Lignes quotidiennes

Lignes quotidiennes
Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).

mercredi 23 novembre 2011

Barack insiste pour m'avoir à sa table !

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Encore un message pour sortir trois dollars de ma poche et espérer pouvoir m'asseoir à la table de Michèle et de son mari aux grandes oreilles. Cette fois, c'est un certain Rufus qui m'écrit pensant que je celebrate Thanksgiving demain. Ah, dinde et purée de patates douces !
Mais j'ai pas envie d'être à la table de Barack. Il a fait trop de bêtises ces derniers temps.
Comme dit la thésarde de Saint Paul, "No I can't" donate.
J'ai même envoyé un message : t'auras pas un sordi de ma part.
Ils insistent !
Trois dollars... C'est un peu trop, non ?
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2012
Akram --

We just launched our next Dinner with Barack contest, and this time there's a big new twist: Each winner can invite a guest.

So as you celebrate Thanksgiving tomorrow, look around the table and ask yourself: Who would you bring?

It's hard to think of a better gift for your parent, spouse, child, or best friend than the chance to accompany you to dinner with President Obama.

To be automatically entered right now, make a donation of $3 or whatever you can today.

When you do, you'll be helping fund this campaign as we near a critical fundraising deadline at the end of the year -- just three days before voters in Iowa head to the caucus and the 2012 election formally kicks off.

President Obama wants to connect face to face with the people who are chipping in however they can to grow this campaign.

So this time we're asking the three people who win to bring along a guest: maybe your significant other, or the friend who first got you involved in this movement. I'd bring my mom.

Thanksgiving is a perfect time to start thinking about whom you'd pick.

So throw your hat in today with a gift of $3 -- and be automatically entered for Dinner with Barack:

https://donate.barackobama.com/Dinner

Thanks,

Rufus

Rufus Gifford
National Finance Director
Obama for America

mardi 22 novembre 2011

A lire dans SlateAfrique : Islamisme, l'étrange jeu américain en Tunisie

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L'étrange jeu américain en Tunisie


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Barack m'invite à dîner avec un pote

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Reçu ce courriel aujourd'hui de la part de Barack Obama.
Je ne suis pas sûr de pouvoir y aller. Alors, si ça intéresse quelqu'un...
Au fait, faut tout de même raquer...
Donate trois dollars ou plus, qu'il demande
Ah, oui, j'oubliais :
Faut aussi être tiré au sort
Mieux vaut tenter sa chance à la loterie pour les visas
Enfin...
La campagne pour 2012 est bien lancée !

Akram --

A few Thursdays ago, I had dinner with four Americans named Ken, Casey, Juanita, and Wendi -- the winners of the campaign's first Dinner with Barack contest.

I loved getting to know each of them.

We're taking names for the next dinner starting now, and this time I want to add a new feature: If you win, you can bring a guest.

Chip in $3 or more today to be automatically entered to win a spot for you and a guest at the next dinner.

The folks who this election is all about tend to fall under the radar of the D.C. pundits and traditional news media.

They're people like Juanita, who helped put her three sons through college on a teacher's salary while saving what she could for retirement.

Like Ken, a single dad who stood by his mother as she fought insurance companies while battling two forms of cancer.

They're like Casey, whose three young kids may not yet appreciate what courage it took for their dad to take a chance and start his own business.

And Wendi, an artist and third-generation teacher who canvassed, marched, and phone banked in Indiana in 2008, the year her home state defied the traditional electoral map.

These people weren't just there for themselves -- they were representing you, this movement, and the folks I go to work for every day as president.

These dinners are important to me because I want to spend time whenever I can with the people who sent me here. They're proving wrong the conventional wisdom that says campaigns should cater to Washington lobbyists and powerful interests. And they're an important reminder that this movement -- and my presidency -- have never just been about me.

I'm proud that we're choosing to run the kind of campaign where a dinner like this isn't just possible, it's a regular thing. And next time, I don't just want to meet you -- I want to meet someone else in your life.

Donate $3 or more, and start thinking about who you'll invite to dinner:

https://donate.barackobama.com/Dinner

Thanks for being part of this,

Barack


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lundi 21 novembre 2011

L'Algérie et son printemps à venir

Intervention sur Mouwatin.com à propos de l'Algérie et du Printemps arabe


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Libération et les slips

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Lu aujourd'hui en une du quotidien français Libération.

"Dans le secret des caleçons

Dessous. L'homme est une femme comme les autres. La preuve, si on lui demande de tomber le pantalon, on mesure le chemin parcouru vers l'égalité ces dernières années. Comme la femme, il bichonne ses dessous. Et, à moins d'une grande déveine, les probabilités de tomber sur un mâle en kangourou de coton blanc, se raréfient
".

Heu... Vraiment ?

Commençons par relever que ce petit appel en une, qui renvoie à une enquête de deux pages, semble totalement décalé par rapport à l'actualité du moment (notamment la défaite électorale de la gauche espagnole) et les incertitudes quant à la situation financière européenne. Dans la dite enquête, on découvrira notamment que le slip de couleur blanche n'a plus la cote. Que des hommes rêveraient de s'acheter des slips de marques mais qu'ils n'ont pas toujours le budget qu'il faut. Bref, que de l'essentiel boboisant. On me dira qu'il faut un peu de légèreté de temps à autre. Peut-être. Mais est-ce bien le moment ?

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dimanche 20 novembre 2011

La chronique du blédard : Monologue du taxieur tunisois abstentionniste

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Non, non, je n'ai pas voté. Personne ne m'a convaincu, ni les barbus d'Ennahdha ni les autres. Ce n'était pas de la politique mais du cinéma ou plutôt un spectacle de marionnettes. Je ne me suis pas laissé avoir. C'est plus facile d'attraper du poisson dans le lac de Tunis que de m'endormir avec des chansons sur la démocratie et le mouton gratuit pour le peuple. Je n'ai pas voté et je n'ai pas honte de le dire. Depuis hier, j'ai plein de clients qui essaient de vérifier du coin de l'œil si j'ai l'index taché. Je pourrais leur mentir en prétendant que j'ai fait disparaître l'encre avec de la javel. Mais, ça ne me gêne pas de dire la vérité. Je leur explique que je n'ai pas voté parce que ça ne m'intéressait pas et l'affaire est close. On passe à autre chose ou bien alors on se tait.

Ce qui compte pour moi, c'est comment je vais terminer le mois. Ce taxi, j'y passe dix heures par jour, sept jours sur sept et pourtant ce n'est pas le mien. Il faut que l'argent rentre tous les jours. Il y en a qui ont le temps de faire de la politique, d'aller aux meetings ou de perdre leur temps devant les blablas de la télévision, moi je dois penser au pain. J'y pense en permanence. C'est pour ça que je travaille de nuit. Je rentre à la maison vers six heures du matin, je dors jusqu'à l'heure du déjeuner. Ensuite, je traîne dans le quartier, je fais des petits travaux, de la peinture, un peu de plomberie… Je remplace aussi les vitres cassées. Le proprio me ramène le taxi vers dix-neuf heures. Je nettoie la voiture et c'est reparti. Ça me donne le temps de voir les enfants, de garder un œil sur eux.

Ce qui est bien, c'est que je vis en dehors de la foule. Je vois les gens au compte-goutte et je discute avec eux quand j'en ai envie. Je ne subis rien. J'écoute la musique que je veux et personne n'a le droit de me dire de changer de station ou de baisser le volume. C'est ma liberté. C'est bien mieux que d'être derrière un bureau à subir un petit chef ou à me demander si le salaire va être versé. Parce que c'est ce qui se passe en ce moment. Personne ne sait de quoi demain sera fait. Le mois dernier, des gens que je ne connaissais pas sont venus me dire qu'il fallait que je fasse grève. J'ai refusé et comme le propriétaire avait peur de leur désobéir, je l'ai remplacé et j'ai commencé à midi. Le pain, mon ami, le pain !

Ah, Ben Ali… Ecoute bien ce que je vais te dire. Quand il était encore là, j'avais un vrai métier. J'étais payé normalement et je ne me serais jamais retrouvé à faire le taxi. Je ne vais pas te dire que c'était le paradis. Mais les touristes étaient là, il y avait de l'argent. Regarde ce qu'il a construit. Tu vois ces ponts, cette autoroute ? C'est grâce à lui. Laisse-moi te dire une chose. Ce n'est pas lui le coupable. C'est sa femme et sa belle-famille. Il a été trop gentil avec eux. Ils lui ont tourné la tête. Il paraît que c'est elle qui lui a appris à boire de l'alcool. Elle voulait devenir reine de la Tunisie. Il n'a pas été malin. Il aurait dû la mater. Mais, bon, c'est un homme comme les autres. Lui aussi, il avait ses faiblesses.

Aujourd'hui, tout le monde dit du mal de Ben Ali. J'ai un voisin qui avait sa photo encadrée dans le salon. Une vraie photo, pas une image découpée dans un journal. Maintenant, le type n'a que le mot « révolution » à la bouche et je l'ai vu distribuer des tracts dans le quartier pour un parti dont personne n'a jamais entendu parler. Comment veux-tu que je me comporte avec lui ? Comment veux-tu que je le prenne au sérieux ? La révolution, tu parles ! Ce genre de gars, si demain Ben Ali revient, il se remet au garde-à-vous. Crois-moi, je connais bien ce genre de personne.

Taxieur, ce n'est pas mon métier ; ça ne fait que cinq mois que je conduis cette voiture. Ecoute, je vais te dire quelque chose d'important. Je n'ai pas voté, parce que je n'en ai pas le droit. Avant, j'étais flic. Oui, flic ! Ne me regarde pas comme ça, je ne vais pas te manger ! Au début de l'été, j'ai démissionné. J'insiste : on ne m'a pas chassé, c'est moi qui suis parti. Ça valait mieux. Aujourd'hui, on ne me reproche rien mais je n'ai pas le droit de voter. Mon nom est sur une liste, quelque part, sans que je sache où exactement et pourquoi. Peut-être qu'ils considèrent que je suis encore flic. En tous les cas, je n'ai tué personne pendant les événements et je ne regarde pas à droite et à gauche avant de sortir de chez moi. J'ai ma conscience pour moi.

De toutes les façons, même si j'avais pu le faire, je ne serais pas allé voter. Je n'ai pas confiance. Il y a trop de coups tordus. Je sais de quoi les gens sont capables. Je ne te parle pas des opposants, surtout ceux qui vivaient à l'étranger. Mais il y a le reste. Tous ceux qui jurent qu'ils faisaient de la résistance et je ne sais trop quoi. Moi, je dis la vérité. J'étais flic, j'ai appliqué les ordres du « hakem ». J'ai frappé quand on m'a dit de frapper, j'ai suivi quand il fallait suivre, j'ai menacé quand il fallait menacer et j'ai espionné quand il fallait espionner. Laisse-moi te dire quelque chose : ce pays a déjà besoin d'ordre. Tôt ou tard, il fera appel à des gens comme moi. Et à ce moment-là, j'obéirai aux nouveaux chefs, c'est aussi simple que ça ! En attendant, je fais le taxi. J'essaie de gagner ma vie. C'est dur mais je me dis que dans tout retard il y a du bien et que les choses finiront par être meilleures qu'avant.

Le Quotidien d'Oran, jeudi 17 novembre 2011
Akram Belkaïd, Paris


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vendredi 4 novembre 2011

Un hymne pour le PDM ?

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Le Pôle démocratique moderniste (PDM) aurait pu utiliser la chanson "Nedjma Qotbiya" (étoile polaire) de Deriassa comme hymne de campagne. Au vu de la popularité du chanteur algérien en Tunisie, cela aurait apporté au parti de l'étoile quelques sièges supplémentaires.

pour écouter l'une des rares chansons de Deriassa qu'il m'est arrivé de fredonner :

Nedjma Qotbiya


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La chronique du blédard : Printemps arabe, guerre en Iran

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Chaque jour qui passe rapproche le monde d'un conflit majeur opposant une partie de l'Occident et de ses alliés arabes à la République islamique d'Iran. Il peut paraître paradoxal d'aborder cette question alors que l'actualité reste marquée respectivement par les lendemains de la victoire des islamistes d'Ennahdha en Tunisie, par les incertitudes quant à la nature du nouveau régime libyen et par les massacres – on ne peut utiliser un autre terme – des populations civiles en Syrie. Cela sans oublier la grave crise politique, économique et financière qui risque de sonner le glas de la zone euro et, avec elle, de l'Union européenne.

Pourtant de nombreux indices montrent qu'une mécanique implacable est en train de se mettre en place laquelle vise non seulement à mettre fin au programme nucléaire iranien mais aussi à faire chuter le régime des mollahs. Pour bien le comprendre, il faut peut-être s'astreindre à un peu plus de recul par rapport à l'actualité du «Printemps arabe » tout en essayant d'en analyser certaines conséquences et de comprendre dans quelles perspectives elles s'inscrivent.

Commençons par la Tunisie. La majorité des chancelleries occidentales, notamment celle des Etats-Unis, a salué le succès électoral d'Ennahdha, exception faite de la position quelque peu réservée de la France (pouvait-il en être autrement quelques mois à peine après la chute de l' «ami» Ben Ali ?). Nombre de responsables de partis démocrates tunisiens le confirment. Le message qui leur a été délivré par Washington et ses diplomates est dénué d'ambiguïtés. Il n'est pas question pour l'oncle Sam d'aller à l'encontre du «choix populaire », comprendre le vote en faveur d'Ennahdha. L'époque de janvier 1992, où la première puissance mondiale s'accommodait de l'annulation brutale de la victoire de l'ex-Front islamique du salut (FIS) paraît bien révolue...

Prenons maintenant la Libye. On ne sait pas encore ce que sera l'après-Kadhafi mais une chose paraît certaine : les nouveaux maîtres de la Tripolitaine et de la Cyrénaïque auront beaucoup de mal à adopter une ligne politique autonome vis-à-vis d'Occidentaux qui leur agitent déjà la facture du conflit armé de ces sept derniers mois. Bien sûr, cela ne signifie pas une allégeance totale ou le retour du temps des protectorats et des concessions. Mais, concernant une question aussi grave que le déclenchement d'une guerre contre l'Iran, les Etats-Unis et leurs alliés se disent désormais qu'ils pourront compter sur, au moins, la neutralité des Libyens et des Tunisiens. Cela sans oublier les Egyptiens puisque l'on peut parier que la victoire électorale annoncée des Frères musulmans à la fin du mois sera, elle aussi, saluée à Washington et à Londres (peut-être même aussi à Paris). Attitude normale dira-t-on dès lors que les urnes et la volonté populaire auront tranché. Certes, mais, là aussi, les arrière-pensées seront nombreuses.

En clair, si le chef de file du camp occidental se résigne à accepter l'arrivée au pouvoir de courants politiques religieux dans la majorité du monde arabe, c'est qu'il estime qu'il y gagne sur deux tableaux. D'abord, cela promet, selon lui, l'apparition d'une stabilité plus solide et plus durable que celle que prétendaient assurer les tyrans. Ensuite, cela offre la garantie que les opinions publiques, ces fameuses «rues arabes» se tiendront tranquilles (en cas d'attaque contre l'Iran) dès lors que leurs pouvoirs, enfin légitimés par les urnes, leur demanderont de le faire au nom de l'intérêt national. Un intérêt qui sera jugé supérieur à la solidarité entre musulmans.

Le Printemps arabe et l'arrivée aux affaires de courants islamistes sunnites dont certains sont largement financés par les monarchies (sunnites) du Golfe sont finalement une mauvaise nouvelle pour l'Iran. A ce sujet, on sait à quel point les pays du Golfe sont terrorisés (le mot n'est pas faible) à l'idée que Téhéran puisse disposer un jour de l'arme atomique. Leur raisonnement est simple : qui osera alors empêcher les pasdarans de s'emparer des champs gaziers et pétroliers du Qatar ou des Emirats arabes unis au nom de vieilles, et non résolues, revendications territoriales ? Et dans cette affaire du nucléaire iranien, on ne relèvera jamais assez que les monarchies du Golfe sont aujourd'hui les alliés objectifs d'Israël qui, à en croire une partie de sa presse, serait de plus en plus tenté par une action militaire préventive.

Résumons. Les Etats-Unis vont tôt ou tard frapper l'Iran pour l'empêcher de se doter de la bombe nucléaire. Cette action militaire sera soutenue, applaudie et peut-être même accompagnée par Israël mais aussi par les monarchies du Golfe où la haine du chiite, fut-il arabe, est en train de virer à l'hystérie paranoïaque. Pour Washington et ses alliés du Golfe, cette action bénéficiera, au minimum, de la retenue pour ne pas dire de la compréhension de peuples arabes (tunisien, libyen, égyptien…) ayant apprécié que l'Occident ait accepté, et salué, leur choix électoral en faveur de l'islamisme. Dans ce scénario, il apparaît comme évident que le cas du régime d'Assad (allié politique et confessionnel de Téhéran) ne se règlera qu'une fois le régime des mollahs tombé.

Pour autant, rien ne dit que les peuples arabes «libérés », y compris en Libye, se comporteront comme prévu. On se souvient de la base du FIS forçant ses dirigeants à se ranger auprès de l'Irak de Saddam contre l'Arabie saoudite (c'était en 1991, à la veille du déclenchement de la Guerre du Golfe) laquelle était pourtant une généreuse donatrice. On sait aussi que le sentiment anti-américain reste très fort et qu'il s'est même exacerbé depuis la pitoyable volte-face d'Obama sur le dossier palestinien… Mais il est possible que l'apathie du monde arabe, et ses divisions, durant l'intervention de l'Otan en Libye ont convaincu les stratèges américains qu'une action militaire contre l'Iran ne déclenchera pas de protestations populaires de grande ampleur. Ce serait-là une conséquence pour le moins paradoxale du Printemps arabe….


Le Quotidien d'Oran, jeudi 3 novembre 2011
par Akram Belkaid : Paris


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jeudi 3 novembre 2011

Chronique économique : LA TUNISIE, SES DIFFICULTES BUDGETAIRES ET L’ALGERIE

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L’impact du résultat des élections pour l’Assemblée constituante tunisienne (victoire d’Ennahdha avec 90 sièges sur 217 selon le résultat final provisoire) et le débat qui divise les démocrates sur l’opportunité ou non de participer à un gouvernement d’union nationale ne doit pas faire oublier que la Tunisie fait face à une situation des plus inquiétante sur le plan économique. Selon les premières prévisions, la croissance du produit intérieur brut (PIB) ne devrait pas dépasser 1% en 2011 et rares sont les économistes qui se risquent à avancer un chiffre comparable, ou même positif, pour 2012.

BAISSE DES RECETTES

Cette contraction de l’activité, consécutive aux bouleversements que connaît le pays depuis décembre 2010, est une très mauvaise nouvelle. En effet, la Tunisie a besoin d’un taux minimum de 6% de croissance pour pouvoir à la fois résorber le chômage et absorber les nouveaux arrivants sur le marché du travail. Dans une situation politique incertaine, les tensions sociales ne peuvent donc qu’être exacerbées par l’inévitable aggravation du chômage qui accompagnera automatiquement cette chute de la croissance. Plus de 300.000 jeunes Tunisiens diplômés sont à la recherche d’un emploi (ils n’étaient que 6.000 au chômage en 1994!) et il est évident qu’ils ne se contenteront pas longtemps de promesses de jours meilleurs.

Certes, le dernier rapport de la Banque centrale de Tunisie (BCT) sur l’évolution de l’économie met en exergue quelques améliorations dont une bonne campagne agricole ainsi que l’augmentation de la production du secteur minier (les phosphates et leurs dérivés constituent une ressource importante en matière d’exportations). Mais, pour le reste, le voyant est au rouge.
Les exportations manufacturières ont baissé, résultat à la fois des multiples grèves dans les entreprises tunisiennes mais aussi de la baisse de la demande en provenance d’une Europe en crise (l’Union européenne compte pour 80% des échanges commerciaux de la Tunisie).
Interrogé, un économiste et homme d’affaires tunisois estime que la BCT a bien joué son rôle en matière de politique monétaire puisqu’elle a veillé notamment à ce que le secteur bancaire ne manque pas de liquidités (et qu’il continue donc de financer les entreprises).

Pour autant, juge-t-il, la Tunisie a un besoin urgent de relance économique dans un contexte difficile où le déficit courant a encore augmenté (5% du PIB à la fin du mois de septembre). Une tendance qui s’explique par la baisse des recettes touristiques mais aussi, et c’est tout aussi inquiétant pour les finances du pays, de la diminution des transferts de Tunisiens résidant à l’étranger. Résultat, le pays ne dispose plus, en termes de réserves de change, que de l’équivalent de 115 jours d’importations (ce qui reste tout de même un niveau confortable) contre 147 jours en décembre 2010.

L’ALGERIE AIDERA-T-ELLE DE NOUVEAU LA TUNISIE ?

Les difficultés budgétaires auxquelles va faire face la Tunisie obligeront le futur gouvernement sorti des urnes à demander de l’aide à ses principaux partenaires. Les pays du G20 se verront rappeler leurs promesses de mai dernier à Deauville. De même, les responsables d’Ennahdha n’ont pas caché leurs intentions de solliciter les pays du Golfe, notamment le Qatar, pour obtenir de nouvelles lignes de crédit. Quant à l’Algérie, qui a déjà accordé au printemps dernier un don de 10 millions de dollars à la Tunisie et un prêt bonifié de 90 millions de dollars, rares sont ceux qui, à Tunis, espèrent d’elle un nouveau geste du fait de la victoire électorale d’Ennahdha (un parti qui n’est pas en odeur de sainteté à Alger). Pourtant, avec plus de 170 milliards de dollars de réserves de change, l’Algérie a les moyens d’aider son voisin maghrébin à faire face sans trop de dommages à cette mauvaise passe budgétaire.

Akram Belkaïd
Le Quotidien d'Oran, mercredi 3 novembre 2011


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lundi 31 octobre 2011

Vu et entendu : Tunis - Orly

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Scène une : Tunis, l'aéroport, zone sous-douane, salle 51. L'embarquement du vol 720 pour Orly-sud va bientôt commencer. Un petit garçon ne cesse de courir entre les rangées de sièges en métal. Parfois, sans pourtant se lever, sa mère, téléphone à l'oreille, lui demande de se calmer et de revenir s'asseoir à côté d'elle. Mais l'entend-il ? Il continue de plus belle, se met parfois à hurler sans raison apparente avant de reprendre ses slaloms. Le voilà qui se jette à terre, se roulant sur le dos, se tenant la cheville à l'image d'un footballeur italien qui cherche à perdre du temps à quelques minutes avant la fin du match. Une femme, européenne, la trentaine, tenue et hâle de "trekkeuse" l'aide à se relever. Le bambin est tout étonné. Elle plaque son index sur sa joue et lui dit "tu me fais un bisou ?". Il crie et lui met une claque aussi soudaine que sonore. Les spectateurs qui n'ont rien raté de la scène éclatent de rire. La mère, elle, continue de téléphone tandis que le morveux reprend sa course.

Scène deux : Dans l'avion, quelques minutes avant l'atterrissage. Une hôtesse fait les dernières vérifications. Elle s'arrête au niveau de l'une des issues de secours. "Monsieur, je vous ai dit qu'il ne fallait pas mettre votre bagage par terre. C'est une consigne de sécurité. Il faut dégager le passage". Le mis en cause lui jette un regard noir et grommelle un "chnouwa dégage ?" menaçant. Son voisin lui explique que ça n'a rien à voir avec le 14 janvier...

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dimanche 30 octobre 2011

Pluies à Tunis

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Pluies sur Tunis. Ininterrompues depuis la nuit.
De quoi, peut-être ramener un peu plus de sérénité.
En attendant les prochaines joutes politiciennes.
Quant aux journalistes qui couvrent encore la situation politique, et dont je fais partie, ils sont tout simplement épuisés...
Il va falloir se refaire une santé et repartir à l'assaut des news, des interviews, des analyses et des micros-trottoir...
Quel métier...
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samedi 29 octobre 2011

Tunisie : l'enjeu vital de l'éducation

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Temps gris et incertain sur Tunis et sa banlieue. Parfois, la météo fait écho à la réalité politique. Depuis la proclamation du "résultat final provisoire", il n'est plus question que des alliances possibles entre Ennahda et les autres formations dont Le Congrès pour la république (CPR) et Ettakatol.

Les analyses et hypothèses semblent aussi nombreuses que les électrices et les électeurs. Les uns espèrent que la future Constitution sera un texte neutre et non partisan. Les autres craignent que les islamistes ne pèsent pour que ce texte fondamental ne soit fortement imprégné par la religion.

En attendant, Ennahda commence à avancer ses pions. Sa revendication sur le futur gouvernement concerne notamment l'éducation et la culture, deux secteurs qui font la spécificité - on dira aussi la singularité - de la Tunisie. Il est étonnant à ce sujet de ne pas entendre les protestations de la "société civile" porter sur ces points. Au lieu de continuer à pleurer sur le résultat des élections, à évoquer les hypothèses d'un départ ou encore d'oser émettre des souhaits, plus ou moins assumés d'un retour à l'ordre musclé, ces démocrates de la vingt-cinquième heure, feraient mieux de défendre l'école tunisienne, c'est à dire défendre l'avenir de leur pays et de leurs enfants.

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vendredi 28 octobre 2011

Affaire Hachmi El Hamdi : Entendu sur la radio tunisienne

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Entendu sur une radio tunisienne ce dialogue suivant entre une journaliste et l'un des élus de la désormais fameuse liste de H. Hamdi

"- Monsieur, votre leader Hamdi a dit qu'il retirait ses listes. Allez vous le suivre et ne pas siéger à la constituante ?

- Heu.. Ecoutez, lui c'est lui, moi c'est moi. Donc, je sus libre et il n'est pas question pour moi de me retirer. Son appel au retrait est une incitation à la fitna. Moi, je suis un élu du peuple donc je reste."

On ne saurait être plus clair...

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jeudi 27 octobre 2011

La chronique du blédard : Un Aïd tunisien

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J'écris ces lignes le lundi 24 octobre alors que la nuit, et avec elle une fraîcheur soudaine, tombent sur l'avenue Bourguiba de Tunis. Comme toujours, je suis surpris par la rapidité avec laquelle l'obscurité enveloppe la ville. Le phénomène est le même à Alger, Rabat ou Le Caire. Peut-être est-ce dû à la faiblesse de l'éclairage public. Rien à voir avec celui des villes d'Europe ou d'Amérique du nord dont la vigueur permet de mieux lutter contre cet inévitable, et parfois oppressant, coup de blues propre à ces minutes entre chien et loup.

J'écris donc ces lignes alors que le concert, ou plutôt le vacarme, des étourneaux ne semble pas vouloir s'arrêter. Il paraît qu'ils socialisent, se racontent leur journée et échangent des informations, tout comme ces hommes et ces femmes qui, tout autour de moi, évoquent leur journée de la veille, leur vote, leur joie et, désormais, leur inquiétude. Moi aussi, je repense à ce dimanche 23 octobre, jour de fête en Tunisie et, n'ayons pas peur de le dire, pour le Maghreb et le monde arabe.

C'est beau et magique un peuple qui se déplace en masse pour voter surtout quand on sait que sa voix n'a jamais compté durant cette période de fer et d'humiliation où les urnes étaient pleines et le résultat électoral stalinien fixé avant même l'ouverture du scrutin. Prends ça dans la gueule Ben Ali. Prenez ça dans la gueule dictateurs arabes, présidents à vie et monarques absolus, pour qui vos peuples ne sont rien d'autre qu'une foule de sujets, sans droits ni dignité. Prenez ça dans la gueule vous tous qui, en Europe ou ailleurs, ne cessaient d'expliquer, pour mieux excuser Ben Ali, que le peuple tunisien n'était pas mûr pour des élections libres.

Je fais une pause et je relis mes notes, cherchant à revivre un peu le sentiment d'allégresse ressenti à la vue de ces longues files devant les bureaux de vote. Au nord comme au centre ou au sud de la capitale, le même spectacle impressionnant. Des heures d'attente, parfois sous un soleil de plomb, pour aller cocher une simple case dans un bulletin destiné à désigner la future Assemblée constituante. Certes, la démocratie est loin d'être installée dans ce pays mais ces heures passées à arpenter les bureaux de vote, à ne rencontrer que sourires et satisfaction resteront à jamais gravées dans ma mémoire. Dans ces instants, le journalisme, cette couverture de l'histoire immédiate qui permet d'aller à la rencontre des autres, est certainement le plus beau métier du monde. Et quel bonheur que de pouvoir interviewer n'importe quel Tunisien sans lire la crainte dans ses yeux et sans peur de se faire embarquer.

Bien sûr, l'actualité n'attend pas. Le vote est terminé, l'encre sur les index gauches est en train de disparaître et voilà que l'on parle déjà des incertitudes du lendemain, de la victoire des islamo-conservateurs d'Ennahda, des irrégularités constatées ici et là et de la proclamation des résultats définitifs qui risquent fort de tarder. La ville n'est que rumeurs et informations contradictoires. Les confrères courent après l'info, cherchent à savoir qui va faire alliance avec qui mais moi, en cette heure de pointe où les phares des automobiles donnent une allure inquiétante aux passants, je préfère me cramponner à mes impressions de la veille.

Voici décrite une scène qui résume à elle seule ce que fut cette journée historique. Cela se passe dans un bureau de vote de Hay Ettadhamoun, un quartier populeux, au sud de la capitale. Un homme, la trentaine, se présente sans sa carte d'identité. Il exhibe son passeport et la photocopie de la dite carte. «Je l'ai perdue ce matin» explique-t-il au responsable du bureau qui refuse de le laisser voter. «La loi est claire, pas de carte d'identité, pas de vote». Le ton monte, le chef du bureau menace d'appeler les hommes de la garde nationale ainsi que les militaires postés à proximité. L'autre cède, les larmes aux yeux. Je lui demande pour qui il aurait voté. «Ettakatol. Un jour historique comme celui-ci et moi on m'empêche de voter» souffle-t-il la gorge nouée.

Le serveur dépose une limonade locale sur ma table. Je souris en lisant le message publicitaire qui orne le soda. « Think tounsi». Pense tunisien. Il est évident que cela devra être le cas durant les prochaines semaines. Depuis la fuite de Ben Ali, les Tunisiens ont accompli un quasi-sans fautes mais, désormais, les défis sont encore plus grands. Il leur faudra préserver la paix civile et faire mentir ces médias français qui font monter la tension avec leurs commentaires à deux sous à l'image de ce « Après Ben Ali, le Coran», entendu sur une radio parisienne. De la stupidité à l'état pur. De l'irresponsabilité aussi. Les médias français, France 24 en tête, jouent à «barbus, faites nous peur». Ils ignorent, ou feignent d'ignorer, que leurs analyses et commentaires ont un impact direct sur le moral des millions de Tunisiens très attentifs à ce qui se dit sur eux au nord de la Méditerranée.

Mais, je m'emporte. Je m'en retourne donc à la veille. Dimanche 23 octobre a été une belle journée. Un Aïd tunisien où, comme c'est souvent le cas lorsque j'aborde les questions du Printemps arabe, j'ai pensé à plusieurs reprises à ce pauvre vendeur ambulant de Sidi Bouzid dont l'immolation par le feu a provoqué maints bouleversements. De là où il est, je suis sûr que Mohamed Bouazizi a contemplé, heureux, son peuple aller pour la première fois librement vers les urnes. En cela, lui aussi a partagé ce grand moment tunisien qui restera dans les mémoires et cela quelle que soit la suite des évènements.

Le Quotidien d'Oran, jeudi 27 octobre 2011
Akram Belkaïd, Tunis


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La chronique du blédard : L'euromed, la démocratie et la troisième voie

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Il y avait bien longtemps, c'est-à-dire plusieurs mois, ce qui est beaucoup pour un journaliste, que je n'avais assisté à une conférence sur les relations euro-méditerranéennes. C'est chose faite depuis la semaine dernière après deux jours passés à Marseille pour assister au Forum éponyme (organisé notamment par le think-tank euro-arabe Capmena qui a eu la bonne idée d'élargir les débats aux pays du Golfe). L'occasion m'a été donnée de vérifier si les choses avaient changé sous le ciel des rencontres entre gens d'affaires des deux rives de la Méditerranée à l'aune des bouleversements que l'on sait.

Commençons d'ailleurs par cela. Banquiers, consultants, chefs d'entreprises, ministres ou parlementaires avaient tous le « Printemps arabe » à la bouche. C'est devenu une réalité incontournable qui structure les discours et les raisonnements y compris lorsqu'il s'agit de gens de la péninsule arabique venus vanter « the vision éclairée » de leurs monarques respectifs. L'aspiration au changement démocratique que ressentent les peuples du sud et de l'est de la Méditerranée n'est plus un tabou, c'est même devenu un élément de langage. En l'évoquant, aucun intervenant n'a usé des habituelles précautions oratoires dues à la peur d'éprouver quelques ennuis lors du retour au pays (signalons au passage qu'il n'y avait pas de Syriens présents à Marseille…).

Le discours a donc changé, du moins en partie. Il suffit que je m'en retourne à mes notes prises durant l'année 2010, y compris en décembre de cette même année, pour le vérifier. De quoi nous parlait-on alors ? Surtout, de quoi ne nous parlait-on pas ? La démocratie, le « droit des peuples à tous les droits » à commencer par celui du droit à la dignité – et sans oublier les autres (liberté, propriété, liberté d'expression, santé, éducation,…) – tout cela était interdit de cité. Les enjeux étaient présentés autrement : d'abord, expliquait-on avec une belle hypocrisie, il fallait faire confiance à l'économie. C'est elle qui, permettant l'émergence de classes moyennes, devait permettre à terme (plutôt long que court) l'émergence de la démocratie. Ensuite, on nous martelait que les pays du Sud devaient s'engager dans toujours plus de réformes libérales afin d'attirer les investisseurs étrangers, indispensables créateurs d'emplois. Tout cela pour, but final, contenir la grande menace islamiste chère à Ben Ali et Moubarak.

A Marseille, heureuse surprise, ce genre de discours n'a pas été tenu. Mieux, les interlocuteurs ont tous convenu de l'importance du défi social. Le propos a été clair : L'emploi, l'emploi et l'emploi afin de mieux aider la précieuse transition démocratique et empêcher toute régression. Les temps ont changé et la capacité d'adaptation des milieux d'affaires quels qu'ils soient, du nord comme du sud, est toujours aussi impressionnante... A les entendre parler du Printemps arabe, de ce qui s'est passé en Tunisie et en Egypte, ou ailleurs, on peut même avoir l'impression qu'ils en sont les géniteurs ou, tout du moins, qu'ils ont contribué de manière décisive à ce que chutent les régimes dictatoriaux…

Mais on continue tout de même de subir d'autres vieux discours. Voici un premier exemple en rappelant d'abord la situation mondiale. L'Europe, on le sait, est en pleine déconfiture, ses économies étant à la recherche désespérée de relais de croissance quand, au même moment, les pays émergents font des étincelles. C'est pourquoi il est toujours aussi surprenant, pour ne pas dire ahurissant, d'entendre des gens du sud et de l'est de la Méditerranée s'échiner à convaincre leurs homologues du nord que leurs pays sont la solution pour une Europe menacée par le déclin économique. « Prêtez-nous attention. Ne cherchez pas uniquement à nous vendre vos breloques. Venez investir chez nous dans la durée, créez des emplois, vous ne le regretterez pas, cela vous donnera une assise mondiale pour faire face à la Chine et aux Etats-Unis » répètent les premiers.

«Ouais, ouais, faudrait voir. Faites encore plus d'efforts. On veut bien venir chez vous mais on veut être sûrs de ne pas avoir de mauvaises surprises. Mais en attendant, n'oubliez pas que nos produits sont bien meilleurs que ceux des Chinois » chicanent les seconds en oubliant que leur pantalon élimé menace de laisser leur arrière-train à l'air libre...

Etrange situation où le poids du rapport de force en vigueur au cours des deux siècles derniers continue encore à peser. Il est pourtant une règle que les pays du Sud devraient méditer : on ne fait jamais le bonheur de quelqu'un, d'un pays ou d'un continent, contre son gré. Si l'Europe continue de faire la mijaurée, si elle continue à croire que les termes de l'échange ne doivent reposer que sur le commerce et le statu quo, alors il y a urgence pour que les pays du Sud commencent à regarder ailleurs à commencer par une meilleure intégration régionale. N'ayez crainte, je ne vais pas aborder de nouveau la question de ce désespérant non-Maghreb qui « n'en finit pas de ne pas se faire » pour reprendre une expression entendue dans le Palais de l'ancienne Bourse de Marseille.

Pourtant, une partie de la solution est bien là, n'en déplaise aux pouvoirs algérien et marocain qui sont persuadés que leurs pays peuvent s'en sortir seuls. Deuxième exemple de discours persistant. Nombreux sont ceux qui, du Nord comme (hélas) du Sud, continuent à expliquer que la solution, pour les pays du sud et de l'est de la Méditerranée, consiste à bien appliquer les bonnes vieilles recettes libérales. Moins d'Etat, moins d'impôts, moins de régulation… Nombreux sont ceux qui persistent aussi à expliquer qu'hors les partenariats publics-privés (PPP), il n'y aura point d'emplois oubliant au passage de préciser que quand l'Etat et ses institutions de contrôle et de régulation sont faibles ou même inexistants (cas le plus répandu au sud de la Méditerranée), ces PPP équivalent, au mieux, à des privatisations bradées.

La crise financière internationale, les dégâts mondiaux occasionnés par trois décennies de dérégulation inconsidérée, la faillite des potions monétaristes et des politiques basées sur l'incitation à l'endettement au détriment des salaires, tout cela oblige à penser d'autres solutions et à refuser de reproduire bêtement toutes celles qui ont mené à des impasses, dirigisme compris. Cela s'appelle la troisième voie, toujours difficile à trouver mais pas impossible à imaginer surtout quand l'urgence du moment le commande.

Le Quotidien d'Oran, jeudi 20 octobre 2011
Akram Belkaïd, Paris


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mardi 25 octobre 2011

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L'une des idées développées dans mon livre Etre Arabe Aujourd'hui :

En janvier 2011, ceux qui ont décrété le caractère "post-islamiste" des révolutions sont trop vite allés en besogne. L'histoire nous montre, à travers les cas iranien et algérien, que les islamistes ne sont jamais en première ligne pendant les premières heures de la révolution. Ce n'est qu'ensuite qu'ils ramassent la mise...

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lundi 24 octobre 2011

Exclu : le titre du futur livre de BHL

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Exclusivité de Lignes quotidiennes, le prochain livre de BHL, à paraître en novembre prochain, aura pour titre :


Moi, BHL, ou comment j'ai réintroduit la chariâ en Libye

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samedi 22 octobre 2011

Tunisie : le PDM rocks !


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Il est bientôt dix-neuf heures à Tunis, quartier d’El-Menzah. Sous la coupole du Palais des sports, l’ambiance est à l’ébullition. Près de dix mille personnes se sont installée dans les gradins et sur les chaises du parterre pour assister au meeting de clôture du Pôle démocratique moderniste (PDM, Al-Qotb). Tout à l’heure, à minuit, la campagne électorale se terminera, offrant un samedi de «silence» aux électrices et aux électeurs pour faire leur choix en prévision du vote du dimanche 23 octobre. La salle et les vêtements sont aux couleurs du Pôle : étoile blanche sur fond noir. Drapeaux, fanions, bendirs, tambourins et applaudissements : l’ambiance est à la fois festive, rock n’roll et déterminée. «Al-Qotb ! Liberté ! Justice sociale !» scande l’assistance où les jeunes, femmes et hommes, sont nombreux. La sono crache quelques notes de hard-rock avant que l’on n’entende les couplets chantant la gloire du «Comandante Che Guevara». Les jeunes reprennent en chœur le «hasta siempre». D’abord interloqués, des journalistes italiens ont un large sourire presque attendri. Peut-être que cela leur rappelle des souvenirs, une époque de lutte et de poings levés qu’ils croyaient définitivement révolue… Puis viennent les vers d’Ahmed Fouad Nejm chantés par la voix du grand Cheikh Imam. «Quand le soleil se noie dans une mer de brume»… Un protest-song qui, dans les années 1970, avait entretenu la flamme de la résistance contre l’infitah de Sadate et la faillite du camp arabe.

Le meeting va bientôt commencer. Le Coupole est surchauffée. On se croirait à un derby local ou bien encore à l’un de ces fameux matchs de hand-ball ou de basket entre clubs maghrébins… Mais là point de chauvinisme. L’heure est à la mobilisation pour le scrutin du dimanche. On compte les rangs, on se serre les épaules, on chante et on danse. On s’époumone sur «samâa soutek» – fait entendre ta voix – l’hymne d’Al-Qotb qui est en passe de devenir un véritable tube national. Dans le carré réservé à la presse s’installent quelques personnalités dont l’écrivain Abdelwahab Meddeb. Grand moment d’émotion quand la sono diffuse les phrases rauques et rageuses prononcées par un Tunisien au soir du 14 janvier dans une rue de la capitale: «Peuple tunisien! Peuple tunisien! Le criminel s’est enfuit! Le criminel s’est enfuit! Ben Ali s’est enfuit!». Comment ne pas oublier ces mots? Ce courage? Puis viennent quelques extraits de chansons de feu Michael Jackson. «Who’s bad?», «They don’t care about us!». Le clin d’oeil est évident et la liesse atteint des sommets…

Voici enfin venir «l’ambianceur» qui, micro à la main, raconte son vote, la veille à Paris, son index marqué à l’encre indélébile et les gens «qui sortaient du bureau de vote en pleurant». Il rend hommage à quelques précurseurs de la Révolution parmi lesquels le poète Salah Garmadi, l’activiste Ahmed Ben Othman et l’homme politique Georges Adda. Et c’est le tour de Fadhel Moussa, tête de liste pour la circonscription de l’Ariana, dans la banlieue de Tunis. «Nous sommes Arabes, musulmans et républicains. Nous défendrons la liberté de croyance et de conscience et nous voulons un Etat civil», lance-t-il en rappellant au passage que le PDM est la seule formation à avoir appliqué la parité homme-femme aux têtes de liste. «On va gagner!» hurle ensuite Samir Bettaieb candidat du Pôle à Tunis-1. L’homme, très à l’aise devant un micro, délivre un message sans aucune ambiguïté – même s’il ne les nomme pas – aux islamistes d’Ennahda. «Nous lutterons contre les projets extérieurs qui ne veulent pas le bien de la Tunisie». Et de s’interroger: «Que peut-on attendre de ceux qui veulent exclure la moitié de la population ? De ceux qui veulent nous diviser entre croyants et incroyants ? Qui regardent du côté de l’Est, du Soudan, de l’Iran ou du Qatar ?». Et de lancer sous les acclamations : «Nous avons un projet tunisien ! Nous n’avons pas de problème d’identité ! Nous sommes Tunisiens!».

Les oreilles des Nahdaouis continuent de siffler quand Abdelaziz Belkhodja, autre figure du PDM, prend le micro. Le propos est sans équivoque. «Nous n’avons pas eu peur de Ben Ali. On ne va pas avoir peur de ceux qui nous menacent. Nous ne voulons plus de dictature. Ceux qui nous menacent doivent faire attention». L’applaudimètre s’affole ensuite quand la cinéaste Salma Baccar, candidate à Ben Arous, prend le micro. «Je n’ai besoin de personne pour savoir quel est mon identité» dit-elle sous les vivas. Puis vient le tour d’Ahmed Ibrahim, leader d’Ettajdid, l’une des composantes du PDM et tête de liste dans la circonscription Tunis-2. D’emblée, il affirme que l’étoile du PDM «est en train de monter tandis que celle des autres, ceux qui croyaient avoir gagné est en train de descendre», allusion aux menaces d’Ennahda quant à une éventuelle manipulation du scrutin. L’universitaire rend ensuite hommage aux peuples Syriens et Palestiniens et demande une minute de silence en mémoire des martyrs de la Révolution. Une pause écourtée par les inévitables «vive la Tunisie» et qui sera rapidement suivie par hymne national scandé à tue-tête par la salle. En clôture, Riadh Ben Fadhel, coordinateur général du Pôle, affirme que la création de cette coalition est «saut qualitatif pour la Tunisie » avant d’appeler les électeurs à un «vote utile». Vient le temps de la clôture, avec le chanteur Baaziz en guest-star maghrébine avec sa fameuse reprise et adaptation de l’Hexagone de Renaud (les Algériens présents s’attendaient à l’entendre chanter « nedjma qotbiya » de Dariassa*).

Il est vingt-et-une heures. La coupole se vide peu à peu. Dehors, dans le ciel bleu-noir de Tunis, des étoiles scintillent au-dessus d’une jeunesse militante persuadée que les lendemains du 23 octobre seront chantants.

Akram Belkaïd, Tunis

(*) Référence que seuls les arabophones et amateurs de Dariassa comprendront.
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vendredi 21 octobre 2011

Entendu sur France 24

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Entendu hier, cette question sur France 24 posée par une journaliste en studio à Paris à une envoyée spéciale : "Sait-on ce que va devenir la dépouille de Kadhafi ?". J'aurais aimé pouvoir répondre : "Elle va être embaumée cocotte" ou alors "elle va être boucanée et séchée en prévision de l'hiver".

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dimanche 16 octobre 2011

La chronique du blédard : Robert et la dispute conjugale

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La nuit est sans étoiles ni clair de lune. C'est une heure où enfants sages et parents raisonnables dorment depuis longtemps. Je hâte le pas en descendant le boulevard Pasteur. Au loin, la Tour Eiffel va bientôt scintiller pendant quelques minutes. Sur le trottoir, déboulant dans mon dos, un cycliste m'évite de justesse. Je lui demande pourquoi il ne roule pas sur la chaussée, il m'envoie deux ou trois grossièretés qui me donnent envie de le poursuivre pour lui faire avaler le guidon de son vélib'. Mais je suis trop fatigué et j'ai hâte de rentrer. Demain, ou plutôt tout à l'heure, la journée sera longue et bien remplie. Inutile de gaspiller ses forces.

A l'angle de la rue Vaugirard, une femme surgit en courant. Elle est poursuivie par un homme corpulent qui, la traitant de dame de petite vertu, lui ordonne de l'attendre. Il respire bruyamment et son souffle rauque me fait penser à un vieux transistor des années soixante-dix. Elle obéit et fait face, menton levé et index pointé. «T'as pas intérêt à me taper encore. Je t'avertis, j'vais crier et j'irai aux flics», hurle-t-elle. Il se met à rire, se tenant les côtes, le buste penché vers l'avant. «C'est ça, fais-moi peur… Tu sais bien que plus tu brailles et plus je t'aime», lui lance-t-il avec une douceur étonnante dans la voix.

Je ralentis mon pas, me disant qu'il vaut peut-être mieux traverser. A chaque fois que j'assiste à ce genre de scène, je repense à l'une des rares fois dans ma vie où l'on a bien voulu de moi dans une pièce de théâtre. C'était «Le Médecin Malgré Lui». Je jouais le (petit) rôle de M. Robert, le brave voisin qui cherche à s'interposer quand Sganarelle corrige sa femme Martine. Au final, le pauvre Robert se prend quelques soufflets de la belle, solidaire de son époux, et s'enfuit la joue brûlante et l'esprit méditant sur l'importance de ne jamais se mêler des disputes conjugales fussent-elles musclées.

Je m'apprête à prendre la clé des champs quand la prise de bec dégénère. Avec une rapidité d'exécution qui tranche avec sa corpulence, l'homme met un coup de poing dans la figure de la dame qui tourne sur elle-même avant de tomber à terre. Impossible de regarder ailleurs ou de fuir. Je m'interpose. «Laisse-moi la finir. Elle m'a trahi!» me hurle le cogneur tandis que je le repousse par les épaules. Je lui parle le plus lentement possible, sans crier, méthode classique et maintes fois éprouvées pour dompter les énervés.

Il a l'haleine avinée et les yeux pratiquement clos. Il cherche à me faire perdre l'équilibre et le maintenir immobile n'est pas facile. Je lui demande de se calmer, de ne pas commettre de bêtise qu'il pourrait regretter. «Mais tu ne comprends-pas ! Elle m'a trahi ! Elle a un petit copain !». Je lui réponds, en le vouvoyant, que cela ne lui donne pas le droit de la frapper et que si cela continue, il risque de se retrouver au poste de police. «T'es flic ? C'est ça ? Mais, c'est elle qu'il faut arrêter ! Elle m'a trahi. Elle a un amant. L'adultère, c'est la prison, non ?».

De temps à autre, je jette un coup d'œil derrière mon dos, surveillant la dame qui s'est relevée. Elle a allumé une cigarette et semble indifférente à ce qui se passe. On dirait qu'elle réfléchit à ce qu'elle doit faire. Puis, sans crier gare, elle se met à hurler des obscénités. Des mots gras et méchants qui laissent entendre que l'homme que j'ai du mal à contenir n'en serait pas un. Au dessus de nous, des volets s'ouvrent. Je me dis que l'on va bientôt recevoir un seau d'eau sur la tête, arme classique des Parisiens excédés par les bars et cafés qui restent ouvert tard la nuit et dont les clients sortent sur le trottoir pour fumer et cancaner à voix trop haute.

Alors que je commence à fatiguer, un passant s'approche. Je reconnais le cycliste qui m'a tangenté. Une idée folle me traverse la tête. «Voici l'amant de votre femme» dis-je en le montrant du doigt. «Regardez comme il est laid. Un type comme lui ne vous fera pas concurrence longtemps». Le cycliste incivique est interloqué. Il ne comprend pas. Ou plutôt, il devine vite qu'il a intérêt à détaler. Dans ma peine du moment, je suis satisfait en le voyant s'éloigner le dos voûté, comme s'il craignait de recevoir un mauvais coup. Vengeance... Mais le mari trompé n'apprécie guère la plaisanterie.

«C'est quoi cette histoire ? Tu te fous de moi ? J'le connais son amant ! Il est Noir. C'est pour ça que j'la cogne. Me faire ça avec un n..… !». Je perds patience. L'envie me prend de bastonner cet abruti. Il n'a toujours pas renoncé et lance parfois son pied vers l'avant. Je ne sais pas comment me dépêtrer de cette histoire. Je me tourne vers la femme et lui demande de s'en aller pour qu'il puisse enfin se calmer. Elle me regarde à peine et hausse les épaules en continuant à tirer sur sa cigarette. D'une fenêtre, une voix excédée annonce qu'elle a appelé la police.

Quelques minutes plus tard, une voiture banalisée s'arrête à notre hauteur. «Pourquoi vous battez-vous ?» nous demande l'un des policiers en civil. Tandis que j'explique la situation, une angoisse me saisit. J'imagine le scénario catastrophe qui risque de se dérouler. La femme qui jure que son homme ne la battait pas, lui qui m'accuse de les avoir agressés et moi qui me retrouve au poste, puni bien plus sévèrement que M. Robert. Enchaînement de catastrophes, garde à vue, bavure, avocat et tout le tintouin….

Finalement, tout s'arrange. On me remercie du bout des lèvres et on me laisse partir non sans m'avoir demandé de décliner mon identité. La tête un peu lourde et les jambes flageolantes, j'abandonne les présumés infidèle et cornu à leur sort incertain. L'air frais de la nuit me fait vite du bien et voilà que j'accélère de nouveau le pas me disant qu'avec un peu de chance, je risque peut-être de rattraper le cycliste indélicat...…


Le Quotidien d'Oran, jeudi 13 octobre 2011
Akram Belkaïd, Paris




A lire aussi

- Lettre à Leila Trabelsi - Ben Ali (SlateAfrique)

- Libye : Vae Victis, malheur aux vaincus (SlateAfrique)

mardi 11 octobre 2011

Entendu dans la rue

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Entendu ces quelques mots dans la rue :

- Allo ? Coucou minou, c'est Philou ! Ben t'es où ? Bon, ben bisou !

Un rap inconscient, un slam urbain, téléphonie mobile, métro, ville, exigence de localisation immédiate.

Question : mais comment faisait Philou avant l'invention du portable ?

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lundi 10 octobre 2011

La chronique du blédard : Quatre journalistes face aux mafias

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Souvent, l'obligation d'humilité s'impose au présent chroniqueur. Cela peut arriver à la lecture d'un article ou d'un reportage qui forcent l'admiration et renvoient l'écrivant-plumitif au statut, certes pas honteux, de lecteur subjugué et impressionné. Cela peut aussi arriver lorsque survient un événement inattendu que personne, et certainement pas la grande famille omnisciente de la presse, n'a été capable de prédire voire-même d'identifier à temps comme ce fut le cas avec le Printemps arabe ou la crise financière qui n'en finit pas d'ébranler le monde.

On peut être aussi forcé à l'humilité lorsque l'on se retrouve en face de personnes connues (intellectuels, écrivains, artistes,…) au parcours exceptionnel ou, à l'inverse, en face d'anonymes ayant enduré le pire tout en restant dignes et capables de se projeter au-delà de leur propre sort. Je pense notamment à ces harragas tunisiens qu'il m'arrive de rencontrer dans les rues de Paris et pour qui le risque d'être arrêtés et expulsés sans ménagement par la police française n'est rien en comparaison de ce que fut leur peur de mourir noyés au large de la Sicile.

Dans tous ces cas, on ressent la nécessité impérieuse de réfléchir à la manière dont on pratique son métier et l'on est aussi obligé, par décence, de relativiser ses propres soucis et insatisfactions. C'est ce que j'ai ressenti en fin de semaine dernière en assistant à une rencontre entre des journalistes et un large public composé notamment de lycéens enthousiastes (*). Que l'on se rassure, je n'entends pas m'engager dans ces longues digressions de journalistes qui se regardent le nombril en se demandant avec angoisse comment va évoluer leur profession, oubliant au passage de s'attarder sur le sort peu enviable de dizaines de milliers de pigistes-prolétaires qui courent le feuillet mal payé.

En fait, il s'agit pour moi d'évoquer quatre confrères dont la trajectoire parlera certainement à nombre de collègues algériens qui savent ce que cela signifie de risquer sa vie ou sa liberté en raison de ses écrits. L'Italien Lirio Abbate, les Russes Vladimir Ivanidze et Oleg Kachine ainsi que le Mexicain Alejandro Gutierrez ont ceci de commun qu'ils ont tous enquêté et écrit sur les agissements et crimes des mafias de leurs pays sans oublier les compromissions de leurs propres dirigeants politiques. Tous le payent chèrement. Abbate vit sous protection policière permanente et a échappé à un attentat à l'explosif. Kachine a été agressé et grièvement blessé en 2010 tandis qu'Ivanidze a été obligé de quitter la Russie. Quant à Gutierrez, menacé, il a été forcé de quitter en urgence Ciudad Juárez, ville mexicaine tristement célèbre pour les affrontements sanglants entre narcotrafiquants et les meurtres non-élucidés de dizaines de femmes. Pour ces enquêteurs qui paient de leur personne dans ce combat inégal, et souvent ingrat, il ne s'agit pas de jouer au Zorro ni de se prendre pour un super-héros, mais de « faire ce qui est juste et normal en témoignant » comme l'a si bien dit Oleg Kachine.

Mais témoigner pour quoi, pour qui ? me suis-je demandé en les écoutant parler de leur vie et de leur métier. Pour informer un lectorat blasé, convaincu qu'il n'y a pas grand-chose à faire contre l'emprise mafieuse ? Pour informer des opinions publiques trop souvent promptes à pardonner leurs crimes à des politiques notoirement compromis avec les mafias ? Des politiques qui peuvent bien être condamnés par la justice, ce qui ne les empêche pas de refaire un retour triomphal et d'être réélus… En Italie ou au Mexique, mais aussi en France, la « prime à la casserole » est une réalité qui peut pousser l'enquêteur à désespérer de son métier. Tant de risques pour rien… Mais le journaliste n'est pas un justicier. Son rôle est d'informer, pas de se substituer à la justice ou aux politiques à qui revient la charge de défendre les valeurs d'un pays.

« La Russie vit une situation d'occupation par la mafia », a expliqué Vladimir Ivanidze. Cette évocation d'un pays « envahi » par la mafia laquelle infiltre jour après jour les rouages et institutions de l'Etat parle d'elle-même. Lirio Abbate et Alejandro Gutierrez ont ainsi estimé qu'elle s'appliquait aussi à l'Italie et au Mexique. Comment alors ne pas penser à tous ces pays, notamment occidentaux mais aussi arabes, qui se croient à l'abri mais qui sont petit à petit gangrénés par l'argent sale. Complicité des milieux politiques mais aussi des milieux d'affaires – qui dit mafia dit blanchiment d'argent et donc banques complaisantes-permettent à l'hydre de s'étendre et de prendre un aspect respectable.

En écoutant ces quatre hommes, je me suis souvenu du propos d'un intellectuel français lors d'une séance de travail consacrée à la croyance. « Je crois en l'existence du diable ; d'un principe maléfique et d'une puissance active qui enrayent l'ordre normal des choses », avait-il expliqué. A regarder le monde, et l'expansion croissante des mafias, qu'elles soient russes, italiennes, mexicaines ou autres, on se dit que cet intellectuel n'a pas tort. Partout, l'argent de la drogue, des trafics d'humains, de la contrefaçon et de la contrebande d'armes, s'insère dans les circuits économiques, financiers mais aussi politiques et sociaux. Dans le même temps, la « face légale de la mafia », comprendre les politiciens mafieux, s'emploie à faire taire les journalistes qui enquêtent. Elle le fait par la violence, par le contrôle économique des médias ou par l'élaboration de lois qui restreignent la liberté d'expression.

Face aux mafias qui prospèrent, l'une des armes est la liberté de la presse. Faire adopter des législations restrictives qui permettent, entre autre, d'emprisonner un journaliste en raison de ses écrits, signifie donc que l'on permet délibérément aux mafias de prospérer. La question est simple. Qu'est-ce qu'un « délit de presse » si ce n'est la volonté des autorités politiques de faire taire la vérité et de se prémunir contre la publication d'informations gênantes ? Quand un pouvoir embastille les journalistes qui ont l'heur de lui déplaire, quand il écoute leurs conversations téléphoniques, quand il cherche à connaître leurs sources – en faisant appel aux services secrets , cela signifie alors que la porte est grande ouverte à toutes les dérives.

Cela signifie que les mafias sauront tôt ou tard, si elles ne le font pas déjà, tirer profit de ces atteintes à la liberté d'expression et au droit d'informer. Cela veut dire que c'est la démocratie et l'Etat de droit que l'on tue à petit feu. Le monde, et pas seulement la presse, a besoin de gens comme Abbate, Gutierrez, Ivanidze et Kachine. Ils sont une précieuse ligne de défense, fut-elle fragile, contre un mal qui ne cesse de s'étendre.

(*) Les Tribunes de la Presse, organisées par la Région Aquitaine et l'hebdomadaire Courrier International, Arcachon (du 30 septembre au 2 octobre 2011).


Le Quotidien d'Oran, jeudi 6 octobre 2011
Akram Belkaïd, Paris

dimanche 9 octobre 2011

Algérie Littérature Action rend hommage à Frantz Fanon

2011 octobre-novembre
SOMMAIRE du N°152-156: Numéro spécial.
Frantz Fanon et l’Algérie: Mon Fanon à moi
Elaboré en l’honneur du cinquantième anniversaire de la disparition de Frantz Fanon

Coordination : Christiane CHAULET ACHOUR
Etablissement du texte et réalisation : Marie VIROLLE





INTRODUCTION par Christiane CHAULET ACHOUR

1. POUR FRANTZ FANON : 1961 - 2008

1961
Aimé CESAIRE, La révolte de Frantz Fanon
Anna GREKI, Les Damnés de la terre1987
Denis MARTINEZ Portrait
Mohamed Salah LOUANCHI, Ouverture du Symposium international de 1987 à Riad el Feth
Mahfoud BOUCEBCI, Fanon, la psychiatrie, trente ans après

2004
Olivier FANON, Entretien : « Je suis attaché à l’Algérie »

2008
Alice CHERKI, À vous Frantz Fanon


2. HOMMAGES – 2011

Claudine et Pierre CHAULET, Frantz Fanon, tel que nous l’avons connu
AMIN KHAN, Fanon, Homme Libre
Amel AMMAR-KHODJA, Puis, Fanon est arrivé
Soumya AMMAR-KHODJA, Fanon, nechtik
Amina AZZA-BEKKAT, Frantz Fanon à Blida (+ photos de l’HPB)
Yahia BELASKRI, Mes rencontres avec Frantz Fanon
Akram BELKAÏD, Elle, Fanon et moi
Afifa BERERHI, Un héritage fanonien : une voix dans la chaîne de transmission
Maïssa BEY, Ouvrir l’horizon
Zohra BOUCHENTOUF-SIAGH, Ubiquiste Fanon
Aziz CHOUAKI, La Glaise et les rêves
Souad LABBIZE, Echo du Symposium international d’Alger de 1987…
Dominique LE BOUCHER, Le Temps des peuples retrouvés
Seloua LUSTE BOULBINA, Loving Fanon
Arezki METREF, Les traces de Fanon sur le sable de l’ingratitude algérienne
Dalila MORSLY, L’interaction Noir/Blanc en contexte colonial. Intuitions sociolinguistes chez Frantz Fanon
Hamid NACER-KHODJA, Sénac-Fanon : d’une filiation idéologique
Victor PERMAL, Mon Fanon à moi
Brigitte RIERA, 1955
Hervé SANSON, Frantz Fanon ou l’écriture tellurique
Leïla SEBBAR, C’était à Blida
Ali SILEM, Dessins
El Djamhouria SLIMANI-AÏT SAADA, Fanon visionnaire, Fanon toujours actuel
Bouba TABTI, Fanon et Abane Ramdane sur scène : à propos de Dans les ténèbres gîtent les aigles de Messaoud Benyoucef
Alek Baylee TOUMI, Fanon en Amérique du Nord

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Une histoire de jus d'orange

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Lu ce matin sur l'emballage de jus de fruit pendant le petit-déjeuner dominical :

"Notre histoire commence en 1947 lorsque notre fondateur Anthony Rossi comprend le premier que toutes les oranges ne se ressemblent pas."

Hé bé ! Quelle fulgurance ! J'ignorais tout de cela. Plusieurs siècles dans l'histoire de l'humanité, et il a fallu attendre 1947 pour que l'on comprenne enfin que les oranges n'étaient pas toutes semblables. Waow ! Et les bananes ? Les figues ? Les grenades ? Sont-elles les mêmes ?

Une mauvaise langue m'a suggéré que ce Rossi n'avait jamais existé, un peu à l'image de ces personnages historiques créés par un pub en mal d'histoires à raconter. En fait, Rossi a bel et bien existé. Il a vécu de 1900 à 1993. Immigrant italien, c'est lui qui a créé en 1947 en Floride la marque Tropicana après avoir compris ce que vous savez grâce aux lignes précédentes.

A quand une biographie d'Anthony Rossi ?

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vendredi 7 octobre 2011

En une de la Pravdroite (1)

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En une du Figaro de ce jour :

"Retraites, emploi, médecine, éducation

Le grand flou des projets socialistes

Pas d'affrontements violents, mais des divergences sur des questions essentielles."


A cela s'ajoute un éditorial d'Yves Thréard intitulé " Après la primaire PS, l'addition !" qui met en garde contre le retour possible du dirigisme et de l'immobilisme du PS mais qui relève tout de même les "quelques appels au réalisme de Manuel Valls".

No comment...

J'oubliais les résultats du sondage de la veille :

question : pensez-vous que François Hollande puisse être élu au premier tour de la primaire socialiste ?
réponse : Oui à 40,64% - Non à 59,36 %

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jeudi 6 octobre 2011

Ecrire

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A un moment, plus aucune place aux tergiversations, la réalité s'impose, no way to escape, makache wine tahreb : l'article en souffrance ne s'écrira pas tout seul...

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mardi 4 octobre 2011

Gilles Kepel et France 3

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Je viens de voir l'universitaire Gilles Kepel au journal du soir de France 3. Il vient de présenter une étude sur la banlieue qui met en exergue le fait que le défi principal est l'éducation de jeunes populations pour leur permettre de faire leur entrée dans le monde du travail. De même, cette étude met en lumière que l'islam est un refuge pour des populations trop longtemps abandonnées à elles-mêmes.
Il ne s'agit pas dans ce billet d'analyser l'étude sur laquelle je reviendrai.
Je retiens simplement le comportement étonnant pour ne pas dire déroutant de la journaliste. Interrompre l'invité, lui poser une question stupide du style "est-ce que l'islam en banlieue joue le même rôle que les Frères musulmans dans les pays arabes ?" et, pour finir, lui dire après la diffusion d'un sujet (l'islam dans les banlieues espagnoles) : "on n'a pas le temps de vous faire réagir". En somme, de la télévision à deux balles...
Et on est sur le service public...
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samedi 1 octobre 2011

La chronique du blédard : Obama ou l'éloquence du velléitaire

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C'était il y a un an à peine. S'adressant à la tribune des Nations unies, Barack Obama avait déclaré que le monde était «prêt à un accord qui conduira à la création d'un nouvel Etat palestinien, l'année prochaine». Comme tant d'autres de ses interventions, ce discours avait été marqué par la puissance du verbe. Douze mois plus tard, le même homme s'est de nouveau exprimé sur le sujet, avec éloquence mais pour exprimer son refus de la reconnaissance officielle d'un Etat palestinien par l'Onu, qualifiant cette démarche de «raccourci illusoire ». Dans la foulée, le locataire de la Maison Blanche a fait porter aux seuls Palestiniens la responsabilité de l'échec d'un pseudo-processus de paix qui, en réalité, ne sert qu'à permettre à Israël de gagner du temps et à engranger les faits accomplis ou, selon une autre expression, à multiplier les «facteurs d'irrévocabilité » en ce qui concerne notamment le maintien et l'expansion des colonies en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.

En novembre 2008, nous avons été des millions à travers le monde à nous réjouir de l'élection du premier président afro-américain de l'histoire des Etats-Unis. «Le changement est arrivé », avions-nous répété en reprenant le slogan de sa campagne lequel faisait allusion à un vieux chant des descendants d'esclaves. Bien sûr, nous n'étions pas naïfs quant à sa marge de manœuvre. Le président de l'Amérique n'est pas un magicien et ses pouvoirs sont limités à dessein, les Pères fondateurs du pays ayant eu en tête de ne jamais le soumettre à une nouvelle tyrannie après celles des rois anglais. Il n'empêche, après huit années de présidence bushienne, il était temps qu'un peu d'air frais nous parvienne de Washington.

Aujourd'hui, l'échec d'Obama est patent. Rien n'a vraiment changé dans la situation des Etats-Unis ni même dans leur manière d'appréhender le monde. Bien sûr, nous avons eu de beaux discours comme celui du Caire au printemps 2009. Citons aussi celui du 14 février 2011 à Washington, le jour même de la chute de Hosni Moubarak. Là aussi, ce furent des propos à la fois aériens et inspirés, profonds et émouvants. Mais il s'agissait de mots et rien d'autre. Et soudain, reviennent en mémoire les mises en garde de l'écrivain Cornel West (lequel a tout de même fini par se rallier à sa candidature). Obama ? Trop bavard, pas assez courageux, trop velléitaire, trop soucieux de plaire aux puissants, avait ainsi jugé cet activiste et critique impitoyable des inégalités raciales aux Etats-Unis.

Obama parle, fait des discours, emprunte des accents messianiques quand il s'agit de revigorer ses troupes mais, finalement, il n'agit guère. Et cela ne concerne pas que les pauvres Palestiniens. Ainsi, le camp de Guantanamo, «une honte pour l'Amérique » de l'aveu même de Colin Powell, l'ancien chef de la diplomatie américaine sous Bush, fonctionne-t-il encore et sa fermeture ne semble plus être à l'ordre du jour. A la Maison Blanche et au Capitole, les lobbyistes de tous poils ont leurs entrées alors que le candidat Obama avait promis de les chasser ou, du moins, de limiter leur pouvoir. De même, les gens de Wall Street font-ils encore la loi, empêchant les Etats-Unis de remettre au goût du jour des législations imaginées par l'administration Roosevelt, dans sa lutte contre la Grande Dépression. Même l'assurance-maladie s'avère être finalement un fiasco pour le président américain, son texte initial ayant été détricoté au fur et à mesure de ses compromis passés avec le camp républicain.

Et c'est là qu'apparaît ce qui est peut-être la grande faiblesse d'Obama. D'aucuns disent qu'il est faible, incapable de prendre la moindre initiative risquée et, qu'en somme, il manquerait de courage à la différence d'un Clinton toujours partant pour croiser le fer avec ses ennemis. Il y a sûrement de cela mais on peut aussi penser qu'il y a une autre raison. Obama, de par ses origines et le complexe identitaire qui l'a longtemps tourmenté (comme lorsqu'il se faisait appeler Barry), est dévoré par l'obsession de plaire. A force de vouloir être apprécié, y compris par ses adversaires politiques, il en oublie ce pour quoi il a été élu. C'est d'ailleurs un comportement très fréquent chez les représentants de ce que l'on appelle les minorités visibles. C'est le cas en France à l'image des fameux «beurgeois » qui, pour reprendre une expression bien algérienne, n'en finissent plus de «s'excuser de demander pardon » et qui n'ont qu'une seule envie : prouver qu'ils sont sages, raisonnables et donc dignes de confiance.

Le discours prononcé en fin de semaine dernière par Obama devant les Nations unies est, en cela, un bel exemple. Ce n'est pas aux chefs d'Etats et de gouvernements présents qu'il s'adressait ni même à Benyamin Netanyahu flanqué de son raciste de ministre des Affaires étrangères Avigdor Lieberman. En réalité, Obama devançait les exigences d'un Congrès américain dominé par les républicains et nettement en faveur d'Israël. En faisant cela, le président étasunien a feint au passage d'oublier que le gouvernement israélien lui a infligé moult humiliations comme lorsqu'il a annoncé le lancement de nouveaux chantiers de colonisation alors même que le vice-président Joe Biden était en visite officielle en Israël.

S'aligner sur la position de ses adversaires pour se les concilier et surtout, pour éviter l'humiliation d'une défaite électorale au Congrès : mais quelle stratégie de gagne-petit ! Quelle preuve d'impuissance aussi. On peut penser qu'Obama est désormais entièrement tourné vers l'échéance électorale de novembre 2012. Le problème pour lui, c'est que toutes ses concessions et tous ses reniements ne risquent guère de lui servir. En effet, il y a de fortes chances pour qu'il ne soit pas réélu comme l'a si bien compris la pléthore de candidats aux primaires républicaines. Battu après avoir tant parlé mais si peu osé : la belle légende d'Obama, risque fort de se terminer en triste déroute.

Le Quotidien d'Oran, jeudi 29 septembre 2011
Akram Belkaïd, Paris

jeudi 29 septembre 2011

Libye : le match France-Italie a commencé

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à lire sur SlateAfrique

France-Italie : qui va gagner la Libye ?

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Quand la Suisse veut le bien de la Tunisie

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Deux informations relevées aujourd'hui à propos de la Suisse et de la Tunisie.
La première est qu'il semble que le gouvernement suisse soit disposé à accélérer la procédure pour que les nouvelles autorités tunisiennes récupèrent l'argent du clan Ben Ali. En visite à Tunis, la présidente de la Confédération Suisse, Micheline Calmy-Rey a promis que son pays fera tout pour que ces biens, "identifiés et gelés" contribuent à financer le développement de la Tunisie. On aimerait bien la croire mais force est de constater que l'historique en matière de récupération des biens détournés par des dirigeants indélicats, notamment africains, oblige à rester prudent. Le plus souvent, seule une partie infime de l'argent est récupéré par les pays concernés, la Suisse demeurant tout de même le paradis du secret bancaire. A suivre...

L'autre nouvelle d'importance, est l'arrivée, à Tunis, de 10.000 urnes transparentes en provenance de Suisse. De bon augure pour des élections longtemps marquée par la fraude et le bourrage systématique des urnes. Coût de ce matériel indispensable à un scrutin propre : 800 000 dinars tunisiens (près de 400.000 euros). Une belle somme prise en charge par la Suisse, il faut le préciser. De façon plus générale, ces urnes sont l'exemple même de ce que peut être une aide concrète des pays du nord aux pays engagées dans une transition démocratique. Ce n'est pas beaucoup. Ce n'est pas spectaculaire mais ça aide à mettre en marche le mécanisme électoral et, surtout, à le protéger. Reste à savoir combien d'observateurs étrangers seront déployés pendant le scrutin. Au cours de ces trois dernières décennies, l'Europe n'a guère brillé par son courage quand il s'agissait de dépêcher des observateurs durant un scrutin au Maghreb. Ben Ali et ses pairs en dictature en ont bien profité car pas vu pas pris. Espérons que le scrutin du 23 octobre prochain sera irréprochable.
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mercredi 28 septembre 2011

Quand Michèle Obama m'écrit

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Un message reçu aujourd'hui. Trois dollars pour avoir une chance de rencontrer Barack.
La campagne électorale est lancée...


Akram --

Not everyone knows how to prepare for a dinner like this. As someone who's eaten countless meals with my husband, I want to tell you the one thing to do if you're selected to join him...

Just relax. Barack wants this dinner to be fun, and he really loves getting to know supporters like you.

I hope you'll take him up on it before Friday's deadline.

Will you donate just $3 today and be entered to have dinner with Barack?

These dinners mean a lot to Barack. They're a chance for him to talk with a few of the people who are driving the campaign -- and a chance for him to say thank you.

So come prepared to tell your story, and say whatever's on your mind.

Don't miss the opportunity to be there. Donate $3 or more today, before the September 30th deadline:

https://donate.barackobama.com/Dinner

Thanks,

Michelle

mardi 27 septembre 2011

Internet, Facebook et la gratuité

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A méditer par tous les utilisateurs de Facebook, des autres réseaux sociaux mais aussi des messageries internet :

"Si vous ne payez pas, vous n'êtes pas le consommateur, vous êtes le produit en train d'être vendu"

citation attribuée à un certain blu_beetle.

En clair, tout utilisateur de facebook est un produit grâce auquel fb augmente sa valorisation. Plus important encore, tous les actes de cet utilisateur, ses clics, ses "j'aime", ses connexions, tout cela a une valeur marchande notamment pour le marketing, les sondeurs, etc...
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vendredi 23 septembre 2011

La chronique du blédard : L'angoisse de la rentrée scolaire

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Courir. Non pas des tours et des tours mais avec la foule. Avoir le sentiment que tout s'emballe, que la chaude quiétude de l'été n'est plus qu'un lointain souvenir. En France, la rentrée est un moment éprouvant que l'on regrette de ne pouvoir éviter en partant en vacances à ce moment-là (ce que font tout de même certains bienheureux). Pour qui a connu d'autres rentrées, notamment en Algérie, le contraste est saisissant. D'un côté, des vagues qui s'abattent de partout, de l'autre, un faux rythme pépère qui donne peut-être un peu trop de temps au temps.

Passons vite sur le soudain réveil de celles et ceux qui ont pris de bonnes résolutions pendant l'été et qui se manifestent le premier lundi de septembre à huit heures sonnantes. Bonjour, je vous appelle à propos de notre projet. Est-ce qu'on peut se voir très vite pour faire le point ? Dans ces moments-là, difficile de répondre qu'il n'y a pas le feu au lac et que l'automne ne commence que le 23 du mois. Heureusement, il y a une excuse toute trouvée, un argument majeur et imparable : la rentrée scolaire qui mobilise tant d'énergie.

C'est un grand moment de stress qui gâche l'été indien. Une ambiance d'un ring de boxe surchauffé où il faut parer dix coups à la seconde. Réunion d'information, réunion de prise de contact, dossier à remplir, autre dossier à compléter, renseignements à fournir, papiers administratifs à mettre sous pli avant la fin de la semaine. On fait alors des listes « d'à-faire » qui s'allongent au fur et à mesure. Rien à voir avec les rentrées made in Algeria, du moins celles d'antan. Démarrage officiel début septembre, démarrage réel, au mieux, début octobre… Emplois du temps incomplets, provisoires et incertains, grandes plages de liberté pour les écoliers, collégiens et lycéens et donc retour en douceur dans le monde des devoirs surveillés et des interrogations surprise.

Relevons tout de même que la rentrée scolaire à la française présente un avantage majeur. Le plus souvent, les listes de fournitures sont envoyés début juillet ce qui donne le temps – aux prévoyantes et autres bien organisées (car c'est souvent une affaire de mamans) – de prendre ses dispositions et d'éviter les cohues. Rien à voir donc avec ces mêlées générales dans les librairies-papeteries d'Alger, ou d'ailleurs, où quelques employés suant sang et eau ne savent plus où donner de la tête pour remplir les sachets de cahiers, de feuilles simples et doubles, d'ardoise, de sachets de buchettes, de compas et autres outils de torture.

Voilà pour les avantages car, pour le reste, la galère est la même. Achats anticipés ou pas, il y aura toujours quelques couacs. Le crayon HB7 est introuvable tout comme l'équerre non-isocèle QLX3. De même, apprend-on un soir que le rapporteur n'est pas le bon parce qu'il a une échelle en grades et qu'il faut des degrés (tout le monde devrait savoir que les grades ne servent plus à rien !). Et puis, il s'avère que la liste a été mal lue. Pour les mathématiques, il faut un grand cahier à petits carreaux et un petit cahier à grands carreaux et non l'inverse ! On sort alors en catastrophe de chez soi, à la recherche d'une papeterie encore ouverte. Et si l'on trouve ce que l'on cherche, on se garde de triompher car on sait bien que, le lendemain, une autre tuile va tomber. Et c'est ce qui arrive car le grand cahier à petits carreaux doit être de format «24 x 32» ce qui élimine le «21 x 29,7» (pourquoi ce chiffre décimal, allez savoir !) que l'on était si content d'avoir déniché la veille…

Enfin, début de vingt-et-unième siècle ou pas, les livres scolaires restent toujours à couvrir et hommage à celles et ceux qui maîtrisent l'art du rabat souple, du scotch bien coupé et de la languette en forme de petit triangle, coupée au millimètre près et glissée sans pli sous la reliure… Longtemps un cauchemar pour l'auteur de ces lignes qui peut néanmoins prétendre, non sans une certaine fierté, qu'il a réussi à faire quelques progrès en la matière grâce à plusieurs décennies d'entraînement intensif.

Bien entendu, il n'y a pas que cela comme facteur de stress. Certains sont bien plus sérieux. Comme vient de le montrer une étude de l'Association de la fondation étudiante pour la ville (Afev) – un organisme qui offre des services de soutien scolaire - la rentrée est de plus en plus vécue dans l'angoisse par nombre de familles françaises. Interrogée par le site TF1 News, Eunice Mangado-Lunetta, directrice déléguée de l'Afev estime ainsi que «les familles se retrouvent dans une spirale» due à la peur de l'échec scolaire. Chacune va alors «développer une stratégie individuelle pour mieux accompagner ses enfants à base de cours particuliers, cahier de vacances et stages pré-rentrée». Une course à «l'armement scolaire» qui fait le bonheur de nombre d'organismes parascolaires - sans oublier les éditeurs d'ouvrages d'accompagnement - et qui, ajoute la responsable, «révèle une angoisse généralisée par rapport à l'école, tous milieux sociaux confondus», les grands perdants étant «les milieux populaires».

Chez les parents, cette angoisse est aggravée par un sentiment d'incapacité à soutenir leurs enfants. Selon l'enquête, près d'un quart d'entre eux (24%) ne se sentent pas capables d'aider leur enfant à mieux réussir contre 43% qui estiment qu'ils peuvent «un peu» les aider. Du coup, le moment des devoirs devient pénible voire traumatisant pour 59% des familles interrogées par l'Afev. Deux autres chiffres témoignent de la difficulté de la situation : 30,2% des parents interrogés par l'association reconnaissant ne pas comprendre les devoirs ou avoir peur de se tromper tandis que près de 16% ne savent pas lire ou écrire le français et ne sentent donc pas capables d'aider leurs enfants.

Et à cette angoisse de l'échec scolaire – aggravée par la course à la sélection qui, de manière insidieuse, débute dès le CM2 - s'ajoutent les conséquences du malaise du milieu éducatif. Classes surchargées, milliers de postes supprimés, professeurs remplaçants qui se succèdent les uns aux autres au grand dam des parents : l'éducation française va mal et subit une véritable opération de démolition qui laisse pantois. Mais qu'est-ce que ce pays qui détruit l'un de ses atouts majeurs au nom de la lutte contre les déficits publics (comme s'il n'y avait pas d'économies à réaliser ailleurs en supprimant par exemple le Sénat…) ? Qu'est-ce que ce pays où l'éducation est prise en otage au nom d'une revanche idéologique qui ne veut pas dire son nom ? Au fond d'elle-même, la droite n'a finalement jamais accepté la généralisation de l'enseignement et a toujours espéré régler son compte à un personnel enseignant jugé trop proche de la gauche. C'est ce qui est en train de se passer et cela concourt à préparer le déclin d'un pays longtemps admiré pour l'excellence de son système éducatif.

Le Quotidien d'Oran, jeudi 22 septembre 2011
Akram Belkaïd, Paris

dimanche 18 septembre 2011

La chronique du blédard : L'émir, le village et la charcuterie

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 15 septembre
Akram Belkaïd, Paris


C'est l'histoire d'un petit village au nord de Paris. Asnières-sur-Oise : moins de trois mille habitants, une mairie, une église, une place attenante, une petite vocation touristique et des commerces de proximité qui ferment les uns après les autres faute de clients. Histoire banale d'une certaine France où nombre de villages sont abandonnés à leur sort par les services publics et finissent par être engloutis par la désertification rurale. Ainsi, en juin 2005, les élus de plusieurs villages du département de la Creuse ont-ils démissionné pour protester contre le retrait de l'Etat dans les campagnes.

Mais, à Asnières-sur-Oise, la pièce se joue autrement. En 2007, le propriétaire de la charcuterie met les clés sous la porte. Pas de repreneur, la marie n'ayant pas les moyens de se payer le commerce. Mais le maire a l'idée de demander son aide à un riche habitant du coin. Il s'agit du cheikh Khalifa bin Zayed al-Nahyan, émir d'Abou Dhabi et actuel président de la fédération des Emirats arabes unis (EAU). L'homme est le propriétaire du château de Baillon, une belle demeure avec parc et canaux qui a appartenu jadis à Napoléon Bonaparte. Sollicité, le cheikh ouvre donc sa bourse et accorde 250.000 euros pour sauver et rénover la boutique désormais rouverte et baptisée «Chez Fanfan».

Il y a plusieurs manières de commenter cette histoire. De façon générale, elle confirme une hypothèse très répandue en France selon lequel ce pays va se transformer petit à petit en un immense parc d'attraction où «l'authentique» sera préservé et protégé grâce à l'argent des étrangers, qu'ils soient résidents ou touristes. Quand le cheikh al-Nahyan contribue à faire revivre une charcuterie d'un village touristique, c'est le cachet «France typique» qu'il contribue à sauver. Un comportement un peu l'image de ces touristes britanniques qui, en Provence, mettent un point d'honneur à faire leurs courses dans les petits commerces plutôt que dans les grandes surfaces.

On peut aussi relever que ce geste contribue à donner une bonne image du châtelain chez ses voisins. Impossible de dire du mal, du moins ouvertement, de quelqu'un d'aussi généreux qui, d'ailleurs, risque d'être encore sollicité pour financer des travaux d'assainissement du village. Dans la même veine, rappelons que le Sultan Qabous d'Oman a décidé en avril dernier de construire un souterrain qui relie directement son château à son haras dans le village de Fontaine-le-Port en Seine-et-Marne. Un chantier qui n'a été autorisé par la municipalité qu'en échange de la construction d'un rond point d'un montant de 500.000 euros. En somme, un donnant-donnant «gagnant-gagnant»…. Mais revenons chez Fanfan.

En ces temps d'islamophobie généralisée, le fait qu'un grand dirigeant arabe et musulman contribue à sauver un établissement dont les produits sont essentiellement à base de cochon a de quoi bousculer les clichés habituels. «C'est vrai que c'est du porc, donc j'aurai difficilement l'occasion de lui proposer mes produits», a même reconnu la charcutière au micro d'Europe1. Certes, une charcuterie n'est pas une église ou une cathédrale. Mais le fait même de financer sa rénovation fait partie de ce que l'on pourrait qualifier de communication intelligente, de soft-power visant à prouver sa tolérance et à modifier la perception occidentale à l'encontre des Arabes qu'ils soient ou non fortunés.

Bien entendu, nombreux sont ceux qui ne cachent pas leur agacement voire leur indignation. Dans le monde arabo-musulman, un tel geste risque fort d'être mal compris. Il est vrai qu'il est impossible de ne pas se dire que cet argent aurait pu servir ailleurs à commencer par les Territoires palestiniens ou même la Somalie (ce à quoi les officiels émiratis rétorquent que leur émir y est déjà un généreux donateur). D'une certaine façon, la charcuterie peut être aussi l'emblème de ces pétrodollars qui, d'une manière ou d'une autre, finissent toujours par reprendre le chemin de l'Occident plutôt que d'être investis dans un pays arabe ou musulman.

Dans le même temps, rien ne dit que ce geste de générosité sera apprécié à sa juste valeur. Pour le comprendre, il suffit juste d'examiner la manière dont nombre de médias français ont présenté l'information qualifiée par eux d'insolite. Ironie et sarcasmes se sont inscrits dans l'habituelle posture qui présente les cheikhs du Golfe comme des personnages fantasques tout juste capables de jeter leur argent par la fenêtre. On rejoint-là, l'effet rebours de tout acte comparable au sauvetage financier de «chez Fanfan». Ainsi, quand un fonds du Qatar rachète le Paris-Saint-Germain, nombreux sont ceux qui, en France, se demandent à quoi rime une telle opération financière dont la rentabilité est jugée peu évidente (si ce n'est que le PSG possède un beau parc immobilier ce qui n'est pas pour déplaire aux qataris…).

Le chèque du cheikh risque donc de s'avérer contreproductif. Sur le net, les réactions quant à ce sauvetage financier sont souvent instructives. «Il va la transformer en boucherie islamique et exiger des produits halal» avertit ainsi un internaute qui voit dans cette affaire un signe du déclin de la France. Et l'on complète ainsi le point abordé au début de cette chronique. Plus l'argent étranger aidera à sauver le patrimoine français et plus la xénophobie locale risque d'être renforcée. Exemple, en Haute-Savoie, le Front national a tiré parti des nombreux investissements immobiliers consentis par des Britanniques. Chalets rénovés, commerces relancés : on pourrait croire que cela ne pouvait qu'être apprécié par les locaux. C'est loin d'être le cas puisque cela a généré des sentiments de dépossession et d'amertume sans oublier de mentionner l'inévitable jalousie. Cela explique pourquoi le cheikh Khalifa risque d'avoir à beaucoup dépenser pour arriver à être sincèrement apprécié par ses voisins...
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lundi 12 septembre 2011

La chronique du blédard : Algériens vs Libyens

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 8 septembre 2011
Akram Belkaïd, Paris

Donc, c'est nous autres les Algériens, qu'on est devenus les grands méchants du moment révolutionnaire arabe...… Tout cela à cause de la famille de Kadhafi qui n'a rien trouvé de mieux que de se réfugier chez nous. Raison humanitaire a avancé le gouvernement sans vraiment convaincre les médias occidentaux et encore moins les rebelles libyens. Étrange situation, n'est-il pas ? Durant des années les Libyens, officiels ou non, ont constitué pour les Algériens ce que les Anglais et Américains ont l'habitude de désigner par « a pain in the a...… » - soit traduit de manière prudente : « une douleur dans le fondement » - et voilà que, Kadhafi tombé, cela continue de plus belle. Au passage, bon courage à nos officiels qui auront à gérer Hannibal et ses frasques (qu'ils passent un coup de fil aux autorités suisses, elles auront peut-être de précieux conseils à leur donner).

Avant d'aller plus loin, relevons, comme me l'a fait remarquer le politologue Nawfel Brahimi que personne ou presque ne s'émeut plus du fait que Ben Ali et sa madame sont réfugiés en Arabie Saoudite malgré un mandat international émis par les autorités tunisiennes (les Kadhafi entrés en Algérie ne font pas – encore l'objet d'un mandat d'arrêt même si l'Onu a demandé qu'on leur refuse le droit de traverser une frontière). Quand un pays – et son régime – sont dans le collimateur des médias internationaux (même le très perspicace et mesuré Guardian s'y met !), il n'y a pas grand-chose à faire si ce n'est d'attendre de meilleurs jours et surtout, de se démocratiser pour ne pas prêter le flanc à une future intervention humanitaire que je vois arriver à la vitesse d'un cheval au galop. Mais passons.

En fait, l'un des intérêts de cette affaire est qu'il interpelle les Algériens sur la nature de leurs relations avec leurs (turbulents et instables) voisins libyens. Il y a près de deux ans, quand tout le monde chez nous (ou presque) s'est mis à insulter l'Egypte et les Egyptiens, je me suis rappelé d'une séquence comparable même si elle a eu moins d'intensité et qu'elle semble être oubliée. Souvenez-vous, c'était au milieu des années 1980. L'équipe de foot de Mascara était tombée dans un traquenard à Tripoli lors d'un match qui s'était terminé dans l'obscurité, où Belloumi avait été gravement blessé et où les joueurs algériens avaient été coursés à l'arme blanche jusqu'au fond de leur vestiaire. L'épisode a donné naissance à l'expression « ils ont éteint la lumière » qui signifie à la fois un coup de Jarnac et une propension à être de (très) mauvais joueurs. A l'époque, il n'y avait pas de presse indépendante pour jeter de l'huile sur le feu et provoquer une crise diplomatique mais les propos anti-libyens s'étaient répandus comme une traînée de poudre.

Qu'ils le veuillent ou non, les Algériens savent qu'ils ont beaucoup en commun et à partager avec leurs voisins marocains, tunisiens et même égyptiens (si, si, je vous l'assure). Par contre, le Libyen n'existe pas ou si peu. Il n'apparaît jamais au premier plan. Il est ce voisin inconnu et peu visible dont on ne pense pas grand bien, dont on se moque aussi parce que ses poches pleines de pétrodollars ne l'ont pas encore paré de toutes les vertus que l'on prête à la civilisation urbaine. Et puis Kadhafi nous a si souvent fait rire avec ses déclarations à l'emporte-pièce, ses comédies ridicules (ah, sa tente et sa soit-disante frugalité bédouine…) et ses décisions inattendues. Comment le prendre au sérieux ? Comment prendre son peuple au sérieux ?

Aujourd'hui, on sent bien que la mayonnaise nationaliste et chauvine est en train de prendre. Les propos belliqueux du Conseil national de transition (CNT) libyen à l'égard de l'Algérie, ou plutôt du gouvernement algérien, font leur petit chemin et titillent notre fierté. Chez nous, il y a des moustaches bien viriles qui frémissent et des torses qui bombent. « Quoi ? Comment ? Ces rebelles, ces auxiliaires de l'Otan nous provoquent ? On va voir ce que l'on va voir… » C'est comme si une mécanique de l'affrontement mutuellement bénéfique se mettait en place. Le CNT, divisé mais aussi incapable de donner un sens politique à sa victoire militaire contre Kadhafi, semble avoir besoin d'un ennemi à la frontière, rôle qui est donc dévolu à l'Algérie. Rien de mieux qu'une révolution menacée de l'extérieur pour faire oublier les dissensions et, peut-être, occuper les djihadistes qui commencent à pointer le bout de leur barbe….

Dans le même temps, il ne faut pas être naïf. Les gonflements de biceps du CNT sont une bénédiction pour le pouvoir algérien. Rien de mieux pour ressouder les rangs et faire taire les revendications des uns et des autres. « Quoi, des réformes ? Vous n'y pensez pas. On va attendre un peu, le temps que ces maudits rebelles libyens se calment. Non, ce n'est pas le moment. Le pays est assiégé. Un complot est en cours. L'Otan, la France et le CNT nous menacent et vous osez parler de l'urgence démocratique ? Soyez sérieux et nationaliste, s'il vous plaît. » On connaît la chanson, n'est-ce pas ? Elle nous a été servie à maintes reprises depuis l'indépendance. Le CNT, ce fieffé haggar…...

Cela me mène à penser que ce Printemps arabe que nous ne cessons de célébrer a encore beaucoup de victoires à réaliser. L'une d'entre elles sera que les peuples arabes arrivent à s'affranchir des propagandes chauvines et qu'ils apprennent à mieux se connaître au-delà des clichés et des discours lénifiants sur la fraternité et le passé (glorieux) commun. Cela ne se fera pas en quelques semaines. Il faudra que les frontières s'ouvrent, que les visas disparaissent (le présent chroniqueur peut attester que les visas les plus durs à obtenir sont ceux des pays « frères ») et qu'il y ait des mouvements de population de part et d'autre des frontières. Cela viendra sûrement lorsque les processus de démocratisation se seront réellement enclenchés et qu'auront enfin disparus ces théâtres d'ombre qui excellent dans l'art de manipuler l'amour-propre des peuples et de leur faire confondre chauvinisme nationaliste et patriotisme.


A lire aussi :

- Seif al Islam, réformateur contrarié ou despote-héritier ? (SlateAfrique)

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samedi 10 septembre 2011

11 septembre


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Dix ans plus tard, que nous ont appris les attentats du 11 septembre ? A lire les nombreux articles consacré à cette commémoration - étrange de voir certains parler d'anniversaire - on peut relever plusieurs enseignements majeurs.
- Le coût des guerre américaines (Afghanistan et Irak)qui ont suivi ces attentats est peut-être à l'origine de la grave crise financière et économique que le monde connaît actuellement.
- Les peuples occidentaux ont accepté d'abandonner une part de leurs libertés individuelles contre la sécurité au point d'en oublier cette fameuse phrase de Benjamin Franklin : "Any society that would give up a little liberty to gain a little security will deserve neither and lose both" : une société qui abandonne un peu de sa liberté pour gagner un peu de sécurité ne méritera aucune des deux et finira par les perdre.
- Le monde arabe continue de douter de la véracité de ces attentats. La thèse du complot (CIA, Mossad) est très populaire. Pour autant, le 11 septembre n'est pas aussi primordial pour les Arabes qu'il ne l'est pour les Étasuniens voire les Européens. Le Printemps arabe a aussi changé la donne.
- L'Histoire dira si le 11 septembre 2001 a marqué le commencement du début de la fin pour le monde tel qu'on l'a connu depuis 1945. En jeu, la puissance américaine et sa capacité à peser sur les affaires du monde.
- Al Qaeda a-t-elle échoué ? Les experts sont divisés. Les uns estiment qu'elle n'a pas réussi à embraser le monde musulman et à provoquer le choc des civilisations. Les autres estiment qu'elle a contribué à la montée en puissance du salafisme et obligé les pouvoirs musulmans, notamment arabes, à faire dans la surenchère en matière de réislamisation des sociétés.

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