Lignes quotidiennes

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mercredi 11 juillet 2018

Au fil du mondial (27) : La Croatie tel un reptile

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Un but et tout change… Prenez une équipe quasi-moribonde sur le terrain. Par exemple, la Croatie durant les trente premières minutes en début de son match contre l’Angleterre puis durant les vingt-cinq minutes de la seconde mi-temps. Des joueurs peu inspirés, fatigués, sans prise de risque ni imagination. Un Modrić visiblement épuisé, tout autant qu’un Rakitić très décevant, un Subašić lourdaud, un Mandžukić trop esseulé ou un Perišić aux abonnés absents. Les Anglais ayant marqué très tôt (sur coup de pied arrêté, cf. la chronique d’hier), on se dit que l’affaire est pliée. Que le match appartient à cette catégorie de rencontres où le score n’évolue pas et où la partie va jusqu’au bout de l’ennui.

Et puis vient l’égalisation croate. Soudaine, inattendue car rien, mais absolument rien ne l’annonçait, pas même ces petits frémissements qui font dire à l’œil averti « qu’un but tourne », tel un esprit invisible. Et là, c’est la métamorphose. La Croatie semble renaître. Ses joueurs retrouvent leur football. Passes vers l’avant, déviations, redoublement. Modrić est soudain en forme. Rakitić est toujours laborieux mais ça va bien mieux. Comment expliquer ce regain de forme qui intervient en plein match, sans recours à des effluves d’ammoniaque ou à d’autres produits euphorisants ?

L’explication est simple et compliquée à la fois. C’est la tête ou plutôt ce qui s’y passe. Un but est capable de transcender une équipe. C’est le caractère irrationnel du football, ce qu’aucune loi ou théorie n’expliquent. L’esprit se libère. Il commande au corps d’accomplir ce qu’il lui enjoignait avant de ne même pas essayer. Les mystères de la volonté et du mental.

Sur le plan du jeu, la victoire de la Croatie confirme la nature de cette équipe. Elle sait subir, elle n’a pas peur d’aller dans les cordes et se faire cogner. Elle sait être plus bas que terre mais – attention, la France - tant qu’elle n’est pas achevée elle reste dangereuse (les Anglais sont coupables de ne pas avoir cherché à marquer un deuxième but). Il y a quelque chose de l’Italie d’antan dans cette équipe croate. Pas de panique, pas de renoncement mais un faux rythme pour donner l’impression à l’adversaire qu’il a partie gagnée, qu’il peut s’oublier, qu’il peut commencer à penser à la suite, à se voir déjà en finale. Et l’adversaire, naïf, trop confiant, tombe dans le piège comme d’ailleurs les spectateurs. Sans offense ni injure pour elle et ses joueurs, l’équipe de Croatie est un reptile qui ne craint rien et à qui il suffit d’une seule attaque pour tuer.
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