Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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dimanche 14 juin 2020

Note de lecture : Le sourire du combattant (recueil de nouvelles de Selahattin Demirtaş)

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« Et tournera la roue », de Selahattin Demirtaş
Akram Belkaïd
Le Monde diplomatique, Mars 2020

Depuis le 4 novembre 2016, Selahattin Demirtaş, leader du Parti démocratique des peuples (HDP), progressiste et prokurde, est incarcéré dans la prison turque de haute sécurité d’Edirne, non loin des frontières bulgare et grecque. Opposant à la politique autoritariste et répressive du président Recep Tayyip Erdoğan (1), cet avocat spécialisé dans la défense des droits humains poursuit son combat par la littérature. Après L’Aurore, recueil de nouvelles dédié « à toutes les femmes assassinées, / à toutes celles victimes de violence », et récompensé par le prix Montluc Résistance et Liberté 2019 (2), il a publié en avril 2019 Devran — Et tournera la roue en français, succès de librairie en Turquie avec un tirage de deux cent mille exemplaires.

Dans ces quatorze nouvelles, Demirtaş propose au lecteur des récits intimistes où la politique et la morale ne sont jamais loin. Ici, c’est un avocat prospère qui, perdu dans la neige — décor primordial dans la littérature kurde d’expression turque, est confronté à son passé d’ancien procureur, responsable de tant de condamnations injustes. Là, c’est une famille de saisonniers confrontés aux rigueurs de l’hiver dans le sud-est du pays, avec pour seule espérance une transhumance, l’été, pour gagner leur vie en cueillant des fruits dans la très fertile plaine de Çukurova. Ailleurs, c’est un village qui n’a aucun moyen d’empêcher une entreprise minière de dévaster la nature environnante. Pauvreté, misère, chômage, désarroi et brutalité clientéliste des représentants de l’État… Demirtaş nous le dit avec simplicité : c’est ainsi que « mal-vivent » nombre de ses concitoyens, habitants d’un pays qui prétend pourtant faire partie des puissances émergentes.

Les personnages les plus courageux devant l’adversité sont souvent des femmes ou de très jeunes gens. On est ému par cette syndicaliste qui entend ne rien abdiquer face à ses petits chefs, ou par l’acte fou d’un gamin décidé à punir les siens pour leur égoïsme et leur âpreté au gain face à des démunis déchiquetés par les morsures de l’hiver. On sourit — car l’humour imprègne ce recueil — à la rédemption d’un voleur à la tire qui découvre l’existence d’engagements généreux qu’il ne soupçonnait même pas et qui, fréquentant des militants d’extrême gauche, finit par dire : « Je ne sais pas encore ce qu’est exactement la révolution, mais ça a l’air sympa. »

Confronté à la censure vigilante du pouvoir turc, Demirtaş n’hésite pas à recourir à l’allégorie, comme lorsqu’il met en scène un jeune Kurde obligé de gagner sa vie en travaillant dans une station balnéaire et qui, un jour, croise, alors qu’il manque se noyer, des privilégiés obsédés par leur bronzage. Comment, alors, ne pas repenser à ses amis morts, brûlés dans le sous-sol d’un immeuble au Kurdistan ? Et de se demander : « Mérite-t-il le nom d’être humain, celui qui se fait bronzer à Bodrum, celui qui ne souffre pas le martyre à la pensée de tous ceux qui se sont fait carboniser dans le sous-sol de nos villes ? » C’est en écrivain talentueux que Demirtaş nous conte l’arbitraire qui règne dans son pays.

Akram Belkaïd

Traduit du turc par Emmanuelle Collas, Éditions Emmanuelle Collas, Paris, 2019, 216 pages, 16,90 euros.

(1) Lire Selahattin Demirtaş, « L’homme qui se prend pour un sultan », Le Monde diplomatique, juillet 2016.

(2) Selahattin Demirtaş, L’Aurore, traduit du turc par Julien Lapeyre de Cabanes, Points, Paris, 2019 (1re éd. : Éditions Emmanuelle Collas, 2018).
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jeudi 27 février 2020

Note de lecture : « Et tournera la roue », de Selahattin Demirtaş

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Le sourire du combattant
« Et tournera la roue », de Selahattin Demirtaş
Le Monde diplomatique, Mars 2020
par Akram Belkaïd


Depuis le 4 novembre 2016, Selahattin Demirtaş, leader du Parti démocratique des peuples (HDP), progressiste et prokurde, est incarcéré dans la prison turque de haute sécurité d’Edirne, non loin des frontières bulgare et grecque. Opposant à la politique autoritariste et répressive du président Recep Tayyip Erdoğan (1), cet avocat spécialisé dans la défense des droits humains poursuit son combat par la littérature. Après L’Aurore, recueil de nouvelles dédié « à toutes les femmes assassinées, / à toutes celles victimes de violence », et récompensé par le prix Montluc Résistance et Liberté 2019 (2), il a publié en avril 2019 Devran — Et tournera la roue en français, succès de librairie en Turquie avec un tirage de deux cent mille exemplaires.

Dans ces quatorze nouvelles, Demirtaş propose au lecteur des récits intimistes où la politique et la morale ne sont jamais loin. Ici, c’est un avocat prospère qui, perdu dans la neige — décor primordial dans la littérature kurde d’expression turque, est confronté à son passé d’ancien procureur, responsable de tant de condamnations injustes. Là, c’est une famille de saisonniers confrontés aux rigueurs de l’hiver dans le sud-est du pays, avec pour seule espérance une transhumance, l’été, pour gagner leur vie en cueillant des fruits dans la très fertile plaine de Çukurova. Ailleurs, c’est un village qui n’a aucun moyen d’empêcher une entreprise minière de dévaster la nature environnante. Pauvreté, misère, chômage, désarroi et brutalité clientéliste des représentants de l’État… Demirtaş nous le dit avec simplicité : c’est ainsi que « mal-vivent » nombre de ses concitoyens, habitants d’un pays qui prétend pourtant faire partie des puissances émergentes.

Les personnages les plus courageux devant l’adversité sont souvent des femmes ou de très jeunes gens. On est ému par cette syndicaliste qui entend ne rien abdiquer face à ses petits chefs, ou par l’acte fou d’un gamin décidé à punir les siens pour leur égoïsme et leur âpreté au gain face à des démunis déchiquetés par les morsures de l’hiver. On sourit — car l’humour imprègne ce recueil — à la rédemption d’un voleur à la tire qui découvre l’existence d’engagements généreux qu’il ne soupçonnait même pas et qui, fréquentant des militants d’extrême gauche, finit par dire : « Je ne sais pas encore ce qu’est exactement la révolution, mais ça a l’air sympa. »

Confronté à la censure vigilante du pouvoir turc, Demirtaş n’hésite pas à recourir à l’allégorie, comme lorsqu’il met en scène un jeune Kurde obligé de gagner sa vie en travaillant dans une station balnéaire et qui, un jour, croise, alors qu’il manque se noyer, des privilégiés obsédés par leur bronzage. Comment, alors, ne pas repenser à ses amis morts, brûlés dans le sous-sol d’un immeuble au Kurdistan ? Et de se demander : « Mérite-t-il le nom d’être humain, celui qui se fait bronzer à Bodrum, celui qui ne souffre pas le martyre à la pensée de tous ceux qui se sont fait carboniser dans le sous-sol de nos villes ? » C’est en écrivain talentueux que Demirtaş nous conte l’arbitraire qui règne dans son pays.


Traduit du turc par Emmanuelle Collas, Éditions Emmanuelle Collas, Paris, 2019, 216 pages, 16,90 euros.

(1) Lire Selahattin Demirtaş, « L’homme qui se prend pour un sultan », Le Monde diplomatique, juillet 2016.

(2) Selahattin Demirtaş, L’Aurore, traduit du turc par Julien Lapeyre de Cabanes, Points, Paris, 2019 (1re éd. : Éditions Emmanuelle Collas, 2018).

jeudi 10 octobre 2019

Quand un responsable du PKK évoquait la situation au Rojava

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Dans leur article « Le Rojava entre compromis et utopie » (Le Monde diplomatique, décembre 2018), les journalistes Mireille Court et Chris Den Hond rapportaient ces propos de Riza Altun, responsable du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan). Un constat qui prend toute sa signification après que Donald Trump a décidé de retirer les troupes américaines du nord-est syrien (et ce faisant, d'ouvrir la voie à une intervention militaire turque).
« Aujourd’hui [automne 2018], il y a des contradictions partout. À l’origine, les Américains n’avaient pas l’intention stratégique de soutenir les FDS [Forces démocratiques syriennes]. Les Kurdes savent très bien que les États-Unis sont un État impérialiste ; mais nous sommes obligés de maintenir cette relation paradoxale, car notre survie est en jeu. »
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mardi 13 février 2018

La chronique du blédard : Du bijoutier, des banques et de la monnaie

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 8 février 2018
Akram Belkaïd, Paris

Grand bruit pour cette affaire et moult commentaires salaces… Selon le site internet en langue anglaise du quotidien turc Hurriyet Daily News, S. M., un bijoutier algérien de 67 ans a été hospitalisé puis arrêté par la police d’Istanbul pour avoir tenté de faire passer, sans la déclarer, la somme de 144.200 euros dans son canal anal (*). Le magot consistait en des billets roulés de 500 euros et de 100 euros. Dans l’incapacité de se libérer de ces liasses, l’infortuné fortuné a atterri aux urgences d’un hôpital privé où les chirurgiens qui l’ont opéré ont signalé son cas à la police. La justice turque a décidé la confiscation de l’argent et le bijoutier a pu rentrer en Algérie.

Selon Hurriyet, ce dernier a expliqué aux policiers que l’importance de la somme serait due à la nécessité pour lui d’effectuer de gros achats d’or et de textile pour ses affaires en Algérie. Au-delà des plaisanteries sans fin que l’on peut faire sur sa déconvenue, on peut d’ores et déjà relever que la méthode employée rappelle surtout celle de trafiquants de drogue ou de pierres précieuses. C’est peut-être dû au fait que le procédé de la « veste marocaine », comprendre une veste dont la doublure intérieure est entièrement tapissée de billets de banques (méthode des trafiquants de kif désireux de blanchir leurs euros au Maroc), est désormais facilement détectable dans la majorité des aéroports.

En réalité, c’est d’abord et surtout pour contrevenir à la législation algérienne que le bijoutier a usé de ce subterfuge. En effet, cette dernière interdit sans aucune ambiguïté l’exportation d’une telle somme en cash. On se souvient d’ailleurs que c’est à cause de l’interpellation de certains de ses cadres porteurs de valises de liquide que l’empire Khalifa a commencé à se craqueler. S’il était arrivé à Istanbul avec ses 144 200 euros dans les poches, notre bijoutier aurait certainement attiré l’attention mais une simple déclaration lui aurait permis d’être en règle avec la législation turque. A titre de comparaison, et pour celles et ceux que cela intéresse, un Algérien qui arrive sur le territoire français n’est obligé de déclarer les devises qu’il a sur lui que si le montant est supérieur ou égal à 10 000 euros.

Cette histoire est un fait divers emblématique car il dit beaucoup de choses de la réalité algérienne. Dans d’autres pays du monde, un commerçant, possédant des euros, ne se serait jamais déplacé avec autant de liquide pour des achats destinés à alimenter un commerce légal (de l’or pour sa bijouterie et du textile pour ses magasins, dans le cas présent). La Turquie est un pays développé sur le plan des infrastructures bancaires et financières. Que l’on soit sur la côte ou dans l’Anatolie profonde, on peut tout payer par carte bancaire. Tourisme oblige, il existe partout des distributeurs et des points de retrait automatique. Mais quelle banque algérienne permet aujourd’hui à un commerçant de faire ses affaires dans le monde grâce à une simple carte de crédit ?

On peut estimer que l’importance des montants, la fréquence de ses achats (évoqués par l’intéressé devant la police turque) peut aussi justifier l’ouverture d’un crédit documentaire ou d’un simple transfert interbancaire. Autre question, quelle banque algérienne propose aujourd’hui à ses clients d’avoir réellement accès (oublions la pub) à un réseau mondial ou, soyons moins exigeant, régional ? On va s’empresser de dire que c’est la faute à une législation qui n’a toujours pas été remaniée. Que la réforme bancaire est un serpent de mer parmi tant d’autres qui hantent le cimetière des projets de changements structurels du pays. Et c’est vrai. Le wanetoutrisme triomphant peut bien dire ce qu’il veut, l’Algérie n’est pas un « hub » financier.

On pourra faire tous les discours que l’on souhaite sur la diversification économique et la nécessité de sortir de la dépendance aux hydrocarbures, rien ne sera possible sans que banques et législation financières ne soient sérieusement toilettées. Il ne s’agit pas de décréter le grand soir néolibéral avec la suppression de toutes les règlementations. Il ne s’agit pas non plus de plaider pour une convertibilité totale du pauvre dinar. Mais on peut, par exemple, libéraliser de manière graduelle le marché des changes à l’intérieur du pays. On peut aussi faire en sorte que les transactions avec l’étranger, mêmes si elles sont limitées par des seuils, ne soient pas synonymes de complications permanentes et de nécessité de recourir à des procédés illégaux.

Beaucoup d’argent en liquide circule en Algérie. Une part non-négligeable de ces flux est libellée en euros. Dans la majorité des transactions, l’Etat n’a guère sa part. La régularisation d’un marché gris, que tout le monde utilise, améliorera les recettes fiscales du pays. Bien sûr, il est certain que des questions délicates se posent à commencer par celle de l’origine des fonds et de leur blanchiment. C’est d’ailleurs un mystère. D’où viennent ces millions d’euros qui circulent dans le marché parallèle ? De la diaspora ? En partie, oui. Mais le reste ? Clarifier les règles du jeu pour ce qui est de la monnaie, c’est ouvrir la voie pour assainir l’économie. C’est ce qu’a fait la (presque) défunte loi sur la monnaie et le crédit d’il y a déjà trente ans. Il est temps que l’Algérie se dote d’un texte d’un calibre comparable.

(*) « Algerian jeweler hospitalized in Istanbul after smuggling 290 banknotes in anal canal », 6 février 2018.
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lundi 24 avril 2017

Pascal Nouma et la Turquie

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L'hebdomadaire France Football (numéro 3702) a demandé à Pascal Nouma, joueur français ex-Beşiktaş (Istanbul) désormais installé en Turquie (où il est une star) ce qu'il pensait avant de signer pour ce club en 2001. Réponse :
"Pour moi, la Turquie c'était le film Midnight Express ! Je m'attendais à trouver la même chose. On m'a affrété un avion. Je suis venu visiter. Et j'ai finalement signé le soir même. ç'a été un choc culturel. J'ai trouvé un pays qui n'avais rien à voir avec l'Europe. Aujourd'hui, je sais que je ne reviendrai plus en France. Vous n'avez rien. Nous, on a tout ici."
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mercredi 1 mars 2017

Régression turque

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Donc, Mr Erdogan et son parti, l'AKP, évoquent avec insistance le rétablissement possible de la peine de mort. Si cela se fait, la Turquie ne fera plus partie du Conseil de l'Europe et abandonnera de manière définitive tout espoir d'adhésion (certes déjà très hypothétique) à l'Union européenne.
La question qui se pose est de savoir pourquoi le président Erdogan - qui veut réformer la Constitution pour étendre le (son) pouvoir présidentiel - tient tant à légaliser la peine capitale. Certains observateurs estiment qu'il n'en fera rien et que c'est juste une manière de se concilier les voix de l'extrême-droite turque dans la perspective du référendum d'avril prochain. C'est possible mais le signal est catastrophique. Jusque-là, la Turquie était l'un des rares pays musulmans à prohiber la peine de mort (toujours en vigueur, son application est néanmoins gelée au Maghreb). Si jamais Mr Erdogan va au bout de son projet, il n'est guère besoin de s'étendre longtemps sur cette régression majeure.
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vendredi 5 février 2016

La chronique du blédard : Cœurs de grenades

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 4 février 2016
Akram Belkaïd, Paris

Tiens, viens voir, toi qui aimes les séries. Il y en a une qui passe en ce moment sur Nessma et qui fait déjà un carton. Oui, Nessma, la télé tunisienne qui est aussi très regardée en Algérie, la preuve, elle passe même des pubs en dialecte algérien. Non, je corrige, en dialecte néo-algérois limite vulgos, si tu vois ce que je veux dire. Attends ! Je suis sûr que ça va t’intéresser. C’est un feuilleton turc. Tu vois, je savais que tu allais réagir. Bah oui, les séries turques ont tué le feuilleton égyptien et je me demande souvent si c’est une bonne chose ou non.

Bref, ça s’appelle « qloub erromen » autrement dit les « cœurs de grenades ». Joli, hein ? Bon, il y a des sites tunisiens qui traduisent ça par les « cœurs de grenadine ». Je te dis ça, je dis rien… En turc, ça s’appelle « Yaoum Kitabet Qadari » ou « Loabet al Kadar ». Ne me demande pas ce que ça veut dire, je n’en sais rien. En turc, je ne sais dire que « teşekkür ederim », merci beaucoup, et « Onlar Bizi Dinlerler ». Ça veut dire « ils nous écoutent ». Qui ? Le DRS, la NSA, va savoir... C’est une chanson du groupe Yüksek Sadakat autrement dit « haute fidélité », de la pop turque qui déménage. Si, si, ça existe et c’est cogne grave !

Donc, le feuilleton turc… Le plus important, c’est qu’il est doublé en arabe tunisien. C’est une grande première. Ils ont pris des acteurs et des actrices tunisiens pour ça. Je t’avoue que c’est un peu bizarre. J’ai pris l’habitude du doublage syrien. Tu me diras qu’il est tout aussi bizarre de doubler un feuilleton turc en syrien qu’en tunisien. Mais bon… Peut-être qu’il n’y a plus d’acteurs syriens pour le faire. J’ai pourtant lu que les maisons de production syriennes se sont installées à Dubaï. J’aime bien regarder les feuilletons turcs doublés en syrien. L’habitude. L’exotisme. L’accent lointain. Là, les gens parlent en tunisien mais ce que tu vois et entends n’a rien à voir avec la Tunisie ou même le Maghreb. Enfin, je nuance, les Turcs, ils ont plus des têtes à être doublés en algérien. Le débit est le même tout comme les intonations et ils sont tout autant renfrognés…

Enfin, le doublage c’est jamais simple. Une fois, j’ai vu Rocky en espagnol… Quelle rigolade. Ou alors, Le Bon, la Brute et le Truand en version ourdoue… Bon, peut être que les Ricains, ça les fait aussi rigoler d’entendre leurs films en français. Tu te souviens de cette prof au collège qui ne savait pas ce qu’était un doublage. Mais si ! Elle nous avait juré que J.R de Dallas était un Américain qui parlait le français… Prof au collège, mon pote… Et c’était avant l’arabisation ! T’imagines les dégâts que cette ânesse a fait pendant des années ?

Oui, oui, d’accord. Donc, le feuilleton… C’est l’histoire d’une grande famille. Des riches. Superbe maison, belles voitures. Le père, façon chef de clan, qui  ne sourit jamais. Le fils, un quadra bogosse, taciturne, avec une belle épouse qui a tout pour être heureuse sauf qu’elle n’a pas d’enfants. Et tout le monde lui met la pression à commencer par sa belle-mère qui, tu t’en doutes, est la manœuvre. Pas d’enfant, c’est le qu’en dira-t-on qui fonctionne à plein régime, c’est des histoires d’héritage, bref, c’est la tchaqlala. La solution finit par être trouvée. Le couple trouve une mère porteuse. Oui, monsieur ! Un feuilleton turc qui parle de mère porteuse et qui est diffusé en Tunisie, ça existe et ça ne pose pas de problème à la censure. Va vite le dire à ceux qui ne parlent que des fatwas d’Al-Azhar, tu sais comme celle de cet imam qui veut que les employés mâles tètent leurs collègues femmes pour avoir le droit de rester avec elles dans le même bureau…

Comme tu t’en doutes, la mère porteuse est pauvre. Belle mais pauvre… Ça ouvre des possibilités… On sent bien que le père commence à se rapprocher d’elle sans même s’en rendre compte. Au début, c’est juste parce qu’il est attentionné vis-à-vis de celle qui porte son enfant mais ensuite tu devines qu’il va peut-être y avoir moyen pour lui de moyenner… Et c’est là que l’affaire se corse… L’épouse apprend qu’elle est totalement stérile. Donc, le bébé qui est dans le ventre de la mère porteuse n’est pas le sien. Suspense total ! Drame ! Pleurs, sanglots, crise de nerfs ! – la doubleuse en rajoute d’ailleurs pas mal ce qui crée un drôle de décalage… Il y a d’autres trucs comiques qui n’ont rien à voir avec l’intrigue mais toujours avec le doublage… L’épouse, le mari, la belle-mère, parlent tous des « zoviles », parce que l’un des mystères est de savoir à qui appartient l’ovule qui a été fécondé pour que la pauvrette puisse porter « el-bibi »…

Il y a des moments où je décroche. Je regarde juste les décors. C’est tourné du côté d’Antalya. C’est vert, c’est propre, c’est magnifique. La mer, la forêt et la montagne. J’ai passé deux étés là-bas. Crois-moi, c’est plus beau que la côte de Ziama-Mansouriah et même celle de Ténès. Hein ? D’accord, je retire. C’est plus beau que Ziama-Mansouriah tout court, ça te va ? Tiens, ça me rappelle cette histoire. Un jour, je raconte mon séjour à Antalya à un couple d’amis. Lui est d’Aokas, elle d’Ajaccio. Un Kabyle et une Corse, tu imagines le duo. Moi, sans vraiment me douter de ce qui allait arriver, j’ai juste dit qu’Antalya, c’est l’un des plus beaux coins de la Méditerranée. Là, l’ami dit un truc du genre : plus beau que la Corse, peut-être mais ça n’a rien à voir avec la côte algérienne. Et là, sans hésiter, elle lui met une claque magistrale. Il a fallu que je les sépare. Tiens… Ça ferait un beau feuilleton cette histoire. On le doublerait en corse et en kabyle !

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vendredi 9 octobre 2015

La chronique du blédard : Syrie, que dire ?

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 8 octobre 2015
Akram Belkaïd, Paris
 
C’est un dilemme qui divise et oppose. Quelle attitude adopter vis-à-vis de ce qui se passe en Syrie ? Si la solidarité humanitaire est évidente (obligatoire), la question politique, elle, provoque gênes et silences. Ou bien alors, elle génère des avis tranchés pour ne pas dire définitifs ce qui limite le champ de la discussion et de l’échange. La Syrie, disons-le, est à l’origine de ruptures et de grandes discordes. A dire vrai, le problème paraît insoluble. Non, corrigeons cette affirmation. Il ne présente que des solutions imparfaites, inacceptables si l’on s’en tient à la morale et à l’éthique et si l’on met de côté tout cynisme ou, pour être moins abrupt, tout pragmatisme. La question tourne surtout autour du sort de Bachar al-Assad. Ainsi, nombreux sont ceux qui continuent de le défendre avec plus ou moins de nuances et cela au nom du respect du droit international et de l’anti-impérialisme.
 
Il est vrai qu’Assad est le président en titre de la Syrie et cela quelles que soient les conditions dans lesquelles il a été élu (ou dans lesquelles il a hérité de son pouvoir). Ses défenseurs ont beau jeu d’affirmer que la légitimité internationale est de son côté quand il fustige l’intervention d’une coalition étrangère sur son sol, cette dernière agissant, il faut le rappeler, sans aucun mandat ni feu vert des Nations Unies. Qu’on le veuille ou non, les pays qui bombardent actuellement la Syrie au nom de la lutte contre le groupe Etat islamique (EI) sont dans l’illégalité (même si elles avancent l’argument de la légitime défense). On peut dire que c’est la faute de la Russie (sans oublier la Chine) qui refuse tout accord en ce sens au sein du Conseil de sécurité mais la réalité est bien là. Douze ans après une intervention militaire illégale en Irak car non approuvée par l’ONU, les pays occidentaux renouent avec ce qui n’est rien d’autre qu’une politique de la canonnière, fut-elle motivée par de bonnes intentions, c’est-à-dire lutter contre une organisation terroriste coupable de nombreuses exactions.
 
A l’inverse, et pour continuer dans la même veine, on peut dire aussi que l’intervention militaire russe est légale puisqu’elle se fait à l’appel et avec l’aval du gouvernement syrien – lequel, il faut le rappeler, reste reconnu par une bonne partie des membres de l’ONU. Enfin, Assad est aussi présenté comme le dernier rempart face au pire, c’est-à-dire une Syrie – ou ce qu’il en resterait – dirigée par des mouvements islamistes sunnites auprès desquels les Talibans passeraient pour d’aimables prêcheurs. Le vide politique est tel qu’on a du mal à voir autre chose qu’une alternative théocratique à un régime dont les partisans rappellent sans relâche qu’il est « laïc » et qu’il demeure encore l’adversaire déclaré d’Israël.
 
Il y a du vrai dans ce qui précède. La perspective que le groupe Etat islamique (Daech) ou ses alliés de fait puissent s’installer demain à Damas est cauchemardesque. Pour autant, il est des vérités qu’il ne faut pas oublier et que l’on se doit de rappeler sans cesse. Cette situation dramatique, c’est bien Assad qui l’a voulue en usant, dès le printemps 2011, d’une violence inouïe contre l’opposition pacifique et en relâchant des milliers de prisonniers radicaux dont il savait très bien qu’ils prendraient les armes contre son régime à la première occasion. Dans un monde où la perception simpliste des événements est renforcée par Hollywood et les spin doctors de tout bord, la stratégie suivie par le président syrien peut défier l’entendement. Elle ne devrait pas surprendre les Algériens qui ont vécu dans leur chair les conséquences de la culture des coups tordus façonnée par le KGB. Principe de base : créer un ennemi pour garantir sa propre survie. Lui permettre d’exister. Au besoin, s’affaiblir en le renforçant. User de cet ennemi comme levier pour exercer une violence impitoyable contre toute autre menace. Contre toutes les oppositions…
 
Non. Assad est tout sauf un héros. Ce n’est pas l’héritier lointain de Nasser. C’est un criminel qui tue son peuple après l’avoir longtemps privé de ses libertés. Que son principal ennemi d’aujourd’hui soit un autre monstre ne change rien à l’affaire et ne saurait lui offrir la moindre réhabilitation ou rédemption. Une fois affirmé le principe du « ni-Assad, ni Daech », que peut-on alors attendre pour la Syrie ? Il y a d’abord et surtout la nécessaire solidarité avec les réfugiés de l’extérieur comme ceux de l’intérieur. Leur venir en aide, d’une manière ou d’une autre, peut être vu comme un acte dérisoire au regard du fracas qui disloque leur pays. Ce n’est pas une raison qui justifie l’égoïsme. Pour le reste, on peut juste espérer que c’est la moins mauvaise des solutions qui se dessinera au terme de cette période de violences et de grandes manœuvres qui masque les habituelles tractations diplomatiques. D’abord, le départ d’Assad qui passera nécessairement par des négociations entre Moscou et Washington. Encore faut-il que l’intéressé et son clan acceptent et que, surtout certains membres de la coalition occidentale le veuillent aussi. En effet, quand on répète à l’envi qu’Assad sera jugé, c’est que, quelque part, on préfère l’acculer pour qu’il reste au pouvoir faute d’échappatoire possible…
 
Le départ d’Assad donc. Ensuite, la formation d’un gouvernement d’union nationale – où la place des alaouites serait garantie et où l’opposition islamiste (hors Etat islamique) devra nécessairement être représentée. Cela signifie que l’Arabie Saoudite, l’Iran et la Turquie, autrement dit les trois puissances régionales qui interviennent directement ou indirectement dans le conflit, auront trouvé un accord en ce sens (et que les va-t’en guerre occidentaux aillent ailleurs). L’objectif sera alors la restauration de l’intégrité territoriale de la Syrie, le désarmement des milices et la victoire militaire contre le groupe Etat islamique. Un programme qui paraît insurmontable mais à défaut de le réaliser, c’est tout simplement la fin de la Syrie en tant qu’Etat qui est annoncée.
 
Postscriptum du 9 octobre 2015 : Dans tout ce fracas, que Vladimir Poutine, tueur de Tchétchènes puisse faire l’objet d’admiration dans de nombreux pays arabes est tout simplement sidérant… On y reviendra.
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vendredi 31 juillet 2015

La chronique du blédard : Les dérives d’Erdogan

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 30 juillet 2015
Akram Belkaïd, Paris
 
En 2002, la victoire électorale du Parti de la justice et du développement (AKP ou, Adalet ve Kalkinma Partisi) a ouvert un nouveau chapitre dans l’histoire moderne de la Turquie. Dans un contexte économique et financier difficile, les réformes mises en place par la formation islamiste, ou islamo-conservatrice, ont contribué à doper la croissance et à améliorer le niveau de vie général au point qu’elles sont devenues une référence à suivre pour d’autres pays émergents. Dans le même temps, cette prospérité a été accompagnée par d’importants changements, l’un d’entre eux étant le retrait progressif de l’armée du champ politique. Les dirigeants de l’AKP ont ainsi tiré profit des négociations, certes difficiles et incertaines, en vue de l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne (UE) pour moderniser une partie des structures politiques et économiques de leur pays. Enfin, forte d’un prestige retrouvé, Ankara renouait de manière spectaculaire avec le monde arabe, Recep Tayyip Erdogan, alors Premier ministre, évoquant alors un retour de « l’Histoire à son cours normal ».
 
Treize ans plus tard, la donne a complètement changé. Le « modèle turc » - peut-être trop vite consacré comme source d’inspiration possible pour les pays arabo-musulmans – est en train de battre de l’aile miné par un autoritarisme de plus en plus inquiétant. En décidant de mettre fin au processus de paix avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK ou Partiya Karkerên Kurdistan) et en étendant aussi la répression contre de multiples forces politiques turques, pourtant légales, le président Recep Erdogan vient de démontrer qu’il ne reculera devant rien pour renforcer son pouvoir personnel. En effet, la principale grille de lecture des récents événements en Turquie concerne avant tout la politique intérieure de ce pays. Pour mémoire, le 7 juin dernier, l’AKP, bien que vainqueur du scrutin législatif, n’a pu obtenir la majorité absolue à la Grande Assemblée nationale de Turquie. Un revers de taille pour Erdogan dont l’un des objectifs est d’étendre ses prérogatives en tant que président de la république. Un changement qui passe par une révision constitutionnelle que l’AKP ne peut mettre en place qu’en disposant du contrôle des deux tiers du Parlement.
 
Le 7 juin, l’ambition ultra-présidentielle d’Erdogan a été contrée par deux faits majeurs. Le premier est la montée en puissance du parti d’action nationaliste (MHP ou Milliyetçi Hareket Partisi) fondamentalement opposé au processus de paix entamé en 2012 entre Ankara et le PKK via des négociations avec le leader kurde emprisonné Abdullah Öcalan. Le second est l’émergence du Parti démocratique des peuples (HDP ou Halkların Demokratik Partisi) qui a fait son entrée pour la première fois au Parlement. A l’origine pro-kurde, cette formation progressiste, très populaire au sein de la jeunesse turque, entend représenter toute la société y compris ses minorités qu’elles soient ethniques, religieuses voire sexuelles. S’inscrivant dans la foulée du mouvement protestataire de l’été 2013, cette coalition de plusieurs partis et association de gauche est souvent qualifiée de « Syriza turque ».
 
En s’en prenant au PKK mais aussi au HDP, Reccep Erdogan entend donc faire coup double. D’abord, il envoie un message de séduction aux nationalistes en leur assurant qu’il n’y aura jamais d’Etat kurde et que même une autonomie du sud-est du pays dans le cadre d’une décentralisation telle que souhaitée par le PKK n’aura pas lieu.  Ensuite, il se débarrasse d’une formation politique, en l’occurrence le HDP, qui lui a coûté de précieuses voix.  Car le scénario qui est en train de se dérouler est clair comme de l’eau de roche. Assuré de l’inertie complice de ses alliés occidentaux – lesquels ont besoin de la Turquie dans la lutte contre l’Organisation de l’Etat islamique (EI) et contre le régime de Bachar al-Assad -, Erdogan entend faire interdire le HDP et ses composantes et les empêcher ainsi de se présenter aux législatives anticipées qui vont certainement avoir lieu à l’automne prochain. Des législatives qui, si elles donnent la majorité absolue à l’AKP, ouvriront donc la voie à la mise en place d’un régime présidentiel… Selahettin Demirtas, président du HDP ne s’y est d’ailleurs pas trompé en déclarant  que le seul délit de son parti « c’est d’avoir fait 13% [des suffrages] aux dernières élections ».
 
La répression, car c’en est une, contre le HDP s’explique aussi par le fait que ce parti représente tout ce qu’Erdogan déteste en terme de valeurs et d’orientations politiques. Idées de gauche, engagement écologique (comme lors de la défense du Parc Gazi à Istanbul en 2013), défense des minorités, et opposition à l’alliance avec l’Organisation du Traité atlantique (Otan) et les Etats-Unis : tout cela ne correspond pas à la vision conservatrice et religieuse d’Erdogan. Pendant longtemps, le leader de l’AKP a donné l’impression d’être partisan du pluralisme et de la démocratie même si, à propos de cette dernière, il a déclaré un jour qu’elle était « comparable à un bus qui finit toujours par s’arrêter quelque part ». Aujourd’hui, il reste tout de même à savoir si cette dérive autoritariste est soutenue par les membres de l’AKP ou si elle est le résultat d’une ambition personnelle dévorante.
 
Cette mise en perspective en matière de politique interne turque permet donc de mieux appréhender l’autre « virage » récent de la Turquie autrement dit sa décision de s’attaquer (enfin) à l’organisation de l’Etat islamique. Bombardements aériens et création annoncée d’une « zone protégée » avec le concours des Etats-Unis ont donné à penser qu’Ankara considère désormais que la priorité n’est plus la chute du régime d’Assad mais bien la lutte contre l’EI. Autant le dire, la réalité de ce recentrage reste à prouver. Jusqu’à présent, la stratégie turque a surtout consisté à empêcher que les Kurdes de Syrie, alliés au PKK, ne contrôlent de trop grands territoires cela quitte à « ménager » l’EI jugé, il y a encore quelques jours, comme indispensable pour l’affaiblissement d’Assad. Officiellement, c’est l’attentat suicide dans la ville de Suruç qui, le 20 juillet dernier, a coûté la vie à 32 personnes (dont de nombreux jeunes de gauche engagés dans un mouvement de solidarité avec la population de Kobané ou Ayn el-Arab), a changé la donne et mis fin à l’indulgence (coupable) de la Turquie à l’égard de l’EI. Mais seul le temps confirmera ce changement. En attendant, la Turquie s’en retourne à pas rapide vers les périodes de fer, celles où la gauche et les mouvements kurdes étaient impitoyablement persécutés.
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samedi 16 août 2014

La chronique du blédard : All inclusive

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 14 août 2014
Akram Belkaïd, Paris
 
Quelque part au sud de la Turquie. Au pied de montagnes chauves, dans un « resort », sorte d’enclave luxuriante pour touristes encagés où tout (ou presque) est compris (autrement dit, déjà payé), la bataille des transats fait rage. L’Allemand se lève très tôt et avant même de fondre sur le buffet du petit-déjeuner, il se dépêche d’étendre ses serviettes à la plage ou à la piscine. Sa satanée obsession de la profondeur stratégique le mène souvent à réserver plus de chaises longues que nécessaire. Au grand dam de l’Anglais, son grand rival, qui n’hésite donc pas, pensant que personne ne le regarde, à jeter les dites serviettes sur la pelouse et à récupérer quelques pliants au risque d’une grosse tchaqlala une ou deux heures plus tard. Voici d’ailleurs ce que dit le journaliste Christophe Bourdoiseau à propos de ce conflit qui peut gâcher les vacances des uns et agrémenter celles des autres : « Une véritable ‘guerre des serviettes de bain’ oppose depuis des années Britanniques et Teutons (…) La réservation est une véritable obsession chez l’Allemand. Il vous réclamera son siège numéroté dans un cinéma même si la salle est presque vide ! » (*).
 
Le Russe se lève tôt lui aussi ce qui n’est pas un moindre exploit quand on sait qu’il a levé le coude jusqu’à tard dans la nuit au son de Shakira ou de Tarkan. Visage bouffi, accompagné par madame, blonde, cela va de soi (même si elle est plus souvent fausse que vraie), et de leurs deux ados - tout ce beau monde faisant la mine - il accorde un bref regard de mépris à l’Allemand en train de délimiter son périmètre. Puis, la « semya » au complet chausse ses palmes et entre dans l’eau encore froide sans la moindre hésitation. En moins d’une minute, la voilà déjà au large, presqu’invisible. Son éloignement inquiète un peu l’Allemand qui se demande si les Russes ne vont pas saccager sa mise en place une fois sortis de l’eau. Il hésite à attendre leur retour mais l’appel des œufs brouillés et des crêpes à la confiture de rose est trop fort.
 

Le Français, lui, râle. Bien sûr, cela fait cliché que de l’écrire mais la réalité est ce qu’elle est. Pourquoi n’y-a-t-il pas de vraies saucisses de porc à la place de ces merguez de volaille au cumin, est son premier grief de la journée. Quelques minutes plus tard, découvrant l’étendue des annexions germano-britanniques, il va se mettre en quête « d’un responsable » pour protester puisque le règlement – placardé sur la plage - interdit la réservation de transats : « Faut pas charrier ! Parce que, bon, je veux bien, mais quand même ! » Un garçon de plage finit par lui trouver un parasol de libre et, gros bouquin de Marc Levy ou de Jean-Christophe Grangé en main, voici notre râleur qui, enfin calmé, joue au tournesol. De temps à autre, la moitié de la plage (ou presque, n’exagérons pas) bénéficie de ses réflexions. Il juge ainsi que l’arak ressemble un peu trop à l’ouzo mais que, de toutes les façons, rien ne vaut le pastis et les vacances en Corse. Sa femme, elle, se demande si acheter un faux sac Vuitton au marché d’à-côté est vraiment dangereux. Un seul, pas dix, comme les Russes, précise-t-elle.
 
Tiens, voilà un Algérien accompagné de sa femme et de celle qui semble être sa belle-sœur (l’hypothèse d’une seconde épouse n’étant pas à écarter, bien au contraire). Le premier jour, ces dames se sont baignées entièrement vêtues d’une ample robe noire. A la piscine, un maître-nageur leur a fermement demandé de quitter le bassin pour raisons hygiéniques et elles ont été obligées de se rabattre sur la plage où des dizaines de regards, curieux, réprobateurs ou carrément hostiles, ont pesé sur elles. Quelques jours plus tard, une certaine sensation de détente et de frivolité générale aidant, les robes de bain ont fini par disparaître remplacées par de sages maillots une-pièce achetés à la boutique hors de prix de l’hôtel… Comme le Français, avec lequel il a fini par sympathiser, l’Algérien parle haut, avec cet accent néo-algérois si difficile à blairer. Mais il ne râle pas. Il s’extasie devant tout ce que font les Turcs. « Qu’est-ce qu’ils travaillent ! On aurait pu tellement apprendre d’eux. On est loin, vraiment ! Pourtant, Béni Saf c’est bien plus beau qu’Antalya, non ? ».
 
Toutes nationalités confondues, les mâles de la plage ne cessent d’observer les quatre ou cinq Iraniennes qui, telles des stars, arrivent tard et repartent toujours les premières. Nez visiblement refaits, poitrines opulentes et tailles de guêpes, pagnes transparents, maillots, ou plutôt strings de marque, longues cigarettes à la main et ne dédaignant pas une pression servie dans l’une des multiples buvettes gratuites, ces jeunes femmes assurent le spectacle et montrent, s’il le fallait encore, que rien n’est simple concernant le pays des ayatollahs.
 
Au plus fort en début de journée à cause de la course au transat, la tension diminue progressivement au fil des heures et chacun vaque à ses occupations, la plus stupide (et la plus fréquente) étant celle qui consiste à se tasser autour de la piscine chlorée dans un vacarme digne d’un marché à bestiaux. Mais quand vient l’heure du dîner, c’est de nouveau l’heure des affrontements et du parcours du combattant : Trouver une table, convaincre un garçon exténué par des journées de travail de seize heures, de débarrasser, d’amener des couverts et une bouteille d’eau minérale (sans gaz) tout en espérant qu’il reste encore des kebabs arrosés d’ayran. Visage rouge et épaules en feu, l’Anglais n’hésite pas à dîner en tongs, marcel défraichi et bermuda là où les rares clients turcs présents s’affichent en costume de lin, chaussettes fines et chaussures blanches. Que dirait Agatha Christie qui aimait tant décrire l’élégance de ses compatriotes voyageant en Orient ?
 

Autour des buffets, ça se toise, ça vérifie que l’autre n’a pas quelque chose dans son assiette qu’on aurait raté, ça slalome, ça n’attend pas son tour pour récupérer quelques calamars carbonisés, ça se fait des queues de poisson, ça se donne des coups d’épaule. Parfois, un plat se fracasse au sol. Son propriétaire ne perd pas une seconde et repart à l’assaut. Les assiettes se remplissent à ras-bord. Ça mastique, ça fait travailler les mandibules. Et, surtout, ça gaspille des kilogrammes de nourriture qui finira dans les composts du potager bio dont le « resort » est si fier. Le Russe fait d’énormes provisions, surtout au buffet des desserts. C’est par assiettes entières que les cargaisons de kabak et de gâteaux au miel vont monter dans sa chambre. Pour couper une faim nocturne ou peut-être la peur de manquer… Et comme chaque soir, la Française n’est pas contente. « Encore no caramelo ? », demande-t-elle à un serveur qui essaie de sourire alors qu’il tombe de sommeil. « Pourquoi hein ? Pourquoi toujours no caramelo ? Bon puisque c’est comme ça, vanilla alors ! ».
 
Il est vingt et une heures. La sarabande s’apaise. Il est temps d’aller courir à l’amphithéâtre pour suivre le spectacle du soir, des danses cubaines ou des jongleurs anatoliens (l’Allemand peut prendre son temps, il a envoyé ses enfants pour réserver des sièges). Parmi les retardataires au restaurant, l’Algérien, lui, est tout content. Il vient d’apprendre par la bouche d’un serveur que dolma veut dire légume farci…

(*) Allemagne, la mémoire libérée, Editions Nevicata.
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jeudi 24 avril 2014

Xavier Bettel, PM luxembourgeois à propos de la Turquie

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"Il est temps d'arrêter de faire languir la Turquie (...) S'ils [les Turcs] n'étaient pas musulmans, ils seraient membres depuis trente ans, donc décidons si nous voulons, ou non, des musulmans dans l'Union [européenne]"

Xavier Bettel, Premier ministre du Luxembourg, dimanche 20 avril, RFI

samedi 8 juin 2013

La chronique du blédard : Des islamistes, du pouvoir et du nécessaire contre-pouvoir

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 6 juin 2013
Akram Belkaïd, Paris
 
Les islamistes sont-ils capables de jouer le jeu de la démocratie et, plus encore, celui de l’alternance politique ? D’ailleurs, en ont-ils envie ou est-ce que les assurances qu’ils donnent ne sont qu’une façade trompeuse ? On le sait, ces questions ne datent pas d’hier. En Algérie, elles ont été (provisoirement ?) tranchées de façon radicale pour ne pas dire sanglante dans les années 1990. Aujourd’hui, l’actualité du monde arabe mais aussi de la Turquie les remettent à l’ordre du jour. De fait, l’actuelle fronde populaire contre le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, et, plus encore, la réaction brutale et arrogante de ce dernier (du moins durant les premiers jours de la contestation), oblige encore à s’interroger sur les buts à long terme de l’islamisme politique et de ses variantes dites socio-conservatrices.
 
Bien entendu, il ne s’agit pas de joindre sa voix à celles et ceux qui triomphent sur l’air du « on vous l’avait bien dit !». Pour les contempteurs de l’islamisme politique, ce qui se passe en Tunisie ou en Turquie, est la preuve directe de l’incompatibilité entre, d’un côté, les courants ayant pour but la mise en place d’une théocratie et, de l’autre, les principes universels de respect des libertés individuelles sans oublier, comme évoqué à plusieurs reprises dans ces colonnes, la garantie du droit aux droits pour tous. L’auteur de ces lignes n’a pas changé d’avis. La pire des solutions, celle qui mène tout droit à la guerre civile, est d’interdire le champ politique aux islamistes et de refuser le moindre contact avec eux. Pour autant, ce « dialoguisme » assumé, certes parfois de manière inconfortable quand l’actualité devient tragique, ne doit pas être synonyme de naïveté ou de complaisance.  
 
Il y a quelques années, Erdogan a déclaré que la démocratie est comparable à un bus qui doit bien s’arrêter quelque part. Par la suite, il a modéré son propos et n’a eu de cesse de répéter qu’il respecterait toujours les règles démocratiques et même le principe de laïcité tel qu’il a été légué par Atatürk. Le problème, c’est que l’on voit bien que son pouvoir s’est radicalisé au cours de ces dernières années et qu’il flotte sur Ankara un inquiétant air d’autoritarisme. L’emprise religieuse de l’AKP, le parti d’Erdogan, ne cesse de se resserrer sur la société, des journalistes sont emprisonnés pour avoir défié le pouvoir tandis que des intellectuels sont poursuivis pour des propos ou des écrits jugés blasphématoires.
 
Dans tout cela, il y a incontestablement une ivresse dans l’exercice du pouvoir personnel. Le constat est que, depuis qu’il est aux affaires, Erdogan en veut toujours plus pour lui-même et son parti. On doit d’abord se demander si cela est le fait d’un seul homme, que l’on dit malade et donc décidé à laisser sa marque dans l’histoire de son pays, ou si cela relève d’un processus intrinsèque à l’AKP et ses sympathisants. Les fortes réserves émises par le président Abdullah Gül sur les violences policières subies par les manifestants de la place Taksim démontrent toutefois qu’il faut se garder de mettre tous les islamistes turcs dans le même sac.
 
Erdogan n’a de cesse de rappeler sa double légitimité pour répondre aux critiques dont il fait l’objet. Il insiste ainsi sur les bonnes performances économiques de son pays depuis 2002 et adopte souvent la posture de celui qui ne cesse de sillonner le monde pour permettre aux entreprises turques, y compris les plus modestes, d’obtenir des marchés à l’étranger (c’était d’ailleurs le sens de sa récente visite au Maghreb). Mais il met surtout en avant la légitimité électorale de son gouvernement. « Nous avons été élus, nous avons un mandat du peuple, circulez, il n’y a rien à redire », tel est, pour schématiser, le propos du Premier ministre à l’adresse des contestataires. C’est d’ailleurs le même discours que tiennent nombre de dirigeants ou d’élus du parti tunisien Ennahdha en renvoyant aux résultats des élections d’octobre 2011 pour justifier leurs actes et paroles jusqu’à ce jour.
 
On l’aura compris, l’AKP comme Ennahdha posent le fameux problème de la « tyrannie de la majorité » face à la minorité (encore que personne n’est sûr aujourd’hui qu’Ennahdha représente toujours la majorité politique dans son pays, ce qui explique, entre autre, pourquoi les Tunisiens tardent à reprendre le chemin des urnes…). A-t-on le droit d’entreprendre tout ce que l’on veut quand on a été élu ? A cette question, Erdogan, comme tant d’autres responsables politiques dans le monde, répond de manière catégorique par l’affirmative. Que cela déplaise ou pas, il en a le droit. Par contre, ce qui pose problème, c’est l’absence de contre-pouvoir efficace. L’absence d’institutions solides capables de limiter la tyrannie des représentants de la majorité électorale.
 
On peut donc se demander si l’évolution du monde musulman, et plus encore du monde arabe, n’est pas freinée par le fait que les peuples sont peu sensibles, peu concernés et peu sensibilisés à la nécessité du contre-pouvoir quelle que soit la structure. Exiger la démocratie est devenue chose courante. La penser en termes de pouvoir et de contre-pouvoir institutionnel est loin de l’être. On peut réfléchir à des instruments tels que le « recall », dispositif qui permet de réorganiser des élections anticipées quand l’élu outrepasse ses prérogatives, ne donne pas satisfaction ou s’engage dans une réforme jugée trop dangereuse.
 
Mais, avant toute chose, c’est l’idée même de l’impérieuse nécessité du contre-pouvoir qu’il faut populariser dans nos pays. Non, le chef, quelle que soit sa couleur politique, ne doit pas décider de tout et il n’y a pas de « fakhamatouhou » qui tienne ! Non, le chef, qu’il soit président, général ou maire, n’est pas omniscient et il faut toujours veiller à ne pas lui donner tous les pouvoirs en organisant les possibilités légales et institutionnelles d’un recours pacifique de la part de ses contestataires éventuels. C’est l’une des pistes à explorer pour en finir avec la tentation récurrente du pouvoir absolu.
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lundi 2 janvier 2012

La chronique du blédard : De la Turquie et du couple algéro-français

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Ah, mes amis : quelle histoire ! Malgré les bisbilles habituelles, on pensait que les relations algéro-françaises étaient plutôt tranquilles ces derniers temps. Mais voilà que nos cousins turcs viennent de mettre leur grain de pistache dans cette longue histoire faite de polémiques et de reproches mutuels. Résumons rapidement pour celles et ceux qui n'ont pas suivi l'affaire. Les députés français de droite, soutenus par le président Nicolas Sarkozy et, j'insiste là-dessus, une bonne partie de leurs homologues de gauche, viennent de voter une loi qui punira quiconque nierait l'existence d'un génocide perpétré par les Ottomans à l'encontre du peuple arménien. Du coup, le gouvernement turc menace de faire adopter une loi punissant la négation du génocide du peuple algérien par les armées coloniales françaises. 

Commençons par relever une première chose. Dès lors qu'il s'agit de la France et de sa politique étrangère, il n'est pas rare que la question algérienne se retrouve au milieu des débats (et cela sans que les Algériens aient leur mot à dire). Cela vaut pour tout le monde arabo-musulman mais aussi, de façon plus générale, pour tout ce que l'on désigne encore par le Tiers-monde ou le Sud. Ainsi, en février dernier, au plus fort de la polémique à propos des liens incestueux entre la classe politique française et le régime de Ben Ali, nombreux étaient les Tunisiens qui, dans leurs diatribes à l'encontre de la France, rappelaient au passage ce que fut la violence de la Guerre d'Algérie. J'ai aussi en tête un autre exemple relevé lors de la crise ivoirienne avec ce propos outrancier - d'un partisan de Gbagbo : «En Côte d'Ivoire, la France fait pire qu'en Algérie». Quoiqu'en prétendent les officiels français, le «travail de mémoire» de leur pays concernant l'Algérie n'a donc convaincu personne. C'est un fait que l'on ne peut guère nier : la France traîne encore son histoire algérienne comme un boulet honteux.

L'autre point qui mérite d'être relevé, même s'il est plus anecdotique, concerne le Premier ministre turc Erdogan. En prenant connaissance de ses déclarations à propos du passé de légionnaire de Pal Sarkozy (le père de Nicolas) et de sa présence en Algérie dans les années 1940, je n'ai pu m'empêcher de me dire qu'il s'agissait-là d'une réaction «à l'algérienne». On dit souvent (certainement à tort) qu'en quatre siècles de présence, les Turcs, ou plutôt les Ottomans, n'ont laissé pour trace en Algérie que quelques familles, des milliers de mots désormais arabisés et une très bonne cuisine. A ce legs, il faut désormais ajouter la manière ombrageuse, pour ne pas dire belliqueuse, d'appréhender les relations avec autrui, surtout quand ce dernier n'est guère sympathique ou digne de respect. «Iroh ichouf babah : Qu'il aille demander à son père ce qu'il a fait en Algérie dans les années 1940». C'est en gros ce qu'a dit Erdogan à propos de Sarkozy. Et les Algériens, dans leur grande majorité, ont applaudi parce qu'ils se sont reconnus dans le Premier ministre turc qu'ils considèrent désormais comme étant l'un des leurs. Une sorte de parent longtemps ignoré, ou oublié, et qui reprend sa place à la meïda familiale. De l'influence de la présence turque dans le comportement contemporain des Algériens. Voilà un beau sujet d'étude Mais revenons à la popularité d'Erdogan chez les Algériens.

Pour être honnête, il faut dire que j'ai tout de même vu passer quelques rares réactions qui lui étaient hostiles, notamment du fait de son appartenance à un parti islamiste (ou conservateur, pour reprendre sa propre définition). Ainsi, cet internaute qui, sur facebook, rappelait que la Turquie des années 1950, alors pilier de l'Otan, n'a pas soutenu la lutte du peuple algérien pour son indépendance. Une manière de renvoyer le Premier ministre turc à l'histoire récente de son propre pays, celle d'une rupture voulue par Atatürk avec le reste du monde arabe. Cela étant précisé, il faut tout de même relever l'absence de réaction officielle algérienne ou de prise de parole d'intellectuels qui irait dans le sens de l'apaisement dans cette polémique franco-turque. Et l'on sera bien en peine de trouver une prise de position rappelant à la Turquie que la France et l'Algérie sont aujourd'hui des partenaires stratégiques et qu'il n'est pas opportun de chercher à semer la zizanie entre eux.

De fait, cette pitoyable manœuvre électorale de Nicolas Sarkozy, cherchant à sécuriser le vote de la communauté arménienne de France, renvoie-t-elle aussi les Algériens à leur propre rapport à la France. A quelques mois de la célébration du cinquantième anniversaire de l'indépendance, il est peut-être nécessaire d'essayer d'y réfléchir de manière un peu plus sereine. N'est-il pas temps, par exemple, de se dire que les manœuvres dilatoires et les stratagèmes politiciens enclenchés de part et d'autre de la Méditerranée ne doivent tromper personne. Ainsi, que dit actuellement tel ou tel officiel français quand il est en visite à Alger ? Il avertit tout simplement que son pays est entré en campagne électorale pour l'élection présidentielle et qu'il ne faudra pas que ses homologues algériens s'offusquent de ce qui s'y dira ou de ce qui s'y fera au nom du siphonage, par le candidat Sarkozy, des voix de l'extrême-droite.

Et que disent alors les officiels algériens ? Tout simplement qu'ils comprennent bien cette situation et, qu'eux aussi, pourraient être amenés à hausser le ton contre l'ancienne puissance coloniale en fonction de l'évolution de la situation politique interne de l'Algérie. En clair, ce qui se passe entre les deux Etats relève souvent du jeu convenu et de la passe d'armes à fleurets mouchetés. Car, en réalité, la relation algéro-française est bien plus solide et structurée qu'on ne le pense. C'est le cas, entre autre, du domaine économique dont on ne parle pas souvent alors que l'Algérie est l'un des rares pays au monde avec lequel la France présente un solde commercial positif

Tout cela pour dire que si la polémique franco-turque peut servir à échauffer les esprits et aider les uns et les autres à se défouler (notamment sur Sarkozy), il ne faut pas pour autant être dupe. La Turquie a son propre agenda notamment économique. La France et l'Algérie possèdent des intérêts communs malgré les incompréhensions, les malentendus et les offenses réciproques. Dans moins de trois mois, sera célébré le cinquantième anniversaire du cessez-le-feu du 19 mars. Cela donnera certainement l'occasion à de nouvelles polémiques qui donneront à penser que rien ne va plus entre Alger et Paris. Il faudra alors raison garder et attendre que cela passe... D'où l'importance de ne pas se laisser piéger par une polémique franco-turque qui, à bien y regarder, ne concerne pas, ou si peu, les Algériens. 

Le Quotidien d'Oran, jeudi 29 décembre 2011
Akram Belkaïd, Paris
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