Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).

lundi 26 mars 2012

Bleu univers, un roman de Tarek Issaoui

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 Bleu univers, un roman de Tarek Issaoui   


Agoravox, 26 février 2007 (note de lecture)
Akram Belkaïd



- Un mathématicien découvre la forme de l’univers. Au fil des pages, il livre le fruit d’une réflexion qui embrasse sciences, arts et mystique
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L'univers est-il fini ou infini ? Et quelle forme a-t-il ? Et au-delà de l'univers, qu'y a-t-il ? Combien de planètes ? D'étoiles ou de soleils ? Sommes- nous seuls ? Ces questions, nous nous les posons au moins une fois dans notre vie. Nous y pensons, cela peut nous amuser ou nous inquiéter mais, pour la plupart, nous abandonnons très vite notre réflexion, réalisant notre insignifiance face à l'immensité cosmique. Pourtant, certains cherchent et défrichent. Loin de l'agitation du monde, peut-être même en marge de lui, des physiciens théorisent et expérimentent. Et c'est la quête de l'un d'entre eux qui fait la trame du roman de Tarek Aïssaoui (*). Pour être plus précis, le narrateur et personnage principal du livre - avec l'univers dont la présence est obsédante au fil des pages - n'est pas vraiment physicien. C'est un mathématicien qui est passé dans « l'autre camp », celui de la physique qui, de façon récurrente, a toujours eu besoin d'un modèle mathématique voire d'une théorie pour valider ses lois, observations et parfois même intuitions.

L'homme, appelons-le ainsi car il n'a pas de nom, a cherché et réfléchi. Drogué aux mathématiques, puisant sa force dans les amphétamines comme l'ont fait tant d'autres illustres savants, il est apparemment seul mais la solitude n'est-elle pas la condition fondamentale pour toute découverte ?

« Mentalement, j'ai courbé cet univers, je l'ai plié, retourné, troué, de la même manière qu'un artiste sculpte et re-sculpte ce corps qui l'obsède. » raconte-t-il à propos de l'objet de sa quête. Il a donc cherché et il a trouvé. Il connaît la forme de l'univers et se prépare, entre deux colloques scientifiques, à rédiger sa communication, « son papier » pour annoncer au monde entier sa découverte. Mais va-t-il vraiment le faire ? Alors même que les rumeurs concernant sa découverte commencent à courir au sein de la communauté scientifique, le chercheur décide, sans pour autant que cela serve réellement ses travaux, de séjourner quelques jours à l'observatoire de Mauna Kea à Hawaï, véritable Mecque de l'astronomie. Prise de recul ? Simple pause ? N'en disons pas plus et laissons le lecteur découvrir la suite...

Les mathématiques, Danielewski et Grothendieck

Ce roman est une somme de convergences. La science y rencontre l'art, la philosophie, la littérature bien sûr, et la poésie. On y croise Mark Z. Danielewski et son œuvre déjà culte : la Maison des Feuilles. « En fouillant dans les piles, mélangées, raconte ainsi le narrateur, je suis également tombé sur la Maison des Feuilles. Je me suis arrêté, étonné. Je l'avais oublié, et pourtant, ce livre a beaucoup compté pour moi. Il aborde des points clés. Dix ans durant, dans l'anonymat, Danielewski a travaillé sur cette description d'une maison isolée, dont les caves et les espaces morts se contorsionnent et se déplient à l'infini au fur et à mesure que ses habitants les explorent. (...) J'ai réalise en le lisant [Danielewski] que la géométrie ne pouvait se concevoir indépendamment de l'écriture et du regard. » Et de citer dans la foulée le fameux paradoxe qui a longtemps intrigué l'humanité : « Si nos nuits ne sont pas blanches, si nous ne voyons pas les rayons lumineux de toutes les étoiles, c'est tout simplement parce qu'ils n'ont pas encore eu le temps de nous parvenir. »

Ce « paradoxe de la nuit noire » a été expliqué par Edgar Poe avec un demi-siècle d'avance sur les physiciens. « Pourquoi les poètes, les écrivains, les artistes prennent-ils de l'avance ? » s'interroge alors le narrateur. « Logiquement, parce que leurs armes sont plus adaptées. Les choses les mieux cachées ne sont pas accessibles au seul raisonnement. » Dans le même passage, le narrateur fait cet aveu : « la primauté de la poésie sur le formalisme mathématique en dit précisément long sur la nature de l'univers ».

Une autre personnalité est présente dans le roman. Il s'agit d'Alexandre Grothendieck, mathématicien de génie - il a obtenu la médaille Fields en 1966 - qui, à la fin de sa carrière, s'est retiré en ermite du côté des Pyrénées. Son œuvre, Récoltes et semailles, a elle aussi influencé le narrateur dans sa quête pour découvrir la forme de l'univers. « Dans le domaine des idées, affirme-t-il, on ose moins en groupe. Grothendieck, toujours dans Récoltes et semailles, parlait de l'importance d'être seul pour celui qui cherche. Il l'a mis en pratique en vivant reclus. J'aurais également tendance à contredire Einstein, pour affirmer qu'il faut et qu'il faudra toujours des gardiens de phares [Einstein, lui, a prédit la fin des chercheurs isolés du fait de la complexité croissante de la science, note du rédacteur]. Bien sûr, il existe de moins en moins de phares, d'endroits physiques ou mentaux d'où l'on puisse se poster face à l'horizon infini. Le progrès implique que le regard bute vite sur un terrain connu ou construit . Et pourtant, que ce soit aujourd'hui ou même dans mille ans, les avancées majeures, les ruptures qualitatives ne viendront ni d'une foule ni d'un consensus, ni même d'un travail en réseau. Alors je dois être à l'aise avec cette solitude, je dois l'embrasser comme jamais. »

Mystique soufie

Il y a aussi dans ce roman, un clin d'œil - léger mais réel - au mysticisme soufi pour lequel l'univers peut se concentrer un seul point et pour qui la quête ne peut déboucher que sur une vision parmi tant d'autres de la vérité. Après avoir rendu hommage aux zelliges de l'Alhambra, le narrateur évoque ces mystiques. « Il fallait également de l'abstraction aux philosophes arabes, relève-t-il, pour décrire leur quête mystique comme le regroupement en un même point de l'espace et du temps. Je pense notamment à Ibn Al Arabi, le philosophe soufi, qui disait pouvoir observer de ses yeux l'arrière de sa tête. Regrouper toutes les directions en une seule, replier l'espace, le courber. Finir par dessiner cette sphère dont le centre est partout, et la circonférence nulle part. Bref, se rapprocher de l'Aleph, ce lieu où se trouvent, sans se confondre, tous les lieux de l'univers, vus de tous les angles. Au passage, l'Aleph est également la première lettre de l'alphabet sacré, sorte de barre verticale, Borges dit, 'la forme d'un homme qui montre le ciel et la terre, afin d'indiquer que le monde inférieur est le miroir et la carte du supérieur'. Là encore, l'analogie cosmologique est troublante. »

(*) Bleu Univers, Tarek Issaoui, Scali, 178 pages, 18 euros



Post-scriptum : Tout auteur d'une note de lecture se doit d'être honnête avec ses lecteurs et indiquer, le cas échéant, sa motivation et ses liens éventuels avec l'auteur dont il a chroniqué le livre. Tarek Issaoui est l'un de mes ex-collègues à La Tribune. C'est aussi un compagnon de discussions littéraires. Etant de formation scientifique comme lui, les thèmes de son roman ne pouvaient me laisser indifférent : mathématique, poésie, philosophie et mystique. C'est pourquoi je n'ai aucune hésitation à le recommander.
Je n'ai d'ailleurs qu'un seul reproche à lui adresser. Au stade de manuscrit - très achevé - le titre initial de ce roman était « Mauna Kea  ». Dommage qu'il ait été remplacé par « Bleu univers » même si l'on appréciera, en couverture, cette symétrie imparfaite entre les deux « un ». Bonne lecture à toutes et à tous.

Liens utiles
-  La page personnelle de l'auteur : http://myspace.com/tarekissaoui
- Un site est totalement dédié à La Maison des Feuilles de Mark Z. Danielewski :http://lamorine.free.fr/ashtreelane/
- Le site de Mark Z. Danielewski : http://www.onlyrevolutions.com/
- Le site de Mauna Kea : http://www.ifa.hawaii.edu/mko/
- Une version du manuscrit de Récoltes et semailles - lequel n'a jamais été édité, d'Alexandre Grothendieck est disponible à l'adresse suivante :http://www.math.jussieu.fr/ leila/grothendieckcircle/biographic.php
Pour prendre connaissance des commentaires postés sur Agoravox à propos de cet article :http://www.AgoraVox.fr/article.php3?id_article=19716 



samedi 24 mars 2012

La chronique économique : Le Qatar rachète la France

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 21 mars 2012
Akram Belkaïd, Paris

Un pays riche qui a de l’argent à placer et un pays en crise aux actifs sous-évalués et donc bon marché… C’est un peu, en résumé, l’histoire de la relation actuelle entre le Qatar et la France. Lundi 19 mars, on a ainsi appris que le fonds d’investissement Qatar Holding LLC (QH) détient désormais 12,83% du capital et 10,05% des droits de vote du groupe français Lagardère. Déjà, en janvier dernier, le fonds qatari avait annoncé avoir dépassé la barre symbolique des 10% du capital. Il s’agit donc d’investissements récurrents avec pour objectif évident l’ambition de devenir un actionnaire de référence de Lagardère.

UN INVESTISSEMENT STRATEGIQUE

Pour le Qatar, l’attrait de Lagardère se situe dans le fait que l’un de ses actifs principaux est le constructeur EADS présent notamment dans l’aérien civil (Airbus) mais aussi dans l’armement. Avoir son mot à dire dans les décisions stratégiques concernant EADS est donc l’objectif réel pour le Qatar sachant à quel point les secteurs de l’aérien et de la défense sont jugés vitaux et attractif par l’émirat et ses voisins du Golfe. Pour autant, cela n’empêche pas le Qatar de mettre de l’argent dans d’autres secteurs. Pour mémoire, Qatar Holding a récemment pris des parts dans le capital de LVMH (1%), numéro un mondial du luxe, ainsi que dans celui du groupe pétrolier français Total (2%) ce qui s’additionne à ses participations plus anciennes de 5,6% dans Vinci et de 5% dans Véolia. Si l’on rajoute dans cette liste ses différents investissements dans l’immobilier de luxe aux quatre coins de l’Hexagone, sa prise de contrôle du club de football du Paris-Saint-Germain, on peut, à juste titre en conclure que le Qatar est un acheteur omniprésent en France.

Pour autant, l’investissement dans Lagardère est différent des autres car Qatar Holding y est désormais le premier actionnaire devant Arnaud Lagardère lequel détient 9,62% du capital mais 14,01% des droits de vote. Certes, le Qatar ne peut espérer prendre le contrôle du groupe car sa structure en commandite conforte le pouvoir d’Arnaud Lagardère même si ce dernier contrôle une part de capital inférieure à celle des Qataris. De même, Lagardère étant présent dans les médias (Europe 1, Gulli), une loi française datant de 1986 empêchera le Qatar de contrôler plus de 20% de son capital. Pour autant, il faut s’attendre à ce que Qatar Holding continue à investir dans le titre cela d’autant qu’il réclame un siège au conseil de surveillance du groupe (une exigence dont on connaîtra le résultat le 3 mai prochain).
 
Déjà, des informations de presses annoncent qu’en réalité QH contrôle de manière directe et indirecte plus de 20% du capital de Lagardère. Bien que démenties, ces informations ont jeté le trouble et semblent sérieusement agacer les autorités françaises. Comme l’explique un spécialiste des marchés boursiers, le fait que Lagardère soit à la fois présent dans l’aérien et la défense n’en fait pas un actif comme les autres. Même s’il considère le Qatar comme un allié et que des liens personnels existent entre l’émir Hamad Bin Khalifa et Nicolas Sarkozy (mais aussi la famille Lagardère), le caractère stratégique du groupe risque de constituer un motif de tension entre les deux parties.

INVESTISSEUR DORMANT OU ACTIF ?

En tout état de cause, le Qatar veut avoir son mot à dire dans la gestion de Lagardère. Cette attitude rompt avec des décennies d’investissements prudents où les pays du Golfe avaient pour obsession de ne pas effaroucher les gouvernements occidentaux en se contentant d’investir sans réclamer un rôle actif. C’était encore le cas en 2008 quand le fonds souverain d’Abou Dhabi avait pris des participations dans divers groupes financiers anglo-saxons tout en assurant qu’il ne demanderait pas de siéger au conseil de surveillance ou d’administration. Cette fois, Qatar Holding n’entend pas jouer le rôle de potiche fortunée. A cet égard, la réaction des autorités françaises dans les prochaines semaines ne manquera pas d’intérêt.

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vendredi 23 mars 2012

Faire société avec celles et ceux qui rechignent à en faire partie

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Comment faire société dans un pays traversé par des tensions récurrentes ? Voici un papier publié en janvier 2008 dans la revue Citoyens de l'Association La Vie Nouvelle. Des réflexions que je souhaite "re-partager" après les drames de Toulouse et de Montauban.


Peut-on faire société avec des personnes qui refusent délibérément de s’y insérer de manière totale et décomplexée ou qui considèrent, tout simplement, que son fonctionnement, comme ses difficultés, ne les concernent pas ? C’est une question délicate qui nécessite, avant que l'on y réponde, de bien clarifier son propos. Il ne s’agit surtout pas d’abonder dans le sens de celles et ceux qui réfutent l’existence de discriminations ou de ségrégation en France. Les récentes émeutes de Villiers-le-Bel (2007), dans la région parisienne, ont permis à ce discours de refaire son apparition par le biais de critiques répétées contre un communautarisme qui menacerait les fondements de la République. Plus important encore, ce discours stigmatisant estime que les minorités visibles sont finalement responsables de leur sort du fait de leur refus d’intégration et de leur persistance à vouloir vivre selon des règles « d’ailleurs », souvent celles du pays d’origine.



Cette manière de présenter les choses est inacceptable. Les discriminations à l’embauche ou pour le logement, le délit de faciès, la ségrégation géographique ne sont en rien des inventions. Elles sont vécues de manière quotidienne par des milliers de Français et de Françaises qui tentent, vaille que vaille, de trouver leur place dans la société. Et ces discriminations ne concernent pas uniquement les jeunes des quartiers mais aussi les élites, à l’image de ceux que l’on appelle les « beurgeois », qui, malgré un niveau d’études supérieur et une situation matérielle confortable, sont confrontés, un jour ou l’autre, au racisme.

Voilà pour les précautions d’usage. Il reste néanmoins à regarder en face certaines réalités déplorables au sein des minorités visibles d’origine maghrébine. Durant des années, les parents de la première génération ont éduqué leurs enfants dans le mythe du retour, allant parfois jusqu’à s’opposer violemment à leur naturalisation alors qu’ils étaient nés sur le territoire français et qu’ils ne savaient rien du pays d’origine. On sait à quels drames humains a abouti ce choix. Parce qu’ils n’étaient pas Français, parce qu’ils n’avaient jamais pu faire les démarches pour obtenir cette nationalité, de nombreux « Beurs » se sont retrouvés dans des situations administratives inextricables à leur majorité (cela sans compter de douloureux problèmes d’identité). 

Pour avoir fauté et commis des délits, certains ont été expulsés vers le Maghreb après un passage dans une prison de l’Hexagone, ce qui constituait la fameuse « double peine ». Des destins ont été brisés, des familles ont été séparées, tout cela, parce qu’à l’origine, des pères mais aussi des mères, refusaient que leurs enfants deviennent français. Une attitude qui a été cyniquement encouragée par les gouvernements maghrébins qui entendaient garder le contrôle sur leurs citoyens émigrés car ils voyaient en eux un excellent moyen de pression politique sur la France. A titre d’exemple, l’Amicale des Algériens en France a longtemps représenté, pour le régime de Houari Boumediene puis celui de Chadli Bendjedid, un outil de contrôle de la communauté immigrée algérienne mais aussi un levier puissant dans les négociations récurrentes, et souvent conflictuelles, avec le gouvernement français. 

Aujourd’hui, la situation a profondément changé. La faillite économique et politique des pays du Maghreb, l’arbitraire qui y règne encore, l’absence de démocratie et la violence terroriste ont ôté toute envie de retour. Les parents, même parmi les plus conservateurs, encouragent leurs enfants à prendre la nationalité française. Mais cela ne veut pas dire qu’ils souhaitent qu’ils deviennent des Français comme les autres. La nuance est de taille et sa réalité contribue aussi au malaise lié à la minorité française d’origine maghrébine. Dans cette problématique, l’éducation des enfants joue un rôle fondamental. Apprendre à ses enfants, dès leur plus jeune âge, qu’ils sont différents de leurs petits camarades, c’est les préparer, inconsciemment ou non, à être hors de la société. Bien entendu, je l’ai dit plus haut, ces enfants vont tôt ou tard affronter le racisme et les discriminations, mais est-ce une raison de les conditionner ainsi ? Est-ce une raison de configurer leur esprit dans une optique de repli et d’attitude défensive ? En clair, on prépare ces enfants à être, d’une manière ou d’une autre, des exclus volontaires voire des victimes.

La fête de Noël est une bonne illustration de ce refus de faire société avec les autres. Il existe en France de nombreuses familles musulmanes qui refusent que leurs enfants fêtent Noël. Pas de sapin à la maison, encore moins de crèche et certainement pas de cadeaux. Sans même insister sur le fait que Jésus et Marie sont célébrés par le Coran et qu’il existe de nombreux pays où des musulmans célèbrent la Nativité (c’est le cas notamment au Liban), on imagine la frustration provoquée dans l’esprit de gamins qui, dès leur plus jeune âge, se trouvent donc forcés de se mettre en dehors de la société. Il ne faut pas s’étonner par la suite que les jeunes de banlieues se sentent si peu concernés par la vie politique française même si le dernier scrutin présidentiel a poussé nombre d’entre eux à s’inscrire sur les listes électorales. 

De même, la méconnaissance de la société française et de ses nombreux codes est-elle considérée comme l’un des principaux obstacles à l’embauche pour les jeunes issus de l’immigration. Cette méconnaissance est le résultat de nombreux facteurs dont la ghettoïsation des quartiers mais elle trouve aussi ses raisons dans le refus de socialisation que les parents d’origine maghrébine dictent à leurs enfants par peur ou défiance à l’égard d’une société française réputée corruptrice, sans valeurs et dénuée de toute valeur spirituelle.

Dans cette optique, le rôle des élites françaises d’origine maghrébine est crucial. C’est à elles de dire et de répéter qu’être Français, ce n’est pas simplement un passeport. Il ne s’agit pas de plaider pour l’assimilation totale et de faire siennes les paroles du responsable socialiste Malek Boutih pour qui l’intégration sera achevée quand « les beurs célèbreront le beaujolais nouveau » (ce qui est de toutes les façons déjà le cas pour nombre d’entre eux !), mais d’encourager les uns et les autres à se fondre plus dans cette société, à avoir envie d’y évoluer, à, pourquoi pas, l’aimer et surtout à œuvrer pour la rendre meilleure. Et tout cela, en étant conscient et fier de ses origines et de son identité. La chose n’est pas aisée mais elle est possible. On peut-être musulman et fêter Noël en famille tout comme on peut-être musulman et se sentir personnellement touché quand pleuvent les diatribes francophobes en provenance des Etats-Unis ou du Proche-Orient. 

C’est possible mais encore faudrait-il le proclamer et le dire sans gêne. C’est possible mais encore faudrait-il que la société française l’accepte. Car faire société, pour les minorités, c’est aussi apporter sa richesse, ses habitudes dont certains vont nécessairement se diffuser. Le problème, dans le cas français, c’est que la majorité fonctionne avec une image figée de sa propre société et le dogme de l’assimilation reste dominant. Or les choses bougent et la mondialisation va les faire bouger encore plus. Il ne s’agit pas de plaider pour le multiculturalisme mais de réfléchir sérieusement à la manière dont la société française va être affectée par le métissage. Qu’apportent avec eux les nouveaux venus ? Aux Etats-Unis, les migrants hispanophones sont en train de bouleverser l’échiquier social et politique en ayant, par exemple, contribué au retour en force des idées conservatrices. Cela donne lieu à d’innombrables débats et réflexions. En France, c’est le déni de réalité. La manière dont les musulmans français modifient la société française n’est ainsi que très peu analysée si ce n’est par les cris d’orfraie que l’on entend de manière presque quotidienne sur les plateaux télévisés. Il y a pourtant urgence à penser ce métissage à défaut d’en imaginer par avance les conséquences.

Akram Belkaïd
Publié in Citoyens n°326 - janvier 2008
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jeudi 22 mars 2012

La chronique du blédard : Que dire après Toulouse ?

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Il y a quelques semaines, l'hebdomadaire Newsweek a publié un long article mettant en garde contre les conséquences possibles de la banalisation de la parole xénophobe aux Pays-Bas. Intitulé « Quelqu'un peut-il demander à Geert Wilders d'arrêter ses diatribes contre les musulmans avant que quelqu'un ne soit blessé ? », il mettait en cause les effets insidieux et potentiellement dévastateurs du discours radical du leader populiste néerlandais (*). A l'époque, j'ai mis de côté cet article estimant qu'il serait nécessaire d'en écrire un de comparable à propos de la France et du climat délétère et islamophobe qui y règne depuis le début des années 2000. Comme nombre d'amis, pas forcément tous des coreligionnaires, il y a bien longtemps que je crains que cela ne débouche sur une ou plusieurs tragédies dont les musulmans seraient les victimes. Pour moi, ce qui s'est passé en Norvège l'été dernier, avec le massacre de dizaines de jeunes militants de gauche par un terroriste d'extrême-droite, était une première alerte. Une mise en garde vite oubliée, vite escamotée comme si l'horreur et l'impensable ne pouvaient se répéter ailleurs, en France ou dans tout autre pays européen confronté à la montée conjointe des surenchères et de la démagogie identitaires. 

Aujourd'hui, après les tueries de Toulouse et de Montauban, il est évident qu'un tel papier ferait figure de provocation car, dans l'affaire, et à l'heure où je boucle cette chronique, c'est bel et bien un homme de confession musulmane, et d'origine algérienne, qui s'est rendu coupable de ces actes lâches et monstrueux que rien, mais absolument rien, ne peut excuser ou justifier. C'est lui, djihadiste se réclamant d'Al-Qaïda, qui a tué, horreur suprême, des enfants au nom de la vengeance des musulmans de Palestine et d'Afghanistan. Comment, dès lors, ne pas se sentir indigné et accablé par tant de vilenies et de bêtise crasse ? Comment garder son sang-froid face à de tels agissements qui souillent non seulement la religion musulmane mais aussi la cause des Palestiniens ? Et comment faire entendre sa voix face à celles et ceux qui entonnent le chant vicieux du « on vous l'avait bien dit ! Vous étiez prévenus ! » ? 

Bien sûr, il y a les déclarations, y compris celles de Marine Le Pen, qui se veulent rassurantes et qui mettent en garde contre tout amalgame. Dans une posture de rassembleur, Nicolas Sarkozy a appelé à ne « céder ni à l'amalgame ni à la vengeance » après avoir réuni les représentants des cultes juif et musulman. Mais personne n'est dupe. Nous sommes mercredi après-midi et, déjà, on entend ici et là des voix mettre en cause la couverture partiale (comprendre pro-palestinienne) des événements au Proche-Orient ou s'insurger contre l'angélisme et la naïveté face à l'expansion de l'islam en Europe. Comme après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, c'est toute une dynamique de mise en cause, assumée ou non, des musulmans qui se met en branle. On sent bien que la retenue est encore de mise mais que gronde en amont un flot d'accusations et de stigmatisation. Il s'agit de circonstances où beaucoup de choses peuvent basculer, où les digues habituelles de la paix civile peuvent soudain se révéler bien fragiles. 

Nous voici donc, musulmans de France, de nouveau sommés de nous expliquer et de nous amender comme si nous étions forcément solidaires ou complices du tueur de Toulouse. On va nous demander de condamner un comportement dont la majorité d'entre nous n'a de cesse de se démarquer depuis des années. On va nous reprocher notre silence en feignant d'oublier qu'il nous est guère possible de nous faire entendre, que les grands médias comme les télévisions et les radios nous sont difficilement accessibles, surtout lorsqu'il s'agit de porter un discours qui se revendique de la démocratie, du respect des lois républicaines mais qui, dans le même temps (ceci expliquant peut-être cela), refuse de sombrer dans le bénioui-ouisme. Alors, oui, bien entendu, il y aura forcément quelques tarés et autres idiots utiles qui, sur internet ou ailleurs, vont défendre cet assassin. Mais cela ne saurait représenter le sentiment de l'immense majorité qui n'en peut plus d'être prise en otage par les soldats perdus du djihadisme. Une immense majorité qui aimerait aussi rappeler que, dans le monde, les premières victimes de cet extrémisme sont d'abord les musulmans comme viennent de le prouver les terribles attentats qui ont ensanglanté l'Irak au cours de ces derniers jours. 

Le tueur de Toulouse vient de faire très mal à la France. Il a assassiné sept de ses enfants et placé toute une communauté dans une position difficile. Mais il n'y a pas que cela. A cause de lui (ou grâce à lui), le débat politique va prendre une autre tournure. Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen vont sortir renforcés de cette crise alors que l'opinion publique française commençait à se lasser de leurs diatribes sécuritaires et de leur manière brutale de faire campagne. Dans le même temps, les discours mettant en garde contre la stigmatisation des musulmans - comme ce fut le cas avec la campagne débile sur la viande halal – vont avoir du mal à passer. Surtout, il va être impossible de réfléchir sereinement à la manière dont ce pays a évolué au cours des cinq dernières années. Avant les drames de Montauban et de Toulouse, la situation était déjà tendue, clivée, avec une banalisation croissante des discours de haine, de stigmatisation des uns et des autres, de mise en cause de telle ou telle minorité, de mise en opposition entre confessions ou entre Français d'origines diverses. Et ce qui vient de se passer ne va pas arranger les choses. La campagne électorale va reprendre ses droits. 

Un temps remisées, les stratégies de tension referont très vite leur réapparition. Pourtant, c'est du besoin d'apaisement de la société française dont il devrait être question. Quand toute une communauté craint pour elle-même en raison du comportement d'une personne isolée, c'est qu'il y a un problème. Quand nombre de Juifs de France sont persuadés que les musulmans espèrent (préparent ?) de nouveaux actes de violence contre eux, c'est qu'il y a un autre problème. Et l'on en arrive à se demander s'il existe un candidat qui aura le courage de faire campagne sur la nécessité de renforcer, et de reconstruire, le principe du vouloir vivre ensemble. 

(*) «Can't someone tell Geert Wilders to stop his anti-muslim diatribes before somebody gets hurt?», Christopher Dickey, 23 janvier 2012. 

Le Quotidien d'Oran, jeudi 22 mars 2012
Akram Belkaïd, Paris
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mercredi 21 mars 2012

Moi ? Je suis d'origine zouloue

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Appel à toutes et à tous :

Dorénavant, il faudrait écrire de manière systématique, Nicolas Sarkozy, le président français d'origine hongroise. Jusqu'à ce qu'on y réfléchisse à deux fois avant de présenter telle ou telle personne comme étant d'origine maghrébine.
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lundi 19 mars 2012

Les enfants

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Lu, aujourd'hui, dans le métro, ces vers de Victor Hugo encadrés à l'intérieur d'une rame :

Les enfants chancelants sont nos meilleurs appuis. 
Je les regarde, et puis je les écoute, et puis 
Je suis bon, et mon coeur s'apaise en leur présence ; 
J'accepte les conseils sacrés de l'innocence



Comment ne pas penser à ce qui s'est passé aujourd'hui à Toulouse ?


L'horreur. 
Quel est donc ce monde où l'on tue des enfants ? De sang-froid.
Une pensée, une prière, une invocation pour les victimes, pour leurs parents et proches, pour celles et ceux qui les pleurent.

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La chronique du blédard : Les Algériens privés de leur mémoire

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Diffusé dimanche soir  sur France 2, le film-documentaire «Guerre d'Algérie, la déchirure» a réuni près de trois millions et demi de téléspectateurs en France (*). Un chiffre modeste au regard d'autres audiences mais qui démontre tout de même qu'il existe une demande du savoir et du mieux comprendre en ce qui concerne la période coloniale et la guerre d'indépendance algérienne. Il faut dire, et je l'ai déjà relevé dans une chronique précédente, que le passé algérien de la France est actuellement à la une de l'actualité culturelle hexagonale. Il suffit de se rendre dans une librairie pour s'en rendre compte. La production livresque que l'on y découvre donne le tournis et l'on ne sait quoi acheter ni quoi lire. 

 Le film a aussi été très suivi en Algérie et au Maghreb. Peut-être même plus qu'en France mais en l'absence de statistiques, il est difficile de se faire une idée précise de son audience exacte. Une chose est sûre. A lire la presse et à parcourir la blogosphère et les réseaux sociaux, on peut dire que l'accueil a été plus que mitigé. Certes, quelques Algériens y ont vu une volonté manifeste d'équilibre et d'objectivité du document. D'autres, plus nombreux, ont tout de même accusé France 2 de parti pris pro-Algérie française, voire de révisionnisme pro-colonial. Il faut dire qu'il est difficile de contenter deux parties toujours tentées par la crispation et la revendication de son bon droit. C'est ce qu'a d'ailleurs montré le débat - à la qualité inégale - qui a suivi la projection même si on peut aussi saluer le fait qu'il a été courtois pour ne pas dire cordial. 

 Pour ma part, et au-delà de la grande attention avec laquelle j'ai regardé ce film, je n'ai pas pu m'empêcher de penser que là aussi, comme dans tant d'autres productions audiovisuelles, le FLN et le mouvement nationaliste en étaient les grands absents. Que l'on me comprenne bien. Il ne s'agit pas d'une critique. «Guerre d'Algérie, la déchirure» n'avait pas vocation à raconter toute la guerre, entreprise impossible même lorsqu'on dispose de 180 minutes de temps. Réalisé en France pour un public et des diffuseurs français, on ne peut exiger qu'il réponde à une attente strictement algérienne et qu'il comble une frustration qui, pour moi, est grandissante. 

 Bien sûr, il faut relever le fait que nous avons eu droit à des archives inédites comme ces images de Krim Belkacem au milieu des djounoud ou, plus important encore, celles de Messali Hadj dont je dois avouer que c'est la première fois que j'entends la voix (!). Mais il n'empêche. Il reste encore des questions, des attentes, des envies d'éclaircissements qui concernent la geste révolutionnaire algérienne. Bien entendu, il ne s'agit pas de nier l'importance de l'aspect franco-français de la Guerre d'Algérie. L'agonie de la Quatrième République, l'avènement de la Cinquième. Le retour ourdi – comme un complot car le général a bel et bien manœuvré dans l'ombre – de Charles de Gaulle, la montée en puissance de l'OAS, ses réseaux et ses complicités, les déchirements de la droite française, la mauvaise conscience de la gauche (ah, le rôle si longtemps occulté de Mitterrand…), tout cela est fondamental et doit interpeller les jeunes générations en France. 

 Mais nous autres Algériens, il nous reste tant de questions sans réponses. Et nous attendons encore les documentaires, les films, les enquêtes et les livres qui nous en donneront quelques-unes. Comment vivait-on dans les maquis ? Comment y montait-on ? Comment étaient organisés les réseaux de soutien ? Comment les armes arrivaient-elles ? Comment, tout simplement, a été préparée l'insurrection du 1er novembre 1954 ? Surtout, comment a été organisée celle du 20 août 1955 dont on comprend bien qu'elle a été vitale pour la suite des événements ? On aimerait entendre des témoignages, lire des analyses, prendre conscience des enjeux, des rivalités et des divisions car il est temps de sortir de l'image manichéenne imposée par plusieurs décennies d'histoire officielle. Quelles étaient les relations entre les wilayas et l'extérieur ? Quelles furent les raisons des combats fratricides ? Est-il vrai que des maquis non-FLN se battaient eux aussi contre l'armée française ? Il y a tant de choses à raconter, à éclaircir et à découvrir. Que se passait-il au Caire ? Pourquoi le GPRA s'est-il installé en Tunisie et dans quelles conditions ? A quel moment le clan d'Oujda a-t-il commencé à tirer les ficelles ? Autre question: comment le FLN a-t-il négocié avec l'OAS en juin 1962 ? Que s'est-il vraiment passé à Oran après l'indépendance ? Que s'est-il passé pour les harkis ? Comment les responsables du FLN, ceux qui vivent encore aujourd'hui, ont-ils vécu ces événements ? Que s'est-il passé durant ce fameux Congrès de Tripoli où est morte l'idée d'une Algérie pluraliste ? Que s'est-il vraiment passé durant l'été 1962 ? 

 Bien sûr, il y a des livres, des thèses, des articles. Mais tout cela n'est pas suffisant. Il faut des images, des voix, des récits et des histoires à hauteur d'homme. Journalistes, écrivains, artistes, cinéastes, éditeurs, nous sommes tous responsables de ce vide béant qui nous fait découvrir notre histoire par une production venue d'ailleurs. Voir et entendre dire sa propre histoire par d'autres est chose dramatique. Certes, cela permet d'en apprendre plus, de se colleter avec les tabous, les non-dits. Mais c'est aussi frustrant et humiliant. Cela démontre qu'en cinq décennies d'indépendance, les Algériens ont encore du mal à capturer leur propre mémoire et à la transmettre aux générations futures. C'est l'un des enseignements de cette année du cinquantième anniversaire de l'indépendance. Du non-anniversaire de l'indépendance, devrais-je écrire. Il est temps que les Algériens racontent leur propre histoire. Pour cela, il faudrait peut-être que leur pays renoue avec les idéaux de l'indépendance mais ceci est déjà une autre affaire... 

(*) Documentaire de Gabriel Le Bomin et Benjamin Stora (12 mars 2012). 

Le Quotidien d'Oran, jeudi 15 mars 2012
Akram Belkaïd, Paris
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vendredi 16 mars 2012

Algérie : Pourquoi les Accords d'Evian sont évincés des manuels scolaires

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En Algérie, l'action militaire ne fut pas l’unique moteur et facteur de succès de la Révolution algérienne.

Des écoliers attendent le début des cours à Boufirak (sud d'Alger) le 9 septembre 1997. AFP
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Le 18 mars 1962, le gouvernement français et le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) signent les Accords d’Evian qui ouvrent la voie à l’indépendance de l’Algérie. Dès le lendemain, le cessez-le-feu est proclamé et le Front de libération nationale (FLN) revendique une victoire dans la mesure où les textes reconnaissent l’intégrité territoriale de l’Algérie (la France avait longtemps espéré garder le Sahara) et l’unité de sa nation et de sa population. Ainsi s’achève une longue séquence de négociations plus ou moins secrètes entre le FLN et les représentants du général De Gaulle.
Désormais, l’indépendance, but proclamé par l’insurrection du 1er novembre 1954, devient une possibilité tangible à charge pour les Algériens de voter en sa faveur lors du référendum d’autodétermination qui est prévu pour les mois qui suivent.

Une date oubliée en Algérie

Ainsi, le 19 mars, jour de l’entrée en vigueur du cessez-le feu, est-il un moment majeur de la Guerre d’Algérie. Pourtant, aujourd’hui, c’est presque une date oubliée en Algérie. Contrairement à celle du 1ernovembre ou du 5 juillet (proclamation de l’indépendance), elle n’est pas fériée et les manuels scolaires ainsi que l’histoire officielle l’ont longtemps passée sous silence ou ont, tout du moins, minimisé son impact.

En France, on le sait, on insiste beaucoup sur le fait que le cessez-le-feu est loin d’avoir mis fin aux violences notamment celles de l’Organisation armée secrète (OAS) et des ultras de l’Algérie française bien décidés à jouer leur va-tout pour empêcher l’indépendance. De même, les Accords d’Evian n’ont guère servi à protéger les harkis ou à empêcher l’exode massif des pieds-noirs.
Mais ce n’est pas la raison pour laquelle ces accords – et donc la date du 19 mars – ont été relégués au dernier rang de la mémoire officielle algérienne. La principale explication est d’ordre politique. Le 19 mars 1962, c’est bel et bien le GPRA – et non l’Armée de libération nationale (ALN) - qui est à la manœuvre. C’est Krim Belkacem, son vice-président et figure de proue du FLN (il a pris le maquis bien avant 1954), qui est le signataire des Accords d’Evian ce qui lui confère alors une grande aura sur le plan international. Las, quelques semaines plus tard, la famille nationaliste algérienne vole en éclat. Une farouche bataille de clans divise le FLN et ceux qui l’emportent n’appartiennent pas au GPRA ou, du moins, n’en sont-ils pas les principaux dirigeants.

Les Accords d'Evian, un sujet sensible

Réunis autour d’Ahmed Ben Bella, lui-même soutenu par l’Etat-major de l’Armée des frontières (dirigée par un certain Houari Boumediene qui renversera Ben Bella en juin 1965), nombreux sont ceux qui dénigrent les Accords d’Evian, accusant ses signataires d’avoir fait trop de concessions à la France. Krim Belkacem, Hocine Aït Ahmed, Youcef Ben Khedda, le président du GPRA mais aussi Mohamed Boudiaf, l’un des fondateurs du FLN, sont écartés. Dès lors, les Accords d’Evian deviennent un sujet sensible qu’il ne faut pas trop évoquer et, surtout, qu’il ne faut pas certainement glorifier.

Cette ligne de conduite a longtemps perduré dans l’Algérie indépendante et il en reste encore des traces vivaces. Les Accords d’Evian sont souvent présentés comme un renoncement, une sorte de capitulation alors que, paradoxalement, ils ont ouvert la voie à l’indépendance. Pour le pouvoir algérien, issu du coup d’Etat de juin 1965 du colonel Boumediene, il fallait aussi effacer de l’histoire le nom de Krim Belkacem. Passé très vite à l’opposition après l’indépendance, ce dernier est mort assassiné à Francfort en 1970. Son nom, comme celui des accords d’Evian, ont longtemps été interdits de cité. Et, aujourd’hui encore, le fait d’évoquer Krim Belkacem provoque des crispations gênées à Alger…

Le mythe de la victoire militaire contre la France

Une autre raison qui a poussé le pouvoir algérien à masquer l’importance du 19 mars c’est que ce dernier est le résultat d’une victoire de la politique et de la diplomatie. Or, à Alger, on a longtemps entretenu le mythe d’une victoire militaire contre la France. Une victoire armée qui a servi de ciment à la propagande nationaliste et belliqueuse d’après-indépendance où il était hors de question de reconnaître le moindre mérite à l’action politique et diplomatique du GPRA. Certes, ce dernier a bénéficié du rapport de force militaire sur le terrain (cela même si les maquis de l’intérieur de l’Armée de libération nationale, ou ALN, étaient décimés en mars 1962) mais c’est tout de même par la négociation qu’il a arraché le cessez-le-feu sans remettre en cause l’idée de l’indépendance de toute l’Algérie.

Cela explique pourquoi nombreux sont les Algériens qui souhaitent aujourd’hui que l’on réhabilite le 19 mars et qu’on en fasse une date commémorative aussi importante que celle du début de l’insurrection ou de l’indépendance. Cela démontrerait que l’action militaire ne fut pas l’unique moteur et facteur de succès de la Révolution algérienne. Cinquante ans après l’indépendance et dix ans à peine après la fin d’une terrible guerre civile, cela conforterait aussi les Algériens dans l’idée que la politique et la diplomatie sont tout aussi importants dans le règlement des différends et cela malgré leur caractère pacifique.

Akram Belkaïd


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mercredi 14 mars 2012

La chronique économique : La Chine voit moins grand pour 2012

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 Le thème de l’atterrissage en douceur de l’économie est de nouveau à la une en Chine. S’adressant à l’Assemblée nationale populaire, le Premier ministre, Wen Jiabao, a déclaré, lundi 5 mars, que son pays visait un objectif de 7,5% de croissance du Produit intérieur brut (PIB) pour l’année 2012. Un niveau bien inférieur à ce qui a été réalisé au cours des années précédentes lesquelles ont enregistré des taux de croissance de 10,3% en 2010 et de 9,2% en 2011. On peut, néanmoins, se demander si la cible de 7,5% ne sera pas dépassée comme c’est le cas chaque année puisque, in fine, les objectifs fixés par Pékin s’avèrent toujours inférieurs aux performances réalisées.

UN PILOTAGE DIFFICILE

Pour autant, la volonté des dirigeants chinois de ralentir la croissance ne relève pas de la seule rhétorique. Pour Wen Jiabao, elle s’inscrit dans une stratégie visant à rééquilibrer l’économie de son pays en la rendant moins dépendante des exportations et donc de la conjoncture internationale. Déjà, en janvier dernier, les ventes chinoises à l’étranger ont reculé de 0,5% et cette tendance baissière pourrait se maintenir en raison de la faiblesse de l’économie européenne et de la lente reprise aux Etats-Unis. Dans le même temps, le gouvernement chinois reste très vigilant à l’égard de l’inflation. En 2011, cette dernière a atteint des niveaux élevés avec un taux moyen de 5,4% (avec un pic de 6,5% en juillet). Pour 2012, Pékin vise une hausse des prix de 4%, ce qui passe par un nécessaire ralentissement de l’économie.

Mais ce volontarisme du gouvernement central ne doit pas masquer la difficulté qu’il éprouvera à organiser un atterrissage en douceur de l’économie. Comme chaque année, de nombreuses autorités locales vont l’entendre d’une autre oreille en privilégiant la hausse de l’activité économique ne serait-ce que pour s’assurer de la tranquillité sur le front social. Malgré les directives de Pékin, les provinces continuent de jouer la croissance et ont donc tendance à favoriser les projets économiques, notamment d’infrastructures, et tout ce qui peut contribuer à doper les exportations. Il faut dire que la Chine, comme ses concurrents, n’échappe pas à la centralité de la question de l’emploi, et une croissance inférieure à 8% est considérée par les économistes comme susceptible de provoquer l’aggravation du chômage et de tensions sociales déjà importantes.

Toute la question est donc de savoir si la Chine va être capable d’appuyer sur le frein sans provoquer de sortie de route. Cela fait d’ailleurs près de trente ans que cette question est posée de manière récurrente. On peut donc se demander pourquoi 2012 serait différente des années précédentes avec leurs taux de croissance impressionnants? En guise de réponse, et à ce stade, on peut juste se demander si les autorités chinoises n’ont pas une lecture très pessimiste de l’évolution de l’économie mondiale. En annonçant un objectif de croissance de 7,5%, le gouvernement chinois laisse peut-être entendre que les performances des autres zones, Etats-Unis et Europe en tête, seront plus mauvaises que prévu…

UN BUDGET DEFENSE TOUJOURS EN HAUSSE

La Chine a beau voir moins grand pour 2012, il n’en demeure pas moins qu’elle a décidé de prolonger son effort de modernisation de ses armées avec un budget défense qui progressera de 11,2% en 2012 à 110 milliards de dollars ( 12,7% en 2011). C’est la première fois que les dépenses militaires chinoises dépassent le seuil des 100 milliards de dollars même si l’on pense, qu’en réalité, ces dépenses sont déjà supérieures de 60% au chiffre officiel. Cette volonté de Pékin de renforcer son développement militaire, notamment sur le plan maritime, inquiète ses voisins et, bien entendu, les Etats-Unis. Du coup, Thaïlande, Vietnam, Malaisie, Australie, Philippines et Japon ont entrepris de se réarmer, ce qui va faire de l’Asie du sud-est et du Pacifique une zone hautement militarisée et sujette à des tensions récurrentes entre la Chine et ses voisins.

Le Quotidien d'Oran, mercredi 8 mars 2012
Akram Belkaïd, Paris
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lundi 12 mars 2012

Sarkozy, Kadhafi et les TV-Radios françaises !

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Imaginons un instant que nous sommes aux USA. Un site publie l'information selon laquelle la campagne électorale du président aurait été financée par un dirigeant étranger, longtemps qualifié de terroriste. On imagine sans mal la réactions des médias. Plateaux spéciaux, commentaires en boucle, conférence de presse à la Maison-Blanche, analyse d'experts et autres politologues. En clair, la une et le buzz.
Revenons en France. Mediapart publie une information selon laquelle la campagne de Sarkozy aurait été financée en partie par Kadhafi en 2007 et là... Quelques dépêches, quelques papiers mais grosses TV et radios (et sites web) traitent le sujet de loin. De très loin...
Édifiant...
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Sarkozy n’a rien concédé aux harkis

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SlateAfrique, lundi 12 mars 2012

Le président sortant refait les mêmes promesses que lors de la campagne de 2007. La République reconnaît qu’il y a eu une injustice mais elle ne demande pas pardon.

Nicolas Sarkozy en meeting à Villepinte le 11 mars 2012. REUTERS/Charles Platiau
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Nicolas Sarkozy a-t-il rendu justice aux harkis? A en croire la majorité des médias français, c’est chose faite depuis son déplacement au centre méditerranéen universitaire de Nice le 9 mars 2012. S’exprimant non seulement en tant que candidat à l’élection présidentielle mais aussi en tant «que chef de l’Etat», le président français a affirmé que
«les harkis ont le droit à ce respect, à cette reconnaissance, et ont le droit qu'on leur dise qu'à l'époque, les autorités françaises ne se sont pas bien comportées à l'endroit de ceux qu'elles auraient dû protéger et qu’elles n’ont pas protégé ».
Autre déclaration importante, Sarkozy a insisté sur le fait que «les harkis et leurs familles ont le droit au respect» et qu’«insulter un harki, c'est insulter un soldat français».
Pour mémoire, le Parlement français a récemment adopté une proposition de loi de l’UMP visant à pénaliser «la diffamation et l'injure envers les harkis». Pour la députée UMP Sophie Joissans, ce texte, au-delà de sa portée juridique (La diffamation contre les forces supplétives, dont les harkis, est désormais passible de 45.000 euros et l'insulte de 12.000 euros d'amende) marque la reconnaissance de «la dette de la Nation [française] à l'égard des forces supplétives et des harkis en particulier».

Sarkozy s’était engagé à faire des excuses aux harkis

Textes de lois pour punir la diffamation et l’injure envers les harkis, reconnaissance par Sarkozy des injustices commises à l’encontre de ces supplétifs de l’armée française dont une partie à été abandonnée à son sort en Algérie après l’indépendance tandis qu’une autre était parquée dans des camps à leur arrivée en France: faut-il en conclure que les comptes sont désormais soldés et que le président-candidat a tenu les promesses formulées durant sa campagne électorale de 2007?
Rappelons qu’à l’époque, il s’était engagé à faire des excuses aux harkis et à leur octroyer des réparations financières. Des promesses qui, malgré le discours de Nice, sont loin d’être tenues. En réalité, Sarkozy n’a rien concédé aux harkis. D’abord, il n’est plus question de compensation financière, l’entourage du chef de l’Etat qualifiant le discours de Nice de «réparation morale». Mais il y a plus important. Il faut, en effet, analyser la forme et le fond du discours de Nicolas Sarkozy pour se rendre compte que, finalement, il n’accorde pas grand-chose aux harkis et qu’il a même tendance à escamoter leurs revendications.
Ainsi, le candidat-président n’a-t-il pas demandé pardon de manière solennelle aux harkis. C’est ce qu’attendent pourtant de nombreuses associations de harkis qui ont en tête le discours de Jacques Chirac reconnaissant la responsabilité de l’Etat français dans la déportation des Juifs durant l’occupation allemande.
De même, attendent-elles une reconnaissance sans ambigüité de la responsabilité de la France dans ce qu’a été le sort des harkis. Qu’a-t-il dit Sarkozy? Examinons le passage de son discours de Nice où il veut solder les comptes :
«Pour que vous puissiez pardonner, il faut que la République reconnaisse qu’il y a une injustice, qu’il y a eu une forme d’abandon, c’est fait. Maintenant, pardonnez, parce que la République a besoin de vous», a-t-il ainsi déclaré à Nice.

Une forme d’abandon involontaire

Donc la République reconnaît qu’il y a eu une injustice mais elle ne demande pas pardon. Plus étonnant encore, le candidat-président parle d’«une forme d’abandon» et non pas d’ «un abandon» pur et simple. Cette nuance est tout sauf fortuite. Elle vise à minimiser les faits voire à les relativiser.
Une forme d’abandon, cela peut-être un abandon involontaire, accidentel ou marginal. Or, abandon il y a eu, et il était volontaire et voulu dans les plus hautes sphères de l’Etat français.
Abandon mais aussi parcage dans des camps en France: une séquence sombre de l’histoire de France que Nicolas Sarkozy n’a pas voulu aborder de manière claire. On peut y voir du cynisme, un certain détachement mais aussi du mépris et l’expression d’une position selon laquelle les harkis ne sauraient exiger et obtenir plus.
On appréciera ainsi à sa juste valeur le «C’est fait. Maintenant, pardonnez parce que la République a besoin de vous». Ce qui revient à dire, maintenant ça suffit, on vous a dit qu’on reconnaît qu’il y a eu une injustice. Les jérémiades et les plaintes, c’est terminé…
Dès lors, on comprend aisément pourquoi certaines associations de harkis n’ont pas caché leur mécontentement au lendemain du discours de Nice à l’image d’Ajir pour les harkis.
«Ce n’est pas la reconnaissance de la "dette" de la France envers les harkis, qui était attendue mais la concrétisation du “Si je suis élu, je veux reconnaître officiellement la responsabilité de la France dans l’abandon et le massacre de harkis et d’autres milliers de musulmans français qui lui avaient fait confiance, afin que l’oubli ne les assassine pas une nouvelle fois” ».
Des propos que Nicolas Sarkozy avait tenus durant la campagne 2007 et qu’il a visiblement oublié…

Akram Belkaïd
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vendredi 9 mars 2012

La chronique du blédard : Un concert de Carla Bruni pour le 5 juillet ?

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J'ai consacré récemment un article au cinquantième anniversaire de l'indépendance (*). J'y relevais le fait que c'est en France qu'était organisé le plus grand nombre de manifestations relatives à cet événement. Une commémoration, faut-il s'en étonner ou s'en indigner, qui semble être reléguée au second plan en Algérie. Réagissant à ce papier, un ami universitaire m'a écrit d'Alger les mots suivants : « Ce qui est déplorable, c'est qu'aucune action officielle commune n'est prévue. Cinquante ans après l'indépendance on aurait pu penser qu'Algériens et Français seraient capables de montrer ensemble que la page a été tournée. Il n'en est rien. C'est à se demander s'il y aura un jour une volonté de le faire ». Un autre ami, consultant et grand habitué des messes euro-méditerranéennes, est encore plus sévère : « à Alger comme à Paris on manque d'idées. Il est trop facile de se réfugier derrière le poids du passé et les exigences d'agendas de politique intérieure ». 

Manque d'idées ? C'est fort possible. Mais il y a tout de même un obstacle de taille qui mérite d'être signalé et qui explique peut-être ce manque d'initiatives communes. En mai prochain, les Français vont élire leur président de la République. Un rendez-vous électoral incertain où l'actuel locataire du palais de l'Elysée n'est pas assuré de garder son logement. Dès lors, on comprend la difficulté d'organiser une célébration à deux. D'une part, si le candidat socialiste est élu, rien ne dit qu'il aura envie de tenir un engagement pris par son adversaire avant l'élection. D'autre part, on imagine la gêne des responsables algériens soucieux de ne pas donner l'impression que pour eux le scrutin est plié en s'engageant dès maintenant dans un projet voulu ou accepté par Nicolas Sarkozy.

Il est vrai aussi que les idées semblent difficiles à trouver. Peut-être faut-il lancer un concours ou un appel à contributions que Le Quotidien d'Oran se chargerait de centraliser... Bien entendu, il faut être réaliste et ne pas imaginer un happening à la franco-allemande, avec cérémonie de réconciliation entre deux présidents qui, main dans la main, regarderaient vers l'avenir tout en rendant hommage aux morts du passé. Il n'y a pas non plus d'écrivain, vieux sage, auquel les deux dirigeants pourraient rendre visite. En Algérie comme en France, n'est pas Ernst Junger qui veut... On pourrait penser à une cérémonie de recueillement dans le village de Lourmarin sur la tombe d'Albert Camus mais il est certain qu'une telle démarche ne fera pas l'unanimité. Il ne faut pas s'attendre non plus à ce que l'on nous ressorte feu le projet de Traité d'amitié entre les deux pays. Jacques Chirac, alors président, y était favorable mais la droite non-gaulliste a réussi à le torpiller notamment grâce à la fameuse loi sur les bienfaits de la colonisation.

Sans même parler de repentance, il est impossible aussi d'imaginer la moindre reconnaissance à plus haut niveau français de ce que fut la sauvagerie de la conquête de l'Algérie, du caractère profondément injuste et inhumain de la réalité coloniale sans oublier la terrible somme de souffrances et de tortures infligées au peuple algérien durant sa lutte pour l'indépendance. Aujourd'hui, la France ne va pas fort. Elle doute d'elle-même, le rééquilibrage du monde en faveur des pays émergents menace de la reléguer au rang de puissance de second ordre et il serait vain d'attendre de ses dirigeants qu'ils aient le courage d'affronter un passé honteux qu'ils continuent de glorifier pour se rassurer et rassurer leurs concitoyens.

Difficile enfin d'imaginer qu'un détachement de l'Armée nationale populaire (ANP) puisse participer au défilé militaire du 14 juillet sur les Champs-Elysées. A dire vrai, cela aurait une belle valeur symbolique mais le risque est immense de voir se réveiller des passions jamais éteintes. En tous les cas, on voit mal la gauche se risquer à une telle initiative. A l'inverse, Sarkozy, toujours à la recherche d'une transgression, y compris dans son propre camp, pourrait réussir à l'imposer au grand dam de la droite populaire qui fait de l'algérophobie son fonds de commerce. Cela étant, a-t-on besoin de mettre en avant les militaires des deux pays pour démontrer que le temps a passé ? Pas si sûr finalement que cela soit une bonne idée.

Un ami chercheur me dit que la France pourrait annoncer une restitution d'une partie des archives stockées à Aix-en-Provence. Ce serait, me dit-il, une manière de rendre à l'Algérie une partie de son histoire. Je ne sais que penser d'une telle démarche même si la question du partage des archives est incontournable.  A charge pour les Algériens de prouver qu'ils sont capables de gérer au mieux ce stock et, surtout, d'en préserver l'intégrité...          Bien entendu, il ne faut pas être naïf. Ce n'est pas demain que la France va ouvrir et mettre à disposition certaines de ses archives militaires. On le sait, ces dernières font fantasmer des millions d'Algériens persuadés que s'y trouve la réponse à nombre de leurs questions à propos des liens officieux et interlopes entre leur pays et la France après l'indépendance.

A mon avis, une idée pourrait recueillir l'adhésion générale. Il faudrait pour cela, hélas, cinquante fois hélas, que Nicolas Sarkozy soit réélu. Dès lors, il serait possible d'organiser à Alger, au stade du 5 juillet (et trente sept ans après une mémorable finale des Jeux méditerranéens), un match de football Algérie-France (aucun risque que la pelouse ne soit envahie ). Viendrait ensuite un concert d'artistes algériens et français avec, moment phare de la manifestation, l'apparition de Carla Bruni-Sarkozy sur scène. En robe kabyle (comme Joan Baez à l'époque de son séjour algérois) et guitare à la main, la dame reconduite dans son statut de première, ferait chanter et chavirer des dizaines de milliers d'Algériens qui reprendraient tous en cœur : « y'a quelqu'un qué m'a dé qu'ton maré va n'donni l'visa ! y'a quelqu'un qué m'a dé ». Le visa, sa facilitation, la libre-circulation entre les deux pays : c'est peut-être de ce côté-là qu'il faudrait chercher la bonne idée pour célébrer le cinquantième anniversaire. Rien n'interdit de rêver y compris à l'heure où Paris remet en vigueur les mesures de contrôle de retour des Algériens après leur séjour en France...



(*) Guerre d'Algérie, quand la France fait son travail de mémoire, SlateAfrique.com, 29 février 2012.

Le Quotidien d'Oran, jeudi 8 mars 2012
Akram Belkaïd, Paris
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lundi 5 mars 2012

Journal d’une campagne (1) : Quand Merkel, Monti, Rajoy et Cameron défendent le statu quo en France

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Sur le Blog : Afro-Maghreb

Les dirigeants allemands et ceux d’autres pays européens ont-ils décidé d’interférer dans la campagne électorale française ? Selon une information parue dans le Spiegel du 3 mars, la chancelière Angela Merkel se serait entendue avec le Président du conseil italien Mario Monti, le Chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy et le Premier ministre britannique David Cameron pour ne pas recevoir François Hollande, principal adversaire de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle française. Certes, l’information a été démentie par le porte-parole de la chancellerie à Berlin mais de nombreux indices concordants tendent à confirmer qu’il n’y a pas de fumée sans feu. En effet, à ce jour, le candidat socialiste n’a été reçu par aucun de ces quatre dirigeants. De quoi faire jubiler le camp de Nicolas Sarkozy qui y voit la preuve du manque de stature internationale de François Hollande.

Une conclusion un peu légère (quelle était donc la stature internationale de Sarkozy en 2007 ?) qui élude l’essentiel à savoir que c’est bien la première fois depuis longtemps que des pays européens se mêlent de politique intérieure française. Même la perspective d’une élection de François Mitterrand en 1981 n’avait pas provoqué une telle position hostile. En forçant le trait, on pourrait même avancer que le quatuor Merkel-Monti-Rajoy-Cameron (MMRC) nous rejoue la grande coalition européenne contre la Révolution française ou contre Napoléon Bonaparte…
Bien sûr, ces quatre dirigeants peuvent arguer que Nicolas Sarkozy fait partie de leur famille politique et qu’ils n’ont aucune envie de soutenir ou d’aider son adversaire. Mais cela ne saurait excuser un parti-pris qui pourrait de peser lourd dans les relations de leurs pays avec la France si jamais Hollande est élu. Le moins que l’on puisse dire c’est que les MMRC ont pris le risque d’insulter l’avenir car il est évident que le socialiste, quoiqu’il prétende, n’oubliera pas facilement cette humiliation.

Le plus étonnant dans l’affaire, c’est qu’elle ne déclenche guère les passions en France. Il est vrai que la campagne électorale y est d’un niveau affligeant (halal, pas halal…) mais on aurait pu penser que ce genre d’interférence aurait passionné un pays qui est toujours attentif à ce que l’on pense de lui à l’étranger. Surtout, on se rend compte de l’absence d’analyses qui pourraient mieux éclairer la position des quatre dirigeants européens. Pourquoi un tel boycottage qui ne dit pas son nom ? Par solidarité conservatrice comme expliqué dans ce qui précède ? Parce que Sarkozy l’aurait demandé ? Par souci de ne pas faciliter une nouvelle révision des Traités européens que François Hollande veut modifier ? Ou bien, et c’est là où l’on aimerait que nos chers éditorialistes prennent quelques risques, parce que l’Allemagne comme l’Italie, l’Espagne ou la Grande-Bretagne ont tout intérêt à ce que Sarkozy soit réélu. Qu’il soit réélu parce que c’est là l’intérêt de ces pays qui – oublions un instant les discours lénifiant sur les solidarités entre Européens – ont tout à gagner de l’enlisement, pour ne pas dire de la régression, de la France depuis 2007.

Rappelons donc quelques vérités qui dérangent : l’Allemagne a renforcé son essor commercial au cours des dernières années en prenant des parts de marché à la France y compris en Europe. Pour elle, une France faible n’est pas une mauvaise nouvelle, bien au contraire. De son côté, l’Italie a tiré profit du marasme économique français pour redéployer ses exportations et trouver de nouveau débouchés à son industrie du nord. Quand à l’Espagne, elle est engagée dans une lutte d’influence importante avec la France au sud de la Méditerranée et sa diplomatie n’est pas fâchée de devoir relancer un dialogue euro-méditerranéen profondément altéré par les errements d’une Union pour la Méditerranée (UpM) pour le résultat (catastrophique) que l’on sait. Enfin, la Grande-Bretagne entend bien continuer à profiter de sa position à la fois « in » et « out » au sein de l’Union européenne (UE). Une position que ne cherche pas à lui contester Nicolas Sarkozy. Au final, on peut donc se demander si le boycottage de François Hollande ne relève pas d’un calcul plus subtil : faire en sorte que Sarkozy soit réélu pour que les choses continuent d’empirer en France. Au grand bénéfice des concurrents, pardon, des partenaires européens de la France…
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dimanche 4 mars 2012

La chronique du blédard : Lettre à un ami français halalisé

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 1er mars 2012
Akram Belkaïd, Paris
Ami français qui vit dans la région parisienne, qui n'est ni musulman ni de culture musulmane, qui croit en Dieu (ou pas), qui est un défenseur acharné de la laïcité à la française (ou pas), qui aime bien les bêtes et ne veut surtout pas savoir par quels moyens et procédés, veaux, vaches et poulets atterrissent dans son assiette (ce qui suit ne concerne ni les cochons ni les poissons). Ami d'Ile-de-France, tu cours, sans le savoir, un grand danger. Non, ne souris pas. Ne prends pas cela à la légère. Cette chronique est sérieuse. Il te faut la lire pour éviter des problèmes. Beaucoup de problèmes.

Il paraît, je te l'écris comme si je le chuchotais, il paraît donc que tu manges de la viande halal à l'insu de ton plein gré. Avoue que cela te bouleverse. Comment ? Tu ne sais pas ce que halal veut dire ? Mais, bon sang (c'est le cas de le dire), regarde la télévision, dévore la presse écrite et les éditoriaux, navigue sur internet, attarde-toi sur les blogs ! Oublie la crise économique, le chômage qui frappe et qui guette, la situation catastrophique de la Grèce, la désindustrialisation de l'Europe, les attaques en règle contre les services publics de ton pays, les écarts sans cesse croissants entre les plus riches et la population à laquelle tu appartiens. Oublie la question des retraites, celle de la sécurité sociale. Non, sérieusement, oublie les choses que tu croyais importantes.

Ami, on est en train de te halaliser. Je te le dis car tu dois le savoir : manger de la viande abattue selon le rituel musulman (c'est du moins ce que prétendent les petits malins qui s'en mettent plein les poches en vendant le label halal…) n'est pas chose anodine. Ne sens-tu pas que cela te déconstruit ? N'es-tu pas en train de changer d'identité ? N'as-tu pas demandé que l'on ne t'appelle plus Nicolas mais Mouammar ? Ne te sens-tu pas happé par une envie pressante de te laisser pousser la barbe ? De prendre quatre femmes en t'engageant à les traiter de manière équitable ? N'as-tu pas senti une force te pousser à dérouler un tapis en pleine rue ?

Non ? Vraiment ? Tu ne sens rien ? Crois-moi, cela ne saurait tarder. Fais donc confiance à la classe politique de ton pays et aux éditorialistes vedettes qui s'interrogent à longueur de colonnes si la (pauvre) bête est étourdie ou non avant que la lame du couteau ne lui ôte la vie. Ecoute-les sonner l'hallali contre le halal. Es-tu bien certain que le fait de manger de la viande halal ne te change pas ? Il y a quelques semaines à ton travail, n'as-tu pas eu envie d'aller trouver ton supérieur pour lui demander, non pour exiger de lui, qu'il aménage une salle de prière au troisième étage de votre building ? N'as-tu pas eu envie, plusieurs fois par jour, d'enlever tes chaussures et tes chaussettes ? Puis de replier ton pantalon à mi-chevilles, d'enfiler des savates en caoutchouc et d'errer dans les couloirs de ta boîte, un broc d'eau à la main ? Ah, tu vois. Ça commence toujours ainsi. C'est l'une des premières manifestations de la halalisation insidieuse que des vigies très républicaines ont eu la sagacité cosmique de dénoncer.

Tu vas voir à quel point tu vas changer. Tu pourras même écrire un roman sur ta métamorphose. Le halal va te transformer physiquement et spirituellement. Un matin, en te réveillant, tu ne vas plus te reconnaître dans la glace. Dans la rue, on te prendra pour Ahmadinejad ou Bachar. Tu n'appelleras plus ta femme Cécilia mais Moza. Tu donneras ton avis sur tout et tu adoreras interdire ceci ou cela à tes enfants, à tes amis, à tes voisins et à tous les gens que tu ne connais pas. Est-ce cela que tu veux ? Non ? Alors, arrête de manger du halal sans le savoir. Réveille-toi et deviens végétarien (ou contente-toi du cochon ou de poissons le temps que le duo Marine-Guéant règle le problème).

Maintenant que tu es aware, ou plutôt hallal-awaré, il faut que je te mette en garde contre les objections que tu pourrais entendre ici ou là. D'abord, n'écoute pas celles et ceux qui vont t'expliquer que beaucoup de gens achètent de la viande halal parce qu'elle est moins chère qu'ailleurs mais aussi parce qu'elle a meilleur goût. N'écoute pas non plus les spécialistes qui vont t'affirmer qu'une viande provenant d'une bête égorgée est plus saine que les autres. Tout cela, c'est de la propagande halaliste !

Méfie-toi aussi de celles et ceux qui vont t'expliquer que le halal, c'est l'équivalent du casher. En fait, c'est juste une histoire de cousinage mais, toi, tu n'es pas concerné. Tu vas aussi entendre des voix indignées rappeler que dans les années Trente, on accusait déjà les bouchers casher d'empoisonner la population à son insu. Tu auras juste à dire que ce n'est pas la même chose et que le problème, ou si tu préfères le complot d'aujourd'hui, ce n'est pas le casher mais le halal ! Ne t'en fais pas, personne n'y trouvera à redire, bien au contraire !

Te voilà donc averti. Sois vigilant. Surtout, je compte sur toi pour signer toutes les pétitions qui circulent en France, en Navarre et au-delà pour exiger la création d'un label européen du «non-halal» pour toutes les viandes et autres produits alimentaires. A chaque fois que tu achèteras une viande dans un supermarché ou chez ton boucher, n'oublie donc pas de poser la question suivante : «Vous m'assurez que c'est bien du non-halal, n'est-ce pas ?». Je sais, c'est un peu contraignant mais c'est que l'affaire est sérieuse. Vraiment sérieuse. 
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jeudi 1 mars 2012

Chronique économique : L’OR NOIR REFAIT PARLER DE LUI

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 29 février 2012
Akram Belkaïd, Paris

La crise iranienne va-t-elle déboucher sur une nouvelle flambée des cours de pétrole comparable à celle de 2008 où le baril de brut avait atteint le record absolu de 147 dollars ? Cela semble bel et bien être le cas avec un prix moyen qui a déjà dépassé la barre des 120 dollars, soit le plus haut niveau depuis neuf mois. Pour tous les spécialistes, cette tendance haussière est liée au fait que le marché pétrolier est en train de « pricer », c’est-à-dire d’inclure dans ses prix, la perspective et les conséquences d’une attaque israélienne contre l’Iran. Une attaque qui pourrait déclencher des représailles iraniennes dans le Golfe avec notamment le blocage du détroit d’Ormuz par où transitent les quatre cinquièmes de la production pétrolière régionale.

RISQUE DE RECESSION ET PRESSIONS SUR WASHINGTON

La perspective d’un nouveau choc pétrolier est une très mauvaise nouvelle pour une économie mondiale à peine convalescente. De nombreux pays émergents, à commencer par la Chine, craignent, aujourd’hui, que la hausse du baril n’aggrave le coût déjà élevé de leur facture pétrolière. En Europe, on est encore plus inquiet car, contrairement à ce qui a souvent été le cas au cours des dix dernières années, le cours du pétrole augmente aussi quand il est libellé en euros. Résultat, dans une zone géographique où la croissance reste faible, le surenchérissement du brut accentue les risques de récession cela dans une conjoncture déjà marquée par les difficultés budgétaires des Etats.

Cette tension sur les prix du brut a aussi des conséquences aux Etats-Unis. On assiste ainsi à l’augmentation des pressions sur le gouvernement américain pour qu’il puise dans ses réserves stratégiques (Strategic petroleum reserve ou SPR) évaluées actuellement à 727 millions de barils soit l’équivalent de 37 jours de consommation (créés en 1975 au lendemain du choc pétrolier de 1973, les quatre centres principaux de stockage sont situés dans la région du golfe du Mexique dans d’anciennes mines de sel). Au printemps dernier, l’arrêt de la production libyenne avait déjà obligé Washington à puiser dans ces stocks. Une intervention qui avait permis de détendre les marchés pétroliers dès le mois de mai 2011 avec un repli des cours de près de 8%.

Il reste que le gouvernement des Etats-Unis n’est guère décidé d’avoir recours une nouvelle fois aux SPR préférant les conserver intacts dans la perspective d’une vraie interruption de l’approvisionnement pétrolier si jamais Israël attaque l’Iran. Pour Washington, la ligne de conduite a toujours été de n’utiliser les SPR que lorsque le pétrole vient à manquer sur le marché (ce fut le cas en 1991 lors de l’embrasement des puits du Koweït ou en 2005 après le passage de l’ouragan Katrina). Pour autant, de nombreux observateurs relèvent que la tension actuelle sur les prix est due au fait que plusieurs pays européens refusent aujourd’hui d’acheter du pétrole iranien, préférant s’approvisionner ailleurs. Du coup, ces sanctions contre le régime de Téhéran apparaissent comme l’équivalent d’une pénurie car rares sont les producteurs qui peuvent se substituer à l’Iran. C’est certes le cas de l’Arabie Saoudite dont le niveau de pompages est déjà supérieur de 30% à sa production habituelle mais le Royaume est bien le seul à pouvoir jouer le rôle de variable d’ajustement de l’offre mondiale de pétrole.

OBAMA JOUE SA REELECTION

En tout état de cause, le gouvernement américain va devoir agir très vite pour atténuer cette hausse. Outre le recours possible aux SPR, il peut aussi faire pression sur d’autres producteurs «amis» (Mexique, Emirats arabes unis, Koweït, Norvège) pour qu’ils augmentent leur production le temps que la crise iranienne soit réglée. Pour Barack Obama, il s’agit à la fois d’empêcher que la reprise actuelle de l’économie étasunienne soit handicapée, voire stoppée, et, surtout, que le prix de l’essence ne continue de grimper aux Etats-Unis (il était à 3,68 dollars le gallon en début de semaine, soit un niveau que la majorité des Américains jugent trop élevé). Ainsi, le pétrole pourrait bien coûter sa réélection au président américain…
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