d'autres dans le monde sont là pour le rappeler cruellement. La démocratie ne se décrète pas, elle ne se mime point, vérité en deçà, erreur au-delà. Il n'y a pas si longtemps, des pays comme l'Espagne ou le Portugal ne constituaient nullement un modèle pour l'exercice des droits de l'homme ou de la démocratie. Il a fallu à la France, elle-même, quatre révolutions et cinq républiques pour accoucher d'une démocratie pluraliste. Et on voudrait que Ben Ali y arrive du premier coup! Alors Ben Ali contre Ben Laden, oui, et pourquoi pas! S'il est un enseignement qu'il faut tirer des événements du mois de septembre 2001, c'est qu'on ne peut pas pactiser avec les tenants de la pensée unique, fut-elle religieuse, car ce sont les ennemis de la démocratie. Pour unique qu'elle soit, votre position n'en est pas moins appréciable."

F. Ajabi, avocat, Paris.


Note 6 : La réponse de l'Express par Denis Jeambar. On appréciera à leur juste valeur les dernières lignes


" La démocratie a toujours été le fruit d'un processus historique lent et long. Nous sommes tous impatients de la voir s'épanouir à travers le monde, mais, à vouloir aller trop vite, on compromet parfois ses progrès. Nous n'avons pas prononcé un plaidoyer en faveur du président Ben Ali, en Tunisie, comme le suggèrent quelques lecteurs. Nous avons même souligné le caractère autoritaire de ce régime. Reste que la Tunisie est le pays le plus avancé du monde arabe sur le chemin de la démocratie. Elle n'y fleurit pas encore, mais elle s'imposera d'elle-même avec le temps, car tous les germes s'y développent désormais."


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mardi 21 juin 2011

A propos de France-Brésil de 1986

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Lu aujourd'hui dans L'Equipe un dossier souvenir à propos de France - Brésil en 1986 (victoire française aux pénalties)à Guadalajara.

Les Algériens, se souviennent sûrement des hurlement de joie (hé oui !) du speaker de la tv algérienne : Touqsa el Brazile ! Touqsa el Brazile !

Restent deux questions fondamentales :

- est-ce que le tv-reporter algérien a appris à prononcer correctement Guadalajara (en roulant les r et en prononçant le خخ(kh) au lieu du mémorable : wadi el-hidjara...

- Et, plus important encore, je me demande si les Français ont, eux aussi, enfin appris à prononcer correctement Guadalajara au lieu de l'impayable Guadalaخخ (Guadalakhakha)...

Mais j'ai comme un doute. Il suffit, concernant l'équipe d'Espagne, de se rappeler comment certains de mes confrères de l'Hexagone prononcent خoخa (khokha) au lieu de roja, pour le comprendre...
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dimanche 19 juin 2011

Lu dans le métro

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Lu cette publicité dans le métro :

" (a-b)2 = a2-2ab+b2



Si vous restez sans voix, appelez Acadomia"



La formule est exacte. Mais le chicaneur que je suis juge peu élégante la manière dont cette égalité remarquable est présentée.



Un bon mathématicien ordonne toujours sa formule selon l’ordre décroissant des puissances donc :



(a-b)2 = a2+b2-2ab



Je dis ça, comme ça, pour ceux qui resteraient sans voix et qui seraient tentés d’appeler la dite institution de soutien scolaire.

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mardi 24 mai 2011

Tunisie, 26 octobre 2009

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Souvenir, souvernir en cette période où l'on parle beaucoup d'élections

:LE MONDE.FR : Dernière minute
lundi 26 octobre 2009

Tunisie : Ben Ali réélu pour un cinquième mandat
Le président sortant a obtenu 89,62 % des suffrages exprimés, dimanche, selon les résultats définitifs publiés par le ministère de l'intérieur. (AFP)
hi ! hi ! hi ...

L’UNION EUROPÉENNE ET LES « RÉVOLTES ARABES » : QUEL RÔLE ? QUEL(S) IMPACT(S) ? Compte-rendu de la conférence du 28 avril 2011 (IRIS - Maison de l'Europe)

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Depuis quelques mois, un vent de révoltes souffle dans le monde arabe, surprenant tous les observateurs, qu'il s'agisse des acteurs politiques, des gouvernements ou des ambassades présentes dans ces pays. Les États européens assistent, en ce début d’année 2011, à de profonds changements dans leur environnement géostratégique immédiat. Les États de la rive Sud de la Méditerranée, gouvernés depuis leur indépendance par des régimes autoritaires, sont traversés par une vague de contestation démocratique. Les États européens tentent difficilement d’apporter une réponse commune à cette nouvelle donne.

Comment l’UE essaie-t-elle de faire face à cette situation inédite ? Comment éviter que les États membres se désolidarisent une fois de plus, alors qu’ils ont des intérêts communs dans la région ? Les « révoltes arabes » sonnent-elles le glas de l’Union pour la Méditerranée ? Et surtout, qu’attend-on de l’Union européenne sur la rive Sud de la Méditerranée ? Comment les postures et les actions de l’UE, lors des révoltes en Tunisie, Égypte et Libye ont-elles été interprétées ? Ira-t-on vers un renouveau de l’influence européenne, qui accompagnerait la transition de ces pays ? Vers une présence accrue de la Chine et des États-Unis, soucieux de développer leurs relations avec les nouvelles autorités et leurs approvisionnements en matières premières ? Quel rôle pour la Turquie ? Ce pays peut-t-il devenir un modèle pour des jeunes États démocratiques dans la région ?

C'est donc sur le thème des relations « Union européenne - monde arabe » que l'Institut des relations internationales et stratégiques a décidé d'organiser cette conférence-débat en partenariat avec la Maison de l'Europe. Sont intervenus au cours de la conférence Fabio Liberti, directeur de recherche à l’IRIS et modérateur de ce débat, Bastien Nivet, docteur en Sciences politiques, professeur à l'école de management Léonard de Vinci (Paris – La Défense) et spécialiste des questions européennes ; Akram Belkaïd, journaliste indépendant d'origine algéro-tunisienne qui a publié plusieurs ouvrages tels que Un regard calme sur l'Algérie, A la rencontre du Maghreb, et qui a coopéré avec, en autres, Le Monde diplomatique et SlateAfrique. Pour analyser le rôle, présent et futur, de la Turquie : Didier Billion, directeur des publications de l'IRIS, spécialiste de la Turquie et du Moyen-Orient, et auteur de nombreux ouvrages, articles, notes de consultances pour les administrations françaises et européennes.


 UE : une réponse déclarative, financière et miliaire

Bastien Nivet a ouvert la conférence-débat en s'interrogeant sur le rôle de l'Union européenne. Il a souligné qu'il est toujours difficile et hasardeux d'évaluer l'impact d'un acteur isolé dans des processus comme ceux qui se déroulent depuis plusieurs mois en Afrique du Nord. Il est nécessaire de sortir du prisme d'analyse « européano-centré ». Il est fondamental de comprendre que ces révolutions n'ont été menées ni par Twitter, la Commission européenne ou encore l'Administration Obama, mais bien par les citoyens eux-mêmes. Face à ces mouvements populaires, l’Union européenne a tenté d’intervenir sur trois registres.

o Le registre déclaratoire

- Accompagner plutôt qu’encourager. Bastien Nivet estime que l’Union européenne s’est contentée de faire un « discours sur les événements », mais n’a pas cherché à les provoquer. Le discours européen a été, et est toujours, plutôt un discours réactif, d'accompagnement des processus, qu'un discours de provocation et d'encouragement de ces processus. Cette logique peut apparaître trop tempérée, trop mesurée pour certains observateurs.

o De la diplomatie vers la fermeté. Dans un premier temps, les discours tenus par l'Union européenne et les États membres « invitaient les régimes à faire preuve de retenue dans la répression ». Bastien Nivet montre qu’il convient de s'interroger sur ce qu'est la « retenue dans la répression ». Où placer le curseur de la « tolérabilité » ? Cette ambivalence est révélatrice de la position initiale du vieux continent.
Puis ce discours a changé… Il est apparu plus ferme, notamment à l’égard d’un pays : la Libye. Les 27 États membres ont fait preuve d'une fermeté discursive rare en demandant le « départ immédiat du colonel Kadhafi » à la sortie d’un Conseil européen. Cette fermeté déclaratoire n'est habituelle, ni à l'échelle des discours européens, ni à l'échelle nationale. Alors, est-elle un moyen de cautionner a posteriori l’intervention militaire franco-britannique en Libye ? Le citoyen peut se poser la question. Selon le politologue, il faut à ce titre prendre garde de ne pas créer un décalage entre la légitimité du discours européen et la légitimité onusienne, destinée à la protection des populations. Bien que la réalité ne le permette pas toujours, il est important que l'UE agisse le plus possible dans le cadre de la légitimité onusienne.

o Le registre financier

Une réflexion s'est engagée quant à la recherche d'établissement et de financement de programmes. C'est ici que réside l'outil de puissance civile traditionnel de l'UE dans les relations internationales. Il faut donc réévaluer les besoins, les projets et les financements alloués à de tels programmes.

o Le registre militaire

L’Europe n’exclut pas une opération militaire terrestre, « Eufor Libye », ouvertement envisagée le 1er avril 2011. Il s’agirait, ni plus, ni moins que de déployer des forces militaires issues de l'Union européenne sur le sol libyen. Bastien Nivet note le flou entourant une telle proposition. Ne sont définis ni les pays participants, ni l'organisation dirigeante, ni la planification opérationnelle. Fabio Liberti a précisé à cette occasion que l'Union européenne doit attendre que l'Organisation des nations unies donne son aval.



 Les défaillances de l'Union européenne mises à jour

o L’UE : un acteur déstabilisé par le changement

L'UE est un projet porteur de valeurs et de changement, tant dans son discours politique que dans sa nature et dans sa philosophie. Pourquoi est-elle aussi mal à l'aise face au changement lorsqu'il se produit dans son environnement géostratégique proche ? Depuis le Processus de Barcelone lancé en 1995, jusqu'au projet d'Union pour la Méditerranée, l'objectif était, et est toujours, d’établir petit à petit des partenariats et un dialogue, même s’il doit être mené avec des régimes autoritaires.

o L’UE : toujours un train de retard ?

Les services de politique étrangère de la Commission et du Conseil européen sont en train d'être fusionnés. Les structures ne sont pas encore en place, d’où le manque de réponses concrètes de l’UE. Aux dires de certains, c’est comme si les révoltes arabes avaient eu lieu « un peu trop tôt » pour que l'Union européenne puisse pleinement jouer son rôle. Bastien Nivet souhaite que l'on sorte de ces analyses. On a longtemps dit qu'à partir de 1993, la PESC aurait pu permettre à la communauté européenne d'être plus efficace lors du conflit en Yougoslavie en 1991. Par la suite, on a dit que la PESD lancée en 1999-2000 aurait permis d’intervenir au Kosovo… Selon ce raisonnement, l'UE aurait toujours « une crise de retard ». Il faut éviter de ne voir que ces explications institutionnelles, même si elles ont une grande part de vérité. Un acteur comme l'UE se construit selon un processus long et complexe. Le malaise européen en ce début d’année 2011 s'explique plus par une vraie difficulté à appréhender le changement dans le champ diplomatique que par un manque d’organisation interne.

o UE : décalage flagrant entre principe d’action et actes concrets

Bastien Nivet relève une contradiction flagrante entre le discours politique européen et la dimension quasi-philosophique concernant l’espace commun méditerranéen. Il existe une contradiction notable dans les relations extérieures que l'UE souhaite tisser lorsqu'elle plaide pour un monde où peuvent circuler les idées, les produits, mais pas les citoyens. Le débat franco-italien sur les immigrés Nord-Africains de ces derniers jours est révélateur des divergences de point de vue entre États. Par exemple, le discours allemand est assez violent à l'égard de la France et de l'Italie. De même, la « question des Roms » ne peut être gérée au niveau national. D'autre part, l'UE aurait tort de laisser les pays en première ligne, c'est-à-dire l'Espagne, la France et l'Italie, gérer seuls ces questions européennes.

 La diplomatie française est-elle « euro-compatible » ?

Les évènements récents ont révélé des signes évidents d'incompatibilité entre la diplomatie française et la diplomatie européenne, à la fois dans la méthode et dans le contenu. Selon Bastien Nivet, les facteurs structurels, historiques, politiques et diplomatiques doivent être pris en compte. Ils différencient la France de ses partenaires européens, ou du moins, du microcosme politique bruxellois. Citant l'exemple de la Tunisie, le politologue souligne que l'absence de convergence entre les partenaires européens s'explique en partie par les liens et l'héritage colonial de la France. Il y a là des causes structurelles de désaccords entre Paris et ses voisins. De même, l'intervention en Libye implique des effets qui ne sont pas les mêmes pour l'Italie, l’Allemagne ou encore le Royaume-Uni.



o Consensus et influence plutôt que passage en force

La diplomatie européenne est, par définition, la fabrication de consensus et de la persuasion. Sauf exception, elle consiste en de l'influence, plutôt que du « passage en force ». Cette méthode est longue, compliquée et parfois frustrante. Elle ne garantit pas une complète satisfaction pour les gouvernements. De plus, cela implique de prendre en compte l'avis de « petits pays », ce qui est souvent insoutenable pour les « grandes puissances ». L'incompatibilité n'est donc pas forcément spécifique à la diplomatie française.
Dans cette période de scepticisme général sur l'euro, les institutions européennes ou encore la politique étrangère de l'Union européenne, il convient de rester prudent quant à la remise en cause de la légitimité et de la pertinence de l'UE. Critiquer et minimiser l'Europe n'est pas la solution, d'autant plus qu'aucune alternative n'est proposée.

o L’UE et le cas libyen

La révolte en Libye est révélatrice des failles de notre système. La méthode aurait pu être plus adaptée à une collaboration entre partenaires européens. Il existe, outre les incompatibilités structurelles, un rapport à l'intervention armée qui est différent d'un pays à l'autre. Certains États n'ont pas le même rapport à la violence. Il est donc parfois préférable de recourir à la persuasion, plutôt qu'à l'empressement diplomatique. Cependant, les interventions européennes se doivent d'être cohérentes. L'intervention en Libye avait pour but d'empêcher un massacre, mais elle contraste avec le silence assourdissant face à la répression en Syrie, à Bahreïn ou au Yémen.
N'y a-t-il pas « deux poids, deux mesures » dans l'action européenne ? L'intervention en Libye ne serait-elle qu'un moyen pour l'UE de se racheter de sa réaction inappropriée vis-à-vis de la Tunisie ? Est-ce une façon de trahir les espoirs qui étaient placés en l'UE ? Les évènements en cours interrogent la diplomatie de nombreux États à court, moyen et long termes.

 Nul ne sait comment le changement en cours aboutira

o Des scenarii imprévisibles

Akram Belkaïd a ensuite prit la parole. Il a estimé que la prudence était de mise. En Tunisie, cas jugé comme étant le mieux engagé actuellement, nul ne peut présager du résultat des élections qui se tiendront en juillet prochain (à noter que ces élections pourraient être reportées au mois d’octobre prochain). Plusieurs questions sont encore sans réponses : qui sortira vainqueur ? Comment va s'organiser le vote ? Les « islamistes » feront-ils un bon score ? Selon le journaliste, nous sommes à un moment de « surprise stratégique ». Personne n'a vu venir ces évènements qui ont lancé une phase de « pré-transition démocratique ». Elle peut effectivement aller dans le bon sens, aboutir à des choses positives, mais elle peut aussi et surtout mener à des choses négatives.

o Le « printemps algérien » de 1988 : La preuve par l’Histoire. L’Algérie a été traversée en 1988 par une vague démocratique sans précédent. Tous les spécialistes et commentateurs prédisaient le début d’une nouvelle ère… Pourtant, trois ans plus tard, les islamistes sont arrivés au pouvoir au cours d’élections législatives officielles. Bilan : une décennie de guerre civile suite à l'annulation de ces élections. Le journaliste estime donc qu’il ne faut pas se réjouir trop vite. Tous les événements qui se sont déroulés depuis le début de l’année 2011 peuvent déraper, y compris en Égypte où l'armée a l'intention de gérer les affaires du pays.

o Le « printemps des peuples » au XIXe siècle : Cette notion de « printemps » arabe renvoie au « printemps des peuples » de 1848 en Europe. Il s’agissait d’un moment fort sur le plan idéologique qui devait conduire à l’unité nationale que ce soit en France, en Autriche, en Italie… De ces révolutions démocratiques en sont sorti Bismarck par exemple en Allemagne…et un peu plus tard, la IIIe République en France (1871).



 Le rôle de l’Europe dans la transition démocratique

Longtemps, les diplomates ont considéré qu'il fallait composer avec les persécutions et les agressions des journalistes et des citoyens. L'un des grands enseignements pour l'Europe est que ces régimes-là n'étaient pas durables. L'Europe a commis une erreur stratégique d'appréciation. Ces transitions qui s'engagent ont néanmoins besoin de l'Europe.

- L’Espagne à la mort de Franco. Selon M. Belkaïd, il est pertinent de faire un parallèle avec la transition en Espagne qui a suivi la mort de Franco en 1975. L'Europe (ou plus exactement la Communauté européenne) n'avait pas attendu sa mort pour aider à la démocratisation de l'Espagne. Il y avait eut des efforts considérables vis-à-vis des militants espagnols, plus ou moins persécutés, pour les préparer à prendre en charge des responsabilités étatiques après la mort de Franco. En ce temps-là, l'Europe avait fait un pari sur l'avenir.

- L’UE doit soutenir la transition. Aujourd'hui, en Tunisie, l'évolution démocratique investit le champ du débat public. Cela implique le déploiement de toute une ingénierie démocratique. Il faut savoir comment faire une campagne électorale, comment s'organiser, comment vivre la démocratie au quotidien. M. Belkaïd espère que l'Europe accompagne ce processus. Il est fondamental que l'Europe ne limite pas son analyse à une estimation financière, à une gestion de flux migratoires ou encore à un nombre d’observateurs aux élections. Le journaliste considère que l'accompagnement de l'Europe débute en amont des élections. Il fait cependant remarquer qu'au sein des pays où grondent les révoltes, ces attentes sont implicites puisque, hormis le cas libyen, l'Europe n'est pas considérée comme un levier de changement. L'Europe a probablement déçu puisque qu'elle avait signé avec la Tunisie un accord, qui n'avait pas seulement un caractère économique, mais qui incluait un volet sur la nécessité de respecter les droits de l'Homme, volet qui n'a jamais été pris en compte. L'Europe peut compter aujourd'hui et demain dans sa capacité à soutenir des transitions afin qu'elles ne dérapent pas.

 L’économie : faux acteur du changement ?

L'Europe s'est ainsi trompée en basant ses convictions sur le caractère durable des dictatures. Le discours européen consistait à dire que l'économie amènerait un changement démocratique en Tunisie et en Égypte. Il faut aujourd’hui sérieusement revoir cette conception. M. Belkaïd s'est insurgé face au discours affirmant que « le premier des droits de l'Homme est de pouvoir manger ». D'ailleurs, il remarque que le jour où M. Chirac a prononcé cette phrase, Radia Nasraoui, opposante au régime de Ben Ali, se faisait arrêter à Tunis.
La démocratie n'attend pas et l'Europe a failli vis-à-vis des pays du Sud en feignant de croire que l'économie allait tout régler. Les accords de libre-échange, passés entre l'Europe et les pays de la rive Sud de la Méditerranée, ont eu des conséquences catastrophiques pour les populations de ces derniers, mais ont eu un intérêt pour les régimes en place. Ces accords avec l'UE ont renforcé la stature sur la scène internationale des présidents Ben Ali ou Bouteflika en donnant une légitimité à ces régimes répressifs dictatoriaux. Ces accords ont créés des déséquilibres entre une Europe qui, malgré quelques difficultés, reste une puissance économique avec des niveaux de productivité importants et des pays au Sud en retard sur ce niveau-là. Or, ces accords ont accentué le déséquilibre entre les deux rives de la Méditerranée au lieu de le résorber. Par conséquent, les difficultés économiques sur la rive Sud ont amené à l'explosion du phénomène migratoire depuis le début des années 2000.

- Le paradoxe algérien. M. Belkaïd note qu’il existe un décalage important en Algérie. Ce pays exporte de pétrole. Il dispose de 150 milliards de dollars de réserves de change, mais les jeunes citoyens continuent à émigrer vers l'Europe. Ces révoltes doivent amener l'Europe à effectuer une révolution copernicienne dans sa conception de la rive Sud et dans les termes de l'échange. Ces révoltes ont lieu au moment où l'Europe traverse une crise économique, où trois pays européens (Grèce, Irlande et Portugal) sont en situation de quasi-faillite et où les sociétés sont marquées par une montée des extrémismes. Il faut y répondre en proposant mieux qu'un « Processus de Barcelone amélioré ». Se remémorant la photo du lancement de l'Union pour la Méditerranée qui réunissait les Présidents Al-Assad, Moubarak et Ben Ali entre autres, les révoltes aujourd'hui achèvent de montrer qu'un tel projet était voué à l'échec.

o Des régimes nouveaux, mais moins européens ?

Pour conclure son intervention, M. Belkaïd a tenu à préciser qu'en cas d'aboutissement positif des processus en cours, les régimes démocratiques qui s'instaureront ne seront pas aussi favorables à l'Europe que ceux qui viennent de disparaître. Certains gouvernements nord-africains ont la capacité de maîtriser leurs frontières et les migrants, allant jusqu'à criminaliser l'émigration comme en Algérie.


 La Turquie : pivot entre l’Occident et le monde arabe ?

Didier Billion a ensuite pris la parole. Il a tout de suite confirmé les propos tenus par les intervenants précédents, les révolutions arabes ont surpris tout le monde. La Turquie aussi, tant au niveau de l’État (du gouvernement et des acteurs politiques) que des experts et des chercheurs.
Les dirigeants turcs ont d’ailleurs fait preuve d'une extrême discrétion sur les évènements en Tunisie. Ce point est important puisque le Premier ministre M. Erdogan et son ministre des affaires étrangères sont d'habitude assez prolixes, notamment en ce qui concerne les affaires régionales, moyen-orientales et maghrébines.
La politique étrangère de la Turquie, concernant les bouleversements arabes, a changé à partir de fin janvier - début février 2011. Elle fait suite à plusieurs entretiens téléphoniques entre le président américain Barack Obama et le Premier ministre turc. Ce dernier l'a évoqué publiquement à l'époque. Suite à ces entretiens téléphoniques, il est possible de constater un infléchissement du discours des dirigeants turcs. Didier Billion estime que le rapport avec les États-Unis, comme celui avec l'UE, est très important à saisir pour apprécier la place de la Turquie vis-à-vis des révolutions dans le monde arabe. Ce pays a ainsi conseillé au président égyptien Moubarak de tenir compte des aspirations démocratiques de son peuple. Plus tard, ce langage sera utilisé à l'égard de Bahreïn, du Yémen ou encore de la Syrie. La Turquie a depuis lors demandé, sans beaucoup d'effets d'ailleurs, de ne pas « abuser » de la répression.

o Un difficile équilibre géostratégique à trouver

Didier Billion estime que la multiplication des initiatives diplomatiques de la Turquie en direction du Moyen-Orient arabe, mais aussi de l'Iran, ne doivent pas nous leurrer. Il n'y a pas de jeu à somme nulle. Il ne faut pas croire à une politique « néo-ottomane ». Il ne faut pas croire que c'est par dépit de leur relation avec l'UE que les Turcs ont investi au Moyen-Orient. Au contraire, Didier Billion pense qu'il faut avoir une vision plus dialectique. Il y a de la part de la Turquie la volonté de maintenir un niveau stratégique avec les États-Unis, avec l’Europe ou encore avec les autres pays. Les entretiens entre Obama et le Premier ministre turc en sont un exemple. De même, les Turcs n’ont pas l’intention de rompre les pourparlers avec l'Union européenne.


- L'exemple syrien. Le cas de la Syrie est révélateur de la difficile politique extérieure de la Turquie. En 1998 par exemple, il y a eu un déploiement de véhicules blindés turcs et syriens de chaque côté de la frontière. Motif de cette mobilisation générale : la problématique kurde. Ce face à face a bien failli évoluer vers un conflit armé. Trois ans plus tard pourtant, le processus de rapprochement entre les deux États s'est enclenché… Il s'est même accéléré en dépit des pressions extérieures notamment provenant de Washington !
En effet, en 2001-2002, les États-Uniens préparaient la guerre en Irak. Ils ont fait pression sur la Turquie pour éviter ce rapprochement avec la Syrie car le président américain George W. Bush avait inscrit la Syrie sur l’ « Axe du mal » avec l'Iran et la Corée du Nord. Les Turcs ont résisté à ces pressions. Ils n'ont non seulement pas cessé leurs relations avec la Syrie, mais elles se sont approfondies. Au cours des derniers mois, la multiplication des accords de coopération économique, des projets économiques communs ou encore la suppression des visas et la tenue de conseils des ministres communs turcs et syriens indiquent que les relations entre les deux pays se poursuivent et sont de plus en plus étroites. Pourtant, rien n’est jamais simple.
Les événements qui se déroulent actuellement en Syrie désarticulent et déstabilisent ce partenariat « nouveau ». Les Turcs condamnent la répression sanguinaire du régime syrien. Mais en même temps, ils ne veulent pas « rompre les vaisseaux » avec le même régime syrien.
Pour complexifier la donne, Obama – Didier Billion ne se déclare pas « obamaniaque » – a demandé à Erdogan de faire pression pour stopper les massacres en Syrie. Faisant rarement des pronostics, Didier Billion estime pourtant que le régime syrien restera en place. Cette prédiction tord le coup à ceux qui parlaient d'un « effet domino » dans le « printemps arabe ».

o La Turquie : pas un modèle, mais un exemple ?

Il existerait un « modèle turc ». Selon une étude menée en septembre 2010 par un think tank turc, 66 % des gens sondés en Arabie Saoudite, en Turquie, en Iran, au Yémen, en Syrie, dans les Territoires palestiniens considèrent que la Turquie pourrait être un exemple à suivre. Pourquoi ? Car ce pays a su lier les valeurs démocratiques aux valeurs religieuses.
Et pourtant, Didier Billion considère que ce n'est pas un modèle pour les pays arabes. Lors d'un colloque en Espagne il y a deux ou trois ans sur le thème : « la Turquie est-elle un modèle pour le Maghreb ? », la réponse du chercheur avait déjà été claire : la Turquie n’est pas un modèle. C’est un pays qui a connu sa transition démocratique après la seconde guerre mondiale. Il y a des formes d'alternances démocratiques depuis 1950. Il y a un État de droit, bien qu’entrecoupé par des coups d'État récurrents en 1960, 1971 ou 1980. Or, les peuples arabes n'en sont pas encore à ce stade. Il n'y a donc pas en ce sens de modèle turc. Le Président turc, Abdullah Gul, qui s'est rendu au Caire (Égypte) en mars 2011 – c'est le premier chef d'État qui venait en visite officielle après le départ de Moubarak – a lui même dit lors d'un débat : « non, nous ne sommes pas un modèle, c'est trop ambitieux pour nous, peut-être un exemple ». Il s’agit d’un sujet à méditer.

o La Turquie : stabilisateur de la région ?

Didier Billion a rappelé qu’il était un ardent partisan de l'entrée de la Turquie dans l'UE. Il a confirmé les propos tenus par Bastien Nivet : il existe une véritable difficulté à mettre en place cette fameuse PESC. Il estime par ailleurs qu'il serait bon d'intégrer la Turquie, du moins, en termes de processus. Cette intégration ne se ferait pas du jour au lendemain. Nous, Européens, aurions plus d'influence dans cette région.
L'UE aurait plus d'intérêt à accélérer le processus d'entrée dans l'UE de la Turquie. D'ailleurs, le dernier rapport de suivi de la Commission sur la Turquie, publié sous l'égide de la Commission européenne tous les ans en novembre, était justement critique quant à un certain nombre de problèmes existants en Turquie, mais il soulignait le rôle éminemment important et stabilisateur de la Turquie dans la région. « Tirons-en des conséquences et allons jusqu'au bout ! » a affirmé le chercheur. De ce point de vue, Didier Billion pense que l'attitude des Etats-Unis est beaucoup plus intelligente. Il ne se fait aucune illusion sur les Etats-Unis. Le président Obama défend les intérêts de son pays. Reste qu'il y a cette compréhension de l'importance géostratégique et géopolitique que peut avoir la Turquie. Ce pays n'est pas le leader régional, mais une puissance régionale qui s'affirme, ce qui est très différent.

o La Turquie en Libye ?

Une dernière question a été soulevée. Elle concernait la participation de la Turquie à l'opération de l'OTAN en Libye. Il est bon de rappeler que la Turquie est membre de cette organisation depuis 1952. Cette implication ne risque-t-elle pas de la disqualifier auprès d'un certain nombre de pays arabes ?
Les Turcs ne participent pas directement aux missions de bombardement mais ils sont présents dans les opérations sous l’égide de l’OTAN. Ils insistent beaucoup ces derniers jours sur l'aspect humanitaire de leurs actions. Ils ont déployé des navires-hôpitaux près des côtes et rapatrient des blessés de Benghazi (Libye) dans des hôpitaux turcs. Ils ne cessent de dire: « pendant que certains bombardent des populations civiles libyennes, nous sauvons des vies ». Il existe donc une certaine « retenue », affirme le chercheur, dans cet interventionnisme en Libye.





Compte-rendu rédigé par :
Pierre-Yves CASTAGNAC
Sarah ZERROUKI

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jeudi 19 mai 2011

Présomption d'innoncence, avez-vous dit ?

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Présomption d’innocence ?
Tiens donc !
Qui se souvient de l'affaire du bagagiste de Roissy et de la manière dont le pauvre gars a été cloué au pilori par les médias et une bonne partie de la classe politique française ?
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La chronique du blédard : DSK et la cause des femmes

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 19 mai 2011
par Akram Belkaid: Paris

Dans «Un tout petit monde», l'un de ses best-sellers, l'écrivain britannique David Lodge consacre quelques lignes au comportement déluré et égoïste de certains clients de grands hôtels, relevant qu'il ne leur viendrait jamais à l'idée d'en faire autant chez eux. Il insistait notamment sur l'état lamentable dans lequel ils abandonnaient leur chambre, exigeant de la retrouver impeccable à leur retour. Désordre, lits défaits, salle de bains inondée, serviettes jetées au sol : il est vrai que la tentation de ne pas faire d'efforts est grande puisque quelqu'un d'autre s'occupe du ménage...



C'est à cela que j'ai pensé en écoutant, dans un état de sidération totale, les premières informations concernant le sort Dominique Strauss-Kahn. A l'heure actuelle, personne ne sait si l'homme politique français est coupable ou non. Comme toute personne mise en cause, il a droit à la présomption d'innocence jusqu'à ce que la justice de l'Etat de New York ne statue sur son cas. Mais, dans cette affaire, il y a aussi une victime présumée qui a aussi le droit d'être entendue et respectée.



Etre femme de chambre dans un hôtel n'est pas chose facile. C'est encore plus pénible quand elle travaille dans un établissement cossu. Plusieurs reportages dans la presse française et internationale ont montré la dure condition de ces employées corvéables à merci. Il leur faut assurer le ménage de plusieurs chambres, une voire deux fois par jour. Il leur faut frôler les murs et savoir fermer les yeux. Elles doivent aussi accepter les humiliations et les vexations infligées par une clientèle qui estime qu'elle a droit à tout - y compris d'attenter à la dignité du (petit) personnel - parce qu'elle paye le prix fort. A cela s'ajoutent les contraintes habituelles que l'on retrouve dans n'importe quelle entreprise. Dans un monde où la réduction de la masse salariale est l'un des objectifs prioritaires, ces femmes se retrouvent en sous-effectif, obligées de travailler toujours plus pour ne rien gagner de plus.



Dans certaines régions du monde, être femme de chambre, c'est aussi courir des risques importants. Pour faire cesser les violences sexuelles dont elles faisaient l'objet de la part de leurs clients - des nationaux mais aussi des expatriés et des touristes en goguette - les grands établissements du Golfe ont très vite compris qu'il valait mieux les remplacer par des hommes originaires comme elles du sous-continent indien ou d'Asie du sud-est. Dans la terminologie hôtelière internationale, on ne dit d'ailleurs pas client : on parle de « guest », c'est-à-dire d'invité. Il est évident que certains de ces invités ont tendance à croire que les lois de l'hospitalité leur permettent tout.



Parler de rapports de classe n'est plus à la mode. C'est même suspect en ces temps où libéralisme garde toujours bon pied bon œil malgré la crise financière et les dégâts profonds infligés à nombre de pays et de sociétés. Pourtant, dans l'affaire DSK, ce qui frappe d'abord c'est ce décalage saisissant entre un homme riche, puissant, appartenant à la classe mondialisée et une pauvre femme, travailleuse immigrée venant du continent le plus misérable de la planète et dont la vie va certainement être bouleversée à jamais. Même dans le cas d'une relation sexuelle consentie - ce qui apparaît comme l'une des stratégies de défense possible du leader socialiste - on ne peut que s'interroger devant le déséquilibre de statut. Patron du Fonds monétaire international (FMI) pour l'un, femme de chambre pour l'autre. On me dira que c'est la vie, que c'est ainsi mais nous savons tous que la vie est faite des rapports de sujétions et que, trop souvent, c'est le plus fort qui impose sa loi.



Parlons maintenant des réactions à l'affaire. Il est évident que l'une des idées qui vient immédiatement à l'esprit concerne l'existence d'un complot. Une bonne majorité de Français en sont d'ailleurs persuadés. Mais dire, « c'est un complot » plutôt que « cela pourrait être un complot », c'est prendre clairement position. Dans un contexte où l'on ne peut qu'attendre la suite du processus judiciaire, hurler au complot c'est dénier ses droits à la victime présumée.



A ce sujet, les déclarations outrées de nombre de dirigeants socialistes et de pseudo-intellectuels, ne sont rien d'autre que l'expression d'une solidarité de caste qui me paraît inacceptable et obscène. J'avais déjà éprouvé un malaise comparable avec l'affaire Polanski voire avec celle de Frédéric Mitterrand où, à chaque fois, on sentait poindre la revendication d'une nécessaire indulgence vis-à-vis de personnalités dites hors du commun. Entre la solidarité à l'égard de leur ami et une complicité de mauvaise foi, il y a une ligne rouge que nombre de figures du PS et du Tout-Paris ont largement franchie. En sombrant parfois dans le ridicule comme cette élue socialiste d'Ile-de-France qui a expliqué que l'arrestation de DSK était « très mal vécue en Tunisie car les Tunisiens ont besoin de lui pour réussir leur révolution » !



Certes, le futur ex-directeur général du FMI a été humilié par la police new-yorkaise qui l'a délibérément exposé aux caméras du monde entier. Mais cela n'a rien d'étonnant. La justice américaine s'est toujours montrée redoutable à l'égard des personnalités connues accusées de graves délits. Que l'on se souvienne de ce qui est arrivé à Mickaël Jackson ou même à Bill Clinton ou encore à Rod Blagojevich, gouverneur de l'Illinois mis en cause pour trafic d'influence. A chaque fois « the system » (justice et police) a voulu démontrer son indépendance même si, ne soyons pas naïf, des considérations électorales ont toujours guidé son action. A ce sujet, il faut lire ou relire « Le Bûcher des vanités », célèbre roman de Tom Wolfe, où l'on assiste à la chute d'un puissant de Wall Street et à la manière dont le système judiciaire le déchiquète.



Je terminerai par mentionner le silence assourdissant de certaines organisations féministes françaises qui nous avaient habitués à faire plus de bruit en d'autres occasions. Là aussi, il n'est pas question d'exiger d'elles d'enfreindre la présomption d'innocence mais d'exprimer au moins leur compassion avec la victime présumée. Une femme qui affirme avoir été violée, ce n'est pas rien ! Mais il est vrai que la désormais célèbre Ophélia ne porte ni burqa ni n'est la compagne d'un polygame et qu'elle ne risque pas d'être lapidée pas plus qu'elle n'a été la victime présumée d'une tournante organisée par une bande de mâles machos et basanés venus d'une cité de banlieue...

lundi 16 mai 2011

L'année des Vuvuzelas

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Depuis plusieurs mois, l'actualité s'emballe.
Printemps arabe, séisme et incident nucléaire au Japon, mort de Ben Laden, affaire DSK...
De mémoire de journaliste, je n'ai pas souvenir d'une telle intensité en matière d'actualité depuis les attentats du 11 septembre 2001 voire depuis la Chute du mur de Berlin.
Un ami me dit qu'il s'agit des fameux signes annonciateurs de la fin du monde tels que l'évoquerait la fameuse prédiction des Mayas.
Possible.
J'ai une autre explication.
L'été dernier, durant toute la Coupe du monde, ce fut un concert permanent de vuvuzelas. A l'origine, ces trompettes étaient utilisées pour réveiller les esprits.
Le résultat est là...
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dimanche 15 mai 2011

Affaire DSK (1)

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grand hôtel, hôtel de luxe, établissement huppé de New York, d'un côté
Et, de l'autre, femme de ménage... femme de chambre... employée d'hôtel
même dans ce genre d'affaire, l'aspect social est toujours présent...
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jeudi 12 mai 2011

Barça campeon

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Je sais. Il n'y a pas que le foot. Mais la nouvelle est toujours bonne à prendre.
Le FC Barcelone est champion.

Barça Campió !

Une belle saison.
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vendredi 6 mai 2011

Conversation imaginaire, entendue sur un stade imaginaire

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- Bonjour patron, vous allez bien ?
- Ça va, ça va ! Alors, quoi de neuf ? C’est tout ton effectif qui est là ?
- Oui, oui patron. Ils sont tous là. On en a retenu vingt sur les cent qui se sont présentés.
- Dis donc, y’a pas mal de Blacks, non ?
- Bah, c’est le résultat des sélections. C’est comme ça.
- Ouais, je sais, mais quand même ! Faut faire gaffe, quoi ! On en avait parlé l’année dernière. C’est pas bon. Les gens commencent à râler. T’as bien vu ce qui s’est passé en Afrique du sud, non ?
- …
- Bon. Ton numéro 10, il est aussi bon qu’on le dit ?
- Ah, ça ! Jamais vu un joueur aussi doué à cet âge. Il me rappelle Pelé.
- Rien que ça. T’es sûr qu’il a vraiment douze ans, hein ?
- C’est ce que disent ses papiers.
- Il est né où ?
- A Sarcelles.
- Et ses parents ?
- En Guinée, je crois. Mais ils sont Français et lui aussi.
- Ouais. Mais il est aussi Guinéen.
- Pas que je sache. Patron, c’est une perle rare, je vous l’assure. Il est dans le viseur de trois agents.
- Tiens, dis lui de venir par ici

***

- Alors fiston, c’est quoi ton prénom ?
- Omar
- On dit Omar, monsieur.
- …
- Alors ?
- Quoi ?
- Quand tu me parles, tu dis monsieur ! C’est compris ? Sinon, je te garantis que tu ne mets plus jamais les pieds sur ce stade. Et on ne dit pas quoi, on dit pardon !
- Oui monsieur.
- A la bonne heure. ! Dis-moi Omar, pour quel club tu veux jouer plus tard ?
- Pour le PSG et ensuite pour Barcelone monsieur.
- Ah… Et pour quelle équipe nationale ?
- Bah, pour la France ! Heu pour la France, monsieur.
- C’est bien ! Faudra pas changer d’avis plus tard, d’accord ?
- Oui monsieur.
- Bon… T’es déjà allé en Guinée ?
- Heu… jamais monsieur.
- T’es musulman ?
- Oui, monsieur.
- Ok. Tu peux rejoindre tes camarades.
- Merci, monsieur.

***

- Bon, tu t’arranges pour qu’il soit vite sélectionné en Equipe de France.
- Ce ne sera pas difficile, il est vraiment bon.
- Il faut qu’on l’habitue à se sentir vraiment Français, tu comprends ?
- Bien sûr
- Il a déjà son casier ?
- Oui.
- Tu vérifieras de temps en temps ce qu’il y a dedans. Pendant les déplacements, fouille son sac. Je ne veux pas de tapis de prière ou de truc de ce genre.
- Compris.
- Bon, j’y vais. Je dois aller à Paris. J’ai une réunion à la DTN. Il paraît qu’ils veulent nous parler des Blacks et des Arabes.
- Ah bon ?
- J’veux dire des joueurs.
- J’avais compris…
- Allez, à plus. Surveille bien tes gamins. Ne les laisse pas filer ailleurs.

jeudi 14 avril 2011

Lampedusa

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On parle beaucoup de l'île de Lampedusa en ce moment. C'est devenu le symbole de "l'invasion" des populations du Sud qui rêvent d'Europe.
Le problème est insoluble quoiqu'en pensent Guéant & cie.
On n'arrête jamais les hommes déterminés à quitter leur pays pour une meilleure vie.

Ceci étant dit, il y a peut-être une solution. La Tunisie comme la Libye ont toujours revendiqué l'île de Lampedusa, bien plus proche des côtes africaines que de la Sicile ou de l'Italie. Alors ? Très simple mon cher Hamidouche : il suffit que Lampedusa soit rétrocédée à la Tunisie. Les harragas qui y débarqueront seront toujours en territoire tunisien et le flux se tarira très vite.

Il fallait y penser.

Au fait, un élément qui n'a rien à voir mais qui fait écho à l'actualité. En 1987, Kadhafi avait fait tiré deux scuds sur Lampedusa. C'était une autre époque où le "guide de la Jamahiriya" n'avait pas été réhabilité par les acheteurs de pétrole et de gaz. C'était aussi l'époque où le visa n'existait pas encore...
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vendredi 8 avril 2011

Entendu et vu dans la rue

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Entendu et vu rue de Seine à Paris.
Elle, rousse, robe légère, la trentaine, un peu boulotte et très énervée. Lui, en grosse veste de cuir noir, sa peau de la même couleur, sur son bras gauche, un brassard rouge avec le mot sécurité écrit en lettres bleues.
"Moi, je dis, s'ils ne sont pas content, qu'ils rentrent chez eux !".
Il l'approuve d'un hochement de tête.
J'arrive à leur niveau.
Je la regarde, elle se détourne.
Je croise les yeux de l'homme, il fixe le sol.
Je m'éloigne rapidement.
Mais de qui parlait-elle ?
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jeudi 31 mars 2011

La chronique économique : Chine, Algérie et ploutocratie

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Le Quotidien d'Oran
Mercredi 30 mars 2011

Cela ne surprendra pas grand-monde. Depuis plusieurs semaines, le gouvernement chinois met tout en œuvre pour limiter l’impact des révolutions arabes sur son opinion publique. Sur Internet, la censure fait son œuvre tandis que les médias officiels insistent sur le chaos libyen pour prouver le caractère dangereux des révoltes populaires. Ainsi, la Chine cherche plus que jamais à faire figure de contre-exemple, voire de contre-modèle démocratique, ce dernier continuant d’inspirer de nombreux dirigeants de pays du Sud qui refusent toute ouverture politique.

La Chine: un modèle peu égalé

Cela vaut pour l’Algérie. Il existe d’ailleurs de nombreux points communs entre ce pays et l’Empire du milieu. Dans les deux cas, le discours officiel est pétri d’autosatisfaction et rejette la moindre critique, fût-elle constructive. Mais attention aux comparaisons hâtives ! Si l’on prend le cas chinois, on doit admettre qu’il y a de quoi être impressionné. Le bilan du XIe plan quinquennal (2006-2010) est édifiant : une croissance moyenne de 11,2% par an, près de 60 millions d’emplois urbains créés et autant de Chinois qui sont sortis de la pauvreté.

A cela s’ajoutent des percées notables dans le secteur de l’aéronautique, de l’aérospatiale et des énergies renouvelables. N’oublions pas non plus l’explosion des réserves de change qui s’approchent tranquillement des 3.000 milliards de dollars !

Côté algérien, on ne peut absolument pas accorder pareil satisfecit. Certes, la croissance reste supérieure à 3% tandis que les réserves de change atteignent des niveaux record. Mais on est bien en peine d’avancer la moindre information positive sur les créations d’emplois ou sur le développement industriel du pays. Contrairement à ses voisins marocain et tunisien qui ont réussi à capter des niches de sous-traitance dans des secteurs de pointe (électronique, automobile, aéronautique et technologies de l’information), l’industrie algérienne est toujours dans l’attente d’un plan stratégique de modernisation et de relance.

Tout cela pour dire que la comparaison Chine - Algérie n’est pertinente que sur le plan du verrouillage politique mais certainement pas sur le plan économique. Et pour en être convaincu, il suffit de se référer aux ambitions du XIIe plan quinquennal chinois (2011-2015), où Pékin veut arriver à atteindre « une société moyennement prospère » par le développement de l’éducation, la montée en gamme industrielle, l’innovation et la création de marques chinoises (terme préféré à celui de champions nationaux). Autant d’objectifs que l’Algérie ne semble guère capable d’atteindre faute de vision claire et de politique économique digne de ce nom.

Corruption et ploutocratie


Mais avec le verrouillage politique, il y a une autre ressemblance entre la Chine et l’Algérie. Il s’agit de l’explosion de la corruption, laquelle - on ne le répétera jamais assez - n’est que la conséquence de systèmes judiciaires aux ordres et d’absence de liberté d’expression. Une statistique en dit long sur le sujet. En Chine, les 70 membres les plus riches de l’Assemblée nationale populaire représentent un patrimoine total de 75 milliards de dollars. Un record mondial. A titre d’exemple, aux Etats-Unis, un pays régulièrement critiqué pour le poids de l’argent dans la vie politique, les 70 membres les plus riches du Congrès cumulent des avoirs d’un montant « d’à peine » 5 milliards de dollars.

A l’heure où des chiffres invérifiables circulent en Algérie et sur Internet à propos des fortunes du personnel politique, on réalise que le modèle chinois ne s’exporte finalement que via deux axes particuliers : l’absence de libertés politiques et l’évolution vers une ploutocratie qui ne dit pas encore son nom…

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Homme politique français cherche ami musulman

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Dirigeant d’un grand parti politique français, maire d’une ville au fromage bien connu, cherche de toute urgence un ami de confession musulmane pour le chapitrer de temps à autre en public, pour lui faire la leçon sur la laïcité, lui apprendre ce qu’est la modernité, le faire entrer dans l’histoire, lui apprendre à lire, compter et écrire, lui expliquer le dentifrice et la brosse à dent, lui enseigner les rudiments de l’instruction civique, et le promener de plateaux télé en émissions radios afin de prouver qu’il a bel et bien un ami muslim ce qui peut l’autoriser à dire tout plein de bêtises fielleuses à propos des musulmans de France.

Profil recherché : un musulman qui ne la ramène pas, un peu radical mais pas trop, avec un accent prononcé si possible, des moustaches et une barbe pas trop fournie.

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mercredi 30 mars 2011

Porter l’étoile verte? Et puis quoi encore!

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Slate Afrique, mercredi 30 mars 2011

S'il y a bien un combat à mener contre la stigmatisation des musulmans en France, il ne faut pas pousser la comparaison trop loin, au risque de desservir la cause.

C’est un fait: être musulman en France n’est pas toujours chose facile. Le débat actuel autour de l’islam et la volonté manifeste d’une partie de la droite, dite républicaine (ne parlons même pas de l’extrême droite), d’instrumentaliser cette religion pour concurrencer le Front national le montrent bien. Il est difficile de ne pas se sentir pointé du doigt même pour celles et ceux qui ne mettent jamais les pieds dans une mosquée et dont la pratique religieuse est des plus limitées.

Ces talk-shows venimeux à la télévision (y compris sur le service public!), ces déclarations récurrentes des Copé et cie qui donnent à penser que tous les musulmans de France, qu’ils soient citoyens ou ressortissants étrangers, conspirent à abattre la laïcité, sont insupportables.

En ce moment, être musulman en France, c’est encaisser de manière quotidienne les délires de politiciens hystériques dont on se demande s’ils n’ont pas mieux à faire pour relancer l’économie, sauver le modèle social français et réduire les inégalités qui minent la société. Etre musulman, c’est se dire: que vont-«ils» encore inventer aujourd’hui? Nous avons eu droit à l’exploitation effrénée de phénomènes minoritaires comme le voile intégral et les prières dans la rue, mais d’autres sujets vont certainement faire leur apparition dans les semaines qui viennent.

Parions que l’on va nous parler de la viande halal, des prénoms arabes, de la circoncision et même du ramadan en attendant d’embrayer sur des thèmes que l’on sent poindre telle la question de savoir si, en ces temps de guerre, les français musulmans (expression insupportable qui renvoie à la période coloniale) sont loyaux à l’égard de leur pays. Mais être musulman, c’est aussi se sentir pris en otage par des aventuriers et des manipulateurs qui parlent au nom d’une communauté qui, en réalité, n’existe pas tant elle est diverse et fragmentée. De fait, l’auteur de ces lignes ne se sent aucunement représenté par le Conseil français du culte musulman et encore moins par toutes ces associations qui occupent le terrain médiatique et qui contribuent, à leur façon, à rendre le climat actuel encore plus délétère.

En appelant les musulmans à «porter une étoile verte» pour protester contre le débat sur la laïcité, Abderahmane Dahmane, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, commet ainsi une grave erreur —tant sur le fond que sur la forme. Il y a des symboles historiques qu’il faut manier avec précaution et il faut surtout savoir de quoi on parle. Laisser entendre que la situation actuelle des musulmans de France est comparable à celle des juifs sous Vichy est une aberration. Au mieux, cela dénote une absence totale de culture historique. Au pire, cela s’inscrit dans une position victimaire outrancière, qui dessert le combat contre la stigmatisation des musulmans.

Cette proposition de porter l’étoile verte est honteuse. Elle est même une insulte aux victimes de la politique antisémite des autorités françaises entre 1940 et 1944. Parler d’étoile verte, en référence à l’étoile jaune, revient à faire croire que les musulmans de France sont menacés de génocide. C’est créer un précédent en introduisant dans le débat politique un nouveau symbole, qui va certainement être récupéré par tout ce que le champ politique compte comme extrémistes et provocateurs. C’est convaincre une partie de l’opinion publique de l’immaturité de celles et ceux qui tentent de s’organiser pour dénoncer la stigmatisation des musulmans par une partie de la classe politique et de l’intelligentsia françaises.

Soyons clairs: il y a bel et bien une bataille à mener contre ceux qui font des musulmans des boucs émissaires. Mais ce combat peut très bien se mener dans un cadre républicain et, surtout, il n’a nul besoin de surenchères de la sorte.

Akram Belkaïd


http://www.slateafrique.com/1105/porter-etoile-verte-et-puis-quoi-encore
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lundi 28 mars 2011

Algérie 1 Maroc 0 : quel ennui...

_ . je viens de voir le match Algérie Maroc (en différé car cf http://akram-belkaid.blogspot.com/2011/03/coupure-de-courant.html) Quel match ennuyeux, quel jeu mièvre ! Le football maghrébin évolue dans le mauvais sens à force de vouloire singer le jeu italien en particulier et européen en général. _

Coupure de courant

_ . Hier, bien après la tombée de la nuit, coupure d’électricité dans tout le quartier. Pas de lumière, pas de télévision, pas de match de football Algérie-Maroc, pas de série américaine ou de talk-show politique à propos des élections cantonales. Pas d’internet, pas de navigation erratique sur la toile, pas de facebook ni de gmail ni de chasse à l’info sur le monde arabe. Pas de texte à écrire non plus pour cause de batterie d’ordinateur vidée de ses électrons. Pas de papier à gratter non plus. Pas de téléphone portable, lui aussi déchargé, pas d’eau chaude, pas de radio, ni masque ni plume, pas de ronronnement du lave-vaisselle et pas de film vu et revu pour faire passer le stress de la fin du dimanche. Mais une belle soirée à la lumière de la bougie, silencieuse et immobile, passée à méditer en regardant les ombres danser sur les murs. _

samedi 26 mars 2011

La chronique du blédard : Petite farandole de polluriels


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Le Quotidien d'Oran, jeudi 23 mars 2011
Akram Belkaïd, Paris
 
Ils agacent les internautes. Ils désespèrent ceux qui consultent leur messagerie de manière compulsive dans l'attente d'une bonne nouvelle ou d'une bonne surprise. Ils sont le fléau de la communication électronique et on se rend compte de leur nuisance quand on apprend que des économistes cherchent à calculer l'énergie consommée et les quantités de gaz à effet de serre émises pour les effacer. Une calamité... On dit ainsi que neuf courriels sur dix sont en réalité des pourriels - ou polluriels -, termes que tout écrit de langue française se doit de préférer à celui de spam. Pourtant, cette chronique entend en mettre quelques uns à l'honneur. Pour le plaisir de parler de ce qui est inutile. Pour s'aérer un peu l'esprit en ces temps de grandes incertitudes.

Premier message. Madame Martina, conseillère commerciale, m'exhorte à me connecter sur un site pratiquant des prix imbattables sur les montres de luxe. Elle me précise que les remises sur certaines marques de renom sont de l'ordre de 80 à 90%. Enfin, elle me jure en grandes lettres que ce site n'écoule aucune contrefaçon « par respect des lois en vigueur ». Je n'irai pas sur le site en question mais je réponds à Madame Martina en lui conseillant de s'adresser à Nicolas Sarkozy et à Jacques Séguéla.

Deuxième message. Toujours une expéditrice, dénommée Irina cette fois (il faut peut-être lancer une étude pour vérifier la corrélation entre prénoms slaves et spams). Voici la traduction de la missive rédigée dans un anglais plus qu'approximatif. « Bonjour, je suis jeune fille de 21 ans. J'habite dans pays de grosses difficultés politiques et économiques. Mon but dans la vie est être épouse aimante avec homme sérieux de France, de Grande-Bretagne ou de l'Amérique. Je suis blonde et vierge ». J'explique à Irina que, malheureusement, je ne peux rien faire pour elle et je lui conseille d'envoyer son courriel à Silvio Berlusconi. D'ailleurs, je fais la même recommandation pour un certain Ianko, qui souhaite me vendre deux kilogrammes (pourquoi deux ?) de viagra « à des prix affolants ».

Le troisième courriel fait partie de ceux que la messagerie incite à ne pas ouvrir avec la formule suivante : « Ce message peut ne pas provenir du destinataire indiqué. Evitez de suivre les liens qu'il contient ou de fournir des informations personnelles à son expéditeur ». Il s'agit d'une proposition commerciale en provenance de la société Sun Tchou Trade Co laquelle recherche un « honnête représentant » qui sera rémunéré 10% sur ses ventes de lingerie. Détails demandés : le nom, le prénom, l'adresse et le numéro de téléphone. Tentative classique de vol d'identité mais, là aussi, je réponds en conseillant de s'adresser à Belhassen T. ou à sa sœur Leïla T. en précisant néanmoins que le pourcentage exigé sera au minimum de 150%.

Le quatrième message m'est adressé, ainsi qu'à au moins dix millions d'internautes (estimations à la louche), par un certain Robert Detler. Contre dix dollars américains, il propose de m'envoyer un dossier secret de la Nasa à propos de la planète Mars. Robert, qui a travaillé - c'est lui qui le dit - comme contrôleur du programme spatial à destination de la planète rouge, affirme que l'agence américaine a caché des choses au public et même à Ronald Reagan (pourquoi lui ?). Je ne suis pas suffisamment expert en informatique mais je suis sûr qu'il y a moyen de vérifier si ce message n'a pas été envoyé par l'un des frères Bogdanoff.

La lecture du cinquième message déclenche une bouffée d'espoir. Terminée la course au feuillet, je vais devenir riche ! Monsieur Ba me propose une affaire en or. Il y a 500.000 dollars à récupérer dans une banque de Dakar. Le titulaire du compte serait « un ancien dictateur qui n'est plus de ce monde ». Pour empocher la moitié du magot, je n'ai qu'à avancer 5.000 dollars « pour frais de dossier ». Ah, la bonne vieille lettre nigériane, encore appelée scam (ruse en anglais) ou bien encore « la 419 », du nom de l'article de loi au Nigeria qui interdit (en vain) cette pratique. Il paraît que l'arnaque remonte au temps des Croisades et qu'elle a sans cesse été adaptée au fil du temps. J'ai quelques échanges avec monsieur Ba qui me propose même de me déplacer à Dakar pour toucher l'argent. Puis, lassé, je finis par envoyer le message suivant :
« Cher Monsieur. Je suis vraiment désolé, mais un contretemps m'oblige à partir en voyage. J'ai donc transmis votre offre à un ami qui travaille à la police fédérale européenne. Il va vite prendre contact avec vous. Je suis certain que vous ferez de bonnes affaires ensemble ». Depuis, monsieur Ba me fait la tête...

Sixième message. Il m'est annoncé par Cicekopamu5668 - drôle de prénom - que « Jennifer, Amanda et Britney veulent absolument discuter » avec moi sur un forum dont je n'ai jamais entendu parler. Il me suffit juste de m'inscrire et d'envoyer une photo. Pas le temps de répondre. Idem pour Siemens58giy qui me dit : « Vous pouvez assister au bouleversement du monde de loin, en tant que simple observateur, ou bien vous pouvez vous y joindre et vivre les réalités du village planétaire, augmenter votre fréquence cardiaque et subir des poussées d'adrénaline. Le forex, ou marché des changes, est l'un des marchés les plus dynamiques, alors il y a toujours une possibilité pour vous de gagner. Cliquez ici et commencez à gagner de l'argent !». Tiens, je pensais que la crise avait fait disparaître les arnaques aux marchés financiers.
 
Dernier pourriel. Surprise. C'est un message normal, capturé par erreur par l'anti-spam. Que me dit l'expéditeur, chercheur d'origine algérienne que j'ai croisé une ou deux fois lors de colloques inutiles sur la Méditerranée ? Texte : « Cher ami, je te propose que nous nous retrouvions autour d'un verre. Tu sais que je suis sympathisant UMP (en fait, non, je ne le savais pas). Il y a un projet de création d'une Union des Français Musulmans pour faire entendre notre voix (laquelle ?). Cela m'intéresserait d'avoir ton avis ». J'ai envie de répondre par un seul mot : « tfouh !» (on n'a pas encore inventé le glaviot électronique) mais je reste sage, réalisant que ce message est bien à sa place dans le marigot des pourriels.
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jeudi 24 mars 2011

Lu dans la rue (2)

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L'endroit s'appelle La Baraka. Ecrit en grand, lettres capitales et irrégulières, voici le message affiché sur la vitrine :

COUSCOUS EMPORTÉ

Là, j'avoue ma perplexité. Il est possible qu'il n'en reste plus et que tout le couscous ait été emporté par d'incorrigibles gourmands. Ou alors... Le couscous n'est plus. Ou bien encore, emporté par la foule. Je ne sais pas. Cela va encore me valloir une insomnie...



Là,

lundi 21 mars 2011

dimanche 20 mars 2011

Kool & The Gang

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Perdu dans mes pensées, complètement pris par ce qui se passe en Libye et ailleurs dans le monde arabe, j'ai marché à travers les travées du marché (j'aime cette dernière phrase). Tombé sur un cd à 2 euros, d'occase. Celebration / Fresh / Get down on it / Ladies night / Ooh La La La (let's go dancing) / Too hot / Emergency / Cherish / Joanna / Victory / Tonight / Take my Heart.

Kool & The Gang : le groupe culte, avec Imagination et Boney M, des g'rrartas et autres bouhiyas. Mais c'était tout de même bon...

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A lire sur Slate Afrique : Six raisons de ne pas aimer Kadhafi

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http://www.slateafrique.com/943/six-raisons-pas-aimer-kadhafi

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samedi 19 mars 2011

Pauvres de nous, les Maghrébins ?

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Voici ce que j'écrivais le 5 novembre 2008 après l'élection d'Obama : Bienheureux le peuple d'Amérique

"Quant à nous, pauvres de nous, Maghrébins, Arabes du Proche-Orient et du Golfe, Africains sub-sahariens, nous allons continuer à vivre au rythme des présidents à vie, des roitelets inconsistants, des constitutions rapiécées et des discours creux et ronflants sur le temps qu’il faut donner à la démocratie.Il ne nous reste plus qu’à vivre cette alternance par procuration et à souhaiter le meilleur pour Obama et son peuple. Ils le méritent."

Aujourd'hui, il me faut reconnaître que l'enthousiasme né de l'élection d'Obama était certainement démesuré et que l'homme m'a bien déçu : Palestine, Réforme de l'immigration et Guantanamo : il n'a rien réglé malgré ses promesses. Mais passons.

Je relis mon propos sur les "pauvres de nous". Finalement, les choses changent et c'est tant mieux même si rien n'est encore gagné. Surtout en Algérie...
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Ennemis de leurs peuples et de la souveraineté de leurs propres pays, les dictateurs finissent mal, en général

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On ne le répétera jamais assez. Les dictateurs sont le malheur de leur peuple et, tôt ou tard, ils provoquent l’effondrement de leur pays. C'est ainsi que Saddam Hussein a amené l’invasion américaine de 2003 laquelle a causé sa perte et plongé l'Irak dans un chaos qui est loin d'être terminé.

Mouammar Kadhafi, quant à lui, entrera dans l’histoire comme étant le dictateur dont les agissements ont permi aux armées occidentales de revenir en Afrique du nord. Je comprends ceux qui s’inquiètent du déploiement militaire de l'Otan pour stopper les opérations militaires libyennes mais n’oublions pas que c’est la dictature de Kadhafi qu’il faut d'abord blâmer. C’est elle qui, finalement, a mis en danger la souveraineté de la Libye.

De cela, il faut tirer un enseignement majeur : les autocrates, les tyrans, sont les partenaires idéaux pour un Occident qui, quoiqu'il dise, ne pense qu'à ses propres intérêts. D’abord, ils sont de bons cliens qui s’approvisionnent en armes et autres équipements coûteux. Ensuite, quand ils sont allés trop loin ou qu’ils sont devenus inutiles, ils deviennent le meilleur prétexte pour une intervention militaire. Les autres dirigeants arabes ou musulmans (n'oublions pas l'Iran) sont prévenus : les dictateurs finissent mal, en général...
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