Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).

vendredi 24 juin 2011

Ben Ali contre Ben Laden (L'Express, semaine du 8 au 14 novembre 2001)

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Note 1 : Cet éditorial a été rédigé par le journaliste Denis Jeambar près de deux mois après les attentats du 11 septembre 2001. Il résume assez bien la conviction d'une partie des élites françaises pour qui le terrorisme islamiste imposait une plus grande indulgence à l'égard des régimes arabes autoritaires, pour ne pas dire dictatoriaux.


" Depuis le 11 septembre, bien des idées reçues sur le monde d'aujourd'hui se troublent. Les nouvelles lunettes que nous impose le terrorisme islamiste modifient, en effet, notre regard démocratique. Nos jugements, jusque-là, étaient profondément marqués par la défense de nos intérêts économiques et par le respect des différences culturelles. Cette conjugaison cynique d'un calcul et d'un alibi permettait de pactiser sans états d'âme avec la plupart des dictatures pétrolières et des régimes clefs pour notre géopolitique tricolore. Peu nous importait, par exemple, que des femmes soient lapidées et, en permanence, humiliées! Nous respections ce «différencialisme», assimilé à de l'exotisme, de pays encore barbares et nous préférions fustiger des Etats, au fond, beaucoup plus proches de nous car déjà entrés dans les premiers faubourgs de la démocratie. Ainsi, depuis quelques années, nous sommes-nous acharnés sur la Tunisie, alors que ce pays est le plus avancé du monde arabe sur le terrain des libertés civiles. Les femmes y disposent d'un statut à nul autre pareil dans l'univers arabo-musulman (la polygamie et la répudiation y sont interdites, le divorce autorisé, les emplois ouverts), le politique y est séparé du religieux, le taux de scolarisation y est celui des pays occidentaux et l'économie y galope autour de 5% de croissance. Certes, les libertés politiques n'ont pas eu le temps d'y naître et l'intégrisme y est très sévèrement réprimé, mais le régime autoritaire de Ben Ali a besoin de la durée pour créer une véritable assise démocratique, à travers notamment l'éducation. Il ne s'agit pas d'être complaisant mais simplement lucide: la démocratie ne naît pas en un seul jour, notre pays a, lui-même, traîné en chemin. Depuis les attentats contre les Twin Towers, il est devenu, en tout cas, évident qu'il faut opposer Ben Ali à Ben Laden."


Note 2 : voici quelle fut ma réponse publiée dans le courrier des lecteurs de l'Express, le 13 décembre 2001.


" J'ai lu avec consternation votre éditorial consacré au régime tunisien. C'est un texte qui fleure bon le néocolonialisme paternaliste et qui repose sur un étrange postulat: à vous lire, il y aurait donc des peuples moins mûrs que d'autres pour la démocratie! Défendre le régime de Ben Ali, c'est insulter tous ceux qui, en Tunisie, souffrent dans leur chair du fait de leur engagement pour la démocratie. C'est parce que le monde arabo-musulman est sous la dure férule de dictateurs que des Ben Laden naissent et sévissent: régimes policiers et extrémistes religieux sont deux faces d'une même pièce. Quant aux femmes tunisiennes, elles ont, certes, plus de droits que dans les autres pays musulmans, mais c'est à feu Habib Bourguiba qu'elles le doivent. Le régime actuel a bien compris l'intérêt de maintenir leurs acquis, car c'est la meilleure manière d'obtenir l'indulgence de l'Occident. Un Occident qui feint d'ailleurs de ne pas voir que les droits de la femme tunisienne sont uniquement sociaux et absolument pas politiques. (...) Avec vos propos, les dictatures musulmanes savent comment se maintenir en place: un peu de liberté pour les femmes, la chasse aux sympathisants de Ben Laden et tant pis pour la démocratie."

A. Belkaid-Ellyas, Paris.


Note 3 : Autre réaction négative d'un lecteur (13/12/01)

"Votre plaidoyer en faveur de Ben Ali m'a rappelé avec effroi les arguments de Georges Marchais et de ses amis lorsqu'ils s'adonnaient aux joyeusetés de leur dialectique. Ainsi il y aurait des degrés d'aptitude à la démocratie. Peut-être êtes-vous d'accord avec Elie Barnavi lorsqu'il prétend que «qui critique Israël est antisémite». Après tout, Staline a inventé le fameux «qui n'est pas avec moi est contre moi». (...) Vous prouvez par vos analyses que vous êtes plus fin que ce plaidoyer gros sabots en faveur d'un régime qui, au nom du combat anti-Ben Laden, met en prison tout ce qui bouge. Le bon démocrate fera réviser la Constitution pour être président à vie... avec un brevet de bonne conduite décerné par L'Express."

J. Kéhayan, Marseille.


Note 4 : autre réaction négative d'un lecteur tunisien

"Moi, le jeune Tunisien assoiffé de bonne presse, dans un pays où la presse est depuis belle lurette ligotée ou aux ordres du «pouvoir autoritaire» du général Ben Ali, je suis sidéré et indigné par votre éditorial... Y faites-vous l'éloge d'un régime que de nombreux Tunisiens amoureux de liberté et de démocratie s'appliquent à combattre depuis des années? Vous donnez à ce régime dur la chance de se dédouaner auprès d'une opinion intérieure lasse des louanges gratuites adressées au chef qu'elle lit dans ses quotidiens. Pourquoi cette perche? Que la propagande a su saisir, surtout ces jours-ci, alors que le général Ben Ali et ses acolytes s'apprêtent à changer la Constitution, qui rétrécit telle une peau de chagrin, d'année en année, au gré des caprices de monsieur le Général, qui ne veut pas quitter le pouvoir. (...) En Tunisie, mon pays, on utilise tout pour légitimer un pouvoir de plus en plus autoritaire, méchant et sanguinaire. Et, en attendant «une véritable assise démocratique», pleure, ô mon pays bien-aimé..."

I. Tounsi (courriel).


Note 5 : Une réaction positive d'un lecteur tunisien dont il serait intéressant de connaître l'avis aujourd'hui...


"Je voudrais vous dire un grand bravo. En faisant amende honorable, vous reconnaissez les torts qui ont pu être faits à la Tunisie - objet depuis plusieurs années de critiques acerbes - quant à son modèle politique. Les railleries émises par la presse ont fini par donner de la Tunisie une image de bagne et de purgatoire. Les journaux, ainsi que certains commentateurs politiques, même s'ils concèdent quelques épithètes flatteuses sur sa réussite économique, n'ont pas hésité à disserter sur les manquements graves et répétés aux droits de l'homme et à la démocratie qu'ils ont pu «observer» en Tunisie. (...) Je suis persuadé que la Tunisie souffre d'un déficit d'image, qu'il convient de redresser au plus vite, et je prétends que le pays du Jasmin, bien que gouverné par un président qui ne fait aucune concession aux intégristes, n'en est pas moins un pays démocratique dans les faits. Je ne doute pas qu'à la faveur des événements tragiques du 11 septembre dernier beaucoup de censeurs soient en train de changer d'avis sur la Tunisie, et ce pays qu'on se plaît à leur présenter comme «liberticide» est en réalité un pays qui construit à son rythme une démocratie à l'abri des soubresauts. Certes, en matière de démocratie, il reste toujours des choses à faire. La démocratie est, par définition, un exercice inachevé, difficile et de longue haleine. A vouloir aller trop vite, on finit par aboutir à l'effet inverse du but escompté; les exemples des pays limitrophes de la Tunisie et d'autres dans le monde sont là pour le rappeler cruellement. La démocratie ne se décrète pas, elle ne se mime point, vérité en deçà, erreur au-delà. Il n'y a pas si longtemps, des pays comme l'Espagne ou le Portugal ne constituaient nullement un modèle pour l'exercice des droits de l'homme ou de la démocratie. Il a fallu à la France, elle-même, quatre révolutions et cinq républiques pour accoucher d'une démocratie pluraliste. Et on voudrait que Ben Ali y arrive du premier coup! Alors Ben Ali contre Ben Laden, oui, et pourquoi pas! S'il est un enseignement qu'il faut tirer des événements du mois de septembre 2001, c'est qu'on ne peut pas pactiser avec les tenants de la pensée unique, fut-elle religieuse, car ce sont les ennemis de la démocratie. Pour unique qu'elle soit, votre position n'en est pas moins appréciable."

F. Ajabi, avocat, Paris.


Note 6 : La réponse de l'Express par Denis Jeambar. On appréciera à leur juste valeur les dernières lignes


" La démocratie a toujours été le fruit d'un processus historique lent et long. Nous sommes tous impatients de la voir s'épanouir à travers le monde, mais, à vouloir aller trop vite, on compromet parfois ses progrès. Nous n'avons pas prononcé un plaidoyer en faveur du président Ben Ali, en Tunisie, comme le suggèrent quelques lecteurs. Nous avons même souligné le caractère autoritaire de ce régime. Reste que la Tunisie est le pays le plus avancé du monde arabe sur le chemin de la démocratie. Elle n'y fleurit pas encore, mais elle s'imposera d'elle-même avec le temps, car tous les germes s'y développent désormais."


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mardi 21 juin 2011

A propos de France-Brésil de 1986

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Lu aujourd'hui dans L'Equipe un dossier souvenir à propos de France - Brésil en 1986 (victoire française aux pénalties)à Guadalajara.

Les Algériens, se souviennent sûrement des hurlement de joie (hé oui !) du speaker de la tv algérienne : Touqsa el Brazile ! Touqsa el Brazile !

Restent deux questions fondamentales :

- est-ce que le tv-reporter algérien a appris à prononcer correctement Guadalajara (en roulant les r et en prononçant le خخ(kh) au lieu du mémorable : wadi el-hidjara...

- Et, plus important encore, je me demande si les Français ont, eux aussi, enfin appris à prononcer correctement Guadalajara au lieu de l'impayable Guadalaخخ (Guadalakhakha)...

Mais j'ai comme un doute. Il suffit, concernant l'équipe d'Espagne, de se rappeler comment certains de mes confrères de l'Hexagone prononcent خoخa (khokha) au lieu de roja, pour le comprendre...
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dimanche 19 juin 2011

Lu dans le métro

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Lu cette publicité dans le métro :

" (a-b)2 = a2-2ab+b2



Si vous restez sans voix, appelez Acadomia"



La formule est exacte. Mais le chicaneur que je suis juge peu élégante la manière dont cette égalité remarquable est présentée.



Un bon mathématicien ordonne toujours sa formule selon l’ordre décroissant des puissances donc :



(a-b)2 = a2+b2-2ab



Je dis ça, comme ça, pour ceux qui resteraient sans voix et qui seraient tentés d’appeler la dite institution de soutien scolaire.

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mardi 24 mai 2011

Tunisie, 26 octobre 2009

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Souvenir, souvernir en cette période où l'on parle beaucoup d'élections

:LE MONDE.FR : Dernière minute
lundi 26 octobre 2009

Tunisie : Ben Ali réélu pour un cinquième mandat
Le président sortant a obtenu 89,62 % des suffrages exprimés, dimanche, selon les résultats définitifs publiés par le ministère de l'intérieur. (AFP)
hi ! hi ! hi ...

L’UNION EUROPÉENNE ET LES « RÉVOLTES ARABES » : QUEL RÔLE ? QUEL(S) IMPACT(S) ? Compte-rendu de la conférence du 28 avril 2011 (IRIS - Maison de l'Europe)

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Depuis quelques mois, un vent de révoltes souffle dans le monde arabe, surprenant tous les observateurs, qu'il s'agisse des acteurs politiques, des gouvernements ou des ambassades présentes dans ces pays. Les États européens assistent, en ce début d’année 2011, à de profonds changements dans leur environnement géostratégique immédiat. Les États de la rive Sud de la Méditerranée, gouvernés depuis leur indépendance par des régimes autoritaires, sont traversés par une vague de contestation démocratique. Les États européens tentent difficilement d’apporter une réponse commune à cette nouvelle donne.

Comment l’UE essaie-t-elle de faire face à cette situation inédite ? Comment éviter que les États membres se désolidarisent une fois de plus, alors qu’ils ont des intérêts communs dans la région ? Les « révoltes arabes » sonnent-elles le glas de l’Union pour la Méditerranée ? Et surtout, qu’attend-on de l’Union européenne sur la rive Sud de la Méditerranée ? Comment les postures et les actions de l’UE, lors des révoltes en Tunisie, Égypte et Libye ont-elles été interprétées ? Ira-t-on vers un renouveau de l’influence européenne, qui accompagnerait la transition de ces pays ? Vers une présence accrue de la Chine et des États-Unis, soucieux de développer leurs relations avec les nouvelles autorités et leurs approvisionnements en matières premières ? Quel rôle pour la Turquie ? Ce pays peut-t-il devenir un modèle pour des jeunes États démocratiques dans la région ?

C'est donc sur le thème des relations « Union européenne - monde arabe » que l'Institut des relations internationales et stratégiques a décidé d'organiser cette conférence-débat en partenariat avec la Maison de l'Europe. Sont intervenus au cours de la conférence Fabio Liberti, directeur de recherche à l’IRIS et modérateur de ce débat, Bastien Nivet, docteur en Sciences politiques, professeur à l'école de management Léonard de Vinci (Paris – La Défense) et spécialiste des questions européennes ; Akram Belkaïd, journaliste indépendant d'origine algéro-tunisienne qui a publié plusieurs ouvrages tels que Un regard calme sur l'Algérie, A la rencontre du Maghreb, et qui a coopéré avec, en autres, Le Monde diplomatique et SlateAfrique. Pour analyser le rôle, présent et futur, de la Turquie : Didier Billion, directeur des publications de l'IRIS, spécialiste de la Turquie et du Moyen-Orient, et auteur de nombreux ouvrages, articles, notes de consultances pour les administrations françaises et européennes.


 UE : une réponse déclarative, financière et miliaire

Bastien Nivet a ouvert la conférence-débat en s'interrogeant sur le rôle de l'Union européenne. Il a souligné qu'il est toujours difficile et hasardeux d'évaluer l'impact d'un acteur isolé dans des processus comme ceux qui se déroulent depuis plusieurs mois en Afrique du Nord. Il est nécessaire de sortir du prisme d'analyse « européano-centré ». Il est fondamental de comprendre que ces révolutions n'ont été menées ni par Twitter, la Commission européenne ou encore l'Administration Obama, mais bien par les citoyens eux-mêmes. Face à ces mouvements populaires, l’Union européenne a tenté d’intervenir sur trois registres.

o Le registre déclaratoire

- Accompagner plutôt qu’encourager. Bastien Nivet estime que l’Union européenne s’est contentée de faire un « discours sur les événements », mais n’a pas cherché à les provoquer. Le discours européen a été, et est toujours, plutôt un discours réactif, d'accompagnement des processus, qu'un discours de provocation et d'encouragement de ces processus. Cette logique peut apparaître trop tempérée, trop mesurée pour certains observateurs.

o De la diplomatie vers la fermeté. Dans un premier temps, les discours tenus par l'Union européenne et les États membres « invitaient les régimes à faire preuve de retenue dans la répression ». Bastien Nivet montre qu’il convient de s'interroger sur ce qu'est la « retenue dans la répression ». Où placer le curseur de la « tolérabilité » ? Cette ambivalence est révélatrice de la position initiale du vieux continent.
Puis ce discours a changé… Il est apparu plus ferme, notamment à l’égard d’un pays : la Libye. Les 27 États membres ont fait preuve d'une fermeté discursive rare en demandant le « départ immédiat du colonel Kadhafi » à la sortie d’un Conseil européen. Cette fermeté déclaratoire n'est habituelle, ni à l'échelle des discours européens, ni à l'échelle nationale. Alors, est-elle un moyen de cautionner a posteriori l’intervention militaire franco-britannique en Libye ? Le citoyen peut se poser la question. Selon le politologue, il faut à ce titre prendre garde de ne pas créer un décalage entre la légitimité du discours européen et la légitimité onusienne, destinée à la protection des populations. Bien que la réalité ne le permette pas toujours, il est important que l'UE agisse le plus possible dans le cadre de la légitimité onusienne.

o Le registre financier

Une réflexion s'est engagée quant à la recherche d'établissement et de financement de programmes. C'est ici que réside l'outil de puissance civile traditionnel de l'UE dans les relations internationales. Il faut donc réévaluer les besoins, les projets et les financements alloués à de tels programmes.

o Le registre militaire

L’Europe n’exclut pas une opération militaire terrestre, « Eufor Libye », ouvertement envisagée le 1er avril 2011. Il s’agirait, ni plus, ni moins que de déployer des forces militaires issues de l'Union européenne sur le sol libyen. Bastien Nivet note le flou entourant une telle proposition. Ne sont définis ni les pays participants, ni l'organisation dirigeante, ni la planification opérationnelle. Fabio Liberti a précisé à cette occasion que l'Union européenne doit attendre que l'Organisation des nations unies donne son aval.



 Les défaillances de l'Union européenne mises à jour

o L’UE : un acteur déstabilisé par le changement

L'UE est un projet porteur de valeurs et de changement, tant dans son discours politique que dans sa nature et dans sa philosophie. Pourquoi est-elle aussi mal à l'aise face au changement lorsqu'il se produit dans son environnement géostratégique proche ? Depuis le Processus de Barcelone lancé en 1995, jusqu'au projet d'Union pour la Méditerranée, l'objectif était, et est toujours, d’établir petit à petit des partenariats et un dialogue, même s’il doit être mené avec des régimes autoritaires.

o L’UE : toujours un train de retard ?

Les services de politique étrangère de la Commission et du Conseil européen sont en train d'être fusionnés. Les structures ne sont pas encore en place, d’où le manque de réponses concrètes de l’UE. Aux dires de certains, c’est comme si les révoltes arabes avaient eu lieu « un peu trop tôt » pour que l'Union européenne puisse pleinement jouer son rôle. Bastien Nivet souhaite que l'on sorte de ces analyses. On a longtemps dit qu'à partir de 1993, la PESC aurait pu permettre à la communauté européenne d'être plus efficace lors du conflit en Yougoslavie en 1991. Par la suite, on a dit que la PESD lancée en 1999-2000 aurait permis d’intervenir au Kosovo… Selon ce raisonnement, l'UE aurait toujours « une crise de retard ». Il faut éviter de ne voir que ces explications institutionnelles, même si elles ont une grande part de vérité. Un acteur comme l'UE se construit selon un processus long et complexe. Le malaise européen en ce début d’année 2011 s'explique plus par une vraie difficulté à appréhender le changement dans le champ diplomatique que par un manque d’organisation interne.

o UE : décalage flagrant entre principe d’action et actes concrets

Bastien Nivet relève une contradiction flagrante entre le discours politique européen et la dimension quasi-philosophique concernant l’espace commun méditerranéen. Il existe une contradiction notable dans les relations extérieures que l'UE souhaite tisser lorsqu'elle plaide pour un monde où peuvent circuler les idées, les produits, mais pas les citoyens. Le débat franco-italien sur les immigrés Nord-Africains de ces derniers jours est révélateur des divergences de point de vue entre États. Par exemple, le discours allemand est assez violent à l'égard de la France et de l'Italie. De même, la « question des Roms » ne peut être gérée au niveau national. D'autre part, l'UE aurait tort de laisser les pays en première ligne, c'est-à-dire l'Espagne, la France et l'Italie, gérer seuls ces questions européennes.

 La diplomatie française est-elle « euro-compatible » ?

Les évènements récents ont révélé des signes évidents d'incompatibilité entre la diplomatie française et la diplomatie européenne, à la fois dans la méthode et dans le contenu. Selon Bastien Nivet, les facteurs structurels, historiques, politiques et diplomatiques doivent être pris en compte. Ils différencient la France de ses partenaires européens, ou du moins, du microcosme politique bruxellois. Citant l'exemple de la Tunisie, le politologue souligne que l'absence de convergence entre les partenaires européens s'explique en partie par les liens et l'héritage colonial de la France. Il y a là des causes structurelles de désaccords entre Paris et ses voisins. De même, l'intervention en Libye implique des effets qui ne sont pas les mêmes pour l'Italie, l’Allemagne ou encore le Royaume-Uni.



o Consensus et influence plutôt que passage en force

La diplomatie européenne est, par définition, la fabrication de consensus et de la persuasion. Sauf exception, elle consiste en de l'influence, plutôt que du « passage en force ». Cette méthode est longue, compliquée et parfois frustrante. Elle ne garantit pas une complète satisfaction pour les gouvernements. De plus, cela implique de prendre en compte l'avis de « petits pays », ce qui est souvent insoutenable pour les « grandes puissances ». L'incompatibilité n'est donc pas forcément spécifique à la diplomatie française.
Dans cette période de scepticisme général sur l'euro, les institutions européennes ou encore la politique étrangère de l'Union européenne, il convient de rester prudent quant à la remise en cause de la légitimité et de la pertinence de l'UE. Critiquer et minimiser l'Europe n'est pas la solution, d'autant plus qu'aucune alternative n'est proposée.

o L’UE et le cas libyen

La révolte en Libye est révélatrice des failles de notre système. La méthode aurait pu être plus adaptée à une collaboration entre partenaires européens. Il existe, outre les incompatibilités structurelles, un rapport à l'intervention armée qui est différent d'un pays à l'autre. Certains États n'ont pas le même rapport à la violence. Il est donc parfois préférable de recourir à la persuasion, plutôt qu'à l'empressement diplomatique. Cependant, les interventions européennes se doivent d'être cohérentes. L'intervention en Libye avait pour but d'empêcher un massacre, mais elle contraste avec le silence assourdissant face à la répression en Syrie, à Bahreïn ou au Yémen.
N'y a-t-il pas « deux poids, deux mesures » dans l'action européenne ? L'intervention en Libye ne serait-elle qu'un moyen pour l'UE de se racheter de sa réaction inappropriée vis-à-vis de la Tunisie ? Est-ce une façon de trahir les espoirs qui étaient placés en l'UE ? Les évènements en cours interrogent la diplomatie de nombreux États à court, moyen et long termes.

 Nul ne sait comment le changement en cours aboutira

o Des scenarii imprévisibles

Akram Belkaïd a ensuite prit la parole. Il a estimé que la prudence était de mise. En Tunisie, cas jugé comme étant le mieux engagé actuellement, nul ne peut présager du résultat des élections qui se tiendront en juillet prochain (à noter que ces élections pourraient être reportées au mois d’octobre prochain). Plusieurs questions sont encore sans réponses : qui sortira vainqueur ? Comment va s'organiser le vote ? Les « islamistes » feront-ils un bon score ? Selon le journaliste, nous sommes à un moment de « surprise stratégique ». Personne n'a vu venir ces évènements qui ont lancé une phase de « pré-transition démocratique ». Elle peut effectivement aller dans le bon sens, aboutir à des choses positives, mais elle peut aussi et surtout mener à des choses négatives.

o Le « printemps algérien » de 1988 : La preuve par l’Histoire. L’Algérie a été traversée en 1988 par une vague démocratique sans précédent. Tous les spécialistes et commentateurs prédisaient le début d’une nouvelle ère… Pourtant, trois ans plus tard, les islamistes sont arrivés au pouvoir au cours d’élections législatives officielles. Bilan : une décennie de guerre civile suite à l'annulation de ces élections. Le journaliste estime donc qu’il ne faut pas se réjouir trop vite. Tous les événements qui se sont déroulés depuis le début de l’année 2011 peuvent déraper, y compris en Égypte où l'armée a l'intention de gérer les affaires du pays.

o Le « printemps des peuples » au XIXe siècle : Cette notion de « printemps » arabe renvoie au « printemps des peuples » de 1848 en Europe. Il s’agissait d’un moment fort sur le plan idéologique qui devait conduire à l’unité nationale que ce soit en France, en Autriche, en Italie… De ces révolutions démocratiques en sont sorti Bismarck par exemple en Allemagne…et un peu plus tard, la IIIe République en France (1871).



 Le rôle de l’Europe dans la transition démocratique

Longtemps, les diplomates ont considéré qu'il fallait composer avec les persécutions et les agressions des journalistes et des citoyens. L'un des grands enseignements pour l'Europe est que ces régimes-là n'étaient pas durables. L'Europe a commis une erreur stratégique d'appréciation. Ces transitions qui s'engagent ont néanmoins besoin de l'Europe.

- L’Espagne à la mort de Franco. Selon M. Belkaïd, il est pertinent de faire un parallèle avec la transition en Espagne qui a suivi la mort de Franco en 1975. L'Europe (ou plus exactement la Communauté européenne) n'avait pas attendu sa mort pour aider à la démocratisation de l'Espagne. Il y avait eut des efforts considérables vis-à-vis des militants espagnols, plus ou moins persécutés, pour les préparer à prendre en charge des responsabilités étatiques après la mort de Franco. En ce temps-là, l'Europe avait fait un pari sur l'avenir.

- L’UE doit soutenir la transition. Aujourd'hui, en Tunisie, l'évolution démocratique investit le champ du débat public. Cela implique le déploiement de toute une ingénierie démocratique. Il faut savoir comment faire une campagne électorale, comment s'organiser, comment vivre la démocratie au quotidien. M. Belkaïd espère que l'Europe accompagne ce processus. Il est fondamental que l'Europe ne limite pas son analyse à une estimation financière, à une gestion de flux migratoires ou encore à un nombre d’observateurs aux élections. Le journaliste considère que l'accompagnement de l'Europe débute en amont des élections. Il fait cependant remarquer qu'au sein des pays où grondent les révoltes, ces attentes sont implicites puisque, hormis le cas libyen, l'Europe n'est pas considérée comme un levier de changement. L'Europe a probablement déçu puisque qu'elle avait signé avec la Tunisie un accord, qui n'avait pas seulement un caractère économique, mais qui incluait un volet sur la nécessité de respecter les droits de l'Homme, volet qui n'a jamais été pris en compte. L'Europe peut compter aujourd'hui et demain dans sa capacité à soutenir des transitions afin qu'elles ne dérapent pas.

 L’économie : faux acteur du changement ?

L'Europe s'est ainsi trompée en basant ses convictions sur le caractère durable des dictatures. Le discours européen consistait à dire que l'économie amènerait un changement démocratique en Tunisie et en Égypte. Il faut aujourd’hui sérieusement revoir cette conception. M. Belkaïd s'est insurgé face au discours affirmant que « le premier des droits de l'Homme est de pouvoir manger ». D'ailleurs, il remarque que le jour où M. Chirac a prononcé cette phrase, Radia Nasraoui, opposante au régime de Ben Ali, se faisait arrêter à Tunis.
La démocratie n'attend pas et l'Europe a failli vis-à-vis des pays du Sud en feignant de croire que l'économie allait tout régler. Les accords de libre-échange, passés entre l'Europe et les pays de la rive Sud de la Méditerranée, ont eu des conséquences catastrophiques pour les populations de ces derniers, mais ont eu un intérêt pour les régimes en place. Ces accords avec l'UE ont renforcé la stature sur la scène internationale des présidents Ben Ali ou Bouteflika en donnant une légitimité à ces régimes répressifs dictatoriaux. Ces accords ont créés des déséquilibres entre une Europe qui, malgré quelques difficultés, reste une puissance économique avec des niveaux de productivité importants et des pays au Sud en retard sur ce niveau-là. Or, ces accords ont accentué le déséquilibre entre les deux rives de la Méditerranée au lieu de le résorber. Par conséquent, les difficultés économiques sur la rive Sud ont amené à l'explosion du phénomène migratoire depuis le début des années 2000.

- Le paradoxe algérien. M. Belkaïd note qu’il existe un décalage important en Algérie. Ce pays exporte de pétrole. Il dispose de 150 milliards de dollars de réserves de change, mais les jeunes citoyens continuent à émigrer vers l'Europe. Ces révoltes doivent amener l'Europe à effectuer une révolution copernicienne dans sa conception de la rive Sud et dans les termes de l'échange. Ces révoltes ont lieu au moment où l'Europe traverse une crise économique, où trois pays européens (Grèce, Irlande et Portugal) sont en situation de quasi-faillite et où les sociétés sont marquées par une montée des extrémismes. Il faut y répondre en proposant mieux qu'un « Processus de Barcelone amélioré ». Se remémorant la photo du lancement de l'Union pour la Méditerranée qui réunissait les Présidents Al-Assad, Moubarak et Ben Ali entre autres, les révoltes aujourd'hui achèvent de montrer qu'un tel projet était voué à l'échec.

o Des régimes nouveaux, mais moins européens ?

Pour conclure son intervention, M. Belkaïd a tenu à préciser qu'en cas d'aboutissement positif des processus en cours, les régimes démocratiques qui s'instaureront ne seront pas aussi favorables à l'Europe que ceux qui viennent de disparaître. Certains gouvernements nord-africains ont la capacité de maîtriser leurs frontières et les migrants, allant jusqu'à criminaliser l'émigration comme en Algérie.


 La Turquie : pivot entre l’Occident et le monde arabe ?

Didier Billion a ensuite pris la parole. Il a tout de suite confirmé les propos tenus par les intervenants précédents, les révolutions arabes ont surpris tout le monde. La Turquie aussi, tant au niveau de l’État (du gouvernement et des acteurs politiques) que des experts et des chercheurs.
Les dirigeants turcs ont d’ailleurs fait preuve d'une extrême discrétion sur les évènements en Tunisie. Ce point est important puisque le Premier ministre M. Erdogan et son ministre des affaires étrangères sont d'habitude assez prolixes, notamment en ce qui concerne les affaires régionales, moyen-orientales et maghrébines.
La politique étrangère de la Turquie, concernant les bouleversements arabes, a changé à partir de fin janvier - début février 2011. Elle fait suite à plusieurs entretiens téléphoniques entre le président américain Barack Obama et le Premier ministre turc. Ce dernier l'a évoqué publiquement à l'époque. Suite à ces entretiens téléphoniques, il est possible de constater un infléchissement du discours des dirigeants turcs. Didier Billion estime que le rapport avec les États-Unis, comme celui avec l'UE, est très important à saisir pour apprécier la place de la Turquie vis-à-vis des révolutions dans le monde arabe. Ce pays a ainsi conseillé au président égyptien Moubarak de tenir compte des aspirations démocratiques de son peuple. Plus tard, ce langage sera utilisé à l'égard de Bahreïn, du Yémen ou encore de la Syrie. La Turquie a depuis lors demandé, sans beaucoup d'effets d'ailleurs, de ne pas « abuser » de la répression.

o Un difficile équilibre géostratégique à trouver

Didier Billion estime que la multiplication des initiatives diplomatiques de la Turquie en direction du Moyen-Orient arabe, mais aussi de l'Iran, ne doivent pas nous leurrer. Il n'y a pas de jeu à somme nulle. Il ne faut pas croire à une politique « néo-ottomane ». Il ne faut pas croire que c'est par dépit de leur relation avec l'UE que les Turcs ont investi au Moyen-Orient. Au contraire, Didier Billion pense qu'il faut avoir une vision plus dialectique. Il y a de la part de la Turquie la volonté de maintenir un niveau stratégique avec les États-Unis, avec l’Europe ou encore avec les autres pays. Les entretiens entre Obama et le Premier ministre turc en sont un exemple. De même, les Turcs n’ont pas l’intention de rompre les pourparlers avec l'Union européenne.


- L'exemple syrien. Le cas de la Syrie est révélateur de la difficile politique extérieure de la Turquie. En 1998 par exemple, il y a eu un déploiement de véhicules blindés turcs et syriens de chaque côté de la frontière. Motif de cette mobilisation générale : la problématique kurde. Ce face à face a bien failli évoluer vers un conflit armé. Trois ans plus tard pourtant, le processus de rapprochement entre les deux États s'est enclenché… Il s'est même accéléré en dépit des pressions extérieures notamment provenant de Washington !
En effet, en 2001-2002, les États-Uniens préparaient la guerre en Irak. Ils ont fait pression sur la Turquie pour éviter ce rapprochement avec la Syrie car le président américain George W. Bush avait inscrit la Syrie sur l’ « Axe du mal » avec l'Iran et la Corée du Nord. Les Turcs ont résisté à ces pressions. Ils n'ont non seulement pas cessé leurs relations avec la Syrie, mais elles se sont approfondies. Au cours des derniers mois, la multiplication des accords de coopération économique, des projets économiques communs ou encore la suppression des visas et la tenue de conseils des ministres communs turcs et syriens indiquent que les relations entre les deux pays se poursuivent et sont de plus en plus étroites. Pourtant, rien n’est jamais simple.
Les événements qui se déroulent actuellement en Syrie désarticulent et déstabilisent ce partenariat « nouveau ». Les Turcs condamnent la répression sanguinaire du régime syrien. Mais en même temps, ils ne veulent pas « rompre les vaisseaux » avec le même régime syrien.
Pour complexifier la donne, Obama – Didier Billion ne se déclare pas « obamaniaque » – a demandé à Erdogan de faire pression pour stopper les massacres en Syrie. Faisant rarement des pronostics, Didier Billion estime pourtant que le régime syrien restera en place. Cette prédiction tord le coup à ceux qui parlaient d'un « effet domino » dans le « printemps arabe ».

o La Turquie : pas un modèle, mais un exemple ?

Il existerait un « modèle turc ». Selon une étude menée en septembre 2010 par un think tank turc, 66 % des gens sondés en Arabie Saoudite, en Turquie, en Iran, au Yémen, en Syrie, dans les Territoires palestiniens considèrent que la Turquie pourrait être un exemple à suivre. Pourquoi ? Car ce pays a su lier les valeurs démocratiques aux valeurs religieuses.
Et pourtant, Didier Billion considère que ce n'est pas un modèle pour les pays arabes. Lors d'un colloque en Espagne il y a deux ou trois ans sur le thème : « la Turquie est-elle un modèle pour le Maghreb ? », la réponse du chercheur avait déjà été claire : la Turquie n’est pas un modèle. C’est un pays qui a connu sa transition démocratique après la seconde guerre mondiale. Il y a des formes d'alternances démocratiques depuis 1950. Il y a un État de droit, bien qu’entrecoupé par des coups d'État récurrents en 1960, 1971 ou 1980. Or, les peuples arabes n'en sont pas encore à ce stade. Il n'y a donc pas en ce sens de modèle turc. Le Président turc, Abdullah Gul, qui s'est rendu au Caire (Égypte) en mars 2011 – c'est le premier chef d'État qui venait en visite officielle après le départ de Moubarak – a lui même dit lors d'un débat : « non, nous ne sommes pas un modèle, c'est trop ambitieux pour nous, peut-être un exemple ». Il s’agit d’un sujet à méditer.

o La Turquie : stabilisateur de la région ?

Didier Billion a rappelé qu’il était un ardent partisan de l'entrée de la Turquie dans l'UE. Il a confirmé les propos tenus par Bastien Nivet : il existe une véritable difficulté à mettre en place cette fameuse PESC. Il estime par ailleurs qu'il serait bon d'intégrer la Turquie, du moins, en termes de processus. Cette intégration ne se ferait pas du jour au lendemain. Nous, Européens, aurions plus d'influence dans cette région.
L'UE aurait plus d'intérêt à accélérer le processus d'entrée dans l'UE de la Turquie. D'ailleurs, le dernier rapport de suivi de la Commission sur la Turquie, publié sous l'égide de la Commission européenne tous les ans en novembre, était justement critique quant à un certain nombre de problèmes existants en Turquie, mais il soulignait le rôle éminemment important et stabilisateur de la Turquie dans la région. « Tirons-en des conséquences et allons jusqu'au bout ! » a affirmé le chercheur. De ce point de vue, Didier Billion pense que l'attitude des Etats-Unis est beaucoup plus intelligente. Il ne se fait aucune illusion sur les Etats-Unis. Le président Obama défend les intérêts de son pays. Reste qu'il y a cette compréhension de l'importance géostratégique et géopolitique que peut avoir la Turquie. Ce pays n'est pas le leader régional, mais une puissance régionale qui s'affirme, ce qui est très différent.

o La Turquie en Libye ?

Une dernière question a été soulevée. Elle concernait la participation de la Turquie à l'opération de l'OTAN en Libye. Il est bon de rappeler que la Turquie est membre de cette organisation depuis 1952. Cette implication ne risque-t-elle pas de la disqualifier auprès d'un certain nombre de pays arabes ?
Les Turcs ne participent pas directement aux missions de bombardement mais ils sont présents dans les opérations sous l’égide de l’OTAN. Ils insistent beaucoup ces derniers jours sur l'aspect humanitaire de leurs actions. Ils ont déployé des navires-hôpitaux près des côtes et rapatrient des blessés de Benghazi (Libye) dans des hôpitaux turcs. Ils ne cessent de dire: « pendant que certains bombardent des populations civiles libyennes, nous sauvons des vies ». Il existe donc une certaine « retenue », affirme le chercheur, dans cet interventionnisme en Libye.





Compte-rendu rédigé par :
Pierre-Yves CASTAGNAC
Sarah ZERROUKI

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jeudi 19 mai 2011

Présomption d'innoncence, avez-vous dit ?

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Présomption d’innocence ?
Tiens donc !
Qui se souvient de l'affaire du bagagiste de Roissy et de la manière dont le pauvre gars a été cloué au pilori par les médias et une bonne partie de la classe politique française ?
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La chronique du blédard : DSK et la cause des femmes

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 19 mai 2011
par Akram Belkaid: Paris

Dans «Un tout petit monde», l'un de ses best-sellers, l'écrivain britannique David Lodge consacre quelques lignes au comportement déluré et égoïste de certains clients de grands hôtels, relevant qu'il ne leur viendrait jamais à l'idée d'en faire autant chez eux. Il insistait notamment sur l'état lamentable dans lequel ils abandonnaient leur chambre, exigeant de la retrouver impeccable à leur retour. Désordre, lits défaits, salle de bains inondée, serviettes jetées au sol : il est vrai que la tentation de ne pas faire d'efforts est grande puisque quelqu'un d'autre s'occupe du ménage...



C'est à cela que j'ai pensé en écoutant, dans un état de sidération totale, les premières informations concernant le sort Dominique Strauss-Kahn. A l'heure actuelle, personne ne sait si l'homme politique français est coupable ou non. Comme toute personne mise en cause, il a droit à la présomption d'innocence jusqu'à ce que la justice de l'Etat de New York ne statue sur son cas. Mais, dans cette affaire, il y a aussi une victime présumée qui a aussi le droit d'être entendue et respectée.



Etre femme de chambre dans un hôtel n'est pas chose facile. C'est encore plus pénible quand elle travaille dans un établissement cossu. Plusieurs reportages dans la presse française et internationale ont montré la dure condition de ces employées corvéables à merci. Il leur faut assurer le ménage de plusieurs chambres, une voire deux fois par jour. Il leur faut frôler les murs et savoir fermer les yeux. Elles doivent aussi accepter les humiliations et les vexations infligées par une clientèle qui estime qu'elle a droit à tout - y compris d'attenter à la dignité du (petit) personnel - parce qu'elle paye le prix fort. A cela s'ajoutent les contraintes habituelles que l'on retrouve dans n'importe quelle entreprise. Dans un monde où la réduction de la masse salariale est l'un des objectifs prioritaires, ces femmes se retrouvent en sous-effectif, obligées de travailler toujours plus pour ne rien gagner de plus.



Dans certaines régions du monde, être femme de chambre, c'est aussi courir des risques importants. Pour faire cesser les violences sexuelles dont elles faisaient l'objet de la part de leurs clients - des nationaux mais aussi des expatriés et des touristes en goguette - les grands établissements du Golfe ont très vite compris qu'il valait mieux les remplacer par des hommes originaires comme elles du sous-continent indien ou d'Asie du sud-est. Dans la terminologie hôtelière internationale, on ne dit d'ailleurs pas client : on parle de « guest », c'est-à-dire d'invité. Il est évident que certains de ces invités ont tendance à croire que les lois de l'hospitalité leur permettent tout.



Parler de rapports de classe n'est plus à la mode. C'est même suspect en ces temps où libéralisme garde toujours bon pied bon œil malgré la crise financière et les dégâts profonds infligés à nombre de pays et de sociétés. Pourtant, dans l'affaire DSK, ce qui frappe d'abord c'est ce décalage saisissant entre un homme riche, puissant, appartenant à la classe mondialisée et une pauvre femme, travailleuse immigrée venant du continent le plus misérable de la planète et dont la vie va certainement être bouleversée à jamais. Même dans le cas d'une relation sexuelle consentie - ce qui apparaît comme l'une des stratégies de défense possible du leader socialiste - on ne peut que s'interroger devant le déséquilibre de statut. Patron du Fonds monétaire international (FMI) pour l'un, femme de chambre pour l'autre. On me dira que c'est la vie, que c'est ainsi mais nous savons tous que la vie est faite des rapports de sujétions et que, trop souvent, c'est le plus fort qui impose sa loi.



Parlons maintenant des réactions à l'affaire. Il est évident que l'une des idées qui vient immédiatement à l'esprit concerne l'existence d'un complot. Une bonne majorité de Français en sont d'ailleurs persuadés. Mais dire, « c'est un complot » plutôt que « cela pourrait être un complot », c'est prendre clairement position. Dans un contexte où l'on ne peut qu'attendre la suite du processus judiciaire, hurler au complot c'est dénier ses droits à la victime présumée.



A ce sujet, les déclarations outrées de nombre de dirigeants socialistes et de pseudo-intellectuels, ne sont rien d'autre que l'expression d'une solidarité de caste qui me paraît inacceptable et obscène. J'avais déjà éprouvé un malaise comparable avec l'affaire Polanski voire avec celle de Frédéric Mitterrand où, à chaque fois, on sentait poindre la revendication d'une nécessaire indulgence vis-à-vis de personnalités dites hors du commun. Entre la solidarité à l'égard de leur ami et une complicité de mauvaise foi, il y a une ligne rouge que nombre de figures du PS et du Tout-Paris ont largement franchie. En sombrant parfois dans le ridicule comme cette élue socialiste d'Ile-de-France qui a expliqué que l'arrestation de DSK était « très mal vécue en Tunisie car les Tunisiens ont besoin de lui pour réussir leur révolution » !



Certes, le futur ex-directeur général du FMI a été humilié par la police new-yorkaise qui l'a délibérément exposé aux caméras du monde entier. Mais cela n'a rien d'étonnant. La justice américaine s'est toujours montrée redoutable à l'égard des personnalités connues accusées de graves délits. Que l'on se souvienne de ce qui est arrivé à Mickaël Jackson ou même à Bill Clinton ou encore à Rod Blagojevich, gouverneur de l'Illinois mis en cause pour trafic d'influence. A chaque fois « the system » (justice et police) a voulu démontrer son indépendance même si, ne soyons pas naïf, des considérations électorales ont toujours guidé son action. A ce sujet, il faut lire ou relire « Le Bûcher des vanités », célèbre roman de Tom Wolfe, où l'on assiste à la chute d'un puissant de Wall Street et à la manière dont le système judiciaire le déchiquète.



Je terminerai par mentionner le silence assourdissant de certaines organisations féministes françaises qui nous avaient habitués à faire plus de bruit en d'autres occasions. Là aussi, il n'est pas question d'exiger d'elles d'enfreindre la présomption d'innocence mais d'exprimer au moins leur compassion avec la victime présumée. Une femme qui affirme avoir été violée, ce n'est pas rien ! Mais il est vrai que la désormais célèbre Ophélia ne porte ni burqa ni n'est la compagne d'un polygame et qu'elle ne risque pas d'être lapidée pas plus qu'elle n'a été la victime présumée d'une tournante organisée par une bande de mâles machos et basanés venus d'une cité de banlieue...

lundi 16 mai 2011

L'année des Vuvuzelas

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Depuis plusieurs mois, l'actualité s'emballe.
Printemps arabe, séisme et incident nucléaire au Japon, mort de Ben Laden, affaire DSK...
De mémoire de journaliste, je n'ai pas souvenir d'une telle intensité en matière d'actualité depuis les attentats du 11 septembre 2001 voire depuis la Chute du mur de Berlin.
Un ami me dit qu'il s'agit des fameux signes annonciateurs de la fin du monde tels que l'évoquerait la fameuse prédiction des Mayas.
Possible.
J'ai une autre explication.
L'été dernier, durant toute la Coupe du monde, ce fut un concert permanent de vuvuzelas. A l'origine, ces trompettes étaient utilisées pour réveiller les esprits.
Le résultat est là...
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dimanche 15 mai 2011

Affaire DSK (1)

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grand hôtel, hôtel de luxe, établissement huppé de New York, d'un côté
Et, de l'autre, femme de ménage... femme de chambre... employée d'hôtel
même dans ce genre d'affaire, l'aspect social est toujours présent...
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jeudi 12 mai 2011

Barça campeon

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Je sais. Il n'y a pas que le foot. Mais la nouvelle est toujours bonne à prendre.
Le FC Barcelone est champion.

Barça Campió !

Une belle saison.
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vendredi 6 mai 2011

Conversation imaginaire, entendue sur un stade imaginaire

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- Bonjour patron, vous allez bien ?
- Ça va, ça va ! Alors, quoi de neuf ? C’est tout ton effectif qui est là ?
- Oui, oui patron. Ils sont tous là. On en a retenu vingt sur les cent qui se sont présentés.
- Dis donc, y’a pas mal de Blacks, non ?
- Bah, c’est le résultat des sélections. C’est comme ça.
- Ouais, je sais, mais quand même ! Faut faire gaffe, quoi ! On en avait parlé l’année dernière. C’est pas bon. Les gens commencent à râler. T’as bien vu ce qui s’est passé en Afrique du sud, non ?
- …
- Bon. Ton numéro 10, il est aussi bon qu’on le dit ?
- Ah, ça ! Jamais vu un joueur aussi doué à cet âge. Il me rappelle Pelé.
- Rien que ça. T’es sûr qu’il a vraiment douze ans, hein ?
- C’est ce que disent ses papiers.
- Il est né où ?
- A Sarcelles.
- Et ses parents ?
- En Guinée, je crois. Mais ils sont Français et lui aussi.
- Ouais. Mais il est aussi Guinéen.
- Pas que je sache. Patron, c’est une perle rare, je vous l’assure. Il est dans le viseur de trois agents.
- Tiens, dis lui de venir par ici

***

- Alors fiston, c’est quoi ton prénom ?
- Omar
- On dit Omar, monsieur.
- …
- Alors ?
- Quoi ?
- Quand tu me parles, tu dis monsieur ! C’est compris ? Sinon, je te garantis que tu ne mets plus jamais les pieds sur ce stade. Et on ne dit pas quoi, on dit pardon !
- Oui monsieur.
- A la bonne heure. ! Dis-moi Omar, pour quel club tu veux jouer plus tard ?
- Pour le PSG et ensuite pour Barcelone monsieur.
- Ah… Et pour quelle équipe nationale ?
- Bah, pour la France ! Heu pour la France, monsieur.
- C’est bien ! Faudra pas changer d’avis plus tard, d’accord ?
- Oui monsieur.
- Bon… T’es déjà allé en Guinée ?
- Heu… jamais monsieur.
- T’es musulman ?
- Oui, monsieur.
- Ok. Tu peux rejoindre tes camarades.
- Merci, monsieur.

***

- Bon, tu t’arranges pour qu’il soit vite sélectionné en Equipe de France.
- Ce ne sera pas difficile, il est vraiment bon.
- Il faut qu’on l’habitue à se sentir vraiment Français, tu comprends ?
- Bien sûr
- Il a déjà son casier ?
- Oui.
- Tu vérifieras de temps en temps ce qu’il y a dedans. Pendant les déplacements, fouille son sac. Je ne veux pas de tapis de prière ou de truc de ce genre.
- Compris.
- Bon, j’y vais. Je dois aller à Paris. J’ai une réunion à la DTN. Il paraît qu’ils veulent nous parler des Blacks et des Arabes.
- Ah bon ?
- J’veux dire des joueurs.
- J’avais compris…
- Allez, à plus. Surveille bien tes gamins. Ne les laisse pas filer ailleurs.

jeudi 14 avril 2011

Lampedusa

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On parle beaucoup de l'île de Lampedusa en ce moment. C'est devenu le symbole de "l'invasion" des populations du Sud qui rêvent d'Europe.
Le problème est insoluble quoiqu'en pensent Guéant & cie.
On n'arrête jamais les hommes déterminés à quitter leur pays pour une meilleure vie.

Ceci étant dit, il y a peut-être une solution. La Tunisie comme la Libye ont toujours revendiqué l'île de Lampedusa, bien plus proche des côtes africaines que de la Sicile ou de l'Italie. Alors ? Très simple mon cher Hamidouche : il suffit que Lampedusa soit rétrocédée à la Tunisie. Les harragas qui y débarqueront seront toujours en territoire tunisien et le flux se tarira très vite.

Il fallait y penser.

Au fait, un élément qui n'a rien à voir mais qui fait écho à l'actualité. En 1987, Kadhafi avait fait tiré deux scuds sur Lampedusa. C'était une autre époque où le "guide de la Jamahiriya" n'avait pas été réhabilité par les acheteurs de pétrole et de gaz. C'était aussi l'époque où le visa n'existait pas encore...
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vendredi 8 avril 2011

Entendu et vu dans la rue

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Entendu et vu rue de Seine à Paris.
Elle, rousse, robe légère, la trentaine, un peu boulotte et très énervée. Lui, en grosse veste de cuir noir, sa peau de la même couleur, sur son bras gauche, un brassard rouge avec le mot sécurité écrit en lettres bleues.
"Moi, je dis, s'ils ne sont pas content, qu'ils rentrent chez eux !".
Il l'approuve d'un hochement de tête.
J'arrive à leur niveau.
Je la regarde, elle se détourne.
Je croise les yeux de l'homme, il fixe le sol.
Je m'éloigne rapidement.
Mais de qui parlait-elle ?
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jeudi 31 mars 2011

La chronique économique : Chine, Algérie et ploutocratie

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Le Quotidien d'Oran
Mercredi 30 mars 2011

Cela ne surprendra pas grand-monde. Depuis plusieurs semaines, le gouvernement chinois met tout en œuvre pour limiter l’impact des révolutions arabes sur son opinion publique. Sur Internet, la censure fait son œuvre tandis que les médias officiels insistent sur le chaos libyen pour prouver le caractère dangereux des révoltes populaires. Ainsi, la Chine cherche plus que jamais à faire figure de contre-exemple, voire de contre-modèle démocratique, ce dernier continuant d’inspirer de nombreux dirigeants de pays du Sud qui refusent toute ouverture politique.

La Chine: un modèle peu égalé

Cela vaut pour l’Algérie. Il existe d’ailleurs de nombreux points communs entre ce pays et l’Empire du milieu. Dans les deux cas, le discours officiel est pétri d’autosatisfaction et rejette la moindre critique, fût-elle constructive. Mais attention aux comparaisons hâtives ! Si l’on prend le cas chinois, on doit admettre qu’il y a de quoi être impressionné. Le bilan du XIe plan quinquennal (2006-2010) est édifiant : une croissance moyenne de 11,2% par an, près de 60 millions d’emplois urbains créés et autant de Chinois qui sont sortis de la pauvreté.

A cela s’ajoutent des percées notables dans le secteur de l’aéronautique, de l’aérospatiale et des énergies renouvelables. N’oublions pas non plus l’explosion des réserves de change qui s’approchent tranquillement des 3.000 milliards de dollars !

Côté algérien, on ne peut absolument pas accorder pareil satisfecit. Certes, la croissance reste supérieure à 3% tandis que les réserves de change atteignent des niveaux record. Mais on est bien en peine d’avancer la moindre information positive sur les créations d’emplois ou sur le développement industriel du pays. Contrairement à ses voisins marocain et tunisien qui ont réussi à capter des niches de sous-traitance dans des secteurs de pointe (électronique, automobile, aéronautique et technologies de l’information), l’industrie algérienne est toujours dans l’attente d’un plan stratégique de modernisation et de relance.

Tout cela pour dire que la comparaison Chine - Algérie n’est pertinente que sur le plan du verrouillage politique mais certainement pas sur le plan économique. Et pour en être convaincu, il suffit de se référer aux ambitions du XIIe plan quinquennal chinois (2011-2015), où Pékin veut arriver à atteindre « une société moyennement prospère » par le développement de l’éducation, la montée en gamme industrielle, l’innovation et la création de marques chinoises (terme préféré à celui de champions nationaux). Autant d’objectifs que l’Algérie ne semble guère capable d’atteindre faute de vision claire et de politique économique digne de ce nom.

Corruption et ploutocratie


Mais avec le verrouillage politique, il y a une autre ressemblance entre la Chine et l’Algérie. Il s’agit de l’explosion de la corruption, laquelle - on ne le répétera jamais assez - n’est que la conséquence de systèmes judiciaires aux ordres et d’absence de liberté d’expression. Une statistique en dit long sur le sujet. En Chine, les 70 membres les plus riches de l’Assemblée nationale populaire représentent un patrimoine total de 75 milliards de dollars. Un record mondial. A titre d’exemple, aux Etats-Unis, un pays régulièrement critiqué pour le poids de l’argent dans la vie politique, les 70 membres les plus riches du Congrès cumulent des avoirs d’un montant « d’à peine » 5 milliards de dollars.

A l’heure où des chiffres invérifiables circulent en Algérie et sur Internet à propos des fortunes du personnel politique, on réalise que le modèle chinois ne s’exporte finalement que via deux axes particuliers : l’absence de libertés politiques et l’évolution vers une ploutocratie qui ne dit pas encore son nom…

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Homme politique français cherche ami musulman

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Dirigeant d’un grand parti politique français, maire d’une ville au fromage bien connu, cherche de toute urgence un ami de confession musulmane pour le chapitrer de temps à autre en public, pour lui faire la leçon sur la laïcité, lui apprendre ce qu’est la modernité, le faire entrer dans l’histoire, lui apprendre à lire, compter et écrire, lui expliquer le dentifrice et la brosse à dent, lui enseigner les rudiments de l’instruction civique, et le promener de plateaux télé en émissions radios afin de prouver qu’il a bel et bien un ami muslim ce qui peut l’autoriser à dire tout plein de bêtises fielleuses à propos des musulmans de France.

Profil recherché : un musulman qui ne la ramène pas, un peu radical mais pas trop, avec un accent prononcé si possible, des moustaches et une barbe pas trop fournie.

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mercredi 30 mars 2011

Porter l’étoile verte? Et puis quoi encore!

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Slate Afrique, mercredi 30 mars 2011

S'il y a bien un combat à mener contre la stigmatisation des musulmans en France, il ne faut pas pousser la comparaison trop loin, au risque de desservir la cause.

C’est un fait: être musulman en France n’est pas toujours chose facile. Le débat actuel autour de l’islam et la volonté manifeste d’une partie de la droite, dite républicaine (ne parlons même pas de l’extrême droite), d’instrumentaliser cette religion pour concurrencer le Front national le montrent bien. Il est difficile de ne pas se sentir pointé du doigt même pour celles et ceux qui ne mettent jamais les pieds dans une mosquée et dont la pratique religieuse est des plus limitées.

Ces talk-shows venimeux à la télévision (y compris sur le service public!), ces déclarations récurrentes des Copé et cie qui donnent à penser que tous les musulmans de France, qu’ils soient citoyens ou ressortissants étrangers, conspirent à abattre la laïcité, sont insupportables.

En ce moment, être musulman en France, c’est encaisser de manière quotidienne les délires de politiciens hystériques dont on se demande s’ils n’ont pas mieux à faire pour relancer l’économie, sauver le modèle social français et réduire les inégalités qui minent la société. Etre musulman, c’est se dire: que vont-«ils» encore inventer aujourd’hui? Nous avons eu droit à l’exploitation effrénée de phénomènes minoritaires comme le voile intégral et les prières dans la rue, mais d’autres sujets vont certainement faire leur apparition dans les semaines qui viennent.

Parions que l’on va nous parler de la viande halal, des prénoms arabes, de la circoncision et même du ramadan en attendant d’embrayer sur des thèmes que l’on sent poindre telle la question de savoir si, en ces temps de guerre, les français musulmans (expression insupportable qui renvoie à la période coloniale) sont loyaux à l’égard de leur pays. Mais être musulman, c’est aussi se sentir pris en otage par des aventuriers et des manipulateurs qui parlent au nom d’une communauté qui, en réalité, n’existe pas tant elle est diverse et fragmentée. De fait, l’auteur de ces lignes ne se sent aucunement représenté par le Conseil français du culte musulman et encore moins par toutes ces associations qui occupent le terrain médiatique et qui contribuent, à leur façon, à rendre le climat actuel encore plus délétère.

En appelant les musulmans à «porter une étoile verte» pour protester contre le débat sur la laïcité, Abderahmane Dahmane, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, commet ainsi une grave erreur —tant sur le fond que sur la forme. Il y a des symboles historiques qu’il faut manier avec précaution et il faut surtout savoir de quoi on parle. Laisser entendre que la situation actuelle des musulmans de France est comparable à celle des juifs sous Vichy est une aberration. Au mieux, cela dénote une absence totale de culture historique. Au pire, cela s’inscrit dans une position victimaire outrancière, qui dessert le combat contre la stigmatisation des musulmans.

Cette proposition de porter l’étoile verte est honteuse. Elle est même une insulte aux victimes de la politique antisémite des autorités françaises entre 1940 et 1944. Parler d’étoile verte, en référence à l’étoile jaune, revient à faire croire que les musulmans de France sont menacés de génocide. C’est créer un précédent en introduisant dans le débat politique un nouveau symbole, qui va certainement être récupéré par tout ce que le champ politique compte comme extrémistes et provocateurs. C’est convaincre une partie de l’opinion publique de l’immaturité de celles et ceux qui tentent de s’organiser pour dénoncer la stigmatisation des musulmans par une partie de la classe politique et de l’intelligentsia françaises.

Soyons clairs: il y a bel et bien une bataille à mener contre ceux qui font des musulmans des boucs émissaires. Mais ce combat peut très bien se mener dans un cadre républicain et, surtout, il n’a nul besoin de surenchères de la sorte.

Akram Belkaïd


http://www.slateafrique.com/1105/porter-etoile-verte-et-puis-quoi-encore
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lundi 28 mars 2011

Algérie 1 Maroc 0 : quel ennui...

_ . je viens de voir le match Algérie Maroc (en différé car cf http://akram-belkaid.blogspot.com/2011/03/coupure-de-courant.html) Quel match ennuyeux, quel jeu mièvre ! Le football maghrébin évolue dans le mauvais sens à force de vouloire singer le jeu italien en particulier et européen en général. _

Coupure de courant

_ . Hier, bien après la tombée de la nuit, coupure d’électricité dans tout le quartier. Pas de lumière, pas de télévision, pas de match de football Algérie-Maroc, pas de série américaine ou de talk-show politique à propos des élections cantonales. Pas d’internet, pas de navigation erratique sur la toile, pas de facebook ni de gmail ni de chasse à l’info sur le monde arabe. Pas de texte à écrire non plus pour cause de batterie d’ordinateur vidée de ses électrons. Pas de papier à gratter non plus. Pas de téléphone portable, lui aussi déchargé, pas d’eau chaude, pas de radio, ni masque ni plume, pas de ronronnement du lave-vaisselle et pas de film vu et revu pour faire passer le stress de la fin du dimanche. Mais une belle soirée à la lumière de la bougie, silencieuse et immobile, passée à méditer en regardant les ombres danser sur les murs. _

samedi 26 mars 2011

La chronique du blédard : Petite farandole de polluriels


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Le Quotidien d'Oran, jeudi 23 mars 2011
Akram Belkaïd, Paris
 
Ils agacent les internautes. Ils désespèrent ceux qui consultent leur messagerie de manière compulsive dans l'attente d'une bonne nouvelle ou d'une bonne surprise. Ils sont le fléau de la communication électronique et on se rend compte de leur nuisance quand on apprend que des économistes cherchent à calculer l'énergie consommée et les quantités de gaz à effet de serre émises pour les effacer. Une calamité... On dit ainsi que neuf courriels sur dix sont en réalité des pourriels - ou polluriels -, termes que tout écrit de langue française se doit de préférer à celui de spam. Pourtant, cette chronique entend en mettre quelques uns à l'honneur. Pour le plaisir de parler de ce qui est inutile. Pour s'aérer un peu l'esprit en ces temps de grandes incertitudes.

Premier message. Madame Martina, conseillère commerciale, m'exhorte à me connecter sur un site pratiquant des prix imbattables sur les montres de luxe. Elle me précise que les remises sur certaines marques de renom sont de l'ordre de 80 à 90%. Enfin, elle me jure en grandes lettres que ce site n'écoule aucune contrefaçon « par respect des lois en vigueur ». Je n'irai pas sur le site en question mais je réponds à Madame Martina en lui conseillant de s'adresser à Nicolas Sarkozy et à Jacques Séguéla.

Deuxième message. Toujours une expéditrice, dénommée Irina cette fois (il faut peut-être lancer une étude pour vérifier la corrélation entre prénoms slaves et spams). Voici la traduction de la missive rédigée dans un anglais plus qu'approximatif. « Bonjour, je suis jeune fille de 21 ans. J'habite dans pays de grosses difficultés politiques et économiques. Mon but dans la vie est être épouse aimante avec homme sérieux de France, de Grande-Bretagne ou de l'Amérique. Je suis blonde et vierge ». J'explique à Irina que, malheureusement, je ne peux rien faire pour elle et je lui conseille d'envoyer son courriel à Silvio Berlusconi. D'ailleurs, je fais la même recommandation pour un certain Ianko, qui souhaite me vendre deux kilogrammes (pourquoi deux ?) de viagra « à des prix affolants ».

Le troisième courriel fait partie de ceux que la messagerie incite à ne pas ouvrir avec la formule suivante : « Ce message peut ne pas provenir du destinataire indiqué. Evitez de suivre les liens qu'il contient ou de fournir des informations personnelles à son expéditeur ». Il s'agit d'une proposition commerciale en provenance de la société Sun Tchou Trade Co laquelle recherche un « honnête représentant » qui sera rémunéré 10% sur ses ventes de lingerie. Détails demandés : le nom, le prénom, l'adresse et le numéro de téléphone. Tentative classique de vol d'identité mais, là aussi, je réponds en conseillant de s'adresser à Belhassen T. ou à sa sœur Leïla T. en précisant néanmoins que le pourcentage exigé sera au minimum de 150%.

Le quatrième message m'est adressé, ainsi qu'à au moins dix millions d'internautes (estimations à la louche), par un certain Robert Detler. Contre dix dollars américains, il propose de m'envoyer un dossier secret de la Nasa à propos de la planète Mars. Robert, qui a travaillé - c'est lui qui le dit - comme contrôleur du programme spatial à destination de la planète rouge, affirme que l'agence américaine a caché des choses au public et même à Ronald Reagan (pourquoi lui ?). Je ne suis pas suffisamment expert en informatique mais je suis sûr qu'il y a moyen de vérifier si ce message n'a pas été envoyé par l'un des frères Bogdanoff.

La lecture du cinquième message déclenche une bouffée d'espoir. Terminée la course au feuillet, je vais devenir riche ! Monsieur Ba me propose une affaire en or. Il y a 500.000 dollars à récupérer dans une banque de Dakar. Le titulaire du compte serait « un ancien dictateur qui n'est plus de ce monde ». Pour empocher la moitié du magot, je n'ai qu'à avancer 5.000 dollars « pour frais de dossier ». Ah, la bonne vieille lettre nigériane, encore appelée scam (ruse en anglais) ou bien encore « la 419 », du nom de l'article de loi au Nigeria qui interdit (en vain) cette pratique. Il paraît que l'arnaque remonte au temps des Croisades et qu'elle a sans cesse été adaptée au fil du temps. J'ai quelques échanges avec monsieur Ba qui me propose même de me déplacer à Dakar pour toucher l'argent. Puis, lassé, je finis par envoyer le message suivant :
« Cher Monsieur. Je suis vraiment désolé, mais un contretemps m'oblige à partir en voyage. J'ai donc transmis votre offre à un ami qui travaille à la police fédérale européenne. Il va vite prendre contact avec vous. Je suis certain que vous ferez de bonnes affaires ensemble ». Depuis, monsieur Ba me fait la tête...

Sixième message. Il m'est annoncé par Cicekopamu5668 - drôle de prénom - que « Jennifer, Amanda et Britney veulent absolument discuter » avec moi sur un forum dont je n'ai jamais entendu parler. Il me suffit juste de m'inscrire et d'envoyer une photo. Pas le temps de répondre. Idem pour Siemens58giy qui me dit : « Vous pouvez assister au bouleversement du monde de loin, en tant que simple observateur, ou bien vous pouvez vous y joindre et vivre les réalités du village planétaire, augmenter votre fréquence cardiaque et subir des poussées d'adrénaline. Le forex, ou marché des changes, est l'un des marchés les plus dynamiques, alors il y a toujours une possibilité pour vous de gagner. Cliquez ici et commencez à gagner de l'argent !». Tiens, je pensais que la crise avait fait disparaître les arnaques aux marchés financiers.
 
Dernier pourriel. Surprise. C'est un message normal, capturé par erreur par l'anti-spam. Que me dit l'expéditeur, chercheur d'origine algérienne que j'ai croisé une ou deux fois lors de colloques inutiles sur la Méditerranée ? Texte : « Cher ami, je te propose que nous nous retrouvions autour d'un verre. Tu sais que je suis sympathisant UMP (en fait, non, je ne le savais pas). Il y a un projet de création d'une Union des Français Musulmans pour faire entendre notre voix (laquelle ?). Cela m'intéresserait d'avoir ton avis ». J'ai envie de répondre par un seul mot : « tfouh !» (on n'a pas encore inventé le glaviot électronique) mais je reste sage, réalisant que ce message est bien à sa place dans le marigot des pourriels.
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jeudi 24 mars 2011

Lu dans la rue (2)

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L'endroit s'appelle La Baraka. Ecrit en grand, lettres capitales et irrégulières, voici le message affiché sur la vitrine :

COUSCOUS EMPORTÉ

Là, j'avoue ma perplexité. Il est possible qu'il n'en reste plus et que tout le couscous ait été emporté par d'incorrigibles gourmands. Ou alors... Le couscous n'est plus. Ou bien encore, emporté par la foule. Je ne sais pas. Cela va encore me valloir une insomnie...



Là,

lundi 21 mars 2011

dimanche 20 mars 2011

Kool & The Gang

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Perdu dans mes pensées, complètement pris par ce qui se passe en Libye et ailleurs dans le monde arabe, j'ai marché à travers les travées du marché (j'aime cette dernière phrase). Tombé sur un cd à 2 euros, d'occase. Celebration / Fresh / Get down on it / Ladies night / Ooh La La La (let's go dancing) / Too hot / Emergency / Cherish / Joanna / Victory / Tonight / Take my Heart.

Kool & The Gang : le groupe culte, avec Imagination et Boney M, des g'rrartas et autres bouhiyas. Mais c'était tout de même bon...

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A lire sur Slate Afrique : Six raisons de ne pas aimer Kadhafi

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http://www.slateafrique.com/943/six-raisons-pas-aimer-kadhafi

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samedi 19 mars 2011

Pauvres de nous, les Maghrébins ?

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Voici ce que j'écrivais le 5 novembre 2008 après l'élection d'Obama : Bienheureux le peuple d'Amérique

"Quant à nous, pauvres de nous, Maghrébins, Arabes du Proche-Orient et du Golfe, Africains sub-sahariens, nous allons continuer à vivre au rythme des présidents à vie, des roitelets inconsistants, des constitutions rapiécées et des discours creux et ronflants sur le temps qu’il faut donner à la démocratie.Il ne nous reste plus qu’à vivre cette alternance par procuration et à souhaiter le meilleur pour Obama et son peuple. Ils le méritent."

Aujourd'hui, il me faut reconnaître que l'enthousiasme né de l'élection d'Obama était certainement démesuré et que l'homme m'a bien déçu : Palestine, Réforme de l'immigration et Guantanamo : il n'a rien réglé malgré ses promesses. Mais passons.

Je relis mon propos sur les "pauvres de nous". Finalement, les choses changent et c'est tant mieux même si rien n'est encore gagné. Surtout en Algérie...
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Ennemis de leurs peuples et de la souveraineté de leurs propres pays, les dictateurs finissent mal, en général

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On ne le répétera jamais assez. Les dictateurs sont le malheur de leur peuple et, tôt ou tard, ils provoquent l’effondrement de leur pays. C'est ainsi que Saddam Hussein a amené l’invasion américaine de 2003 laquelle a causé sa perte et plongé l'Irak dans un chaos qui est loin d'être terminé.

Mouammar Kadhafi, quant à lui, entrera dans l’histoire comme étant le dictateur dont les agissements ont permi aux armées occidentales de revenir en Afrique du nord. Je comprends ceux qui s’inquiètent du déploiement militaire de l'Otan pour stopper les opérations militaires libyennes mais n’oublions pas que c’est la dictature de Kadhafi qu’il faut d'abord blâmer. C’est elle qui, finalement, a mis en danger la souveraineté de la Libye.

De cela, il faut tirer un enseignement majeur : les autocrates, les tyrans, sont les partenaires idéaux pour un Occident qui, quoiqu'il dise, ne pense qu'à ses propres intérêts. D’abord, ils sont de bons cliens qui s’approvisionnent en armes et autres équipements coûteux. Ensuite, quand ils sont allés trop loin ou qu’ils sont devenus inutiles, ils deviennent le meilleur prétexte pour une intervention militaire. Les autres dirigeants arabes ou musulmans (n'oublions pas l'Iran) sont prévenus : les dictateurs finissent mal, en général...
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vendredi 18 mars 2011

Les voeux dans la presse tunisienne

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Le dimanche 20 mars, sera certainement un jour historique pour la presse tunisienne. Comme le signale le site Leaders, la fête nationale du 20 mars se fera sans "voeux payants", c'est-à-dire tous ces encarts publiés dans la presse écrite où telle ou telle institution présentait ses voeux au président, sa femme et, parfois, aux Tunisiens.
Exemple : A l'occasion de la fête de la femme, la Banque de Tunisie présente ses voeux à Madame Ben Ali.
Le style inimitable de ces manifestations de flagornerie mériterait son musée...
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BHL et le monde arabe (1)

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Les révolutions arabes sont fichues. Si, si, je vous le jure. Cela n’a rien à voir avec le triomphe des régimes en place ou à l’implacable répression qu’ils mènent à l’encontre de ceux qui scandent que le peuple veut la chute du régime (ou du système). Non, la mauvaise nouvelle nous vient de France où il semble que Bernard-Henry Levy ait décidé de jouer le rôle d’inspirateur de ces révolutions. Après quelques semaines de silence, celui qui n’a jamais écrit le moindre mot critique à l’encontre de Ben Ali ou de Mohammed VI (et encore moins de feu Hassan II) a décidé de prendre les peuples qui se révoltent sous son aile protectrice.

Il faut l’entendre pérorer sur toutes les chaînes de télévision et de radios. C’est lui qui va tout faire, c’est lui qui a tout dit. Lui qui n’hésite pas à truquer la réalité en ayant recours au fameux « romanquête ». Lui, qui a toujours présenté le monde arabe comme traversé par une ligne de fracture entre islamistes « fascistes » et musulmans des Lumières mais qui n’a jamais compris – ou voulu le faire – que la vraie bataille se joue entre les peuples et leurs dictateurs.

BHL, l’ami des généraux algériens, qui n’a rien vu de la responsabilité du pouvoir dans les massacres de civils, vient de nous expliquer dans l’hebdomadaire Le Point que Saïd Sadi est un opposant crédible à la dictature Bouteflika. On sent revenir les belles campagnes de com’ des années 1990 où l’on nous expliquait que Saïd Sadi était l’homme providentiel. La belle imposture… On se souviendra de ses propos au lendemain du 26 décembre 1991 (« je me suis trompé de société »), on se souviendra aussi de son allégeance à Bouteflika et l’on comprendra ainsi pourquoi ses appels à manifester ne prennent pas. Les Algériens sont tout, sauf des idiots. Et ils savent qui est qui…
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la chronique économique : Le Japon, géographie et énergie

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 16 mars 2011
par Akram Belkaid, Paris

C’est le triptyque que les Japonais redoutaient depuis des décennies : séisme, tsunami et, pour finir, incident nucléaire. La première des catastrophes demeure imprévisible tandis que la seconde, qui n’est que la conséquence directe du tremblement de terre, va peut-être interpeller les dirigeants japonais à propos de nombreuses questions. Parmi elles, la capacité des populations à évacuer rapidement les zones côtières menacées ou encore les conséquences de l’étalement urbain dans une région où le profil déchiqueté de la côte amplifie la force du raz-de-marée. Quant à l’accident nucléaire, il fait d’ores et déjà couler beaucoup d’encre, surtout à l’extérieur du Japon, et cela, alors que tout le monde craint que l’archipel ne soit victime d’une catastrophe de type Tchernobyl.

Un pays pauvre en ressources énergétiques

A lire la presse et à parcourir la blogosphère, on se rend compte qu’un commentaire revient souvent en boucle. Comment le Japon, pays qui est le seul à avoir éprouvé dans sa chair le feu de deux bombes atomiques en 1945, a-t-il pu développer ensuite un réseau dense de 17 centrales nucléaires pour un total de 55 réacteurs ? La réponse est simple.

Elle relève de la géographie ou, plutôt, de la géologie. Puissance économique depuis la fin du dix-neuvième siècle jusqu’en 1945, le Japon n’a jamais pu compter sur son sous-sol pour lui fournir des ressources naturelles. Pour mémoire, l’une des raisons de la guerre entre les Etats-Unis et le Japon au milieu du siècle dernier était liée à la course au contrôle des hydrocarbures et d’autres matières premières (notamment le caoutchouc) en Asie. Après 1945, avec peu de charbon et de pétrole, et encore moins de gaz naturel, le Japon n’a pu bâtir son renouveau économique – son miracle pourrait-on dire - que grâce à l’énergie obtenue par le biais des centrales atomiques. Certes, l’industrie nucléaire américaine a beaucoup influé dans les choix énergétiques du Japon mais l’affaire était facile à plaider du fait de la pauvreté japonaise en ressources naturelles.

Pour autant, le nucléaire demeure une source d’appoint au Japon puisqu’il ne représente que 14% des sources d’énergie primaires (ce qui équivaut tout de même à 30% de l’électricité produite) contre 17% pour le gaz naturel et respectivement 23% et 43% pour le charbon et le pétrole. A ce sujet, il faut savoir que certaines centrales électriques nippones fonctionnent au pétrole brut, lequel est directement brûlé pour produire de l’électricité. Le bilan environnemental de ces centrales étant catastrophique, Tokyo a lancé depuis quinze ans un grand plan de développement du gaz naturel. Aujourd’hui, le Japon achète 35% des cargaisons de GNL et les projections tablent sur 45% d’ici une dizaine d’années. Pour autant, le nucléaire continuera à jouer un rôle prépondérant, ce qui signifie que la question de la sécurité sismique des centrales restera toujours posée.

Pétrole et juste à temps

Un autre élément qui mérite d’être relevé à propos du lien entre géographie et énergie au Japon concerne l’omniprésence des transports terrestres et la consommation d’hydrocarbures. En raison de la topographie accidentée du pays et de la rareté des terrains – et donc des entrepôts, les coûts de stockage au Japon sont parmi les plus élevés au monde. Cela a poussé les entreprises à développer le concept d’industrie à flux tendu et de livraison « juste-à-temps ».

Une philosophie de « zéro stockage » qui a pour conséquence de multiplier les circulations de camions transportant les marchandises et qui explique, en partie, la dépendance de l’archipel à l’essence et donc au pétrole brut. Le plus intéressant dans l’affaire, c’est que ce modèle de juste-à-temps s’est largement répandu dans le monde, notamment en Europe et aux Etats-Unis, alors que la géographie y est toute différente. C’est l’une des preuves de l’influence du Japon dans la mondialisation. Il reste désormais à savoir si ce pays saura se relever de la terrible catastrophe qu’il vient de subir.
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A propos du débat sur l'islam (2)

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La chronique du blédard : le débat sur l'islam et ses multiples facettes :

Il fut un temps où les musulmans de France-on disait alors les arabes-se taisaient, baissent les yeux et, dos voûtés, rasaient les murs. Parqués dans les bidonvilles ou à peine installés dans des cités qui n'allaient pas tarder à se transformer en ghettos, ils avaient intériorisé leur statut d'étrangers au statut précaire. Ceux qui, d'une manière ou d'une autre, avaient accédé à la nationalité française, ne cherchaient pas non plus à se faire entendre.

la suite à lire sur le site du Quotidien d'Oran : http://www.lequotidien-oran.com/?news=5150585

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jeudi 3 mars 2011

A propos du débat sur l'islam (1)

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Nouvel définition dans les futurs dictionnaires :
Musulman, Musulmane : Objets d'un débat politicien dilatoire. Cible facile pour hommes politiques en mal d'idées et de projets
à suivre, hélas...
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dimanche 27 février 2011

D'abord Ghannouchi, ensuite MAM,...

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Première info : Le Monde Alerte International Dimanche 27 février 2011Tunisie : le premier ministre Ghannouchi annonce sa démission. Le premier ministre tunisien Mohamed Ghannouchi, dont les manifestants réclamaient le départ, a annoncé dimanche sa démission au cours d'une conférence de presse à Tunis. (AFP)


Deuxième info : Le Monde Alerte Politique Dimanche 27 février 2011Michèle Alliot-Marie annonce sa démission La ministre des affaires étrangères, dans la tourmente suite à son séjour en Tunisie fin 2010, annonce qu'elle quitte ses fonctions ministérielles dans une lettre à Nicolas Sarkozy. (Agences)

Drôle de coïncidence, n'est-ce pas ?

Un peu d'air frais...
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jeudi 17 février 2011

A lire sur Slate Afrique : France - Tunisie, je t'aime moi non plus

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Le soutien tardif de la France et de l'Union européenne à la révolution du Jasmin irrite les Tunisiens.

http://www.slateafrique.com/463/france-tunisie-soutien-europe-diplomatie

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Le point de la situation

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Résumons la situation :
Tunisie et Egypte : ok
Libye, Yemen et Bahrein : en cours
Algérie et Maroc : à venir
France : ras (pour le moment)
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Bahrein, interdit de révolte ?

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Tiens ! Bahrein se révolte et là, personne ou presque ne moufte. Ah, oui, il est vrai que c'est le siège de V° flotte US. Ah oui, il est vrai aussi que la majorité de la population est chiite (oh, les vilains !) et qu'elle en a assez d'une famille royale sunnite. Qu'entendons-nous ? Ce seraient des Iraniens qui fomenteraient les troubles. Aha ! Comme c'est curieux...
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La chronique économique : Croissance et vulnérabilité

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 16 février 2011
Akram Belkaid, Paris

Ce qui vient de se passer en Tunisie et Egypte doit nécessairement interpeller les économistes et tous ceux qui réfléchissent au modèle de développement du monde arabe. Certes, les chutes de Ben Ali et de Moubarak ne relèvent pas simplement de questions liées à la situation sociale ou aux effets de la crise internationale. Il y a plus important, à commencer par la volonté de dignité et l’exigence de respect des droits et libertés les plus fondamentaux. Il ne suffit donc pas, comme le font nombre d’officiels algériens, d’agiter le chiffre de la croissance ou du montant des réserves de change pour se croire à l’abri d’une explosion populaire, voire d’une révolution.

Analyser les critères de vulnérabilité

En tout état de cause, le caractère sacré des chiffres vient de prendre un sérieux coup. Les cas de la Tunisie et de l’Egypte nous montrent une nouvelle fois que certaines statistiques ne servent plus à rien ou, du moins, qu’elles ont perdu de leur pertinence. Il y a bien sûr la croissance du Produit intérieur brut (PIB). Ce thème a déjà été évoqué dans cette chronique mais il n’est pas utile de redire que cet indicateur doit désormais être systématiquement complété par d’autres informations.

En 2010, l’Egypte a enregistré une croissance de près de 5% et, pour mémoire, la banque HSBC a intégré ce pays parmi les CIVETS (Colombie, Indonésie, Vietnam, Egypte, Turquie et Afrique du Sud), c’est-à-dire les économies émergentes à haut potentiel de croissance susceptible de rejoindre celles des BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine). A l’opposé, le rapport sur le développement humain du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a démontré une autre réalité puisque l’Egypte pointait à la 101e position du classement annuel sur la richesse des nations (La Tunisie était 81e, l’Algérie 84e et le Maroc 114e).

A lui seul, ce chiffre aurait nécessairement dû relativiser les satisfécits décernés à l’Egypte par les grandes institutions internationales. Il aurait dû obliger à de la prudence mais aussi à développer de nouvelles grilles d’analyse pour être sûr que l’affichage macro-économique ne cachait aucune faille sérieuse. Comme l’explique l’économiste tunisien Azzam Mahjoub, présent lors des Rencontres de Cybèle à Paris, le 17 décembre dernier, il est fondamental d’examiner les vulnérabilités de chaque pays avant de juger globalement de sa situation économique.

Ces critères de fragilité sont multiples et dépendent aussi de facteurs exogènes. Dans le cas de l’Egypte, ils concernent par exemple la dépendance alimentaire de ce pays, et donc son exposition à la hausse des cours des matières premières agricoles. On peut aussi estimer que le chômage des jeunes diplômés est une fragilité structurelle dans un monde où il suffit d’un clic de souris pour réaliser de manière concrète à quel point d’autres peuples vivent mieux.

Une vision culturaliste ?

A ces critères de vulnérabilité économique, doivent bien entendu s’ajouter des considérations d’ordre politique.Certes, il est aisé de se poser la question suivante après coup mais comment a-t-on pu sérieusement ne pas douter du caractère fragile de l’Egypte en sachant que son dirigeant était au pouvoir depuis 30 ans ? Plus encore, pourquoi aucun clignotant ne s’est allumé quand il a décidé de se représenter à la présidentielle après avoir subi une lourde opération chirurgicale ? Aucune agence de notation n’a alors dégradé le rating de l’Egypte. On peut se demander si une certaine vision culturaliste ne s’impose pas à ces institutions dès lors qu’il s’agit des dictatures arabes.
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vendredi 11 février 2011

Et de deux !

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"Rahala !"
Il a dégagé.
Moubarak n'est plus président malgré son discours de la veille.
Le pharaon a pris la porte.
Et de deux!
A qui le tour maintenant ?
Algérie ? Maroc ? Arabie Saoudite ? Bahrein ?
Bien sûr, comme pour la Tunisie, rien n'est encore joué. La route de la démocratie et de la liberté sera longue.
Il n'empêche : c'est beau un peuple qui gagne.
Allez, Algériens : Debout !

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jeudi 10 février 2011

Un sourire

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Hier.
Acheté, comme chaque matin, Libération et Les Echos. Et puisque c'était mercredi, j'ai aussi pris le Canard Enchaîné, histoire de mettre à jour mes connaissances sur les voyages en avion des ministres de la République...

Et puis, j'ai laissé traîner mon regard sur le présentoir et mes yeux ont tout de suite vu la une de l'Equipe. Majuscules, caractères gras : "ZIDANE SE LIVRE". Petit chapô : "Le Brésil, Materazzi, le Real Madrid, le Qatar : dans l'entretien qu'il nous a accordé, Zinédine Zidane n'évite aucun sujet qui fâche. (Page 2)".

"Je prends aussi L'Equipe" ai-je aussitôt lancé. Le marchand de journaux n'a rien dit. Il a juste eu un léger sourire en coin et un petit éclair de malice dans les yeux.

J'ai souri aussi.
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Chronique économique : La libéralisation privatisée

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 9 février 2011
par Akram Belkaid, Paris

Depuis la révolution tunisienne et la révolte égyptienne, et cela en attendant d’autres ébullitions à venir, il ne se passe pas un jour sans que la santé économique du monde arabe ne soit auscultée. Il est vrai que les dégradations des niveaux de vie ainsi que les difficultés quotidiennes des populations contribuent beaucoup à cette aspiration au changement. Cela explique d’ailleurs pourquoi l’une des réactions préventives les plus communes de Rabat à Mascate a été de diminuer les prix des denrées alimentaires de base. Ouvrons tout de même une parenthèse pour rappeler que l’économie n’explique pas tout et que ces mouvements de protestation relèvent aussi de l’exigence d’une dignité longtemps bafouée. Fin de la parenthèse.

La libéralisation dévoyée

L’un des grands enseignements de ce qui se passe actuellement est l’insuccès des politiques de libéralisation économique. Est-ce à dire que c’était une fausse voie ou faut-il nuancer le jugement et expliquer d’où est venu cet échec ? Personne ne conteste que les pays arabes devaient se réformer. La marche du monde, les exigences de modernisation et les attentes des populations étaient telles que le modèle de l’Etat centralisateur et omniprésent ne pouvait subsister.

C’est à ce moment-là que sont intervenues les politiques d’ajustement structurel conduites sous la houlette de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI). En s’y résignant, les Etats arabes ont marqué des points sur le plan extérieur en s’assurant notamment de la bienveillance des grands de ce monde. Qu’importe que les libertés ne soient pas respectées, tant que le consensus de Washington avait prise à Rabat, Alger, Tunis ou Le Caire. Mais dans le même temps, des pans entiers des populations se sont retrouvés face à la précarité voire à la pauvreté. A cet effet, souvenons-nous des dizaines de milliers d’Algériens qui se sont retrouvés sans emploi après la dissolution des entreprises publiques locales.

On aurait pu penser que la libéralisation de l’économie aurait décuplé les énergies et permis la création de nouveaux emplois. Pourtant, les résultats n’ont guère été à la hauteur et aucun pays arabe n’a pu accéder au stade d’économie émergente quoi qu’en disent les propagandes des uns et des autres à commencer par celle du gouvernement égyptien qui n’a cessé de multiplier les effets d’annonce en ce sens. La raison est simple : la libéralisation a été privatisée. Pour dire les choses plus clairement, cela signifie que des intérêts privés se sont substitués à la mainmise de l’Etat, empêchant en cela d’autres acteurs économiques d’émerger.

Monopoles privés

Il suffit de regarder qui détient quoi, dans n’importe quel pays arabe, pour le comprendre. Ici, la licence téléphonique a été accordée à tel clan, là-bas, c’est l’importation de tel type de véhicule. Ailleurs, c’est l’agroalimentaire qui est tenu d’une main de fer. Partout, des monopoles privés verrouillent l’activité économique, empêchent une libre concurrence et font obstacle à de nouvelles réformes et au progrès. En Tunisie, de nombreux projets énergétiques ont ainsi dû être annulés car le clan Trabelsi prétendait être l’acteur incontournable de ce secteur. En économie comme en politique, les façades formalistes du monde arabe ne doivent plus tromper personne. Il n’y a pas plus de démocratie qu’il n’y a de libéralisme économique. C’est ce qui a perdu le régime de Ben Ali. C’est ce qui en perdra d’autres...


http://www.lequotidien-oran.com/?news=5149069

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mardi 8 février 2011

Monde arabe : l'aveuglement européen

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Lu dans le Monde Economie daté du mardi 8 février :

"L'Europe a soutenu jusqu'au bout des pouvoirs moribonds dont les rivalités nationalistes ont fait échouer l'Union pour la Méditerranée. Elle persévère dans cette erreur historique en négligeant ceux qui pourraient bien modeler le renouveau du monde arabe"

Tout est dit. Malgré la révolution tunisienne, malgré la révolte égyptienne et les aspirations de nombre de peuples arabes, l'Europe continue à se fourvoyer et à faire preuve de frilosité. Elle se demande, la pauvre, si son intérêt est d'aider ceux qui brandissent le poing ou ceux qui manient la matraque. L'avenir le dira, mais cette erreur risque d'être historique.
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lundi 7 février 2011

La lecture du samedi : Beyrouth Canicule


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Le Quotidien d'Oran, samedi 5 février 2011
Akram Belkaïd, Paris

Nous avions laissé Djilali Bencheikh au seuil de l’adolescence en refermant les pages de son précédent roman, « Tes yeux bleus occupent mon esprit » (Elyzad, prix Maghreb 2007 de l’Association des Ecrivains de langue française). Nous le retrouvons perdu à Beyrouth, menant une mission pour la Palestine, cette cause suprême que tous les Algériens ont rêvé un jour de défendre.

Beyrouth… L’été, les restaurants du bord de mer et l’insouciance malgré les nuages noirs qui menacent. Nous sommes dans les années 1970. A Paris, l’opposition au régime de Boumediene tente de s’organiser tandis que certains militants - de gauche car comment pourrait-il en aller en autrement ? - se mettent au service d’autres combats. Petits cafés dans le quartier latin, longues joutes politiques. Un temps désormais oublié.

Dans cette mouvance discrète, une figure émerge, celle de Mohamed Boudia, révolutionnaire et homme de théâtre, assassiné, vraisemblablement par le Mossad, le 28 juin 1973. C’est lui, où le plutôt son personnage, Nadir, qui envoie Kamel, étudiant algérien, dans la capitale libanaise. Ce dernier y découvre l’Orient, ses dépaysements et ses surprises. Très vite dépassé, l’homme comprend que la mécanique des événements est plus forte que lui. En cela, il est le symbole d’un monde arabe impuissant face aux tragédies et aux défaites qui s’annoncent. Son aventure, ses rencontres, les conversations qu’il partage avec des policiers brutaux ou désabusés, des feddayin ou de simples habitants de la montagne restituent à merveille l’ambiance de cette époque révolue.

Mais la trame de ce roman est aussi un pan largement ignoré de l’histoire des Algériens de France. Cela sonne vrai, cela provoque quelques poussées de nostalgie à propos d’engagements héroïques et désintéressées, remplacés aujourd’hui par le nihilisme et la violence aveugle. Toutes celles et ceux qui ont connu Beyrouth à cette époque apprécieront ce roman qui leur restituera un peu de leur jeunesse. Les autres se laisseront séduire par le rythme indolent des pérégrinations de Kamel, soldat naïf d’une cause inaboutie.

Extraits

« Emu de fouler la terre du poète Khalil Gibran, j’erre comme un perdu dans les sinusoïdes de la foule. Les voyageurs cosmopolites, hâtifs et insouciants, vaquent à leurs occupations avec une bonhomie qui fait envie. Heureusement, ma petite valise orange apparaît en bout de piste. Avec la chaleur, elle commence même à virer au bordeaux. Aussi discrète que le complet jersey. On aurait voulu me dénoncer qu’on ne s’y serait pas pris autrement. L’Organisation est pauvre avait plaidé Meliani. Meliani, le gars trapu des groupes de choc. Un compatriote prêt à tout pour la cause palestinienne. Surnommé Tarzan, autant pour son audace insolente que pour les épaules musclées dont il cultive avec soin le carénage.

« La lourde fusion des sueurs au creux de la sieste, heures où tout est torpeur et douceur. Ce moment si honni dans l’enfance, je le savoure à présent avec une sensualité de pacha. Le figuier généreux dont les branches se fondent dans le feuillage épars de la treille me fait un point d’ombre dans la canicule du mois d’août. Depuis mon transat, mon regard se noie dans la vallée en contrebas, en une perspective qui se faufile vers la mer et Beyrouth. Une oasis mentholée, suspendue au-dessus de la ville. Le Chouf ! Jusque-là, ce nom mythique évoquait pour moi un avatar de maquis abritant le fief de l’autre Kamel : Kamel Joumblatt, intraitable chef druze et fidèle partisan de la cause palestinienne. Un allié, donc. »

La citation

« Vous savez, jeune homme, le sous-sol de chaque maison libanaise, quel que soit son courant, abrite un véritable arsenal… Le jour où cela va exploser, ce sera l’enfer ! Et je crains qu’il ne reste plus rien du Liban. »

Le livre

Beyrouth Canicule, Djilali Bencheikh, Elyzad, 279 pages, 650 dinars, 15,90 euros.

dimanche 6 février 2011

Tenir bon

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Après l'euphorie, vient le temps de la fatigue et du doute.
Tapis dans l'ombre, c'est le moment que choisissent les salauds pour refaire parler d'eux.
Ils attaquent, volent, tuent, démoralisent et cherchent à faire regretter l'ordre ancien.
C'est ainsi.
Toute révolution doit affronter la réaction, les tentatives de récupération et ses propres contradictions.
Elle doit se battre contre le temps qui file trop vite et le progrès qui avance trop lentement.
En Tunisie, la route pour la liberté est encore longue mais c'est normal. Le pire, serait d'oublier le souffle du 13 janvier comme il serait dommage que les Egyptiens oublient celui du 25 janvier.
Tenir bon, y croire, ne pas cesser de réfléchir et de parler.
Surtout, ne pas se taire.

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