Lignes quotidiennes

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vendredi 6 juillet 2018

Au fil du mondial (22) : Le Brésil ? Mais quoi, le Brésil ? C’est (devenu) quoi, le Brésil ?

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« Pourquoi parle-t-on autant du Brésil ? Qu’est-ce que cette équipe a de plus que les autres ? » Voici, ainsi posées avant l’élimination de la Seleção par les Diables rouges, les questions d’un jeune adolescent attentif au jeu et ayant un souvenir marquant de la catastrophe du 8 juillet 2014 à l'Estádio Mineirão de Belo Horizonte en demi-finale de la Coupe du monde au Brésil (Allemagne 7 – Brésil 1). Que répondre à ces interrogations d’autant plus pertinentes que la victoire belge de ce soir a montré que la cote brésilienne était (comme trop souvent) exagérée ? Bien sûr, il y a l’histoire, la grande, celle d’un été mexicain et des cinq étoiles sur le maillot (cinq titres) jaune (ou bleu). Il y a le souvenir de l’équipe championne du monde en 1958 et en 1962. Et de celle, impériale, de 1970 lors du mundial mexicain et du troisième sacre du roi Pelé. Il y a ce documentaire, Les Géants du Brésil, vu et revu et qui a incrusté des images inoubliables. Il y a aussi cette si belle tenue auriverde (doré-vert) qui fait rêver des millions de fans du ballon rond.

Que dire d’autre ? Citer les victoires de 1994 et de 2002 comme preuve du caractère spécial des Brésiliens serait tricher. Ce furent de beaux triomphes mais on ne garde aucun souvenir fulgurant de ces deux équipes même si les percées, les sens du but et la technique de Ronaldo, le vrai, en 2002 étaient impressionnantes. Alors, pourquoi le Brésil bénéficie-t-il d’une telle aura alors que ses équipes déçoivent souvent (1974, 2010, 2014 et donc 2018) ? On pourrait, bien sûr, citer les perdants flamboyants, ceux de 1982 et de 1986. Magnifiques équipes, joueuses, puissantes et fragiles à la fois. En Espagne (1982) comme au Mexique (1986), la Seleção des Zico et Socrates aurait pu l’emporter et là, le Brésil serait aujourd’hui encore plus le Brésil.

Mais il n’en fut rien. Disons les choses franchement : vis-à-vis de cette équipe, nous vivons dans le mythe du passé. Un passé magnifié, peut-être même exagéré. Si le Brésil est considéré comme il l’est aujourd’hui ce n’est que parce qu’il « fut ». Certes, il continue de produire des joueurs d’exception, Neymar étant le dernier en date. Mais nous avons aussi droit de manière régulière à des Hulk, des Fred, des Dunga et d’autres monstres qu’on croirait sortis de la troisième division polonaise ou kazakh. Géant démographique, le Brésil a encore un gisement important de « football de rue », véritable vivier de pépites. Mais à peine repérées, les voici envoyées en Europe où la rigueur tactique et les exigences physiques ne tardent guère à les dénaturer. Les joueurs brésiliens sont désormais un produit d’exportation et une source de revenus pour une multitude d’intermédiaires, d’agents et autres aigrefins.


Le « football samba », le « football carnaval », tout cela n’est plus qu’une espérance, une attente mais aussi un cliché éculé. De temps à autre, nous avons droit à quelques éclairs mais cela ne dure pas longtemps. Au risque de choquer, on pourrait même dire que le Brésil est désormais une équipe européenne qui aurait quelque essence sud-américaine et un peu de savoir-faire en matière de feintes, d’esquives et de jeu porté vers l’avant. Il est peut-être temps de regarder la réalité telle qu’elle est : le Jogo Bonito n’est plus qu’une chimère qui sert à faire rêver les nostalgiques d’un football qui n’existe plus.
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