Lignes quotidiennes

Lignes quotidiennes
Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).

samedi 9 novembre 2019

Soutien au Hirak

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Mon texte d’introduction au meeting de soutien au peuple algérien, organisé ce samedi 9 novembre par des associations algériennes en France (*) – et soutenu par des organisations françaises et maghrébines de l’émigration – à la Bourse du travail, Paris.

Bonjour à toutes et à tous, J’ai l’honneur d’introduire les débats de ce meeting de soutien au peuple algérien et je remercie les organisateurs pour leur confiance.
Depuis le vendredi 22 février, les Algériennes et les Algériens sont engagés dans un impressionnant mouvement de protestation politique et sociale. Entamée avec le refus d’un cinquième mandat de l’ex-président Abdelaziz Bouteflika, cette contestation voit désormais plus grand. Il s’agit d’en finir avec un système de pouvoir autoritariste, liberticide, corrompu et incapable de mener à bien le développement d’un pays pourtant très riche tant sur le plan des ressources naturelles que du capital humain.
Ce mouvement, ce Hirak, car tel est son nom, est historique à bien des égards. - Il est historique parce que pacifique. Chaque manifestation est placée sous le signe de « silmiya » - pacifique en langue arabe. Quand on connaît l’histoire tourmentée de l’Algérie, avant et après l’indépendance, on ne peut que comprendre l’importance fondamentale du caractère pacifique du Hirak. - Il est historique parce que national. Ce n’est pas une seule ou quelques villes qui sont concernées. Ce n’est pas non plus une région unique mais tout le pays. Le Hirak est un mouvement national et populaire. C’est un mouvement totalement et pleinement algérien. - Enfin, il est historique parce qu’il ne faiblit pas. Hier, vendredi 8 novembre, ce fut le 38ième vendredi de manifestation de suite. Mardi 12, ce sera la 38ième manifestation d’affilée des étudiants. Le Hirak ne s’est pas essoufflé. Il a surmonté le jeûne du ramadan, les canicules de l’été et les pluies glaciales de novembre. Le Hirak refuse l’élection présidentielle prévue pour le 12 décembre prochain. Les manifestants estiment que ce scrutin ne fera que prolonger le système ; qu’il faudrait de vraies réformes avant de revenir aux urnes. Il ne s’agit pas de rejeter l’élection présidentielle pour le simple plaisir de dire non. Il y a la conviction que les dés sont pipés et que ce scrutin ne répondra en rien aux aspirations du peuple algérien. Le 12 décembre, si le scrutin se tient…, parmi les cinq candidats qui se présentent, on comptera deux anciens premiers ministres et deux anciens ministres de Bouteflika, le cinquième ayant été un laudateur du système. On appréciera à sa juste valeur le potentiel de changement représenté par ce scrutin ! Dans cette affaire, c’est « vaille que vaille » ou « envers et contre tout » face à « à tous prix ». Le pouvoir, incarné par le général Ahmed Gaïd Salah, veut organiser cette élection à n’importe quel prix. Depuis le printemps dernier, il mène une répression contre toutes celes et tous ceux qui exigent le changement démocratique. Simples citoyens, syndicalistes, activistes, jeunes et moins jeunes, journalistes, la liste des personnes emprisonnées, poursuivies, arrêtées par des personnes en civil sans que l’on sache durant plusieurs heures où elles sont passées, cette liste, donc, ne cesse de s’allonger. Le pouvoir refuse toute ouverture. Il fait de cette élection massivement rejetée une affaire d’honneur. Face à cette répression, le mouvement continue. Le peuple du Hirak veille à en préserver le caractère pacifique et à en défendre l’intégrité et l’indépendance contre toute influence extérieure. Les Algériennes et les Algériens se battent contre un pouvoir finissant. L’initiative louable qui nous réunit aujourd’hui est destinée à leur dire notre respect et notre admiration. Car, en effet, la solidarité que nous exprimons ici n’est certainement pas de l’ingérence. C’est l’expression de notre amitié et de notre affection. C’est une manière de leur dire qu’ils ne sont pas seuls. Akram Belkaïd

mercredi 6 novembre 2019

La chronique du blédard : Ce pays qui devient fou…

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 31 octobre
Akram Belkaïd, Paris

La France devient folle. Pardon pour le caractère lapidaire de cette affirmation mais quel autre constat peut-on tirer du déferlement islamophobe auquel on assiste depuis quelques semaines ? L’attaque d’une mosquée à Bayonne et les réactions qui ont suivi démontrent qu’il y a vraiment quelque chose qui ne tourne pas rond dans ce pays. Ce n’est pas un hasard si un homme, ancien candidat du Front national (devenu Rassemblement national), est passé à l’action en blessant grièvement deux octogénaires. Il voulait tuer, il a tiré à bout portant sur des gens venus là pour prier. Son acte s’inscrit dans la droite ligne des débats sans fin à propos du voile, de l’islam et de la laïcité. Quand on chauffe à blanc l’opinion publique, quand des « élites » intellectuelles montent au créneau pour légitimer l’islamophobie, voire pour l’encourager, alors il ne faut pas s’étonner que des terroristes passent à l’action.

On notera à ce sujet que les autorités et les médias ont rechigné à utiliser ce mot. Quand un attentat est commis par un islamiste radical, on parle immédiatement de terrorisme. Quand un nervi d’extrême-droite, ancien militaire, tire sur un lieu de culte, armes à la main, c’est « une attaque », des « faits graves » mais certainement pas du terrorisme… Il faudrait demander leur avis aux fidèles qui étaient dans cette mosquée. L’un d’eux, interrogé par une radio communautaire, a expliqué qu’il évitera de la fréquenter dans les prochains mois, persuadés qu’« ils » recommenceront. Le terrorisme c’est cela. User de violence et installer la peur. Je connais des chibanis qui ne vont plus à la mosquée de Paris pour la grande prière du vendredi, parce qu’ils trouvent que le dispositif de sécurité est trop léger, parce qu’ils ont tout simplement peur.

Il est évident que le voile, la visibilité de l’islam en France constituent une matière idéale pour faire diversion en ces temps de grogne et de contestation sociales. Ici, on démolit les dispositions favorables aux chômeurs. Là, un patron d’une entreprise publique en difficulté s’octroie une augmentation de salaire digne d’un trader en bourse. Provoquer et entretenir les sempiternels débats sur le voile des accompagnatrices de sortie scolaire, c’est avoir l’assurance d’un répit. Mais cela ne marche que parce que des complices sont là pour ajouter du bruit au vacarme. Les « journalistes » notamment, ceux des chaînes d’information continue, en réalité des chaînes de commentaires et bavardages permanents. La palette de racistes à peine masqués qui sévit sur Cnews, LCI et BFMTV est impressionnante.

Il n’y a plus aucune digue, plus aucune mesure. On y va franco. On ne dit plus simplement qu’il y a un problème avec le voile lors des sorties scolaires. On affirme qu’il faut l’interdire complètement. Et puis, tant qu’on y est, on ajoute que le problème en France, c’est qu’il y a trop de musulmans, que leur nombre pose problème (Cnews). Il faut se garder des comparaisons historiques trop hâtives, mais c’est bien ce que certains disaient dans les années 1930 à propos des Juifs en France. Et la chose devient inquiétante quand des médias sérieux relaient, d’une manière ou d’une autre, ce genre de délire. Exemple parmi tant d’autres : le lendemain de l’attaque contre la mosquée de Bayonne, la matinale de France inter invite Manuel Valls que l’on croyait pourtant installé à Barcelone... Et voilà ce symbole de l’opportunisme politique qui disserte sur la nécessité d’interdire aux mères voilées d’accompagner les sorties scolaires.

Ces femmes sont déjà insultées, bousculées et même frappées mais on en parle peu. Des gens leurs crachent dessus. Les discours de personnalités politiques, d’intellectuels, qui visent à les stigmatiser encouragent les actes de violence contre elles et préparent des drames. On fera quoi quand l’une de ces mères sera blessée ou tuée par un adepte de la théorie du grand remplacement ? On aura des larmes de crocodile, on dissertera sur le « vivre ensemble » et, comme vient de le faire le Journal du dimanche, on mettra en une un sondage biaisé auprès de 1000 personnes rémunérées en bons d’achats pour en remettre une couche sur les dangers que l’islam ferait peser sur la France ?

La France se défend d’être raciste. Ses élites n’ont de cesse d’évoquer les Lumières, la devise républicaine et la déclaration universelle des droits de l’homme. Et ce pays est effectivement formidable en ce qu’il recèle de forces démocrates, d’engagements humains et progressistes. C’est un pays où des gens acceptent d’aller en prison en aidant des migrants en détresse, d’autres se consacrent à des causes sociales, mais tout ce monde d’aidants et d’engagés est occulté par les inconséquences d’une partie de la classe politique, de nombreux intellectuels et d’un nombre important de médias. Dans ce contexte, on se demande comment le calme pourrait revenir, faute de personnalité suffisamment consensuelle pour imposer un discours de raison. C’est une mécanique du pire qui s’est enclenchée sous nos yeux, qui ira d’actes de violence en représailles et contre-représailles. Des pyromanes jettent de l’huile sur le feu et il faudra beaucoup de ténacité pour raison garder.

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mercredi 30 octobre 2019

Beyrouth, hier, aujourd'hui

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La chronique du blédard : Peuples en mouvements

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 24 octobre 2019
Akram Belkaïd, Paris


Slogans, chants, poings levées, injonctions à dégager, cortèges, défilés incessants : les peuples sont en colère. Il suffit de prêter une oreille, même distraite, à l’actualité pour s’en rendre compte. Depuis plusieurs mois, c’est bel et bien un mouvement planétaire qui secoue les pouvoirs établis et les oblige à réagir. La liste des pays et des régions concernés est longue. Algérie, Bolivie, Catalogne, Chili, Égypte, Équateur, France, Guinée, Haïti, Hongkong, Indonésie, Irak, Liban, Maroc, Royaume-Uni, Soudan, Venezuela… Chaque semaine ou presque, un nouveau foyer est ajouté à cette liste. Dans certains cas, les contestations populaires déclinent ou s’éteignent mais il arrive aussi qu’elles reprennent de manière soudaine, au gré des circonstances politiques.

Bien entendu, il serait aventureux de placer toute cette colère dans une catégorie unique. Les raisons des manifestations ne sont pas toujours les mêmes mais nombre d’entre elles se rejoignent. L’Algérie et le Liban sont deux pays différents mais, dans les deux cas, la finalité exigée est identique : un changement de système et la capacité du peuple à enfin dire son mot. En Guinée, pays qui n’en finit pas de se battre contre l’autoritarisme, c’est la perspective d’un troisième mandat du président Alpha Condé qui mobilise l’opposition. En 2010, on pensait que l’accession au pouvoir de cet opposant, jadis condamné à mort, allait ouvrir une nouvelle page, on se rend compte que l’histoire se répète. Les opposants d’hier deviennent les autocrates d’aujourd’hui. Ce qui se passe en Guinée rappellera bien des choses aux Algériennes et aux Algériens : Une Constitution que l’on amende pour ouvrir la voie à une présidence à vie, des opposants condamnés par une justice aux ordres, une communauté internationale qui ne dit pas grand-chose…

Mais le gourdin ne suffit plus à garantir la tranquillité des tyrans car la révolte des peuples est devenue contagieuse. Dans quelques jours, le 17 novembre, on célèbrera le premier anniversaire de la grande manifestation des gilets jaunes français. Multiple, protéiforme, parfois (très rarement, en fait) ambigu, ce mouvement a subi une vraie répression qui laisse songeur quant à la réalité de l’État de droit en France. Il est évident que les manifestations du samedi, qui se perpétuent même si la presse n’en parle presque plus, ont inspiré d’autres mouvements. En France, comme au Chili ou au Liban, il a fallu un catalyseur, une taxe, pour mettre le feu aux poudres. Le litre d’essence dans l’Hexagone, le ticket de métro à Santiago ou la communication WhatsApp à Beyrouth… Mais attention à ne pas résumer les mouvements à cela. Comme souvent, les médias à la recherche de clichés faciles, les résument par des appellations aussi lapidaires que douteuses. On avait l’imbécile « révolution du jasmin » pour la Tunisie, ou « révolution du sourire » pour l’Algérie, on a maintenant la « révolution WhatsApp » pour le Liban ou la « révolution du ticket » pour le Chili.

Dans la majorité des cas, et au-delà de la question des libertés qui vaut autant à Alger qu’à Hongkong, c’est la question d’un monde façonné par le libéralisme qui est posée. Nous vivons dans un contexte général où les États ont de plus en plus de mal à garantir le bon fonctionnement d’institutions et de mécanismes nécessaires à la redistribution et au bien-être social. Les privatisations, la dette, les plans d’austérité que le Fonds monétaire international (FMI) continue d’imposer, les traités de libre-échange qui tuent, le verbe n’est pas trop fort, les productions nationales, la généralisation des législations instaurant une précarité dans le monde du travail, c’est tout cela qui alimente le ras-le-bol.

Que l’on soit au Liban, en Algérie ou même à Hongkong, il y a une confusion qui est délibérément entretenue entre la démocratie et le marché. L’idée que l’une ne peut pas aller sans l’autre s’est tranquillement imposée depuis la chute du mur de Berlin, il y a exactement trente ans. Or, on constate chaque jour les dégâts provoqués par une libéralisation sans limite. Un pays comme la France en est l’illustration. D’un modèle social bâti sur la solidarité, notamment entre générations (ou entre travailleurs et chômeurs), on passe lentement mais sûrement au règne du chacun pour soi et selon ses moyens. Si les Chiliens sont dans la rue, c’est parce que la « réussite » des économistes qui servirent Pinochet ne fut en réalité que l’organisation méthodique de systèmes inégalitaires destinés à durer. Beaucoup pour une minorité, peu ou très peu pour le reste n’est pas un projet viable à long terme. En tous les cas, il n’est pas conforme à la démocratie car, dès lors qu’il est contesté, il oblige à l’usage de la force et restreint les libertés, notamment syndicales.

A un moment ou un autre, un mouvement de contestation populaire a besoin de carburant idéologique. Ce qui vient de se passer en Algérie à propos de la loi sur les hydrocarbures en est la preuve. Il ne s’agit pas simplement de dénoncer l’empressement et le manque de transparence dans l’adoption de ce texte. L’important est aussi de savoir quelle logique fonde cette loi. Que signifie la ressource nationale ? Que signifie la souveraineté économique ? Que signifie le concept même d’entreprise étatique ? Trop souvent, les lois visent à contourner des exigences de conservation du bien public au profit du marché. C’est cela aussi qui mérite d’être combattu.

La chronique du blédard : Le voile, encore et toujours plus

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 17 octobre 2019
Akram Belkaïd, Paris 

Campagne pour les élections municipales oblige, voilà que ça repart comme en quarante… Quelles que soient les urgences du moment, le voile revient au centre des débats politico-médiatiques français. Passons rapidement sur l’événement qui a provoqué ce nouveau coup de folie. Un élu du Rassemblement national (ex-Front national) qui exige qu’une maman accompagnatrice d’une sortie scolaire enlève son voile dans l’enceinte du Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté. Les pleurs de l’enfant réfugié dans les bras de sa mère, le visage figé de cette dernière, les cris de soutiens en faveur du pseudo défenseur de la laïcité, les protestations d’autres élus : tout cela a tourné en boucle sur les réseaux. 

On l’a écrit à plusieurs reprises dans ces colonnes. Le voile, est une obsession française qui, pour l’observateur extérieur, relève de l’irrationnel. Il est très difficile d’avoir une discussion apaisée sur ce sujet qui charrie tant de non-dits et de postures opportunistes. Car, en réalité, ce n’est pas du voile dont il est question mais de l’islam et du refus de sa visibilité. Cela commence à être clairement assumé. Comme lorsque le ministre français de l’Éducation Jean-Michel Blanquer dit que le voile n’est pas souhaitable, pas simplement à l’école mais dans la société française. Petit à petit les ruisseaux de l’islamophobie convergent vers un seul torrent dont il faut craindre les dégâts.

Le voile, outre les manœuvres politiques dilatoires (on ne parle plus des questions sociales et économiques), est aussi l’occasion rêvée de se prétendre féministe. On peut ne rien faire pour la parité en entreprise, pour l’égalité des salaires, pour la lutte contre les violences infligées aux femmes, par contre, monsieur Gégé sera toujours prompt à expliquer que son refus du voile relève de la nécessité de libérer les musulmanes de l’oppression subie au quotidien. Tu parles…

Dans ce genre de situation, il faut revenir à ce que disent les textes et se poser les bonnes questions. En premier lieu, est-ce que le voile est interdit dans l’espace public ? La réponse est non tant que le visage n’est pas caché et « dans la limite du respect de l’ordre public ». Autrement dit, une mère voilée qui marche dans la rue ou qui attend ses enfants devant l’école n’enfreint aucune loi. C’est cela qui pose problème aux anti-voile. Leur but ? L’interdiction totale pure et simple. Pas à pas, année après année, la même rengaine, déguisée, enrobée, revient. Ce camp-là n’aura de cesse d’obtenir des limitations sans cesse accrue au port du voile en dehors du domicile privé (en attendant les caméras de surveillance façon Big Brother). Et tant pis si cela constitue une claire limitation à la liberté d'opinion et de croyance.

Deuxième point, l’école. Depuis 2004, la loi est claire. Dans les établissements publics (maternelle, collège, lycée), les « signes religieux ostentatoires », dont le voile, sont interdits. A l’inverse, les établissements privés, comme par exemple ceux qui relèvent de l’Église catholique, ne sont pas soumis à cette interdiction. Certains l’appliquent, d’autres pas. Il n’y a pratiquement plus de débat concernant le voile à l’école même si, de temps à autre, on voit passer des informations à propos de bandanas ou de jupes trop longues assimilées à un habit religieux. En réalité, la vraie bagarre concerne l’université. Pour l’heure, le voile y est autorisé mais les appels pour l’interdire sont fréquents et il y aura, tôt ou tard une nouvelle polémique sur le sujet.

L’autre confrontation, on l’a dit en début de chronique, concerne les accompagnatrices de sorties scolaires. Le voile n’étant pas interdit dans l’espace public, ces femmes ne sont donc pas obligées de le retirer. Pourtant un raisonnement spécieux voudrait en faire des agents de service public occasionnels d’où la nécessité de leur interdire le port du voile au nom de l’obligation de neutralité. Un autre raisonnement, tout aussi spécieux, estime que la sortie scolaire est le prolongement de l’école et que donc les règles qui régissent son fonctionnement sont valables ce qui autoriserait la prohibition du voile. Mais pour l’heure, la loi est claire. Une sortie scolaire n’est pas soumise à la loi de 2004. Jean-Michel Blanquer le sait mais ne craint pas, lui le ministre de la République, de dire qu’il faut contourner la loi en faisant en sorte que ces accompagnatrices voilées ne puissent pas participer aux sorties.

Autre terrain glissant, l’entreprise. Pour l’heure, la loi n’interdit pas le port de signes ostentatoires sauf disposition interne contraire. Ce flou alimente un nombre croissant de litiges que les tribunaux doivent trancher. Enfin, ce qu’il faut relever, c’est le débat autour de la notion de prosélytisme. En effet, si une accompagnatrice qui porte le voile a un comportement prosélyte, elle peut être interdite de sortie scolaire. Mais qu’est-ce qu’une attitude prosélyte ? Il y a des cas évidents, comme lorsqu’une personne tente de manière active de convaincre autrui d’adopter sa foi. Les adversaires du voile tentent d’accréditer la thèse que le seul fait de le porter est un acte prosélyte et de militantisme islamiste. On le voit, le domaine des polémiques potentielles est vaste. Et cela ne concerne pas que le voile. Demain, ce sera au tour du halal, des prénoms « islamiques », de la prière en entreprise ou de la pratique du ramadan.